Le blog de Menon

Le grand Meaulnes d’Alain Fournier

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Dans un petit village de Sologne, François Seurel – fils de l’instituteur – reçoit la visite d’Augustin Meaulnes, un nouvel élève que sa mère laisse en pension chez sa famille. Admiratif à l’égard d’Augustin, tout comme ses camarades de classe, François se désespère lorsque son nouveau camarade disparaît accidentellement, un jour où il se rendait à la gare. Après plusieurs jours d’absence, Meaulnes raconte à François l’extraordinaire noce à laquelle il a assisté ainsi que la jeune et mystérieuse femme qu’il y a raconté.

Roman initiatique adolescent, Le grand Meaulnes évoque – dans une atmosphère romantique paysanne – l’entrée de deux jeunes hommes dans l’âge adulte ; une initiation qui obligera Augustin Meaulnes à abandonner ses illusions de l’enfance (la fameuse noce à laquelle il assiste est dépeinte comme une fête merveilleuse évoquant fortement l’univers du petit peuple à laquelle la paysannerie française est attachée) pour devenir un homme (d’où le mariage et la naissance de sa fille).

Seul et unique roman d’Alain Fournier tombé au champ d’honneur en 1914, Le grand Meaulnes est un roman culte pour la jeunesse française qui y a vu l’expression de ses passions et tourments, donnant une grande place à la camaraderie, à la parole donnée, mais aussi à l’amour et au féérique. On pourrait, paraphrasant Charles Baudelaire, s’écrier : Le grand Meaulnes ? C’est l’enfance retrouvée.

 

Le grand Meaulnes d’Alain Fournier (libre de droit en livre numérique chez Bibebook)

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La pensée est votre ennemie – Entretiens fracassants avec U.G. (Les Deux Océans)

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Après Le mental est un mythe et Rencontres avec un éveillé contestataire, je lis pour la troisième fois U. G. Krishnamurti avec La pensée est votre ennemie. Le sous-titre de l’ouvrage, Entretiens fracassants, n’a rien d’un effet de style. Effectivement, ici tout comme ailleurs, lorsque U. G. Krishnamurti prend la parole, il devient iconoclaste.

Mais avant de rentrer dans le détail, il faut savoir pourquoi on considère U. G. (1918-2007) comme un maître spirituel ; alors même que, pour lui, il n’existe aucun dieu et aucune marche spirituelle (mais nous reviendrons aussi sur ces points).

I/La « calamité
Alors qu’il atteint sa quarante-neuvième année, U. G. vit, un jour, une transformation physique qu’il appelle sa « calamité ».

U. G. éprouve une transformation radicale de tout son être, une transformation de sa conscience et une transformation de son corps. A l’issu de cette « calamité » relatée avec force détails dans Rencontres avec un éveillé contestataire, U. G. dut réapprendre tout ce qu’un Homme sait, comme s’il était un enfant. Il repartit de zéro et devint un autre. A compter ce de jour, il ne fut plus réellement un homme, mais « un ordinateur ». Son esprit devint un simple filtre traitant de manière factuelle les données ; il était toujours capable d’interactions sociales ; mais, lorsqu’il se retrouvait seul, U. G. ne percevait plus ni envie, ni manque, ni rien. Face à un interlocuteur, il ne faisait plus de différence entre lui et l’autre. Pour lui, tout était relié dans une même chaîne. Car seul notre mental organise et filtre le réel. Il nous fait croire qu’il existe des choses bonnes ou mauvaises, du bon ou du mauvais, du laid ou du beau.

Désormais, pour U. G., il n’y a plus rien que le flux de la vie. Son corps est tout son être. Il n’y a donc ni dieu, ni diable ; ni réincarnation, ni vie après la mort. Il n’y a rien qu’une vie, intense et fabuleuse ; puis, ensuite, plus rien ; un rien ne pouvant être pensé.

II/L’ascèse spirituelle
Par ailleurs, il n’existe rien de concret sous le vocable d’ascèse spirituelle. U. G. estime que sa transformation s’est produite indépendamment de tout son riche cheminement spirituel auquel il a pourtant consacré sa vie.

Il pense, par ailleurs, qu’il est impossible à quiconque travaille son cheminement spirituel d’arriver à quoi que ce soit. Lorsqu’on l’interroge sur ce sujet, U. G. explique quelque-chose comme : Vous cherchez la libération ? La libération constitue un état – le chercher signifie que vous ne l’avez pas trouvé ; Cette recherche filtre par votre mental et votre mental pense qu’on peut ne pas être libéré : vous ne pouvez donc pas l’être ; le jour où vous comprendrez qu’il n’y a aucune libération, vous serez libéré. Et vos prières, méditations et autres pratiques spirituelles ? Laissez tomber ! ne faites rien ! ne vous demandez rien ! Ca viendra ou pas…

Ce qui lui est arrivé à lui, Bouddha ou Jésus est la conséquence de l’Evolution ; que cela arrive à une poignée d’individus par le jeu de la mutation génétique ; et que personne ne peut atteindre cet état par un effort quelconque.

III/Les sources philosophiques d’U. G.
Pour notre penseur, toutes nos souffrances viennent du mental. Ce dernier est spécifique à notre espèce. Le mental, en catégorisant et classifiant, nous a permis 1) de rentrer dans un mode de conscience réfléchie ; 2) de nous développer au-delà des limites classiques à une espèce et de devenir l’espèce dominante. Seulement, ce même mental a induit deux problèmes : 1) nous croyons qu’il existe une permanence de notre égo (un Je qui parle) alors qu’il n’y a aucun Je, aucune identité, juste un corps vivant ; et 2) nous pensons qu’il existe un temps avec une succession d’évènements raccordés les uns aux autres (c’est-à-dire l’expérience) – de fait, nous ne vivons pas le moment présent ; a contrario, nous classifions, structurons nos expériences dans un projet chronologique au lieu de considérer toute expérience comme unique et, par ailleurs, si nous supprimions cette obsessions de la continuité, nous vivrions sans conscience et dans un pure ressenti instinctif propre à celui des animaux.

Par ailleurs, U.G. pense que notre mental filtre tout. Par exemple, nous ne pourrons jamais pleinement vivre un coucher de soleil : lorsque nous le regardons, notre mental analyse, classifie, structure l’expérience. Nous ne regardons donc pas le soleil se coucher ; nous le pensons. Tout est ainsi chez lui : Vous méditez ? Mais vous ne pouvez pas chasser votre esprit en méditant puisque méditer est une activité… de votre esprit. Donc, éloignez ses pensées par d’autres pensées n’a aucun sens. Perte de temps. Ne rien faire vaut tout autant…

Cet iconoclasme ravageur et excitant, U. G. prétend l’avoir compris depuis sa « calamité ». On pourra lui faire remarquer que des philosophes comme George Berkeley, David Hume ou Claude Tresmontant ont clairement soulevé tout cela bien avant lui, au moins pour les deux premiers.

En conclusion…
Faut-il estimer que La pensée est votre ennemie ne serait qu’une synthèse de philosophie sceptique et/ou idéaliste ? Nullement. Je pense qu’U. G. ne dit pas clairement la vérité. Il est impossible que ce qui lui soit arrivé se soit produit indépendamment de 49 années de vie spirituelle. Au fond, ce qu’il dit parlera à ceux engagés sur la voie de la recherche spirituelle et correspond à une forme de lâcher-prise salvateur. Il s’agit, à un moment, de tout abandonner, de comprendre que la fin de toute souffrance arrive non pas parce qu’on la recherche, mais par surcroît. Une fois l’impasse atteinte, l’on accepte le fait qu’il n’y a plus rien derrière le mur, alors le mur se fissure et laisse le passage s’ouvrir à condition que l’on comprenne qu’il n’y a ni mur, ni prisonnier et ni sortie. Mais comme le dirait U. G., cette compréhension ne sera jamais effective car elle passe par le mental. Il faut tout perdre. Se perdre définitivement. Et ensuite ? Il n’y a plus rien à dire.

 

La pensée est votre ennemie – Entretiens fracassants avec U.G. (Les Deux Océans, 128 pages, 19,27 euros)

 

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Shiva de Marie-Luce Barazer-Billoret et Bruno Dagens (Découvertes Gallimard)

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Richement illustré et écrit dans un langage accessible, ce volume issu de la collection Découvertes Gallimard s’intéresse à Shiva. Il s’agit, à en croire les auteurs, du Libérateur des âmes et du Maître des dieux au sein de la trinité hindouiste constituée de Brahmane, Vishnou et Shiva.

Dieu dionysiaque, Shiva est celui qui, en dansant, crée et détruit des mondes ; à la fois rédempteur et destructeur. On le reconnaît à sa couleur bleu, à son serpent, son trident ainsi que son linga (pylône phallique).

Si ce petit ouvrage s’avère plaisant à consulter, l’on aurait apprécié que les auteurs fassent un sort à l’absence de système fermé au sein de l’Hindouisme. En effet, si des textes établissent Shiva comme le Maître, Brahman occupe cette place dans d’autres ; et, au fond, il importe peu que tel ou tel dieu soit préféré ; l’apparent polythéisme hindou n’a strictement qu’une fonction catégorielle, tous n’étant qu’un seul et même Etre, Dieu unique en qui tous les hommes ont part.

Par ailleurs, on regrette que le livre se perde dans des considérations sur le culte de Shiva ou des fêtes indiennes. Il s’agit d’un passage obligé dans un tel ouvrage qui a une fonction synthétique, mais l’auteur de ces lignes aurait préféré une analyse plus précise de la spiritualité shivaïte. Un peu comme si un tel ouvrage, consacré à la Vierge Marie, s’intéressait plus à ses fêtes ou à ses sanctuaires qu’à son rôle dans l’économie du Salut.

Mais la collection Découvertes de Gallimard répond à des exigences précises, s’adressant avant tout à l’honnête homme voulant se constituer une bibliothèque culturelle. Le lecteur est libre, une fois cette introduction digérée, de poursuivre l’exploration.

 

Shiva, Libérateur des âmes et Maître des dieux de Marie-Luce Barazer-Billoret et Bruno Dagens (Découvertes Gallimard, 128 pages, 9,90 euros)

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Seigneur de lumière de Roger Zelazny (Folio SF)

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Et si les dieux hindous étaient en fait des expatriés de la Terre ? Et s’ils étaient partis coloniser une autre planète et, sur place, avaient utilisé leurs connaissances religieuses pour asseoir leur autorité ? Et si, un jour, un des leurs - Sam - décidait de faire voler le système en éclat en devenant le Bouddha et en préparant la destruction des dieux ?

Sur ce pitch ô combien excitant, Roger Zelazny (le magistral cycle des Princes d’Ambre, c’est lui !) signe un roman surprenant, expérimental et difficile d’accès, récompensé par le prestigieux prix Hugo en 1968.

Tout commence lorsque Yama et d’autres dieux rebelles à l’autorité de leurs frères E.T. décident de ressusciter Sam dans un nouveau corps. Ce dernier accepte de mener une seconde révolte contre le Ciel. Zelazny nous entraîne alors, sans aucune indication chronologique, dans le passé de son héros pour nous expliquer comment il est devenu Bouddha, avant de revenir au moment présent et de terminer le cycle.

Vous l’aurez compris, ce roman de SF n’a rien de facile. Le lecteur devra rester concentré tout au long de sa lecture car, outre une narration anti chronologique, Zelazny n’hésite pas à passer d’un évènement à l’autre en cours de narration sans aucune indication de paragraphe ou de saut de ligne.

Si on peut reprocher une narration parfois confuse et une fin qui se traîne, Seigneur de lumière s’impose comme une œuvre indispensable, servi par un style littéraire et maîtrisé.

 

Seigneur de lumière de Roger Zelazny (Folio SF, 400 pages, 8,20 euro)

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L’arbre de la connaissance – Essai sur la Sagesse des anciens Rose-Croix d’Erik Sablé (Dervy)

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En janvier 2001 parut aux éditions Dervy un petit essai signé de la main d’Erik Sablé - L’arbre de la connaissance. Cet ouvrage porte, comme sous-titre, : Essai sur la Sagesse des anciens Rose-Croix.

Née officiellement en 1614, la Rose-Croix serait une société initiatique dont l’ordre « n'est pas une nouvelle création, mais le gardien d'une connaissance très ancienne » (Wikipédia) prétendant révéler une sagesse cachée, oubliée. « Les manifestes Rose-Croix eurent très vite un retentissement considérable » (Wikipédia) ; et, dans l’histoire de la philosophie occidentale, les philosophes René Descartes, Gottfried Wilhelm Leibniz et Jan Amos Komenský ont été associés à cet ordre.

Pourtant, Erik Sablé le reconnaît lui-même, la Rose-Croix tient plus d’un canular qu’autre-chose. De fait, faire référence à la « Sagesse des Rose-Croix » laisse dubitatif et l’auteur ne tranche jamais. Il estime néanmoins que la Rose-Croix est la dépositaire d’une antique sagesse censée faire le pont entre l’orient et l’occident.

Erik Sablé tente alors de nous faire partager plusieurs idées et réflexions métaphysiques des Rose-Croix. Et là, les choses se compliquent puisque, comme nous l’avons vu, la pensée des Rose-Croix a tout d’une aimable plaisanterie d’étudiants. Il est donc difficile de suivre l’auteur : où veut-il précisément nous conduire ? Plus intéressante sont ses critiques sur la philosophie de Descartes. Alliée à la notion de Dieu comme Néant, elles rappellent les écrits du philosophe allemand Martin Heidegger.

E. Sablé reste hélas par trop allusif, mais signe quelques pages donnant envie d’aller plus loin, d’en savoir plus. Le chercheur devra donc consulter les ouvrages référencés dans la bibliographie. Sans pouvoir se départir d’une impression tenace de confusion.

E. Sablé compte néanmoins parmi les bons auteurs s’inscrivant dans la recherche spirituelle. Et si cet arbre de la connaissance paraît un peu touffu, qu’importe. Un peu d’effort et on finira par pouvoir en cueillir les fruits.

 

L’arbre de la connaissance – Essai sur la Sagesse des anciens Rose-Croix d’Erik Sablé (Dervy, 128 pages, 9,59 euros)

 

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Sagesse libertaire taoïste d’Erik Sablé (Dervy)

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Sagesse libertaire taoïste d’Erik Sablé (Dervy)

Singulière introduction à laquelle nous convie Erik Sablé dans sa Sagesse libertaire taoïste.

On sait à quel point le Tao-Te-King attribué à Lao-Tseu (600 av. J.-C.) s’avère sibyllin pour le lecteur occidental. (Méditons, par exemple, sur l’ouverture de ce grand texte : « La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel, etc. »). Alors, plutôt que d’en proposer un commentaire serré, Sablé a plutôt choisi de commenter la décadence de notre monde à la lumière du Tao et du mode de vie taoïste.

Au cours de chapitres brefs, en apparence très simples, mais, finalement riches, E. Sablé nous confronte à notre modernité anxiogène et perturbatrice et lui oppose à chaque instant la vision du Tao : refusant les honneurs et le mode de vie infra-mondain, le sage taoïste habite certes le monde, mais il n’est pas du monde ; il se contente d’être et de jouir loyalement de son être. Le Tao prône en effet le non-agir ; cela ne signifie pas le « rien-faire », mais plutôt d’agir sans s’inquiéter du fruit de ses actions ; et, au niveau politique, de ne pas créer de lois ou de se montrer répressif, mais plutôt de laisser le peuple se mettre au diapason des grandes vertus générées par le prince ou le maître taoïste. Il s’agit du laisser-être ; de la sérénité induite par une acceptation de tout ce qui nous entoure ; d’un stoïcisme tranquille qui fait écho, chez nous, à la philosophie de Spinoza.

E. Sablé garde, au fil des pages, le souci du concret : faisant référence aux estampes, à la poésie, à la politique, à la contemplation de la nature, il induit, chez son lecteur, un malaise quant à son mode de vie. Pas un malaise qui nous culpabiliserait ; ce malaise nous donne plutôt envie de changer de vie ; de partir à la rencontre de la Chine, d’un Autre vers lequel il serait bon de s’orienter (c.a.d, littéralement, chercher son orient.)

Ce petit ouvrage, présenté sous une très belle couverture au toucher raffiné et imprimé sur un papier glacé de belle facture, semble facile à lire, et il l’est. Mais le mettre en pratique sera bien plus difficile. Le chercheur en spiritualité en fera son miel. Libre à lui, ensuite, de lire le Tao-Te-King ou les autres maîtres du Tao. Au-delà d’un style parfois déconcertant, gageons qu’il y trouvera matière à se recentrer.

 

Sagesse libertaire taoïste d’Erik Sablé (Dervy, 136 pages, 12,17 euros)

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Le Moine et le Philosophe de Jean-François Revel et Matthieu Ricard (Pocket)

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Rares sont les livres que je ne termine pas et sur lesquels je me permets néanmoins de donner un point de vue.

Le Moine et le Philosophe de Jean-François Revel (1924-2006) et Matthieu Ricard (1946-) voyait, en 1997, le philosophe J.-F. Revel (qui avait marqué les esprits après la parution en 1957 de son ouvrage Pourquoi des philosophes) en dialogue avec M. Ricard, docteur en génétique cellulaire et devenu moine bouddhiste et traducteur officiel pour la France du Dalaï Lama.

Ce livre fit parler de lui. On loua la clarté du propos, l’intelligence des échanges et l’intérêt du face-à-face voyant se confronter la pensée bouddhique à la philosophie occidentale. Aujourd’hui, quel regard porter sur cet ouvrage ?

Il ne s’agit certainement pas d’un véritable dialogue. L’ouvrage offre en fait à M. Ricard une tribune libre pour exposer d’une manière claire, mais zélée, la pensée du Bouddhisme. Car, de son côté, J.-F. Revel semble totalement incapable d’apporter la moindre contradiction à son fils. Oh ! il s’y risque de temps et temps, mais pour un résultat nul. Alors que l’on espérait voir dialoguer deux écoles de pensées parfois aux antipodes (Descartes contre Bouddha), parfois fort proche (Spinoza, les Stoïciens), le résultat montre que J.-F. Revel n’a strictement aucun moyen de contrer M. Ricard qui a toujours raison, même quand il a tort !

En fait, Le Moine et le Philosophe a tout d’un écrit prosélyte – il vend littéralement le Bouddhisme à son lecteur qui, pour peu qu’il se sente intéressé par cette religion sans Dieu, ne peut qu’abandonner tout esprit critique. Ici, il s’agit de s’enthousiasmer pour tout ce qui vient du Bouddhisme et du Thibet et notamment de son leader charismatique, le Dalaï Lama.

Fort de ses 400 pages, Le Moine et le Philosophe se révèle parfois intéressant, mais souvent fastidieux et ressemble à un Manuel de conversation. Le livre fut un succès de librairie. On le comprend… N’en reste pas moins, qu’aujourd’hui, la lecture de ce catalogue publicitaire m’a considérablement fatigué. Et pas franchement donné envie de revêtir une robe aux couleurs rouge et jaune.

 

Le Moine et le Philosophe de Jean-François Revel et Matthieu Ricard (Pocket, 416 pages, 7,40 euros)

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À la rencontre de mystiques extraordinaires aux XXe et XXIe siècles de Christian Puljate (Guy Trédaniel éditeur)

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Une citation rapportée dans les premières pages d’À la rencontre de mystiques extraordinaires dit assez bien ce qui a poussé Christian Puljate à l’écrire. En 1972, Le cardinal Coffy, par ailleurs archevêque de Marseille, déclara : « L’extraordinaire chrétien fait partie d’une vision du monde aujourd’hui absolument dépassée, nous, croyants, nous aspirons à une foi pure, une foi dégagée de tout merveilleux… Nous voulons confesser notre foi dans le monde présent qui est un monde scientifique. » Une telle proposition semble à l’auteur le comble du renoncement au mysticisme ; mysticisme charriant, dans son sillage, des phénomènes surnaturels (stigmates, lévitation, transverbération…) proposant autant de signes (en grec, le Nouveau Testament parle de « semeion » traduit par « miracle » mais qui signifie plutôt « signe ») propres à raviver la foi du croyant et à le porter à la prière et la recherche de Dieu.

Volontairement en rupture avec l’Eglise telle qu’elle se donne à voir depuis le Concile de Vatican II (selon l’auteur, abandon des fondamentaux ; sécularisation à marche forcée), À la rencontre de mystiques extraordinaires veut passionner et fasciner le lecteur avec les vies édifiantes de saintes aussi extraordinaires qu’Yvonne-Aimée de Malestroit ou Gemma Galgani. Quelle que soit leurs nationalités, ces femmes ont fait pleuvoir les miracles autour d’elles, devenant aussi des martyrs pour leur foi – souffrances, maladies, attaques du démon...

Magistrat des juridictions administratives et ancien directeur de l’Ecole des avocats du barreau de Paris, Christian Puljate a signé de nombreux ouvrages juridiques. On pouvait donc s’attendre à des récits rappelant les minutes d’un procès, voire d’une plaidoirie. Mais, s’il y a bien un juriste en Christian Puljate, c’est clairement le Catholique pratiquant et croyant qui s’illustre ici. Pour lui, les phénomènes mystiques sont vrais. Les mystiques et leurs témoins étant, par nature, au-dessus de tout soupçon, il n’est pas imaginable qu’ils eussent pu mentir. L’auteur balaye d’un revers de main les explications psychiatriques et psychanalytiques relevant pour lui de la plus basse des analyses.

Pourtant, alors même qu’il se fait fort d’exciter la passion du lecteur pour le surnaturel et pour les miracles des mystiques, Christian Puljate peine à convaincre. Affirmant que pas un seul ouvrage consacré aux athlètes du Christ ne leur rend hommage tant ils doutent de tous les prodiges dont ils sont à l’origine, Christian Puljate veut – avec son livre – proposer des hagiographies. Hélas ! la passion qui l’habite n’est pas forcément palpable. Que l’on compare son ouvrage avec les écrits de Pierre Jovanovic (Enquête sur l’existence des Anges gardiens) ou de Didier van Cauwelaert (Dictionnaire de l’impossible ; ouvrages tous deux d’ailleurs cités par l’auteur) et l’on verra comment certains écrivains savent exalter les zélés du Christ afin de rendre palpable le merveilleux qu’ils charrient.

Toutefois, si Christian Puljate ne se hisse pas à la hauteur de ses prédécesseurs, il a le bon goût de proposer des vies de mystiques pas forcément des plus connues (sainte Mariam de Galilée ou Anna Schäffer) et pourtant édifiantes.

 

À la rencontre de mystiques extraordinaires aux XXe et XXIe siècles – Portraits de Gemma Galgani, Anna Schäffer, Yvonne-Aimée de Malestroit de Christian Puljate (Guy Trédaniel éditeur, 396 pages, 22,90 euros).

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Déchirure

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Ce monde brisé. Ce désespoir déversé dans une poche de sang.

Goute à goute, la semence infecte infiltre mon âme et corrompt mon souffle.

Je me sens avili par l’écrevisse écarlate qui se nourrit de mes déchets. La rondeur sombre du vide enlace la courbe amoureuse du récit enkysté autour de ma langue.

Qui me libèrera de la semence ? Qui me livrera ? Sarx to soma ! Haine !! Colère !! Hurlement de la bête !!

Oh Maître infâme, comme tu m’as corrompu ! Oh, comme je te hais ! Silence, pierres lugubres ! Vos plaintes meurent dans le sous-bois de mon palais.

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Poésie improvisée I

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Cette porte ouverte sur un torrent déchaîné : C'est toi, c'est nous, c'est notre vie déportée. Le pont relie notre désespoir à notre salut - mais quel que soit le soin que nous mettons à le parcourir, à quêter la sortie, nous nous sentons perdus.

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