Le blog de Menon

L’homme sans qualités, tome 1 & 2 de Robert Musil

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Enorme roman inachevé (le premier tome compte près de 900 pages et le second plus de 1300 !), L’homme sans qualités met en scène une pléiade de personnages, dont son héros Ulrich, réunis pour organiser un grand projet culturel autrichien destiné à mettre en valeur leur pays et à souligner sa puissance sociale et intellectuelle. Sur la toile de ces réunions à caractère sociologiques et philosophiques, nous suivons les amours d’Ulrich et des autres personnages principaux, pris dans des atermoiements sentimentaux qui suscitent chez eux d’intenses réflexions sur la marche de la société peu avant la première guerre mondiale. Sont ainsi questionnés les thèmes de l’homme, du surhomme, de la folie, de l’engagement politique et amoureux, etc.

L’homme sans qualités est un roman qui, assurément, n’en est pas dépourvu. Mais Dieu que c’est lourd ! Robert Musil a voulu écrire une œuvre totale, qui couvre la phénoménologie humaine dont son livre serait comme un traité des passions de l’âme et de l’entendement humain. Mais il se perd dans un galimatias pseudo-philosophique qui rend bien trop souvent son propos tout simplement illisible.

Par ailleurs, la fascination pour la folie que semble éprouver ou qui semble fasciner certains des personnages du livre, leurs amours contrariées, leurs turpitudes morales certaines apportent une coloration parfois bien lourde, sourde et même malsaine à des chapitres dans lesquels Robert Musil se complait à mettre en lumière leur part ténébreuse pour mieux s’y vautrer. (L’amour incestueux d’Ulrich et d’Agathe en constitue l’exemple parfait.)
Il y a quelque-chose de sale dans ce livre ; en tout cas, un appétit pour la noirceur de l’être et pour tout ce qui, chez l’humain, peut le faire basculer dans la folie ou dans une certaine forme d’immoralisme voire de d’amoralisme.

Si le premier tome m’a certainement intéressé, le second m’a plu tant qu’il était question des retrouvailles entre Ulrich et sa sœur Agathe, jusqu’à l’enterrement de leur père et leur retour à la ville. Mais, par la suite, il m’a semblé que Musil se perdait. Les ébauches de fin de tome n’aident pas à améliorer cette impression. Car même les chapitres les plus maîtrisés ne se départissent pas d’une lourdeur pseudo-philosophique qui nous fait nous demander si l’auteur n’a pas voulu signer un pastiche de philosophie post-kantienne.

Considéré comme un des plus grands romans du XXème siècle, L’homme sans qualités annonce certainement des romans fleuves comme le Ulysse de James Joyce. De là à affirmer qu’il s’agit d’un livre à posséder dans sa bibliothèque, il y a un pas que je suis très loin de franchir.

 

L’homme sans qualités, tome 1 & 2 de Robert Musil (Le Seuil, tome 1 - 896 pages et tome 2 - 1312 pages, tome 1 - 9,60 euros et tome 2 - 10 euros)

 

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Le grand pouvoir de la prière de saint Alphonse de Liguori

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Saint Alphonse de Liguori (1696-1787) compte parmi les grands saints et docteurs de l’Eglise. Dans ce traité, il s’intéresse au pouvoir de la prière et offre des conseils d’une belle portée spirituelle afin d’édifier le croyant dans cette pratique et de lui permettre de prier de la manière la plus orthodoxe et efficace. Sont ainsi traitées des questions comme de savoir si l’on doit prier les saints ou si l’on peut prier pour son prochain ou uniquement pour soi.

Par ailleurs, un conseil particulièrement important nous est apporté. Un certain courant du new age (mené par Gregg Braden) croit avoir découvert que seule une prière visualisée comme effectivement réalisée peut avoir une chance de le devenir. Braden nous affirme que la Bible a été récrite et que le Christianisme primitif a été violenté par le Vatican. Non seulement la théorie d’une récriture de la Bible n’a aucun fondement sérieux, mais – en plein dix-huitième siècle ! – saint Alphonse de Liguori affirmait déjà que la prière doit être visualisée comme étant déjà réalisée. (Ce qui, d’ailleurs, se déduit des paroles mêmes de Jésus puisque ceux qui le suppliaient le faisaient avec une telle foi et une telle certitude qu’ils étaient exaucés ; à contrario, en Galilée, il ne pouvait réaliser de miracle car la foi de ses anciens voisins manquait de force : Nul n’est prophète en son pays. Donc, autant pour la stupide prétention de Braden à voir de la récriture dans un texte qui affirme ce qu’il prétend avoir découvert dans son coin !)

On consultera donc avec grand intérêt cet opuscule écrit d’une belle plume et qui invite à exercer avec zèle sa prière quotidienne.

 

Le grand pouvoir de la prière de saint Alphonse de Liguori (Le Laurier, 96 pages, 6,50 euros)

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Le Misanthrope de Molière

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C’est après avoir visionné Alceste à bicyclette, film avec Lambert Wilson et Fabrice Lucchini, tournant autour d’une répétition du Misanthrope de Molière, que j’ai ressentie l’envie de relire cette pièce qui ne m’avait pas laissé un très bon souvenir lorsque je l’avais vue jouer au théâtre.
Cette fois-ci, j’ai été séduit par la beauté des vers de Molière, par la puissance de l’intransigeance d’Alceste et par la tension très « Port Royal » qui habite l’intrigue.

A quelques longueurs près, Molière a réussi à mettre en scène des face-à-face d’une grande intensité où rivalisent des duellistes. D’un côté, Alceste, arc-bouté sur une éthique de la vérité qui l’interdit de mentir et exige de l’autre une honnêteté totale ; face à lui, la presque totalité des autres personnages, persuadés que toute vie en société réclame des compromissions et que, comme l’a fait savoir la Rochefoucauld, l’amitié ne saurait durer si on se montrait d’une franchise absolue à l’égard de son prochain.

Même si l’intensité des échanges ne reste pas toujours aussi puissante que le laisse espérer son envoi (notamment avec Célimène, personnage guère aimable et dont l’amour avec Alceste laisse dubitatif ; comment un tel homme peut-il seulement aimer ?), Le Misanthrope n’en reste pas moins une très grande pièce du XVIIème siècle.

 

Le Misanthrope de Molière (Librio, 96 pages, 2 euros)

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The prayer of Jabez de Bruce Wilkinson

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La prière de Jabez se compose de quelqueslignes que l’ontrouvedans le premier livre des Chroniques de la Bible. Jabez, personnage sur lequel on ignore tout, s’adresse ainsi au Dieu d’Israël :

Yabeç invoqua le Dieu d'Israël :

« Si vraiment tu me bénis, dit-il,

Tu accroîtras mon territoire,

Ta main sera avec moi,

Tu feras s'éloigner le malheur

Et ma détresse prendra fin. »

Dieu lui accorda ce qu'il avait demandé. »

Persuadé qu’une telle prière ne peut avoir été mentionnée par hasard, qu’elle traduit une élection particulière, le pasteur américain Bruce Wilkinson s’attache à chaque verset de la prière et en propose une lecture inspirante pour chaque jour de notre quotidien afin de devenir des Chrétiens plus engagés au service du Christ.

Le résultat est intéressant, mais laisse quelque-peu dubitatif : dans la vision du pasteur Wilkinson, il suffit de prier Dieu pour voir des miracles se produire dans son quotidien. Sa lecture de la prière s’avère donc très américaine, où il suffit d’implorer le Seigneur pour que la première personne que vous croiserez dans un aéroport puisse vous rendre service ou vous demande de la guider dans son mariage.

Néanmoins, The prayer of Jabez n’en reste pas moins un ouvrage distrayant à lire qui permet de découvrir une prière inspirante que l’on récitera avec intérêt.

 

The prayer of Jabez de Bruce Wilkinson (Multnomah, 96 pages, 8,07 dollars)

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Le Schmock de Franz-Olivier Giesbert

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Franz-Olivier Giesbert signe un roman racontant, en parallèle, l’ascension d’Hitler au pouvoir et la vie d’Allemands et de Juifs allemands confrontés à la montée du nazisme et de l’antisémitisme. Dans sa préface, le romancier s’explique : «  Malgré toutes mes lectures sur la période hitlérienne, je n’ai jamais réussi à comprendre pourquoi tant d’Allemands "bien", respectables, avaient pris à la légère la montée du nazisme tandis que les Juifs tardaient étrangement à fuir. Par quelle aberration, à cause de quelles complaisances, quelles lâchetés, le nazisme fut-il possible? Qu’était-il arrivé à ce grand pays de musiciens, de philosophes et de poètes? Ces questions-là n’ont jamais cessé de me hanter.
Je crois que l’histoire d’Élie, Elsa, Lila, Karl et les autres apporte quelques clés. » Le fait est, tout de même, que la réponse pourra laisser dubitatif, même si elle s’avère bien plus honnête que nombre de thèses.

Car, à dire vrai, F.-O. Giesbert semble convenir que l’arrivée d’Hitler au pouvoir ne tient qu’à un concours de circonstances, qu’à une suite de causes/conséquences malheureuses. Ce n’est pas faux et il n’y a rien de plus contraire au principe des historiens que de vouloir justifier un évènement en partant de sa conclusion.
Néanmoins, F.-O. Giesbert n’a-t-il pas péché par orgueil en voulant ne serait-ce que poser une question aussi complexe dans un roman ?

Un roman qui, au passage, ne nous épargne aucun détail horrible quant au traitement que réservent SA, SS et Gestapo à leurs opposants. Des détails parfois franchement insupportables, au point où l’auteur de ces lignes a poussé un soupir de soulagement en refermant l’ouvrage et en s’exclamant : « Enfin, fini ! »

Certes, dans ces histoires d’amours, de bruits et de fureurs on trouve quelques beaux moments et les pages se tournent sans déplaisir. Mais F.-O. Giesbert se complait dans un sinistre qui devient parfois insupportable et, par ailleurs, ses personnages ne réussissent pas toujours à convaincre. Dommage.

 

Le Schmock de Franz-Olivier Giesbert (Gallimard, 416 pages, 21,50 euros)

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Commentaires sur la méditation – Jacques Vigne rencontre Tenzin Palmo

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Résident en Inde, le psychiatre et bouddhiste Jacques Vigne a suivi les cours de la none anglaise Tenzin Palmo commentant L’entraînement de l’esprit au quotidien de Chewaka, Les 21 versets des qualités suprêmes d’Attisha et Les 37 pratiques d’un bodhisattva de Thomé Sangpo, autant de textes ancestraux tibétains. Il en propose des notes de cours présenté sous une forme suffisamment bien écrite pour que le lecteur occidental puisse suivre le cheminement de la pensée de la célèbre none.

Tenzin Plamo a vécu une vie extraordinaire. Devenue none bouddhiste depuis plus d’un demi-siècle, elle a tout de même vécu onze ans comme ermite dans une grotte des Himalayas ! Il s’agit assurément d’une enseignante de la meilleure eau qui, à travers un long dialogue avec elle-même dans la solitude, le froid et l’humidité de sa grotte, a atteint un certain niveau de réalisation spirituel.

Aussi intéressants soient les cours de Tenzin Palmo, on ne pourra que regretter le titre de l’ouvrage qui ne nous semble pas du tout refléter son contenu. Certes, Tenzin Palmo traite de la méditation, mais, avant tout de l’éthique de vie bouddhiste. Elle insiste énormément sur l’importance donnée à l’égo ; un égo qu’il faut mater et mettre de côté à tout prix. Ainsi, nous devons vivre chaque instant de notre existence comme s’il s’agissait d’une scène de théâtre et que nous jouions un rôle d’acteur. Toujours nous devons revenir à cette certitude sans laquelle nous nous prenons pour celui qui parle lorsque nous disons « Je ». Or, dans le bouddhisme, il n’y a rien de tel que « Je ». Le sujet est vide, tout aussi vide que la table que nous croyons solide mais pourtant constituée d’atomes et d’électrons en mouvement constant (d’où la différence entre la vision de la table au niveau physique qui correspond à l’égo et au niveau de la physique quantique qui correspond au Soi).

Les textes que commente Tenzin Palmo ne sont pas des plus simples puisque généralement constitués d’aphorismes abscons si l’on n’en possède pas la clé. Bonne pédagogue, la nonne en donne une lecture accessible et émaillée d’exemples faciles à saisir.

Mais, une fois de plus, de la méditation il est fort peu question. Et, par ailleurs, Tenzin Palmo insiste fortement sur l’importance pour un pratiquant de la voie de se trouver un maître. Sans enseignant, comment apprendre, rectifier une mauvaise opinion, progresser, etc. ?

Comprenez donc bien qu’un tel ouvrage vous permettra avant tout de corriger des opinions erronées et de pouvoir vous donner des lignes de conduite importantes à respecter. Mais le chemin, ardu, ne manquera pas de vous blesser les pieds. Tant mieux ! comme ne manque pas de s’exclamer Tenzin Palmo : douleurs et obstacles sont autant de moyens d’apprendre et de progresser – les obstacles doivent devenir des alliés pour notre édification.
Un bémol, toutefois : l’absence d’un glossaire qui rend la lecture du livre parfois bien ardue !

 

Commentaires sur la méditation – Jacques Vigne rencontre Tenzin Palmo (Le Relié, 295 pages, 18 euros)

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L’espionne de Paulo Coelho

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A mi-chemin de l’enquête et de la fiction, Paulo Coelho a écrit son histoire de la célèbre et sulfureuse espionne Mata Hari, alias Margaretha Geertruida Zelle. C’est au moment où débutera la première Guerre Mondiale que Mata Hari sera accusée d’avoir renseigné l’Allemagne. Une thèse que Coelho conteste. Il reprend l’histoire de la plus célèbre des espionnes depuis sont enfance et raconte sa tragique histoire faite d’humiliations sexuelles, de quête de bonheur et de beaucoup d’esbroufe pour se créer un personnage de danseuse sulfureuse et manipulatrice qui, ironiquement, lui vaudra le peloton d’exécution.

Habituellement, Paulo Coelho signe des récits positifs. A l’exception d’un livre comme La solitude du vainqueur, il affirme, dans tous ses romans, qu’ « accomplir sa légende personnelle est la seule et unique obligation des hommes. » (L’Alchimiste) Mais L’espionne prend le contre-pied de cette optique puisque c’est justement en réalisant cette légende personnelle que Mata Hari connaîtra la mort.

On trouvera donc beaucoup de noirceur dans ce récit. N’en reste pas moins qu’on suit avec intérêt la vie tumultueuse de Margaretha Geertruida Zelle, bafouée par les hommes et par son destin.

 

L’espionne de Paulo Coelho (J’ai Lu, 216 pages, 7,90 euros)

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Les présocratiques d’Abel Jeannière

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On sait à quel point les présocratiques ont pu fasciner la communauté philosophique. D’Hegel à Heidegger en passant par Nietzsche, des penseurs comme Thalès, Anaximandre ou Xénophane de Colophon ne cessent de nous questionner et de nous séduire par la modernité de leur pensée. Ici et là on découvre les premières grandes intuitions scientifiques ; mais aussi la naissance du monothéisme (et oui, chez les grecs !) ; et le souci de démythifier le monde.

Assurément, cet ouvrage d’Abel Jeannière constitue une petite merveille. Dans un livre imprimé sur papier glacé et richement illustré, le philosophe français décrypte avec un grand sens de la pédagogie la pensée des présocratiques. Quel éclairage ! Et quelle aide apportera ses réflexions aux étudiants et chercheurs !

On notera, toutefois, qu’il fait l’impasse sur les sophistes mais que, étrangement, il commence son ouvrage par Homère et sa peinture de l’homme à travers l’Iliade et l’Odyssée. Le choix paraît curieux, mais assurément, si l’on regrette un chapitre consacré aux ennemis de Platon, l’analyse de l’anthropologie homérienne vaut largement le détour et permet de poser le cadre de la pensée grecque sur l’homme, ce qui permet, ensuite, de comprendre d’autant mieux le souci des présocratiques.

 

Les présocratiques d’Abel Jeannière (Seuil, 224 pages, 10,10 euros)

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Vaticanum de José Rodrigues Dos Santos

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Quelqu’un en aurait-il après le pape ? Sa sainteté serait-elle en danger ? C’est en tout cas ce que croit François. Il demande à Tomás Noronha de l’aider à le protéger alors que des Islamistes ont cambriolé le Vatican en laissant un « Allahu akbar » en guise de signature. Relisant les prophéties de Malachie et de Fatima, sa Sainteté croit y déceler l’annonce de sa mort. Et, justement, alors que Tomás n’accordait que peu de crédit aux angoisses du pape, ce dernier est soudainement enlevé par l’état islamique qui menace de le décapiter si les états du monde ne leur versent pas l’impôt coranique ! Tomás réussira-t-il à décoder les indices lui permettant de retrouver le pape et d’empêcher son meurtre ?

Une fois de plus, José Rodrigues Dos Santos fait très fort ! Le Dan Brown portugais nous entraîne dans une redoutable machination avec, à la clé, des prophéties obscures, les scandales financiers du Vatican, la mafia, les francs-maçons et même des illuminés islamistes. Un mélange un peu trop corsé peut-être ? Même pas ! L’intrigue prend très facilement, et le lecteur se trouve happé dans un thriller haletant. Tout du moins dans sa première partie. La seconde voit le romancier énumérer, par le menu, tous les scandales financiers qui ont éclaboussé le Vatican. On se demande bien pourquoi il ne nous en livre pas plutôt une synthèse ! A force de noms, de faits et de détournements d’argents, l’auteur de ces lignes a fini par avoir hâte d’en arriver au cœur du problème.

Et c’est là que le bat blesse. Autant Vaticanum est un véritable page turner au rythme implacable, autant la résolution de l’intrigue laisse à désirer. Se prenant pour Agatha Christie, José Rodrigues Dos Santos termine son Vaticanum comme s’il s’agissait d’un Hercule Poirot, délivrant une séquence finale des plus maladroites durant laquelle notre historien va démasquer le responsable de la conspiration. Non seulement les expressions italiennes que lâchent les protagonistes prêtent plus à sourire qu’à trembler, mais l’identité du Judas laisse un goût amer, surtout lorsque l’on découvre sa motivation. Certes, tout cela ne manque de pas de crédibilité, mais après des rebondissements à la Anges & Démons de Dan Brown, le lecteur était en droit d’attendre un final aussi brillant que son développement.

Dommage, donc, Vaticanum récolte un « correct » là où il aurait dû se voir gratifié d’un « génial ». N’en reste pas moins que si vous cherchez un épais bouquin pour occuper vos prochaines vacances, vous seriez bien inspiré de lui donner sa chance.

 

Vaticanum de José Rodrigues Dos Santos (Pocket, 744 pages, 9,40 euros)

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Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré de Paulo Coelho

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Après onze ans de séparation, Pilar retrouve son ami d’enfance, devenu séminariste. Fascinée par ce garçon qu’elle a aimé et à qui elle porte toujours des sentiments, elle ne tarde pas à découvrir que ce dernier possède un don, celui de réaliser des miracles qu’il tient de la sainte Vierge. Mais tout dévoué qu’il soit à la sainte Madone, son compagnon ne l’en aime pas moins. Comment peut-on être prêtre, avoir fait vœu de chasteté et aimer tout à la fois une femme ?

Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré n’est certainement pas le meilleur de Paulo Coelho. Il marque bien les limites dont peut être victime le romancier. Ici, on nage à mi-chemin du roman sentimental et du roman à message spirituel sans jamais trouver une voie médiane. Les atermoiements amoureux des deux personnages principaux sont touchants, mais se marient mal avec les « réflexions » de l’auteur sur la face féminine de Dieu dont on se demande ce qu’elle vient faire là. Se prenant les pieds dans le tapis, Coelho s’improvise théologien et veut faire accroire à son lecteur que la sainte Trinité devrait être composé du Père, du Fils et de la Mère et ce sans jamais avoir l’idée qu’il faudrait appuyer ou justifier son propos.

Dans le même temps, son histoire d’amour manque tout de même de crédibilité. Depuis quand un séminariste jouit-il d’une telle liberté de voyager ? Qu’en est-il de ses cours et de ses devoirs de religieux ? Seule Pilar semble réaliser qu’il y a quelque-chose de déraisonnable à voyager de la sorte sans se poser la moindre question. Et puis, franchement, on ne dépasse jamais la question du : Je t’aime, m’aimes-tu autant ? Le problème religieux semble ici comme un cheveu sur la soupe ; un problème supplémentaire destiné à épicer la relation amoureuse entre les deux personnages principaux, mais seule la fin pose vraiment la question de la relation entre le dévouement religieux et le fait d’aimer une femme.

Malgré tout, Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré possède un quelque-chose de touchant qui amène le lecteur à s’émouvoir des atermoiements de Pilar et à ressentir sa fragilité et ses hésitations. C’est dans ce portrait d’une jeune femme timide et manquant de confiance en elle que Coelho excelle et c’est grâce à elle qu’il emporte, malgré tout, son lecteur.

 

Sur le bord de la rivière Piedra je me suis assise et j’ai pleuré de Paulo Coelho (J’ai Lu, 213 pages, 6,40 euros)

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