Le blog de Menon

L’homme aux rats – in Cinq psychanalyses de Sigmund Freud

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« Le 1er octobre 1907, Freud entreprend l’analyse de l’homme aux rats, dont il tirera l’une de ses Cinq Psychanalyses. Ce manuscrit, constitué des notes prises après chaque séance, n’était pas destiné à la publication. Il fut confié par la fille de Freud à Daniel Lagache, qui en assura la publication. C’est un document de grande importance, car il révèle la façon dont Freud analysait, transcrivait, puis remaniait et réinterprétait en vue d’une publication ultérieure. Cette édition bilingue est donc un document témoignant du travail de Freud.

*

Ernst Lanzer est obsédé par l’image d’un supplice chinois qui consiste à ligoter un homme et à l’asseoir sur un pot dans lequel se trouve un rat. La bête, affolée, n’a d’autre moyen que de rentrer dans l’homme. L’issue en est la mort pour les deux parties. On ne livrera pas ici « la solution de l’idée aux rats » pour ne pas gâcher le plaisir de la fin au lecteur. On peut simplement dire que le rat, charriant la peste comme dans la légende allemande du joueur de flûte, est pour Freud une part archaïque de la psyché d’Ernst Lanzer, qu’il combat et qui cherche à réintégrer à tout prix sa psyché. Le rat est son refoulé, son enfer quotidien, qui agglutine le plaisir à la souffrance, le châtiment à la jouissance. Freud précise à cette occasion les concepts de culpabilité et de masochisme. En parlant, Ernst Lanzer fait sortir le rat au soleil, et celui-ci, d’abord aveuglé et apeuré, finit par s’humaniser, en une métamorphose bouleversante. L’Homme aux rats est aussi l’histoire d’une guérison. Cette guérison n’est possible que par l’alliance extraordinaire entre le médecin et son malade. Nous sommes en 1909. Freud complète sa théorie de la névrose en écoutant attentivement Ernst Lanzer, cerne le concept d’ambivalence, promis à un grand avenir, comme chez Melanie Klein. Réciproquement, le médecin explique à son malade sa théorie, s’identifie à lui (écrivant à Jung « Je suis plutôt du type obsessionnel ») et affine ainsi le concept du contre-transfert. Cette identification permet aussi l’identification du lecteur, qui chemine ainsi entre la théorie et la pratique de Freud, expliquée pas à pas, comme dans une bonne enquête. On sort éclairé de la lecture de ce livre. A l’une des obsessions d’Ernst Lanzer, la cure viendra répondre comme une torture libératrice. Soumis à la bienveillante question de Freud, obligé de réfléchir sur lui-même, le malade trouvera une issue inédite à sa maladie. Ce faisant, Freud permettra à Œdipe d’échapper à son destin, après lui avoir fait reconnaitre la force terriblement contraigante du fatum. Ironie tragique, Ernst Lanzer, guéri, mourra quelques mois plus tard à la guerre. Qui est fou en fin de compte? Le malade ? La société ? Freud n’en dit rien, mais on peut penser que le futur auteur de Malaise dans la civilisation, décrivant les phénomènes de psychose collective comme la guerre ou le nazisme, avait gardé Ernst Lanzer dans un coin de sa tête. Les malades ne sont pas forcément ceux qu’on croit.

(D. Berthezène) »

 

Une étude de cas somme toute très classique puisque tout tourne autour du papa et de la maman et du complexe d’Œdipe, comme de juste. D’autant que le cas a été récrit par un Freud qui n’aura jamais guéri personne comme le démontre le Livre noir de la psychanalyse.

L’homme aux rats – in Cinq psychanalyses de Sigmund Freud (PUF, 672 pages, 15,50 euros)

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Changer d'univers: Méditation, physique quantique et hypermatrice informationnelle du Lama Darjeeling Rinpoché

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« Cet ouvrage peut bouleverser votre vie. De tout temps les hommes ont cherché à réaliser leurs rêves et leurs désirs en faisant appel aux esprits ou aux dieux intercesseurs, ou encore en s’adonnant à la magie, à la prière, attendant d’improbables miracles. En prenant appui à la fois sur les traditions spirituelles anciennes et sur les découvertes les plus avancées de la science moderne, ce livre vous explique pourquoi la magie ne marche pas dans cet univers, mais aussi comment vous pouvez changer d’univers et choisir celui qui vous conviendra selon vos souhaits.

Basé, à la fois sur les grands textes métaphysiques du bouddhisme Madhyamaka et sur les théories modernes et scientifiques de la mécanique quantique, à l’aide de nombreuses illustrations et métaphores, ce livre produira en vous cette conception, à la fois quantique et ontonomique, de la « Réalité ultime », du multivers, qui vous donnera la clé du changement d’univers. Pour cela, vous serez aussi initié à une technique de méditation avancée, capable de conjuguer, à la fois votre volonté de changement et la neutralité nécessaire à un tel changement. Ainsi, cette nouvelle conception du multivers, comme hypermatrice ontonomique informationnelle, jointe à la pratique d’une efficace technique de neutralisation mentale, vous donnera toutes les chances de… changer d’univers ! »

 

Changer d’univers : vous y croyez, vous ? Moi pas, mais j’ai voulu lire le livre pour voir ce que propose le lama Darjeeling Rinpoché. L’idée est à la suivante : à partir des tétralemmes de Nâgârjuna (http://menon.canalblog.com/archives/2019/08/03/37540421.html), il serait possible de nier l’existence du réel et en méditant, via un mantra spécifique, de se déplacer dans un univers parallèle, ou plutôt de faire advenir ce champ du possible dans le nôtre ! (Sauf que… vous en avez pour une dizaine d’années de méditations à minima.)

 

Malgré toutes ses explications scientifiques pertinentes basées sur la physique quantique, je ne vois pas comment on peut croire à une idée aussi folle. N’en reste pas moins que les tétralemmes de Nâgârjuna n’ont jamais été aussi clairs ! A ce titre, cet ouvrage s’impose comme une référence. Pour le reste, je cite le brillant commentaire d’Alte sur la page Amazon consacré à l’ouvrage : « L'auteur de « Changer d'univers » semble négliger l'idée que si sont mis à part les mondes engendrés par les Bouddhas eux-mêmes (des champs purs), il est clair que même les multivers – ceux possiblement issus de la physique quantique comme les trois autres catégories de multivers - sont marqués par « dukkha », la souffrance. Ainsi, si vous glissez d'un univers à l'autre, a priori vous restez dans les cycles qui enchaînent, traînant le même karma avec vous, tel le voyageur ses valises. La superposition des événements selon l'approche d'Everett ne signifie pas la libération des êtres qui parviendraient à changer de strate ou plutôt de déroulement de réalité.
Je crains que la belle matrice ontonomique informationnelle ouvre une nouvelle annexe – immense et multidimensionnelle - du Samsāra. Notons que si le bouddhisme Madhyamaka ou Voie du Milieu est présenté, le mot karma est pratiquement absent du livre ainsi que la prise de refuge traditionnelle. »

 

Changer d'univers du Lama Darjeeling Rinpoché (Editions Nègrefont, 287 pages, 14,44 euros)

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L’esprit du Tao de Jean Grenier

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« Le taoïsme est tellement plus éloigné de nous que telle doctrine antique ou médiévale qu'il nous procurera une nourriture infiniment moins accessible, et qui devra être débarrassée de la gangue qui l'entoure ; elle sera infiniment moins variée aussi et plus difficilement assimilable. Mais elle n'en aura pas moins une force telle que tous ses manques disparaîtront devant l'idée unique qui en forme le noyau substantiel, et qui, indéfiniment répétée et sous toutes ses formes, ébranlera l'esprit le plus rebelle après l'avoir scandalisé. Elle la forcera, cette idée, à voir ce qui l'entoure et lui-même sous un jour nouveau, comme si le rayon d'une étoile, lui parvenant après des millions d'années-lumière, remettait en question tout ce que notre Soleil nous a fait voir jusqu'alors. » (Résumé éditeur)

 

Professeur de philosophie d’Albert Camus, c’est en 1957 que Jean Grenier publia cette étude sur le Taoïsme. Le résultat, admirable, permet de découvrir, chapitres par chapitres, les grandes thématiques taoïstes avec, une présentation générale et une anthologie des maîtres. C’est grand d’intelligence et formidablement pédagogique.

 

L’esprit du Tao de Jean Grenier (Flammarion, 224 pages, 8,20 euros)

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L’anomalie d’Hervé Le Tellier

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« «Il est une chose admirable qui surpasse toujours la connaissance, l’intelligence, et même le génie, c’est l’incompréhension.»

En juin 2021, un événement insensé bouleverse les vies de centaines d’hommes et de femmes, tous passagers d’un vol Paris-New York. Parmi eux : Blake, père de famille respectable et néanmoins tueur à gages ; Slimboy, pop star nigériane, las de vivre dans le mensonge ; Joanna, redoutable avocate rattrapée par ses failles ; ou encore Victor Miesel, écrivain confidentiel soudain devenu culte.
Tous croyaient avoir une vie secrète. Nul n’imaginait à quel point c’était vrai. » (Résumé éditeur)

 

Auréolée L’anomalie ! Le prix Goncourt, déjà, et pas que ! Disons plutôt : sur la liste des prix littéraires et que personne ne parle plus que de ça ! Le meilleur roman de l’année, assurément !

 

Ben tiens ! J’te l’dis moi, pas du tout ! Pour sûr ! Déjà, tous les amateurs de série télé fantastique / SF auront déjà vu mille fois mieux et les lecteurs de SF encore plus. Le Tellier est un malin : il a bien compilé ce qui plaît à droite et à gauche. Alors, oui, au départ on s’éclate. Mais le secret révélé, on fait la grimace : ah bon ? Pas terrible comme situation et ensuite, ça s’enlise.

 

Bref : emprunté et rendu. Je ne le relirai pas. Un bon roman de gare toutefois. Si vous devez prendre le train ou l’avion pour quelques heures, vous pourriez tomber sur pire – un de ces indigestes pavés de thriller avec un serial killer par exemple.

 

L’anomalie d’Hervé Le Tellier (Gallimard, 336 pages, 20 euros)

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Impact de Philip Kerr

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« Tom Jefferson est tueur à gages, très reconnu dans la profession, charmeur, efficace, et irréprochable. Il est contacté par un proche de la CIA et de la mafia, qui lui demande d’étudier la faisabilité d’éliminer « le barbu », Fidel Castro. Cet assassinat arrangerait tout le monde : le gouvernement, bien sûr, mais aussi la mafia, qui a dû renoncer à la mine d’or des casinos cubains. Sans la mafia, Kennedy n’aurait pas gagné cette élection. On attend donc de lui qu’il laisse tomber l’enquête à grande échelle que le gouvernement a lancée contre le crime organisé. S’il refuse, la mafia détient un enregistrement sonore du Président en train de faire l’amour avec Marilyn Monroe. Quand on fait écouter à Tom cette cassette, c’est la voix de sa femme, qui travaille pour le bureau de campagne du Président, qu’il reconnaît. Quelques jours plus tard, celle-ci est retrouvée morte. Tom brise son contrat sur Castro et disparaît. Les commanditaires s’inquiètent : d’après la rumeur, il voudrait venger la mort de sa femme et assassiner JFK… » (Résumé éditeur)

 

Thriller politique bien ficelé, Impact ne cesse de surprendre. Jouant sur de faux semblants, Philip Kerr perd volontiers son lecteur, mais pour son plus grand plaisir. Alors, chut ! n’en disons pas plus. Voilà le genre de roman que l’on déguste et dont on espère qu’il aura bien d’autres lecteurs après nous pour qu’ils puissent goûter le même plaisir de se faire balader. (Et soulignons, au passage, le style ; notamment des dialogues particulièrement bien rendus.)

 

Impact de Philip Kerr (Le Masque, 537 pages, 7,90 euros)

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La joie de la vraie méditation de Jeff Foster

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« " Qu'est-ce que la méditation ? Une pure fascination pour ce moment, exactement tel qu'il est. "

 

Pour Jeff Foster la méditation ce n'est pas être assis, immobile à certains moments de la journée dans un dojo ; la méditation c'est embrasser la vie dans tous ses aspects. Évoquant sa dépression, Jeff Foster raconte comment la méditation lui a littéralement sauvé la vie. La méditation, un vaste champ de Présence, accessible à chacun d'entre nous à chaque instant de notre vie ; un lieu sans effort où nous pouvons être nous-mêmes, avec nos imperfections, nos doutes, nos craintes, nos faiblesses.

 

La méditation n'implique pas de se détacher, ou d'être insensible à la douleur de vivre ou d'essayer de devenir spirituellement illuminé. C'est plonger dans " le désordre sacré de ce moment présent " avec curiosité et émerveillement ; c'est panser nos blessures les plus profondes avec une conscience aimante, et apporter la lumière dans l'obscurité.

Ces pages inspirées nous apprendront à faire de notre vulnérabilité une force en célébrant la majesté du moment présent. » (Résumé éditeur)

 

Selon Jeff Foster (qui répète, autrement, ce qu’écrit par exemple Thich Nhat Hanh dans Sans boue, pas de lotus), il faut être en pleine conscience de sa souffrance et l’entourer d’une manière aimante comme une mère avec son bébé. En prenant soin de notre douleur, nous la reconnaissons. Elle apparaît alors telle qu’elle est ; en la traitant bien, nous pouvons vivre avec.

 

En effet, pour Jeff Foster, rien de plus insupportable que ces gourous ne cessant de clamer que pour être éveillé, il ne faut plus rien ressentir. On sait pourtant que c’est faux ! L’Eveillé connaît toujours amour, joie et peine. Simplement, il regarde ces émotions naître sur l’écran de la pure vacuité, comme on regarde un film, et reste conscient (c’est le cas de le dire !) du caractère théâtral de sa vie. Contre ces menteurs spirituels, Foster réclame le droit à la souffrance et veut déculpabiliser les pratiquants qui non contents de souffrir, s’en veulent.

 

La joie de la vraie méditation de Jeff Foster (Almora, 184 pages, 17,50 euros)

 

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L’invention de Dieu de Thomas Römer

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« Si le judaïsme et, à sa suite, le christianisme et l’islam proclament l’unicité d’un dieu régnant seul de toute éternité sur le ciel et la terre, la Bible hébraïque elle-même témoigne, pour qui la lit attentivement, de ses racines polythéistes. De fait, le « dieu d’Abraham » auquel se réfèrent, chacune à sa manière, les trois religions du Livre n’a pas été unique depuis toujours.

 

Comment un dieu parmi les autres est-il devenu Dieu ? Telle est l’énigme fondatrice que cette plongée aux sources du monothéisme se propose d’élucider en parcourant, sur un millénaire, les étapes de son invention. D’où vient ce dieu et par quel biais s’est-il révélé à « Israël » ? Quels étaient ses attributs et quel était son nom avant que celui-ci ne devienne imprononçable ? Quand accéda-t-il au statut de dieu tutélaire des royaumes d’Israël et de Juda ? Sous quelles formes était-il vénéré et représenté ? Pourquoi les autres divinités au côté desquelles il trônait déchurent-elles ? Au terme de quel processus et en réaction à quels événements le culte exclusif qui lui a progressivement été rendu s’est-il imposé ?

 

À la lumière de la critique historique, philologique et exégétique et des plus récentes découvertes de l’archéologie et de l’épigraphie, Thomas Römer livre les réponses d’une enquête rigoureuse et passionnante sur les traces d’une divinité de l’orage et de la guerre érigée, après sa « victoire » sur ses rivaux, en dieu unique, universel et transcendant. » (Résumé éditeur)

 

Un programme alléchant, n’est-il pas ? D’autant que Thomas Römer fait partie des grands essayistes écrivant sur la Bible puisqu’il « occupe la chaire « Milieux bibliques » au Collège de France ; il est également professeur à la Faculté de théologie et de sciences des religions de l’Université de Lausanne. »

 

Hélas ! triste ouvrage que cette Invention de Dieu. Son but affiché, sérieux, masque difficilement, à la lecture, ses visées anti-religieuses. Il s’agit de dénigrer la Bible : elle ment ! Tout le temps ! Constamment. On prend tel verset et on invalide les autres ; soit, mais alors, pourquoi ces versets plus que d’autres ? Si la Bible est suspecte, pourquoi valider les versets qui célèbrent les « péchés » d’Israël et tout ce qui démontre que Dieu est humain, trop humain, simple invention de nomades dans le désert pour des visées théologico-politiques (sic) alors que mille autres offrent une vision pure, chaste, admirable et relève d’une mystique lumineuse et pure ? Ne cherchez plus : Römer est protestant (ou en tout cas d’origine protestante). Et les Protestants ont la passion du sacrilège. Ils sont souvent pris de rages durant lesquelles l’édifice biblique se doit de trembler. Leur libre examen aboutit à cela : nier Dieu, conchier Dieu, détester Dieu.

 

Ouvrage infecte et dégoutant d’un pauvre hère dont, demain, on oubliera les écrits, L’invention de Dieu ne mérite que la poubelle. Tant qu’à lire des livres qui choquent, préférez Ernest Renan ou Robert Ambelain ; le premier perdit son poste à la Chaire des études bibliques tant sa vie de Jésus (1863), best-seller du 19e, choqua et le second, avec Le secret d’Israël publia un ouvrage sulfureux qui révèle des secrets cachés de l’Ancien Testament mille fois plus impressionnants que tout ce que le pauvre Römer essaye péniblement de rassembler pour cracher au visage de la sainte Trinité !

 

L’invention de Dieu de Thomas Römer (Points, 352 pages, 9,50 euros)

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La fille aux yeux d’or d’Honoré de Balzac

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« Elle met en scène le comte Henri de Marsay, dandy fat, fils de Lord Dudley et de la marquise de Vordac, qui l'abandonnent pour qu'il soit éduqué par un prêtre. Très bel homme, il est un séducteur invétéré qui a la réputation de rendre toutes les femmes folles d'amour. Il est l'un des Treize qu’on trouve dans La Duchesse de Langeais et Ferragus.

Alors qu'il se promène aux Tuileries, Marsay rencontre son ami Paul de Manerville à qui il explique qu'il a croisé une femme magnifique lors de sa dernière promenade. Son ami lui apprend qu'il a surnommé celle-ci « la Fille aux yeux d’or ». Marsay avoue être aux Tuileries dans l'espoir de la revoir, ce qui se produit. Alors qu'elle s'éloigne en carrosse, elle agite son mouchoir pour indiquer à Henri de la suivre, ce qu'il fait. » (Résumé Wikipédia)

 

D’une grande obscénité et particulièrement amoral, La fille aux yeux d’or fait partie des très mauvais romans de Balzac. Commençant par une description imagée et dantesque des cercles de Paris, le livre suit ensuite le dégoutant Henri de Marsay, personnage veule à l’âme noire. Balzac s’entête alors à nous faire boire, jusqu’à la lie, le fiel immonde d’un récit que n’aurait pas renié le Marquis de Sade, les obscènes descriptions en moins.

 

Note positive à la lecture de ce récit : les grands écrivains restent, finalement, les plus subversifs !

 

La fille aux yeux d’or d’Honoré de Balzac (Librio, 96 pages, 2 euros)

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Lune sanglante de James Ellroy

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« Un jeune homme, auteur de poèmes, est amoureux de l'artiste en herbe de son lycée, Kathy. Deux de ses camarades se font passer pour la jeune femme et le piègent. Ils le violent. Vingt ans plus tard, le poète est devenu un photographe. Il est aussi devenu un tueur obsessionnel. Il repère des jeunes femmes seules, pénètre leur intimité et les assassine en faisant passer leur mort pour un suicide. À chaque crime, il envoie un présent à Kathy, devenue libraire, qui ne se doute de rien...

Personne ne semble pouvoir stopper ce tueur compulsif, sauf Lloyd Hopkins. Surnommé par ses collègues Lloyd le dingue, Hopkins est doté d'une intelligence remarquable et d'une intuition à la limite du surnaturel. Il est obsédé par le crime, le sexe et la nuit. Marié et père de trois fillettes, il accumule les aventures avec les femmes qui croisent sa route... Il tombe un jour par hasard sur un des meurtres du poète, mais là où les autres ne voient qu'un suicide, il devine la piste d'une démence plus grave. » (Résumé Wikipédia)

 

 

Premier roman (1984) de la Trilogie Lloyd Hopkins, Lune sanglante fut salué, lors de sa parution française en 1987, par la presse :
« Des écrivains comme ça, dans le roman noir, on en découvre un tous les dix ans. » Michel Lebrun, Le Matin.

« Opéra noir, peuplé de fantômes, où le sexe et la mort rôdent sans cesse dans l'immensité inhumaine de Los Angeles la mal nommée, lune sanglante est un fulgurant joyau, une moderne tragédie, qui porte fièrement en exergue une citation du Richard II de Shakespeare. » Bernard Audusse, Le Monde.

« Un des plus remarquables romans noirs de la décennie, par sa préoccupation intellectuelle élevée, son écriture savante et, pour le dire balistiquement, son épouvantable puissance d'arrêt... » Jean-Patrick Manchette, Libération.

 

 

Aujourd’hui, en 2020, soit 34 ans plus tard, ce premier roman de James Ellroy semble quelque peu surfait. Le style agace par moment ; le duel entre le flic et le tueur n’a rien de bien excitant et les remarques racistes et sexistes pleuvent. Finalement, James Ellroy est déjà daté.

 

Lune sanglante de James Ellroy (Rivages, 286 pages, 8,65 euros)

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Psychanalyse 6 heures ¼ de Dominique & Gérard Miller

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« Ce livre retrace l'histoire d'une vingtaine d'hommes et de femmes qui ont choisi d'entreprendre une analyse avec l'un de nous deux, puis qui l'ont un jour terminée.

Nous les avons réunis dans le même récit, parce que nous avions en commun de concevoir la psychanalyse - si étrange soit-elle - comme une pratique de l'ordinaire. C'est que l'inconscient lui-même est quotidien, voué à l'infime et au négligeable, à ces innombrables petits signes qui jalonnent une vie. Nous n'avons cependant comparé personne à personne. Car nous partagions également l'idée que chacun doit arriver, pour son propre compte, au rendez-vous que son symptôme lui a fixé. » (Résumé éditeur)

 

C’est Dominique et Gérard Miller qui parlent. Ce qu’ils disent nous interrogent : qu’est-ce que cela signifie, « arriver, pour son propre compte, au rendez-vous que son symptôme lui a fixé ? ». Eh bien, la réponse pourra surprendre. Lacaniens, les Miller n’estiment pas tant que la psychanalyse guérit ; plutôt, elle donne à saisir la réalité phantasmatique du symptôme et elle invite celui qui en souffre à faire de ce symptôme un sinthome, c’est-à-dire un symptôme utile ; une pragmatique de la souffrance.

 

Ainsi découvre-t-on dans Psychanalyse 6 heures ¼ des histoires terribles et dramatiques qui donnent une idée des scénarios que la vie invente parfois avec cruauté. Mais malgré tout, on notera que les histoires de cet ouvrage sont loin d’être forcément conclusives. Parfois, il s’agit d’une bribe de récit, d’un instant T ; une sorte de regard sur loupe pour préciser un concept analytique, une fragilité intérieure ; dramaturgie de la métapsychologie. En effet, l’ouvrage n’a rien de simple. Pour un débutant en psychanalyse lacanienne, il restera abscons. Par contre, pour celui qui travaille sur l’œuvre de Lacan, il apportera des illustrations précieuses.

 

Psychanalyse 6 heures ¼ de Dominique & Gérard Miller (Seuil, 224 pages, 5,90 euros)

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