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De Paulo Coelho, on peut un peu tout dire : qu'il écrit mal, qu'il se fait passer pour un gourou, qu'il est un écrivain pour lectrices d'hebdo' féminins, qu'il a vécu une vie plus riche que n'importe laquelle, qu'il a connu des expériences ésotériques suffisamment sérieuses pour l'amener à considérer la vie sous un angle différent. Psychologue ? Charlatan ? Auteur ? Faiseur ? Le bonhomme divise.

En tout les cas, avec La cinquième montagne, notre romancier brésilien s'attaque des thématiques théologiques de très hautes volées et, pour le coup, reconnaissons qu'il y a apporte des réponses audacieuses.

L'histoire est celle du prophète d'Elie, fuyant Israël, pourchassé par sa reine, Jézabel. Séductrice, elle a détourné le roi des Juifs de la religion de Yahvé et lui a fait adorer Baal... Désespéré, Elie, qui a remis en cause le culte à Baal, est obligé de se cacher à Serapta, cité phénicienne qui compte se servir de notre prophète comme monnaie d'échange avec Jezabel. Mais l'armée assyrienne vient se mettre sous les murs de Serapta : entre Elie, le gouverneur, le prêtre et le commandant de Serapta s'engagent des relations complexes qui auront des conséquences dramatiques.

L'histoire (inspirée de la Bible – cliquez ici pour en savoir plus) pourrait, à la lecture de ce résumé, paraître complexe, mais en réalité, malgré un grand nombre de protagonistes, le récit se révèle plutôt linéaire et sans grand remous. On a néanmoins plaisir à suivre Elie, jeune prophète de 23 ans qui se révèle maladroit, inquiet, apeuré et plein de doutes. Il incarne le lecteur qui s'interroge sur Dieu, la fatalité et le sens des épreuves.

Coelho aborde ainsi des sujets sensibles : l'avenir est-il prédestiné par Dieu ? Manifestement oui, puisque l'Ange du Seigneur rend des oracles. Mais alors, puisque l'oracle laisse toujours une porte de sortie, l'avenir peut donc être modifié : paradoxe ? Pourquoi sommes-nous confrontés à des drames terribles ? Pourquoi Dieu fait-il passer par le fil de l'épée les Hommes qui ne sont coupables que de vivre ?

A toutes ces épineuses questions, Coelho répond par un conte qui a le mérite de l'intelligence et de la sensibilité. Avec un ton doucement poétique, il tente de se faire comprendre – quitte à se répéter souvent. Oui, Dieu veut nous mettre à l'épreuve et oui, la mort nous attend si nous ne gagnons pas : les épreuves sont là, pourquoi ? Parce que Dieu le veut. Mais le sens des épreuves a lui un sens bien particulier et c'est ce qu'on en fait, que l'on gagne ou pas qui compte.

Vous l'aurez compris, sous ses allures de romans de gare ou de plage, ce gros conte théologique inspiré d'épisodes réels de la Bible nous invite à questionner Dieu, à l'invectiver et, même, à nous confronter à lui.