Le blog de Menon

Entretiens de Lin-Tsi

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Ce n’est certainement pas par cet ouvrage d’entretien d’un des plus célèbres patriarches du Zen qu’il faut débuter si vous ne connaissez rien à ce courant chinois du Bouddhisme. Néanmoins, pour les autres, les entretiens de Lin-Tsi s’avèrent remarquables.

Né et mort au IXème siècle de notre ère, Lin-Tsi a donné naissance à un courant zen, le rinzai (transcription japonaise). Dans ces entretiens, on découvre un personnage fantasque et colérique qui met constamment ses disciples en porte-à-faux afin de les acculer et les empêcher de penser. Car là est la fameuse technique de Lin-Tsi, consistant notamment à pousser un puissant cri ou encore à donner des coups de bâtons. En effet, Lin-Tsi ne supporte pas les faiblesses de ses disciples qui passent leur temps en zazen mais se contentent de méditer sans vouloir pour autant se transformer. Chaque entretien se veut donc déstabilisant au possible : qu’il monte en chair ou qu’il parle avec un moine, Lin-Tsi se montre iconoclaste et abrupte, refusant les bonnes manières et n’hésitant pas à réclamer qu’on tue le Bouddha et ses propres parents ! Pour Lin-Tsi, tout tourne autour de l’homme naturel, l’homme sans affaires et qualités qui est l’identité même du Bouddha et que nous possédons tous. C’est cet homme sans affaires qu’il s’agit de faire jaillir. Et pour cela, tous les moyens sont bons !

On peut tout de même se demander, à la lecture de ce livre et de tous ceux traitant du Zen, d’ailleurs, si la notion d’Eveil vaut vraiment quelque-chose. Lin-Tsi n’était-il pas complètement fou ? Ses disciples et la tradition ont-ils pris sa liberté de ton pour de la sagesse ? A de multiples reprises, on se demande comment on réagirait face à un « énergumène » de la sorte. M’est avis que je filerais sans demander mon reste !

En tout cas, on saluera la qualité de l’édition Fayard, traduite et commentée par le grand sinologue Paul Demiéville. Il livre une traduction brute et proche du parler populaire de la Chine de Lin-Tsi. Grâce à ses commentaires éclairants, le lecteur peut comprendre un texte qui, sans cela, resterait lettre morte.

 

Entretiens de Lin-Tsi (Fayard, 258 pages, 24 euros)

 

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Siracide (in. La Bible)

Eloge de la Sagesse, estimée ici par l’auteur juif Jésus fils de Sira comme l’équivalent de ce que les Chrétiens feront du Verbe, le Siracide développe de longs commentaires sur les bonnes attitudes à adopter ; sur la prudence à mener sa vie, son foyer, ses relations avec ses amis, etc. A dire vrai, il s’agit d’un livre constellé de redondances – des développements répétés se font sur un même thème et les commentaires pèchent par une certaine facilité. Il faut se montrer prudent, ne pas donner sa confiance à n’importe qui, s’assurer que ses enfants soient bien éduqués, mettre sa fille sous cloche et se méfier des femmes qui sont fourbes et manipulatrices ! Bref, soit des conseils de bon sens, soit des développements plutôt lourds. Dans tous les cas, on peut facilement faire l’impasse sur ce livre qui comporte assurément de beaux passages mais qui se lit à toutes petites doses et, pourquoi pas, un crayon à la main afin de recueillir les meilleurs versets afin de les méditer.

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Epître aux Hébreux

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Texte complexe et nécessitant une lecture attentive, l’épître aux Hébreux fut longtemps attribuée à saint Paul mais la critique la considère aujourd’hui comme d’un auteur inconnu.

L’auteur, quel qu’il soit, de cette épître, fonde en partie la christologie du Nouveau Testament en soulignant que le ministère du Christ est supérieur à celui des Anges. Notamment, Jésus est prêtre selon l’ordre de Melchisédech (référence au personnage que rencontre Abram dans le livre de la Genèse : « Melchisédech, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il le bénit en disant : « Béni soit Abram par le Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre ; et béni soit le Dieu très-haut, qui a livré tes ennemis entre tes mains. » Et Abram lui donna le dixième de tout ce qu’il avait pris. » — Livre de la Genèse 14:18-20).

Emaillé de citations des Psaumes, l’épître fait de Jésus le chéri du Très-haut et le place comme médiateur entre Dieu et les hommes. Tout sacrifice réclamant du sang versé (comme lorsque le grand prêtre de Jérusalem rentrait, une fois par an, dans le Saint des Saints du Temple pour demander le pardon des péchés d’Israël), a fortiori le sang versé par Jésus est d’autant plus « puissant » et assure d’autant plus à ce sacrifice sa valeur propitiatoire.

Un texte difficile d’accès, donc, mais essentiel en cela qu’il fonde la Christologie chrétienne. Qu’importe qu’il soit de la main de saint Paul ou d’un auteur inconnu. Le fait qu’Orthodoxes, Catholiques et Protestants lui accordent sa place dans le canon biblique suffit pour s’en convaincre : l’épître aux Hébreux doit être lue et méditée en regard de l’Ancien Testament.

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Un caprice de Bonaparte de Stefan Zweig

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Nous sommes durant la campagne d’Egypte. Bonaparte séduit la femme de Fourès, un de ses valeureux et fidèle soldat. Il l’oblige même à divorcer d’elle ! Bouleversé et blessé, Fourès se retourne contre Napoléon et espère clouer le premier consul au pilori de la loi.

Cette pièce de théâtre ne compte pas parmi les œuvres les plus connues de Stefan Zweig. C’est d’ailleurs le cas de son théâtre qui n’a pas laissé grand-souvenir en comparaison de nouvelles comme Vingt-quatre heures de la vie d’une femme ou Lettre d’une inconnue, devenues des classiques. A la lecture de cette pièce, on comprend pourquoi…

La force de Zweig tient notamment à sa peinture des sentiments humains ; son talent de psychologue. Ici, on n’en trouve guère de traces et la peinture du pathos de Fourès, de celui de sa femme ou de la méchanceté de Bonaparte semble bien légère, comme si le grand romancier cédait la place à un auteur de théâtre moins maître de ses personnages.

Restent malgré tout quelques moments forts, une intensité certaine dans la colère exprimée par Fourès et le sentiment, pour le spectateur, de la partager, se sentant, tout comme le vieux soldat, choqué et perdu face à un Napoléon qui prend l’honneur d’un homme dévoué et s’en sert comme d’une carpette pour un simple… caprice.

 

Un caprice de Bonaparte de Stefan Zweig (Grasset, 154 pages, 7,90 euros)

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Epitre à Philémon (in. La Bible) de saint Paul

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Très courte, cette épitre voit saint Paul implorer Philémon, disciple de Colosse, de ne pas tenir rigueur à Onésime, son esclave, de s’être enfui pour rejoindre Paul en captivité à Rome. Bien conscient du tort qu’il cause à Philémon, Paul décide de renvoyer Onésime auprès de ce dernier. Il espère aussi qu’il voudra bien gracier et même affranchir Onésime.

On aura reproché à Paul de se montrer hésitant quant à la question de l’esclavage qu’il ne condamne pas. C’est un fait. N’en reste pas moins que les suppliques de cette épître montrent clairement ce que Paul espère de Philémon. Etre Chrétien et avoir des esclaves est un contresens. A fortiori lorsque ledit esclave est lui-même chrétien !

Très belle épître, elle révèle un autre aspect de Paul. Cette fois-ci plus polémiste mais suppliant avec de beaux accents pathétiques. Il nous oblige à nous questionner sur notre propre attitude de Chrétien : mettons-nous nos actes en accord avec notre religion ?

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Epitre aux Galates (in. La Bible) de saint Paul

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Epitre forte et maîtrisée, comme toujours avec saint Paul, l’épitre aux Galates est un écrit de circonstance. En effet, Paul apprend que ses ouailles songent à se judaïser. Sous l’influence de faux frères, la circoncision leur ait conseillée. Saint Paul mesure de suite la portée qu’un tel acte aurait. Si jamais on venait se circoncire, on se retrouverait de nouveau sous le joug de la loi mosaïque. Or, Jésus l’a non pas abolie mais lui a donné sa pleine et entière acceptation. Revenir aux fondamentaux c’est paradoxalement se perdre.

Occasion est donnée à Paul de tacler saint Pierre. Ce dernier avait compris, comme le rapporte les Actes des apôtres, que tout est pur sur le plan de la nourriture. Il partageait donc ses repas avec les païens. Mais lorsque ses coreligionnaires juifs vinrent le retrouver, il ne manqua pas de quitter la table de ses nouveaux amis. Pour Paul, une telle attitude est inacceptable.

Cette querelle qui ressemble de loin à une querelle de clocher occupe en fait une place essentielle dans le Nouveau Testament. Comme Paul l’écrit avec sa hauteur de vue, « il n'y a plus ni Juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme; car tous vous êtes un en Jésus-Christ. » La mort et la résurrection du Christ constitue en effet en une césure qui modifie l’ordre du monde. Israël a pour vocation à se christianiser et à rejoindre les gentils pour former un nouveau corps, celui du Christ. Dans ces conditions, revenir à la circoncision et aux règles de pureté du Judaïsme ne serait qu’une absurdité et le message du Christ d’une humanité renouvelée et devenue une serait perdu.

Servi par un style flamboyant ; par une intransigeance de ton et une maîtrise de la dialectique, l’épitre aux Galates nécessite d’être appréhendée de manière claire, sans quoi le lecteur risquerait simplement de ne pas comprendre les tenants et aboutissants de cette dispute religieuse. C’est donc toute la volonté de cette chronique de donner au lecteur les clés pour en apprécier la lecture.

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Jérémie (in. La Bible)

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Dans ce livre prophétique de la Bible s’annonce et se joue un drame terrible, Jérémie annonçant à Israël la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor, roi de Babylone, et la déportation des siens.

Ce qui est particulièrement intéressant, c’est le contraste entre la puissance des invectives de Dieu qui parle par la bouche de Jérémie et ses propres souffrances qu’il exprime avec un pathétique touchant. En effet, à l’instar d’une Cassandre, Jérémie sait qu’on le prend pour un oiseau de mauvais augure. Ainsi est-il ostracisé, brimé et malmené pour ce qu’il annonce.
Dans le même temps, il lui est impossible de ne pas parler. La puissance prophétique s’empare de lui. Ce n’est pas de sa volonté qu’il invective Israël mais bien parce que Dieu l’y oblige.

Très beau livre de la Bible, l’annonce du prophète Jérémie réclame, bien sûr, une certaine connaissance du style biblique fait de répétitions incessantes, d’entrelacs langagiers. Mais quelle force ! quel style ! et quelle émotion.

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Angélus de François-Henri Soulié

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Nous sommes en 1165, en Occitanie. Deux cadavres grimés en anges sont retrouvés dans des abbayes. On y envoie Raimon de Termes, un jeune chevalier, pour découvrir le coupable. Maître enlumineur et ami des victimes, Jordi de Cabestan mènera lui aussi l’enquête.

Présenté comme un roman policier, Angélus propose en effet une intrigue policière mais celle-ci reste le parent pauvre d’un récit qui se veut avant tout historique. Le but d’Angélus est de nous plonger en plein moyen-âge et de nous faire sentir ses parfums, ses beautés ; y vivre, tout simplement.  Sur ce plan, le roman est plutôt réussi car, homme de théâtre, François-Henri Soulié écrit avec une plume raffinée.

Les amateurs de policiers médiévaux en seront donc peut-être pour leurs frais. Par contre, les amoureux de la période médiévale et tous ceux cherchant un roman original et bien écrits risquent d’être agréablement surpris.

 

Angélus de François-Henri Soulié (10/18, 522 pages, 15,90 euros)

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Le symbolisme de l’apparition de Léon Bloy

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C’est en 1925, soit près d’une décennie après sa mort, que parut Le symbolisme de l’apparition de Léon Bloy (1846-1917). Dans ce court essai, l’auteur de L’exégèse des lieux communs s’intéresse à l’apparition de la Vierge à la Salette (1846) devant deux enfants à qui elle prophétisa de grandes tribulations pour la France et où elle fit savoir que Rome était devenue la proie du Malin.

Etrangement, Léon Bloy semble tout ignorer des prophéties de la Vierge. Il ne s’intéresse qu’à une poignée de phrase dont il donne un commentaire intitulé paraphrase ; et au symbolisme de l’Apparition – postures de la Vierge, larmes, outils de la crucifixion, etc. Or, Bloy fait bien peu de cas de l’apparition, préférant se servir du moindre geste, du moindre mot comme prétextes pour tirer le fil prophétique remontant à l’Ancien Testament et que vient confirmer la doctrine de l’Eglise de Rome.

En d’autres termes, Bloy ne cherche pas tant à analyser l’apparition de la Vierge ou ce qu’elle dit réellement mais plutôt à découvrir, dans l’Ancien Testament, sa figure à travers telle figure féminine ou tel verset (ainsi, si j’ai bien compris, assimile-t-il la Vierge à Judith tranchant la tête d’Holopherne / le Christ dont le sang sera versé pour la rédemption des péchés).

Au final, c’est avant tout pour sa prose élégiaque que Le symbolisme de l’apparition de Léon Bloy mérite lecture. Mais la lecture risque de se sentir vite perdu dans les entrelacs baroque de l’auteur et perdre de vu le cœur du message de la Vierge à la Salette.

 

Le symbolisme de l’apparition de Léon Bloy (Rivages, 224 pages, 8, 15 euros)

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Les sept plumes de l’aigle d’Henri Gougaud

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C’est dans un restaurant qu’Henri Gougaug a rencontré Luis Ansa (né en 1922) c’est en le questionnant et en enregistrant ses proposant pendant deux ans qu’il a pu recueillir suffisamment de matière pour écrire ce livre paru en 1995.

L’histoire de Luis Ansa commence enfant, en Argentine. Après la mort de sa mère, il s’enfuit de chez lui et se rend en Bolivie où il fait la connaissance d’El Chura, un chaman. Puis, Luis partira voler de ses propres ailes mais, sur sa route, El Chura continuera de lui parler par le biais de personnages étonnants afin qu’il puisse réaliser sa légende personnelle en découvrant les sept plumes de l’aigle.

On reste pantois à la lecture de ce livre : Henri Gougaud a-t-il réellement cru à l’histoire racontée par Luis Ansa ? Difficile de comprendre qui pourrait accréditer des aventures aussi rocambolesques. L’histoire d’Ansa est en effet tellement folle que c’est tout simplement dans un monde parallèle qu’il semble évoluer ! Et on songe plus d’une fois aux livres de Carlos Castaneda et à sa rencontre avec don Juan. Or, on sait que les livres de Castaneda relèvent de la pure invention.

Depuis, Luis Ansa a signé des livres de son propre nom. Le site Babelio nous apprend que « fort de son expérience, en 1988, Luis Ansa a fondé, à Paris, l’association « La Voie du Sentir, Art du Secret » qui propose une approche nouvelle de la vie intellectuelle de l’homme occidental : la Voie du corps sensitif, hors du plan mental où se situent le rationalisme, la pensée logique et le concept. Pendant de longues années, des psychothérapeutes, des psychologues et des psychanalystes ont suivi cette formation qui a abouti en 2009 à la création du Collège International de la Thérapie Sensitive de Paris. » Luis Ansa est décédé en 2011.

 

Les sept plumes de l’aigle d’Henri Gougaud (Seuil, 280 pages, 7,60 euros)

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