Le blog de Menon

Le yoga du rêve de Namkhai Norbu

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Grand maître tibétain du Dogzchen, la réputation de Namkhai Norbu n’est plus à faire. Pourtant, ses ouvrages ne jouissent pas d’une grande réputation. Cela vient sans doute que, son enseignement étant oral, il confie le soin, à des disciples ou éditeurs, d’arranger ses propos pour les mettre en forme de manière thématique afin de pouvoir les publier sous forme d’ouvrages.

Ici, on peine à trouver de véritable conseils, une méthodologie claire pour pratiquer le yoga du rêve. Beaucoup de blabla, beaucoup d’esbroufe, mais, au final, très peu de contenu.

A mi-parcours, j’ai simplement reposé l’ouvrage pour un retour chez l’expéditeur. Sans maître, impossible de pratiquer un tel yoga. Lire ce livre ne satisfera que les amateurs d’ésotérisme tibétain et qui, du reste, n’y trouveront pas grande occasion de rêver.

 

Le yoga du rêve de Namkhai Norbu (Editions Accarias L’ORIGINEL, 160 pages, 16,50 euros)

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Les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz

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Etant un best-seller de la littérature spiritualité et développement personnel, j’ai ouvert Les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz avec la certitude que j’allais tomber sur un bouquin new age bas de gamme. Ma surprise fut donc totale.

S’inscrivant ans dans le courant de l’advaita-vedanta (doctrine de la non-dualité), Don Miguel Ruiz dispense un enseignement qui n’a, à mon avis, pas grand-chose à voir avec les Toltèques et tout avec celui de l’Eveil.

Partant du principe que l’homme a inconsciemment caché sa véritable nature sous le masque social qu’on le force à porter ; persuadé que nous vivons dans un véritable enfer créé à partir des rêves collectifs d’une humanité malade interdisant à tout un chacun de devenir soi-même afin de se conforter à un modèle archétypal qui doit le résumer, Don Miguel Ruiz propose de renouer avec notre Soi à partir de quatre accords :

  1. Que votre parole soit impeccable
  2. N’en faites jamais une affaire personnelle
  3. Ne faites aucune supposition
  4. Faites toujours de votre mieux

A leur lecture, tout cela semble facile et on doute fortement que ces quatre conseils puissent offrir la moindre portée spirituelle. Et pourtant…

En déclarant que notre parole doit être impeccable, cela implique de ne jamais méjuger d’une personne, de toujours tenir des propos vrais, de ne jamais céder à la calomnie ; car parler, c’est faire de la magie – toute parole positive de la blanche, toute parole négative, de la noire.

En refusant d’en faire une affaire personnelle, il s’agit de se désengager des problèmes des autres qui, projetant sur nous leurs propres phantasmes négatifs ou positifs, veulent nous réduire à ce qu’ils désirent que nous soyons.

En ne faisant aucune supposition, nous ne nous autorisons plus à nous faire des films ; nous questionnons et tâchons de comprendre au mieux de quoi il s’agit avant d’en parler.

Enfin, en faisant toujours de notre mieux, nous ne cédons plus à la détestation de nous-mêmes que la société veut nous infliger. En faisant de notre mieux, nous ne nous évaluons plus à l’aune des critères des autres, mais nous nous comportons toujours d’une manière irréprochable.

La force de ce tout petit ouvrage est de proposer, pour une fois !, une véritable méthode de transformation spirituelle simple, claire et accessible à tous et qui, mise en pratique, doit effectivement nous amener à une transformation radicale de notre mode de vie.

Les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruizcompte parmi les succès de librairie dont le succès s’avère pleinement justifié.

 

Les quatre accords toltèques de Don Miguel Ruiz (Jouvence, 144 pages, 8,40 euros)

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Milarépa, la vie de Tsang Nyôn Heruka

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La vie de Milarépade Tsang Nyôn Heruka a beau avoir été rédigée au XIVe siècle, elle n’a rien des hagiographies bêtifiantes. Rien à voir, non plus, avec La légende dorée chrétienne. Tsang Nyôn Heruka, lui-même moine et maître spirituel, a eu à cœur de collationner des documents de première et de seconde main et d’écrire l’histoire du maître avec sérieux et rigueur.
Il ne faudrait pas non plus s’emballer et parler d’œuvre d’historien (lire, à ce sujet, l’éclairante préface), mais assurément, on peut affirmer que Tsang Nyôn Heruka a voulu produire un récit honnête et édifiant, propre à inspirer les moines bouddhistes et à les motiver à persévérer dans la voie.

Milarépa commence mal sa carrière de moine. Ruiné, soumis à son oncle et à sa tante, c’est à cause de sa pauvre mère esseulée qu’il part rencontrer un lama qui lui enseigne la magie noire ( !) pour faire tomber pluie et grêle et se venger de ses proches parents. Mais, très vite, lui viennent les remords, et voilà que Milarépa se trouve un maître auprès duquel il réclame un enseignement bouddhiste cette fois-ci orthodoxe.Le maître en question va lui en faire baver, comme on dit, lui infligeant brimades sur brimades, mais toujours pour son bien. Car une fois dépouillé de son « vieil homme », Milarépa va devenir un authentique maître spirituel à son tour.

Nul doute que ce récit édifiant saura séduire les amateurs de Vies, attirés par l’aura de sainteté de Milarépa. Servi par une adaptation irréprochable, le texte se dévore. Toutefois, il faut bien reconnaître qu’autant les tribulations de Milarépa passionnent, autant on peut regretter une absence totale de doctrine bouddhiste qui laisse le lecteur face à un grand point d’interrogation. Cette Vie aurait nettement gagné à renseigner le jeune pratiquant sur la pratique du Bouddhisme, sur sa théologie, son ascèse. Forcément, un sentiment de frustration s’en suit – encore une fois, le même problème se précise : sans maître, aucun espoir.

N’en reste pas moins un livre qui tient autant du conte que de l’hagiographie et qui ne manque pas de qualités littéraires propre à ravir un large public ; et, pourquoi pas, à donner aux néophytes le désir d’en savoir plus sur le Bouddhisme.

 

Milarépa, la vie de Tsang Nyôn Heruka (Points, 240 pages, 7,80 euros)

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Ramana Mahashi, le libéré vivant, textes choisis et présentés par Ysé Tardan-Masquelier

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Auteur d’un excellent ouvrage consacré aux Upanishads, Ysé Tardan-Masquelier a collationné, sur 90 courtes pages, un florilège de textes de Ramana Maharshi recueillis par ses disciples afin de dresser le portrait de ce libéré-vivant.

Après une puissante expérience mystique à l’âge de 16 ans, Ramana se retrouve plongé dans de longues extases suite auxquelles, si on n’avait pas veillé sur lui en le nourrissant, il serait mort. C’est à l’âge de 43 ans, après une très longue méditation dans une grotte, qu’il s’installe dans l’ashram fondé par son frère. De nombreux visiteurs se rendent auprès de lui, sa réputation de saint homme le précédant.

Persuadé que le silence reste le seul vecteur valable pour enseigner l’illumination, Ramana ne parle que très peu. Ses disciples et proches témoigneront tous du sentiment de paix ressenti immédiatement à son contact. Le guru semble délivrer sa grâce à ceux restant en sa présence.

Néanmoins, nombreux sont aussi ceux à le questionner afin de comprendre comment, à leur tour, atteindre l’Eveil. Ramana, conscient de l’impossibilité, pour nombre de disciples, de se contenter du silence, accepte d’enseigner lors de causeries brèves où il dispense ses conseils et remarques.

Il existe pléthore d’ouvrages recensant les paroles du Sage. Car si on prétend qu’il a peu parlé, on peut compter facilement un millier de pages où le voit répondre aux questions de ses disciples ! Ysé Tardan-Masquelier en aura tiré une infime partie afin de donner une vision synthétique et claire de son enseignement.

Pour faire connaissance avec ce très grand sage, Ramana Mahashi, le libéré vivant, textes choisis et présentés par Ysé Tardan-Masquelier constituera une excellente introduction. Composé de sept chapitres (L’expérience initiale ; La voie : seul le Soi est réel ; La méthode : âtma-vichâra ; La recherche du Soi ; Le guru ; Les états spirituels ; Conseils de sagesse ; Pour l’amour de Dieu), il permet de saisir rapidement l’originalité et la personnalité du plus grand maître spirituel indien du XXe siècle. Libre ensuite, au lecteur séduit, d’aller plus loin, notamment en s’intéressant au volumineux ouvrage paru chez Albin Michel : L'Enseignement de Ramana Maharshi : Nouvelle édition intégrale qui semble faire autorité.

 

Ramana Mahashi, le libéré vivant, textes choisis et présentés par Ysé Tardan-Masquelier (Points, 96 pages, 6,50 euros)

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Hippie de Paulo Coelho

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Paulo est un jeune homme qui a connu une terrible expérience d’incarcération. Séparé de sa petite amie, il découvre, à Amsterdam, le magic bus qui invite les hippies, pour une somme dérisoire, à entreprendre un périple pour le Népal. Jeune femme à la recherche de l’amour, Karla jette son dévolu sur Paulo et décide de ne plus le quitter jusqu’à la fin du voyage. Mais entre les rencontres dans le bus, les démêlés avec des néo-nazis et la découverte du soufisme à Istanbul, le road trip de Paulo et de Karla ne trouvera peut-être pas sa conclusion au terminus du magic bus.

Roman autobiographique, Hippie semble – pour une fois chez Coelho ! – crédible. L’auteur a toujours prétendu raconter des histoires vraies alors que tout un chacun peut réaliser à quel point un roman comme Aleph est extrêmement romancé. Mais pour Hippie, nul doute que Coelho a consigné d’une façon sérieuse un récit de voyage de sa jeunesse.

Hélas, la mayonnaise ne prend pas. Pourtant, l’époque hippie, ses voyages culturels à bas prix, ses amours fugaces mais intenses, tout cela ne pouvait que donner naissance à un bon texte. Seulement, Coelho voit trop petit. On aurait aimé une véritable autobiographie et pas un si court chapitre de sa vie. Les personnages qu’il rencontre ne sont guère sympathiques (surtout Karla !) et, finalement, le moment le plus réussi de son histoire se passe entre lui et le soufi dont il fait la connaissance à Istanbul – passage, par ailleurs, le plus bref du roman.

Certes, on lit Hippie sans déplaisir, mais on le repose avec l’impression que l’auteur est passé à côté de son sujet.

 

Hippie de Paulo Coelho (J’ai lu, 352 pages, 7,90 euros)

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La route des Flandres de Claude Simon

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« Le capitaine de Reixach, abattu en mai 40 par un parachutiste allemand, a-t-il délibérément cherché cette mort ? Un de ses cousins. Georges, simple cavalier dans le même régiment, cherche à découvrir la vérité. Aidé de Blum, prisonnier dans le même camp, il interroge leur compagnon Iglésia qui fut jadis jockey de l'écurie Reixach. Après la guerre, il finit par retrouver Corinne, la jeune veuve du capitaine... »

Oui, je copie le résumé publié sur le site des éditions de Minuit parce que, très franchement, je n’ai compris goute à ce livre. S’inscrivant dans le courant du Nouveau Roman, Claude Simon fait peu de cas de la ponctuation ; se désintéresse totalement de sa chronologie, préférant laisser les périodes temporelles s’enchevêtrer ; et, pour finir, ne fait guère preuve non plus d’intérêt pour les relations de cause à effet, préférant écrire dans un souci esthétique antirationaliste.

Vous l’aurez compris, non seulement je n’ai pas compris grand-chose à ce roman (et je dois bien avouer que c’est ma faute. Ca ne se lit pas « comme ça » : le lecteur se voit dans l’obligation de fournir un très sérieux effort de compréhension), mais je ne l’ai pas du tout apprécié. Certes, certains passages ne manquent pas de force et, indubitablement, une réelle puissance narrative se fait sentir. Certains passages possèdent une telle densité que l’on a l’impression de contempler une tapisserie en mouvement. Mais à trop exiger de son lecteur, Claude Simon l’éprouve parfois au-delà de ses forces.

Bref : qui voudra entreprendre ce classique du prix Nobel de littérature (1985) ne devra compter que sur ses forces et consacrer à chaque page une attention totale. Il profitera alors d’un récit poétique absolu qui bouscule tout ce que l’on sait du roman et de la littérature. Que ceux qui manquent de courage se détournent : le breuvage est par trop râpeux en bouche et risque de vous laisser, le lendemain, avec une méchante migraine en guise de consolation.

 

La route des Flandres de Claude Simon (Editions de Minuit, 315 pages, 9 euros)

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American Psycho de Bret Easton Ellis

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Combien de grands, très grands romans au panthéon du XXème siècle ? Pas tant que cela. American Psycho en fait définitivement partie.

Patrick Bateman est un yuppie. Une sorte de trader (on ne saura jamais en quoi consiste son job) habillé avec de la super marque, sortant avec une beauté, cocaïnomane, fasciné par les cartes de visite grand luxe, les restaurants à la mode, Donald Trump et accro aux… meurtres. Car Patrick Bateman est un serial-killer. De préférence, il tue des femmes, très belles, après les avoir abominablement torturées ; mais il ne rechigne pas à s’occuper d’animaux ou de SDF. American Psycho est son histoire, sa confession, son tombeau.

American Psycho se mérite. Il faut bien à Bret Easton Ellis plus de cent pages avant de rentrer dans le vif du sujet. Cent pages pendant lesquelles Patrick Bateman parle de ses flexions abdominales du matin, des marques de vêtements que lui et ses amis portent, du prix de son mobilier, de ses choix au restaurant, etc. Bizarrement, cette accumulation de détails a priori sans intérêt créent un effet hypnotique chez le lecteur qui finit par se retrouver happé dans un univers où règne l’apparence, où ne compte que l’argent, où tout ce qui se voit et se respecte a un coût.

Car American Psycho est le grand roman américain anti-capitaliste. Sans doute le plus violent jamais écrit contre ce poison économique. Patrick Bateman incarne le capitalisme. Le capitalisme de séduction. Voilà  pourquoi il s’acharne plus particulièrement sur les femmes, fascinées par sa beauté et toujours avide de nouveaux objets.
Patrick Bateman est à la fois un être humain (voir toutes ses scènes dans lesquelles Ellis décrit avec une très rare justesse les crises d’angoisse de son héros) et l’incarnation du capitalisme dont il devient le couteau tranchant les chairs, détruisant des vies, broyant des individus.

(Attention ! spoilers)
Voilà pourquoi, par ailleurs, à l’instar de ce qu’on comprendre de l’excellent film qui en a été tiré, on peut légitiment, à la fin du livre, se demander si Patrick Bateman a jamais tué qui que ce soit – s’il n’hallucine pas ses crimes. Le livre se termine en effet sur des propos hautement contradictoires. Patrick Bateman pourrait bien être tel qu’il se décrit. Il pourrait aussi n’être qu’un fou en train d’halluciner. Patrick Bateman est à la fois le capitalisme et la victime du capitalisme en cela que toute crise économique ne fait que valider le processus même du capitalisme, la crise ne signalant pas un problème dans le système mais étant la condition de même de validité du système.

Et puis, il y aussi cet humour mordant. Certaines pages font vraiment rire. Car Ellis prend le plus grand soin à faire de Bateman un minable. Aussi flamboyant son méchant soit-il, il ne manque pas une occasion de le ridiculiser et de montrer à quel point ce type n’a ni goût (ses chroniques musicales), ni classe (son minable échange avec Tom Cruise dans un ascenseur). Parfois, tout de même, notamment dans ses relations avec sa secrétaire découvre-t-on que Patrick Bateman pourrait peut-être, qui sait, devenir un humain comme un autre. Mais pour notre plus grand plaisir (sadique) il n’en sera rien.

Patrick Bateman : le plus grand fils de pute de l’histoire de la littérature américaine.

 

American Psycho de Bret Easton Ellis (10/18, 544 pages, 10,20 euros)

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Les grands textes du Bouddhisme de Pierre Crépon

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Cette anthologie des grands textes du Bouddhisme se compose de la sorte :

On y trouve, pour commencer, de nombreuses entrées consacrées au Bouddhisme ancien avec plusieurs sutras du Bouddha, suivi du Dhammapada, de certaines questions/réponses du Milindapanha et, pour finir, de « quelques enseignements des anciens sutras ».
Ensuite, on peut y lire les sutras du grand véhicule (sutras du Lotus ; du Cœur ; de la Sagesse Suprême ; de Vimalakirti ; de Suramgam a; de l'Avatamsaka). Par la suite, on passe à la tradition tibétaine, au Bouddhisme de la Terre pure, et aux maîtres du Chan et du Zen  (de Bodhidharma à Taisen Deshimaru).

Comme nombre d’anthologies, ce recueil m’a paru décevant et je ne le conseillerai pas. D’une part, tous les textes ne sont pas reproduits in extenso. D’autre part, lorsqu’ils le sont, on n’y trouve aucun commentaire ou grille de lecture toujours indispensables pour saisir des textes sacrés. Enfin, une fois fini les textes sur le Bouddhisme ancien, on rentre dans une partie constituée uniquement de très courts extraits (deux pages pour le Bardo Thödol !) qui n’offrent qu’une très médiocre introduction à des pans de corpus d’une importance pourtant exceptionnelle.

Mieux vaut donc investir dans des éditions complètes plus onéreuses, mais bénéficiant d’introductions, commentaires, glossaires, etc.

 

Les grands textes du Bouddhisme de Pierre Crépon (Albin Michel, 352 pages, 9,90 euros)

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Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler

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Fille d’un avocat viennois en villégiature dans une station thermale italienne, Else apprend, par une lettre de sa mère, que son père est ruiné. Seule solution pour sauver sa situation : réclamer 30 000 florins à Dorsday, marchand d’objet d’arts et ami de son père. Très mal à l’aise, Else se résout à faire sa demande, mais, à sa grande honte, Dorsday accepte uniquement à condition qu’elle se le laisse la contempler nue, sans la toucher. Bouleversée, la jeune femme ne sait plus à quel saint se vouer : soit elle envoie son père en prison en refusant cette forme de prostitution, soit elle se comporte justement comme une prostituée.

Cette nouvelle d’Arthur Schnitzler a la particularité d’être écrite sous la forme d’un monologue. Toutes les  actions et émotions perçues le sont au prisme de l’esprit d’Else, jeune femme de 19 ans un peu frivole, éprise de liberté, espérant l’amour et quelque peur désenchantée par le comportement de son prochain.
Bouleversée par l’annonce de la ruine de son père, il lui faut un grand courage pour aborder Dorsday ; la demande de ce singulier monsieur la plonge dans un désarroi total qui la conduire à une crise d’hystérie spectaculaire.

Pari réussi pour Schnitzler qui réussit à trouver le ton : on croit à son Else, à ses fragilités et tourments et on assiste, impuissant, à la spirale infernale qui l’entraîne. Le procédé narratif s’avère redoutable : on le doit à James Joyce qui, le premier, l’utilise dans son Ulysse en 1922, Mademoiselle Else étant édité en 1924.

Néanmoins, on ne peut réduire cette nouvelle à un simple exercice de style. L’histoire de Mademoiselle Else renvoie à la notion de pudeur, de respect de soi ; à la question de la sexualité, du rôle du corps ; et de la déférence que l’on doit à ses parents et des limites que l’on doit imposer à une telle reconnaissance.
Ciselé et précis, un texte qui fait mouche.

 

Mademoiselle Else d’Arthur Schnitzler (Le livre de poche, 94 pages, 3,10 euros)

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Et si Dieu n’aimait pas les noirs ? Enquête sur le racisme aujourd’hui au Vatican de Serge Bilé et Audiface Ignace

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C’est à une enquête édifiante que nous confronte les journalistes Serge Bilé et Audiface Ignace (celle-ci ayant surtout, si je comprends bien, aidé le premier via ses connexions vaticanes). Le racisme présent au Vatican ? Et ce malgré le nombre important de prélats, prêtres et nones de couleur ? Oui, en effet.

Agression physique, petites phrases mesquines et racistes, conditions de vie minable  des prêtres issus de l’Afrique, esclavagisme et mise en prostitution des aspirantes nones de couleurs. Tout cela, étayé par des exemples tirés de la presse et des entretiens menés avec des huiles du Vatican.

Mais pourquoi, au fond, un tel racisme, s’interroge les auteurs ? Et ce, alors même que des papes issus de l’Afrique ont régné (et auraient été blanchisés !) et que de récentes encycliques dénoncent le racisme en termes clairs ? Eh bien, sans doute faut-il en remonter à la malédiction adressée par Noé à Cham et à l’association d’idées entre la couleur noir et la notion de péché.

Ce petit ouvrage se lit très rapidement et ne peut que laisser choquer et interdit. Néanmoins, il importe de souligner qu’il ne s’agit pas d’une enquête à caractère scientifique avec sondages, analyses chiffrées et recherches étayées par des sources d’archives ; non, plutôt une sorte de long article de presse. Ce qui ne rend pas les propos de Serge Bilé et Audiface Ignace moins choquants, mais qui invite tout de même à  la prudence : Et si Dieu n’aimait pas les noirs ? se veut un manifeste, pour alerter les consciences et sensibiliser l’opinion public à des faits inacceptables.

 

Et si Dieu n’aimait pas les noirs ? Enquête sur le racisme aujourd’hui au Vatican de Serge Bilé et Audiface Ignace (Pascal Galodé éditeurs, 121 pages, 15 euros)

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