Le blog de Menon

06 novembre 2011

Du Jardin d'Eden

Tout le monde croit que le Jardin d'Eden dans lequel vivent Adam et Eve est le Paradis des Chrétiens. C'est faux. Ce Jardin – le texte biblique le pose clairement – se trouve sur la terre au confluent de quatre fleuves (Genèse 2, 11-14). On a du mal à les identifier de façon certaine, mais il semblerait selon André Chouraqui qu'il s'agisse du Nil blanc, du Nil bleu, du Tigre et de l'Euphrate. Le Paradis (de Pardes, jardin) n'est pas dans l'au-delà, mais terrestre. A la fin des Temps, les Chrétiens vivront dans la Jérusalem Céleste qui descendra sur Terre (Apocalypse, 21, 9-27).

La compagne d'Adam ne se nomme pas Eve. Mais Isha (Genèse 2, 23), la femme en Hébreu (Ish, l'homme). Ce n'est que peu avant l'expulsion d'Eden qu'elle devient Eve ou Hava, Vivante en Hébreu. Dans les deux cas, c'est Adam qui la nomme. Adam vient de adama, terre ou glèbe en Hébreu. Mais Adam signifie aussi Homme. En fait, quand on parle d'Adam, on parle de l'Humanité.

Après leur expulsion, la Bible précise que « [Dieu] fait demeurer au levant du jardin de Eden les Keroubîms et la flamme de l'épée tournoyante pour garder la route de l'arbre de vie. » (Traduction d'A. Chouraqui). En Français, on traduit Keroubîms par Chérubins. Ils n'ont pas du tout l'apparence des toiles de maîtres. Ce ne sont pas de petits anges potelés, mais des hommes animaux comme les monstres égyptiens, le sphinx. Par ailleurs, soulignons que toutes les interprétations de ces versets portent sur le fait que les Keroubîms bloque l'entrée du jardin. Il appartient à Paul Nothomb d'avoir saisi que rien ne permet de l'inférer et même mieux, que les Keroubîms pourraient « garder la route » comme les aiguilleurs gardent l'accès à la piste d'atterrissage.

De deux choses l'une, donc : soit Eden est sur Terre et il faut donc croire que des Anges en bloquent ou en marquent la localisation armés d'épées de feu. Ou bien, il faut considérer qu'Eden est un état et que les Keroubîms sont des alliés situés dans le monde de l'imago – cet entre-deux univers, plus du domaine de la terre, mais pas encore du domaine du Ciel – aidant le voyageur à le réintégrer. Mais dans ce cas là, on tombe dans une théologie de type gnostique considérant que la perfection se situe à l'origine et que la réintégration de l'Homme au Paradis est son bon devenir. Point de vue tout à fait discutable. Selon l'Apocalypse, il n'est pas question de réintégrer le jardin mais de vivre dans la nouvelle Jérusalem, en compagnie de Dieu. Or, la ville a été créée par Caïn, le meurtrier d'Abel. Par nature, elle est donc mauvaise. La Jérusalem Céleste constituerait donc la première cité réellement sainte, fondée non par l'Homme, mais par Dieu.

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10 octobre 2011

De la vie de Jésus

21 siècles après sa mort, personne ne sait qui fut vraiment Jésus. Chaque religion, secte, philosophe, écrivain ou libre penseur s'emparant de lui prend un malin plaisir à ne sélectionner que ce qui leur permet de construire leur thèse, excluant tout ce qui pourrait les forcer à remettre en question leur vision des choses. L'un affirme qu'il n'a jamais existé, l'autre qu'il fut un révolutionnaire cruel ; un tel affirme qu'il n'était qu'un prophète, l'autre assure qu'il était fils de Dieu ; celui-ci nous assure qu'il était crypto-bouddhiste, l'autre prétend qu'il était Aryen et antisémite. Mais après tout, pourquoi pas extraterrestre ? Hein, pourquoi pas ?!

Et les Evangiles ? Certains les disent écrits dans un bon grec (pour Luc) ; d'autres démontrent qu'une telle affirmation ne tient pas la route. Celui-ci nous assure qu'ils ont été écrits au 4e siècle mais l'autre démontre avec autant d'assurance qu'ils ont tout au contraire été conçus du vivant même de Jésus. Et tout se vaut, tout se tient. Les textes, étudiés par leurs soins, se plient magnifiquement à leur vision des choses. Une citation par ci, une par là et le tour est joué. On ne parle pas du contexte historique de l'époque ou encore on le surévalue. On cite le Talmud, les Pères de l'Eglise, les physiciens de la physique quantique, le pape, etc. Bref, on fait tout ce que l'on peut pour obtenir que Jésus devienne conforme à notre vision des choses.

Il est devenu impossible, semble-t-il, de savoir qui il fût réellement. Mais reste quatre Evangiles qui sont parfaitement clairs, eux, 21 siècles après la naissance de celui qui se disait le fils de l'Homme. Au-delà des gloses, lectures, anathèmes et autres conneries, on peut tout simplement les relire et envoyer paître les donneurs de leçons et autre « moi j'ai mieux compris que tout le monde ! » Et après tout, qu'importe que Jésus fut ou ne fut pas, qu'il aura été comme ceci ou cela si ses enseignements restent lettre morte. Finalement, c'est à cela qu'arrivent tous ces braves essayistes. Ils ont réussi le tour de force de le mettre à mort en jetant une ombre insoluble sur lui. Cachez ce Christ que je ne saurais voir !

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28 septembre 2011

Freud, Stoker et Doyle

Qu'on songe un instant aux accointances littéraires entre Sigmund Freud, Bram Stoker et Conan Doyle. Le père de la psychanalyse ressemble beaucoup à Van Helsing, dans le roman de Dracula (première période, quand il livre ses premiers écrits sur l'hystérie avec Joseph Breuer, et verse dans un kabbalisme de bazar avec son « copain » Fliess) et écrit peu ou prou comme Conan Doyle ses enquêtes de Sherlock Holmes (au point où nombreux sont ceux s'interrogeant sur le caractère imaginé de ces cas : Onfray, dernièrement).

La psychanalyse ne cherche-t-elle pas à débusquer le vampire/le désordre psychologique de sa tanière pour libérer l'individu de la ténèbre ontologique ? Et pour y arriver ne s'agit-il pas de bâtir un récit à la Sophocle permettant d'inférer du meurtre/symptôme l'historicité du crime/de la souffrance ? Récit sans lequel on ne peut arriver à aucune conclusion ? Récit qui serait donc la condition absolue de la guérison ?

Cela apparaît bien comme une évidence. Ce qui rend les prétentions scientifiques de la psychanalyse des plus discutables. Et les jeux littéraires d'autant plus intéressants. Du cadavre exquis à l'écriture automatique en passant par le jeu de rôle il n'est pas innocent que le crime que l'un cherche à tout prix à éluder aux yeux des autres ne soit pas un des enjeux majeur auquel cherche à répondre la littérature. L'écrivain a donc pour fonction de débusquer le vampire – toute écriture est en réalité un aveu d'un non-dit. Non-dit qui l'a rend d'autant plus vibrante.

Freud, Stoker et Doyle ? La parole qui guérit l'âme, le vampire qui vole le sang et le détective qui remet le sens là où se trouve le désordre. Sainte trinité de la médecine de l'âme.

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29 août 2011

Petit bréviaire...

Tuer le temps : le privilège des gens heureux.

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Petit bréviaire...

Quand je mange, arrive un moment où seul le goût de la nourriture occupe mes pensées. De là je comprends mieux les boulimiques.

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17 août 2011

Petit bréviaire...

La vanité, comme l'orgueil, n'a qu'un temps. Une fois qu'on se retrouve seul et misérable, on oublie très vite les questions d'étiquettes personnelles.

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Petit bréviaire du dépit de soi...

 

J'ai beau retourner le problème dans tous les sens : je crois que je suis malheureux pour le reste de ma vie.

 

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02 août 2011

Exotérisme, ésotérisme et occultisme

 

Que n'entend-t-on pas dire sur l'ésotérisme et l'occultisme ! Nous allons clarifier ici ces notions a priori complexe par des exemples simples en commençant par la notion de base, inconnue de tous, l'exotérisme.

Prenez une voiture. Vous faites tourner la clé de contact pour démarrer le moteur. On vous appris le code de la route et la pratique du volant fait de vous un conducteur prudent et responsable. Eh bien, par cela, on désigne l'exotérisme en religion. Si vous êtes membres de l'Eglise catholique, vous avez reçu les sacrements, vous connaissez les prières d'usage, vous savez comment vous comportez dans une église et ma foi, cela n'est déjà pas si mal.

Maintenant, imaginons que votre voiture a des ratés. Que faites-vous ? Vous allez voir un garagiste. Et c'est lui le tenant de l'exotérisme. Car vous savez bien qu'il ne suffit pas de tourner la clé de contact pour que la voiture roule. En réalité, sous le capot se trouve un moteur et dès que votre voiture ne veut plus avancer, vous voilà perdu. L'ésotérisme, c'est donc la connaissance de ce qui est sous l'emballage. C'est aussi l'expérience de la conduite dans des situations de crise ou d'urgence comme par exemple de rouler sans phares sous une pluie battante. Si vous êtes membre de l'Eglise catholique, vous savez alors « lire » la devanture d'une cathédrale, ou son intérieur. Vous saisissez ce qu'un geste ou une célébration traduisent en réalité. Même si le célébrant semble lui-même l'ignorer, vous percevez la réalité métaphysique de son acte.

Reste l'occultiste. Celui là est un drôle de coco ! Il vous racontera qu'en parlant avec amour à votre voiture, elle vous obéira. Il vous fera savoir que changer la housse du siège pour une housse à bille améliorera votre confort et vous assurera ainsi une meilleure conduite. Il vous conseillera de toujours avoir une petite bouteille d'eau à portée de main, etc. Il ne ment pas. Il dit même la vérité. Mais il croit avoir compris le secret de l'engin alors qu'il surajoute à ce qui est caché et dont il ne soupçonne rien. Dans l'Eglise, il vous chuchotera que Jésus n'a jamais existé ou encore qu'il y en a eu deux... ou bien, que l'Eglise cache les vrais textes sacrés sous clés par peur de communiquer la vraie science au fidèle mais que, dieu merci !, lui y a eu accès. D'ailleurs, si vous souhaitez rejoindre son groupe de fidèle lors de la prochaine réunion...

De fait, tout pratiquant d'une religion a normalement accès à sa facette exotérique. Normalement... pour l'occultisme, les ouvrages abondent. On en trouve tellement qu'on ne sait plus où donner de la tête. Pour l'ésotérisme, terra incognita : seuls Fritjoch Schuon et René Guénon sont dignes de confiance. Et encore...

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01 août 2011

Des litanies

La litanie ressemble à un chant ou encore à une mélopée. Elle commence et termine toujours par les mêmes formules de dédicaces et de suppliques à Dieu. Le corps du texte, lui, constitue en un appel à caractère envoûtant adressé soit à un Ange, un Saint, à la Vierge, au Sacré Coeur, etc. On en lira un exemple en cliquant ici.

De ce que le profane appelle la magie, la litanie est ce qui se tient au plus près par le fait qu'elle se récite à haute voix en formule répétitive – on souligne une qualité du Saint, ou de l'Ange du type « Lys de pureté » et on ajouté « Priez pour nous ». En cela, la répétition marquée et scandée provoque un effet à caractère hypno-psychologique.

Plus clairement, on dira que la mélopée provoque une modification de notre chimie interne par l'appel à une source de chaleur qui, à l'instar de celle faisant bouillir l'eau, brûle nos scories du cortex de façon à libérer l'esprit.

C'est à tendre et à toucher au Ciel que vise la litanie. Elle déverrouille les ailes du pèlerin afin qu'il prenne son envol. « Planante », elle libère sans conditionner par ailleurs comme le fait la drogue. En cela, elle est puissante et magique.

Tout le monde peut la pratiquer et elle n'implique aucune préparation particulière. Il suffit de la lire, recueilli, à haute voix, au calme et de prendre son temps. Réciter son intégralité en laissant chaque mot nous pénétrer et sentir son esprit s'apaiser et se libérer de sa pesanteur.

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31 juillet 2011

La Kundalini et le mal de dos

 

La Kundalini est censée être l'énergie spirituelle de l'Homme, selon l'Hindouisme. Représentée sous forme d'un serpent lové caché en dessous des parties génitales, la Kundalini doit s'éveiller et remonter le long de la colonne vertébrale jusqu'au cortex cérébral où elle trouvera son point d'accomplissement : l'Eveil. En somme, nous avons là une bonne idée de ce qui cause des problèmes de dos et d'en quoi les problèmes de dos constituent une question d'ordre ontologique et psychologique de première importance.

L'enfant, dans un premier temps, dépend de son parent qui le tient dans ses bras. Il tolère alors la position assise dans les bras, ou la position allongée. Dans un second temps, il peut se mouvoir à quatre pattes. Dans un troisième temps, il répète ce que lui a enseigné son parent, à savoir la position assise mais sans son aide. Enfin, il se tiendra debout et, corollaire, marchera. Ainsi, se tenir debout – droit – c'est se reconnaître comme semblable à son parent en cela qu'on entreprend de traverser le monde non plus comme un pseudo-hominidé. En effet, à l'exception de quelques rares animaux comme le kangourou, les bêtes se tiennent dans une position horizontale plutôt que verticale. L'Homme, lui, se tient debout. Cette position, si elle n'est pas unique, n'en est pourtant pas moins singulière puisque de prime abord, l'enfant ne peut pas se tenir debout seul. Il s'agit donc d'un apprentissage là où pour l'animal, la position adviendra instinctivement. L'enfant, s'il est maltraité ou souffrant, pourra ne pas posséder la position verticale.

Ceci étant admis, on comprend mieux ce qui se trame dans le mal de dos. Le problème de la verticalité. Trop cambré, trop raide, courbé, déformé, etc. le dos témoigne d'un parcours humain problématique. Ne pas être droit, c'est à la fois ne pas se tenir droit et ne pas se tenir comme un Homme. Celui qui est vouté est qualifié de simiesque ou encore de malveillant. Celui qui est droit comme un 'i' tient les autres sous son regard et relie le Ciel et la Terre en une figure phallique promesse de vie.

C'est pour cela qu'on désignera ainsi le mal de dos : déficience de l'imago paternelle. Qu'on n'aille pas reprocher cela à la mère ! Cette dernière initie au langage ; elle est la 'première Autre' et par là rend le monde sensible et compréhensible. Le père, lui, a pour fonction de trancher le noeud gordien entre l'enfant et la mère pour introduire définitivement au monde. Celui-ci a été nommé ; désormais, il pourra être pénétré (et je file la métaphore) : rentrer dans le monde, c'est l'ensemencer de sa propre qualité. « Deviens ce que tu es », de Nietzsche.

Mais celui qui souffre du mal de dos témoigne, dans sa chair, que son métier d'Homme ne lui pas été enseigné correctement par son père. Ce dernier a pu, par exemple, ne lui faire voir de la coupure avec la mère que l'aspect castrateur et pas l'aspect libérateur. Peut-être n'a-t-il pas seulement donné à son enfant la part virile en lui pour l'assurer que ce qu'il doit devenir en vaut la peine – la formule de Nietzsche peut en ce cas faire angoisse !

Ainsi, de plus en plus jeunes sont les personnes souffrant du mal de dos. Parfois, dès l'âge de 14 ans, elles transcrivent, dans leur être – cette pauvre colonne vertébrale – que la rigueur a fait défaut. Rigueur qui devrait être pleine d'amour ; rigueur qui devrait aider à se redresser, à se positionner, à se maintenir et à avancer. De là une responsabilité du père, cruciale.

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