Le blog de Menon

Le bonheur est en soi, approche facile de la non-dualité de Shri Ganapatrao Maharaj

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Rares sont les livres de spiritualité que j’abandonne en cours de route. Le bonheur est en soi, approche facile de la non-dualité de Shri Ganapatrao Maharaj en fait hélas partie.

Pourtant, la quatrième de couverture faisait envie : Shri Ganapatrao Maharaj (1909-2004), disciple de Shri Siddharameshwar Maharaj de Pathari, y révélerait la méthode d’Eveil de son maître, celui-là même qui forma le très grand Eveillé Nisargadtta Maharaj (Je suis). Las ! de méthode, ici, il n’est quasiment point question ; les quelques conseils ou remarques données par Shri Ganapatrao Maharaj n’aideront personne à atteindre l’Eveil.

Certes, l’auteur nous propose une excellente introduction à la doctrine de la non-dualité (Advaia-Vedanta). De ce point de vue, sa clarté aidera sans nul doute ceux qui sèchent sur ce sujet. Mais, pour le reste, tout endort. Et on a du mal, à la lecture, à croire qu’un authentique maître éveillé aura signé ces lignes pleines de clichés.

Enfin, le sectarisme de Shri Ganapatrao Maharaj et son intransigeance dans la pratique spirituelle semblent plus maladroitement exprimés que chez d’autres auteurs ; ses exigences quant à la vie spirituelle paraissent difficilement conciliables avec le mode de vie non-indien.

 

Le bonheur est en soi, approche facile de la non-dualité de Shri Ganapatrao Maharaj (Les Deux Océans, 345 pages, 21 euros)

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Les fruits du chemin de l’éveil d’Edouard Salim Michaël

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Le lecteur de cet ouvrage sera bien inspiré de ne pas lire la quatrième de couverture avant achat. Il pourrait alors s’attendre à un ouvrage new age avec des révélations reçus par channeling sur la place de l’homme dans l’univers et son destin dans le regard de Dieu. Or, rien de tout cela ici ; Edouard Salim Michaël (1921-2006) était un maître spirituel sérieux et son ouvrage aurait dût, plutôt que de s’intituler Les fruits du chemin de l’éveil, s’appeler Problèmes sur le chemin de l’éveil.

En effet, on retrouve plutôt ici une longue réflexion cyclique sur le travail de l’étudiant en spiritualité. L’auteur se montre un maître sévère, mais juste et s’autorise de sa longue et ascétique pratique pour reprocher à celui qui s’engage sur la voie spirituelle son manque d’entrain, ses excuses à son absence de travail et son refus de se désengager de toutes les attractions humaines, trop humaines.

Ce que martèle Edouard Salim Michaël tient à ceci :

-premièrement, nous sommes médiocres et nous nous contentons de répéter des prières, de lire quelques versets, etc. et nous nous faisons accroire qu’il y a là pratique spirituelle ;

-or, a contrario, la voie de l’éveil exige une attention constante et un travail sérieux. Que la maladie soit présente, que la famille soit en danger, que le monde professionnel nous harasse, aucun excuse n’est acceptable dès lors qu’il s’agit de suivre ses exercices de méditations, de prolonger un état de transe ou de se livrer à un travail de détox spirituel ;

-par ailleurs, si le pratiquant ne prend pas conscience que la moindre des activités mondaines crée en lui des perturbations monstrueuses, alors il n’y arrivera jamais. Toute écoute d’une musique profane, tout visionnage d’un film pornographique, toute immersion dans le mondain le plus vil crée automatiquement un effet aspirant qui siphonne littéralement l’énergie de l’aspirant. Il s’avère donc indispensable de se protéger des influences néfastes ;

-et donc, très logiquement, de se remettre au travail, encore et encore, afin de ressentir les fruits du chemin de l’éveil.

Tout de même, si le propos de l’écrivain force le respect et si la répétition est bien évidemment à la base de la pédagogie, n’en reste pas moins qu’Edouard Salim Michaël se répète trop. Par ailleurs, précisons bien que cet ouvrage ne propose aucune méthodologie spirituelle, uniquement des avertissements ; il faut, pour en savoir plus sur la pratique, se reporter aux autres ouvrages de l’auteur.

 

Les fruits du chemin de l’éveil d’Edouard Salim Michaël (Guy Trédaniel éditeur, 231 pages, 16 euros)

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Dans les bois de la réalisation de Dieu de Swami Rama Tirtha

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Si vous vous interrogez sur la notion d’Advataï vedanta ou Non-dualité, Dans les bois de la réalisation de Dieu – La voie de la réalisation du Soi de Swami Rama Tirtha (1873-1906) vous apportera une aide précieuse. Sage de l’Inde du Nord, ce swami (maître) assura de nombreuses conférences aux Etats-Unis au tout début du XXème siècle, peu de temps avant sa mort. Pour un public de néophytes, et dans une langue soignée, il a ainsi introduit à la doctrine de la Non-dualité qui se résume simplement à : Je suis Dieu. Je suis Dieu, et vous l’êtes. Et d’ailleurs, Tout est Dieu : la rivière, les pierres composant sont flanc et le poisson qui y nagent, mais aussi le renard du désert, la libellule qui volette, etc. Tout, absolument tout.

A partir de cette affirmation surprenant, audacieuse, et totalement folle pour un Occidental, Swami Ramdas (1884-196), un de ses disciples, a réuni ses conférences pour proposer un manuel, une sorte de guide afin de comprendre pourquoi et comment une telle affirmation aussi déraisonnable peut être vraie ; comment la vérifier ; et comment pratiquer cette spiritualité (et c’est important de le préciser :) sans quitter sa propre chapelle. Ainsi, Swami Rama Tirtha s’adresse à des Chrétiens, mais cite volontiers le prophète Muhammad ainsi de grands philosophes comme Mills, Spencer ou Emerson.

Ne l’oublions pas, l’Advataï vedanta réclame un investissement total ; une pratique dans laquelle Dieu est le seul et unique objet d’intérêt. Il ne doit rien y avoir d’autre que cela : chercher Dieu ; le louer et se louer ; devenir Dieu ; se réaliser en Dieu ; s’explorer Dieu ; se ressentir Dieu ; éprouver la divinité de son frère ; se libérer de toute haine, colère, jalousie ou ressentiment ; s’émerveiller d’amour et se fondre dans l’amour ; devenir pur amour.

Pour ce faire, Dans les bois de la réalisation de Dieu – La voie de la réalisation du Soi propose des conseils : techniques respiratoires ; émondage de la pensée ; sculpture de cette même pensée, etc. Il s’agit, sans jamais renier le Christ, Allah ou Bouddha, de se faire Dieu.

Face à un tel défi, comment ne pas se sentir perdu et impuissant ? Rien de surprenant à ce que cet ouvrage puisse parfois agacer, troubler, énerver ; mais aussi : donner à réfléchir, surprendre et émerveiller. On ne peut pas lire Dans les bois de la réalisation de Dieu – La voie de la réalisation du Soi sans se sentir interloqué. Swami Rama Tirtha est bien différent de maîtres tels U. G. ou Jiddu Krishnamurti qui prêchent une mystique agnostique, pour ne pas dire athée. N’en reste pas moins, ici, que l’on ne trouvera aucune querelle de chapelle, quasiment aucun dogme, aucun devoir autre que celui d’aimer et de rechercher Dieu – le travail d’une vie.

 

Dans les bois de la réalisation de Dieu – La voie de la réalisation du Soi de Swami Rama Tirtha (Les Deux Océans, 316 pages, 22 euros)

 

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Vous n’êtes pas ce que vous croyez être d’Alain Jacquemart

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A soixante ans, Alain Jacqumart, chercheur sur la voie spirituelle et ex-maître zen, a rencontré son guru, Bernard Harmand. Une rencontre miraculeuse pour lui, englué dans une routine spirituelle inféconde, inféodé à des rituels et habitudes qui ne lui permettaient plus de se trouver. Il est donc devenu le « disciple » de Bernard Harmand qui est lui-même un Eveillé*, ou, comme il le formule lui-même dans cet ouvrage d’entretiens, un Réalisé.

Que retenir de ce livre ? Eh bien… rien. Non pas qu’il soit mauvais, loin de là. Mais, comme le souligne A. Jacquemart, lorsqu’un maître spirituel répond à un chercheur, sa réponse concerne directement ce dernier et ne vaut pas comme une réponse de Manuel. En somme, ce livre peut se lire au hasard – en se penchant sur tel ou tel entretien (chacun d’entre eux étant précédé d’une courte synthèse qui permet de se repérer facilement) en fonction d’un besoin particulier –, ou bien lu de manière chronologique comme un « voyage » dont le but est de faire comprendre ce qui permet de trouver l’Eveil, de se réaliser.

Point négatif : l’absence de toute définition de ce qu’est l’Eveil. Sans remarques préalables sur le sujet, comment comprendre de ce dont parlent les deux amis ? Point positif : le tableau tout d’abord impressionniste puis de plus en plus net qui se révèlent une fois que l’on finit l’ouvrage.

Soyons clair : en aucune façon l’Eveil ne peut se réaliser en comprenant quoi que ce soit. Réussir à dépasser le caractère imprécis de l'expérience de Bernard Harmand ne permet en rien de se sentir capable de l’obtenir. Par contre, on y voit plus clair.

Car, souvent, les maîtres spirituels s’ingénient à préciser ce qu’est l’Eveil, mais sans jamais donner de moyens pratiques pour y arriver. Bernard Harmand, a contrario, explique que n’importe quelle méthode est bonne : celle d’une religion ; d’une voie spirituelle. Qu’importe. Le tout étant d’être passionné, de tout faire pour y arriver, quoi qu’il en coûte (et Bernard Harmand de préciser qu’il a déglingué son corps à ce petit jeu, tout comme U. G. révélait que la méditation avait bien failli l’envoyer en hôpital psychiatrique) avant, à un moment du voyage, de tout abandonner – car une religion, un rite, une méthode, etc. ne sert à rien lors du grand saut. Il faut se dépouiller de tout, jusqu’à la moindre béquille.

Si Vous n’êtes pas ce que vous croyez être – Réalisez votre véritable nature : L’essence du témoignage de Bernard Harmand d’Alain Jacquemart se révèle, au final, une lecture intéressante, on regrettera, tout de même, un style faible et un peu « gentillet ». Mais on y reconnaîtra paradoxalement le signe d’une certaine authenticité. Pas d’effet de manche. Ici, pas besoin d’un index de vocabulaire du sanskrit ou de la moindre connaissance en théologie. Tout y est limpide.

 

*Par Eveil, on entend l’accession d’une personne à son être intérieur ; lui permettant de devenir lui-même. Le dualisme n’est plus. L’Eveillé entre en communion avec tout ce qui l’entoure.

Vous n’êtes pas ce que vous croyez être – Réalisez votre véritable nature : L’essence du témoignage de Bernard Harmand d’Alain Jacquemart (Les deux Océans, 348 pages, 21 euros)

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L’Eveil, une conversion du regard d’Erik Sablé

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Il était nécessaire que paraisse un tel livre. Alors que la notion d’Eveil devient de plus en plus prégnante dans le milieu spirituel, Erik Sablé en donne une lecture globalisante, s’ingéniant à en expliquer le concept, à évoquer les conditions propices à sa manifestation avant de s’intéresser à ses implications philosophiques.

Par Eveil, on entend l’accession d’une personne à son être intérieur ; lui permettant de devenir lui-même. Le dualisme n’est plus. L’Eveillé entre en communion avec tout ce qui l’entoure. Définitivement libéré du Mental qui obstruait le Soi, nous devenons des êtres éveillés, libérés de nos déterminants. Nous naissons, à neuf, comme un enfant, avec son innocence et sa surprise face à la beauté du monde, mais dans un corps d’adulte et avec toute son expérience.

Erik Sablé prend bien la peine d’indiquer que l’accès à l’Eveil ne respecte aucune règle : pour un tel, il faudra une longue et rigoureuse ascèse (méditation, prière, etc.) sur plusieurs années ; pour tel autre, a contrario, un simple évènement et, soudain, tout bascule.

Par ailleurs, notre auteur vérifie le fait que, contrairement à ce que nombre d’Eveillés assurent, on peut – hélas ! – revenir en arrière. Car il existe un stade d’Eveillé, mais aussi des étapes conduisant vers l’Eveil et ces étapes ne sont pas l’Eveil bien qu’elles puissent laisser croire le contraire. C’est alors que de graves évènements peuvent se produire. Celui qui a vécu dans l’illumination et qui retrouve sa condition habituelle peut alors tomber dans une terrible dépression ou perdre goût à tout.

Dans une seconde partie, E. Sablé donne des repères méditatifs pour nous aider à prendre conscience du jaillissement de la pensée dans notre esprit et devenir capable d’appréhender ce mouvement, cette force, afin de s’en dégager, de ne plus lui être soumis et, ainsi, de pouvoir entreprendre une authentique libération. Mais, comme nous le dit l’Evangile de Matthieu, « il y a beaucoup d’appelés, mais peu d’élus. »

Il est néanmoins regrettable que l’auteur n’ait pas plus creusé les différentes approches et les différents témoignages des maîtres spirituels éveillés. (Peut-être en trouvera-t-on plus dans son Anthologie sur l’illumination spirituelle parue elle aussi chez Dervy en 2004 ?) On aurait aimé, par exemple, une présentation de cas plus contemporains et surprenants comme U. G. Krishnamurti ou Karl Renz. On aurait aimé un peu plus de surprise et de témoignages déstabilisants à l’instar des koan zen dont l’auteur fait grand cas comme voie d’accès à l’Eveil.

N’en reste pas moins que ce petit ouvrage permet une première approche intéressante du phénomène de l’Eveil, à condition de multiplier lectures et recherches soit pour mieux l’appréhender, soit, pourquoi pas, pour le réaliser.

 

L’Eveil, une conversion du regard – L’illumination spirituelle et ses implications philosophiques  d’Erik Sablé (Dervy, 208 pages, 12 euros)

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En quête de Dieu – Aides et obstacles sur la voie spirituelle de Chandra Swami

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Trop souvent, on oublie que la spiritualité a fort à voir avec la pratique sportive ; dans notre tradition catholique, les saints sont aussi appelés « les athlètes de Dieu ». Ce livre en est un rappel.

Pendant trente ans, le maître spirituel indien Chandra Swâmi Udasin s’est réfugié dans le silence. Cela ne l’empêchait pas de recevoir de nombreux visiteurs hindous et occidentaux qui lui posaient de nombreuses questions : Pourquoi est-ce que m’endors pendant la méditation ? Comment canaliser ma colère ? Comment dois-je manger ? Pourquoi est-ce que je juge toujours les autres ? Comment expliquer la présence du Mal dans la Création ?... Autant de questions transmises au Maître qui leurs répondaient sur « des bouts de papiers ». Ce livre, En quête de Dieu, en propose le compte-rendu.

Le lecteur occidental risque de faire la moue. Si Chandra Swâmi Udasin est présenté comme un Maître bienveillant et plein d’amour, il n’en reste pas moins un instructeur spirituel ô combien exigeant. Ainsi, le Maître s’attend à ce que le disciple médite au moins quatre heures par jour ( !) ; il ne lui est certainement pas loisible de se plaindre. Nombre de Saints furent des pères de famille – alors, pourquoi incriminer le quotidien, les responsabilités, etc. ?

Toute la journée, sans cesse, le disciple ne doit penser qu’à Dieu. Toute son existence, ses actions, ses peurs, ses aspirations, ses efforts, ses échecs, etc., tout, absolument tout, doit être offert à Dieu, tourné vers Dieu. A l’instar d’un sportif de haut niveau, le disciple doit muscler son âme pour en faire un réceptacle digne de la présence de Dieu. Après tout, les disciples qui se rendaient à l’Ashram de Chandra Swâmi Udasin ne cherchaient-ils pas à devenir des Saints ?

N’en reste pas moins, heureusement, que cet ouvrage pourra rendre de louables services à celui cheminant simplement sur la voie spirituelle. Divisé en neuf parties (Dieu existe ; Le but de la vie humaine ; Les qualités fondamentales requises sur la Voie ; Les Sâdhanâs des divers yogas ; Méditation et contemplation ; Les obstacles et les aides sur les chemins spirituel ; Questions métaphysiques ; Expériences et réalisation du Soi), il s’utilisera comme un Manuel. En fonction de notre question du moment, il est facile de trouver le chapitre, puis la section qui nous apportera la parole de Chandra Swâmi Udasin.

Ce dernier, nous l’avons dit, n’est pas un tendre. Ainsi, certaines réponses pourront choquer. On apprend par exemple que, pour un handicapé, la vie n’a aucune valeur – elle en a uniquement pour ses proches. De même, à un père ayant perdu son fils et en souffrance, Chandra Swâmi Udasin fait remarquer que c’est uniquement son attachement à ce dernier qui le peine et non pas la mort de l’enfant. Il lui suffit donc de rompre les liens et d’accepter que son fils soit avec Dieu.

Avec Chandra Swâmi Udasin, tout est système. Et le système se clos sur lui-même, n’offrant aucune exception à la règle. Tout est clair. Dieu est là. Tout est parfait. Tout est Amour. L’Esprit souffle là où il veut. C’est ainsi. Il suffit de… Il faut que… Nous n’avons qu’à… Toute souffrance est de notre ressort. Toute joie de la Sienne.

Oui, nous l’avons dit, Chandra Swâmi Udasin n’est pas un tendre. Mais aucun maître spirituel ne le fut. Ainsi, lire les Ecrits de saint François d’Assise dont on loue l’ouverture, la douceur de cœur, etc. permet de vérifier que tout part du Christ et que tout finit dans le Christ et qu’entre l’Alpha et l’Oméga de l’existence, il n’y a qu’une seule et unique voie à suivre, celle du Christ.

La recherche spirituelle sous l’égide d’un maître croyant implique l’abandon total de l’esprit critique et la soumission totale à une loi. Un autre grand maître, athée celui-ci, et qui fit scandale, U. G., parlait de « sacré business » pour qualifier ces mouvements, accusant les gourous d’être menteurs, lâches et hypocrites. On n’est pas obligé de le croire. Mais on invitera le lecteur secoué par la lecture d’En quête de Dieu à se reporter aux ouvrages d’U. G. : la confrontation des deux écrits l’édifiera certainement.

 

En quête de Dieu – Aides et obstacles sur la voie spirituelle de Chandra Swami (Le Relié, 440 pages, 20 euros)

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Evolution spirituelle de Swami Ramananda

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Maître spirituel indien, Swami Ramananda (1916-1952) a cherché, au long de ses écrits, à concilier sciences physiques, biologiques (et plus particulièrement la théorie de l’Evolution de C. Darwin) et spiritualité indienne dans le louable but de donner une assise scientifique à toute démarche spirituelle authentique.

Dans Evolution spirituelle, donc, Swami Ramananda s’intéresse au destin divin de l’homme – il questionne et s’interroge sur le but de notre existence. Pour lui, à l’instar de saint Thomas d’Aquin, l’homme est « capax dei », destiné à s’unir à Dieu. Ce présupposé évident pour l’auteur l’invite, ensuite, à s’interroger à la façon dont se développe la vie, de la bactérie à l’homme avec, bien sûr, les questions propres à la conscience.

Le résultat ? Evolution spirituelle intéressera ceux ayant besoin de concilier science et spiritualité ; tous ceux pour qui il n’est pas possible de penser la démarche religieuse dans un monde où le positivisme semble avoir triomphé.
Néanmoins, on pourra regretter le manque de souffle de l’auteur ; il ne captive pas comme un Claude Tresmontant (1925-1997) dont l’œuvre participe du même esprit que celui de Swami Ramananda, bien que C. Tresmontant soit Chrétien. Par ailleurs, on peut regretter que l’auteur se perde dans des considérations typiques de l’école Théosophique à laquelle il appartient et donc le pinaillage spirituel a quelque-chose de parfois fatiguant.

Au final, on conseillera donc plutôt ce livre à un public débutant sur la voie spirituelle car les plus aguerris des chercheurs n’auront que peu à en retirer.

 

Evolution spirituelle de SwamiRamananda (Les deux Océans, 160 pages, 17 euros)

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Le grand Meaulnes d’Alain Fournier

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Dans un petit village de Sologne, François Seurel – fils de l’instituteur – reçoit la visite d’Augustin Meaulnes, un nouvel élève que sa mère laisse en pension chez sa famille. Admiratif à l’égard d’Augustin, tout comme ses camarades de classe, François se désespère lorsque son nouveau camarade disparaît accidentellement, un jour où il se rendait à la gare. Après plusieurs jours d’absence, Meaulnes raconte à François l’extraordinaire noce à laquelle il a assisté ainsi que la jeune et mystérieuse femme qu’il y a raconté.

Roman initiatique adolescent, Le grand Meaulnes évoque – dans une atmosphère romantique paysanne – l’entrée de deux jeunes hommes dans l’âge adulte ; une initiation qui obligera Augustin Meaulnes à abandonner ses illusions de l’enfance (la fameuse noce à laquelle il assiste est dépeinte comme une fête merveilleuse évoquant fortement l’univers du petit peuple à laquelle la paysannerie française est attachée) pour devenir un homme (d’où le mariage et la naissance de sa fille).

Seul et unique roman d’Alain Fournier tombé au champ d’honneur en 1914, Le grand Meaulnes est un roman culte pour la jeunesse française qui y a vu l’expression de ses passions et tourments, donnant une grande place à la camaraderie, à la parole donnée, mais aussi à l’amour et au féérique. On pourrait, paraphrasant Charles Baudelaire, s’écrier : Le grand Meaulnes ? C’est l’enfance retrouvée.

 

Le grand Meaulnes d’Alain Fournier (libre de droit en livre numérique chez Bibebook)

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La pensée est votre ennemie – Entretiens fracassants avec U.G. (Les Deux Océans)

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Après Le mental est un mythe et Rencontres avec un éveillé contestataire, je lis pour la troisième fois U. G. Krishnamurti avec La pensée est votre ennemie. Le sous-titre de l’ouvrage, Entretiens fracassants, n’a rien d’un effet de style. Effectivement, ici tout comme ailleurs, lorsque U. G. Krishnamurti prend la parole, il devient iconoclaste.

Mais avant de rentrer dans le détail, il faut savoir pourquoi on considère U. G. (1918-2007) comme un maître spirituel ; alors même que, pour lui, il n’existe aucun dieu et aucune marche spirituelle (mais nous reviendrons aussi sur ces points).

I/La « calamité
Alors qu’il atteint sa quarante-neuvième année, U. G. vit, un jour, une transformation physique qu’il appelle sa « calamité ».

U. G. éprouve une transformation radicale de tout son être, une transformation de sa conscience et une transformation de son corps. A l’issu de cette « calamité » relatée avec force détails dans Rencontres avec un éveillé contestataire, U. G. dut réapprendre tout ce qu’un Homme sait, comme s’il était un enfant. Il repartit de zéro et devint un autre. A compter ce de jour, il ne fut plus réellement un homme, mais « un ordinateur ». Son esprit devint un simple filtre traitant de manière factuelle les données ; il était toujours capable d’interactions sociales ; mais, lorsqu’il se retrouvait seul, U. G. ne percevait plus ni envie, ni manque, ni rien. Face à un interlocuteur, il ne faisait plus de différence entre lui et l’autre. Pour lui, tout était relié dans une même chaîne. Car seul notre mental organise et filtre le réel. Il nous fait croire qu’il existe des choses bonnes ou mauvaises, du bon ou du mauvais, du laid ou du beau.

Désormais, pour U. G., il n’y a plus rien que le flux de la vie. Son corps est tout son être. Il n’y a donc ni dieu, ni diable ; ni réincarnation, ni vie après la mort. Il n’y a rien qu’une vie, intense et fabuleuse ; puis, ensuite, plus rien ; un rien ne pouvant être pensé.

II/L’ascèse spirituelle
Par ailleurs, il n’existe rien de concret sous le vocable d’ascèse spirituelle. U. G. estime que sa transformation s’est produite indépendamment de tout son riche cheminement spirituel auquel il a pourtant consacré sa vie.

Il pense, par ailleurs, qu’il est impossible à quiconque travaille son cheminement spirituel d’arriver à quoi que ce soit. Lorsqu’on l’interroge sur ce sujet, U. G. explique quelque-chose comme : Vous cherchez la libération ? La libération constitue un état – le chercher signifie que vous ne l’avez pas trouvé ; Cette recherche filtre par votre mental et votre mental pense qu’on peut ne pas être libéré : vous ne pouvez donc pas l’être ; le jour où vous comprendrez qu’il n’y a aucune libération, vous serez libéré. Et vos prières, méditations et autres pratiques spirituelles ? Laissez tomber ! ne faites rien ! ne vous demandez rien ! Ca viendra ou pas…

Ce qui lui est arrivé à lui, Bouddha ou Jésus est la conséquence de l’Evolution ; que cela arrive à une poignée d’individus par le jeu de la mutation génétique ; et que personne ne peut atteindre cet état par un effort quelconque.

III/Les sources philosophiques d’U. G.
Pour notre penseur, toutes nos souffrances viennent du mental. Ce dernier est spécifique à notre espèce. Le mental, en catégorisant et classifiant, nous a permis 1) de rentrer dans un mode de conscience réfléchie ; 2) de nous développer au-delà des limites classiques à une espèce et de devenir l’espèce dominante. Seulement, ce même mental a induit deux problèmes : 1) nous croyons qu’il existe une permanence de notre égo (un Je qui parle) alors qu’il n’y a aucun Je, aucune identité, juste un corps vivant ; et 2) nous pensons qu’il existe un temps avec une succession d’évènements raccordés les uns aux autres (c’est-à-dire l’expérience) – de fait, nous ne vivons pas le moment présent ; a contrario, nous classifions, structurons nos expériences dans un projet chronologique au lieu de considérer toute expérience comme unique et, par ailleurs, si nous supprimions cette obsessions de la continuité, nous vivrions sans conscience et dans un pure ressenti instinctif propre à celui des animaux.

Par ailleurs, U.G. pense que notre mental filtre tout. Par exemple, nous ne pourrons jamais pleinement vivre un coucher de soleil : lorsque nous le regardons, notre mental analyse, classifie, structure l’expérience. Nous ne regardons donc pas le soleil se coucher ; nous le pensons. Tout est ainsi chez lui : Vous méditez ? Mais vous ne pouvez pas chasser votre esprit en méditant puisque méditer est une activité… de votre esprit. Donc, éloignez ses pensées par d’autres pensées n’a aucun sens. Perte de temps. Ne rien faire vaut tout autant…

Cet iconoclasme ravageur et excitant, U. G. prétend l’avoir compris depuis sa « calamité ». On pourra lui faire remarquer que des philosophes comme George Berkeley, David Hume ou Claude Tresmontant ont clairement soulevé tout cela bien avant lui, au moins pour les deux premiers.

En conclusion…
Faut-il estimer que La pensée est votre ennemie ne serait qu’une synthèse de philosophie sceptique et/ou idéaliste ? Nullement. Je pense qu’U. G. ne dit pas clairement la vérité. Il est impossible que ce qui lui soit arrivé se soit produit indépendamment de 49 années de vie spirituelle. Au fond, ce qu’il dit parlera à ceux engagés sur la voie de la recherche spirituelle et correspond à une forme de lâcher-prise salvateur. Il s’agit, à un moment, de tout abandonner, de comprendre que la fin de toute souffrance arrive non pas parce qu’on la recherche, mais par surcroît. Une fois l’impasse atteinte, l’on accepte le fait qu’il n’y a plus rien derrière le mur, alors le mur se fissure et laisse le passage s’ouvrir à condition que l’on comprenne qu’il n’y a ni mur, ni prisonnier et ni sortie. Mais comme le dirait U. G., cette compréhension ne sera jamais effective car elle passe par le mental. Il faut tout perdre. Se perdre définitivement. Et ensuite ? Il n’y a plus rien à dire.

 

La pensée est votre ennemie – Entretiens fracassants avec U.G. (Les Deux Océans, 128 pages, 19,27 euros)

 

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Shiva de Marie-Luce Barazer-Billoret et Bruno Dagens (Découvertes Gallimard)

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Richement illustré et écrit dans un langage accessible, ce volume issu de la collection Découvertes Gallimard s’intéresse à Shiva. Il s’agit, à en croire les auteurs, du Libérateur des âmes et du Maître des dieux au sein de la trinité hindouiste constituée de Brahmane, Vishnou et Shiva.

Dieu dionysiaque, Shiva est celui qui, en dansant, crée et détruit des mondes ; à la fois rédempteur et destructeur. On le reconnaît à sa couleur bleu, à son serpent, son trident ainsi que son linga (pylône phallique).

Si ce petit ouvrage s’avère plaisant à consulter, l’on aurait apprécié que les auteurs fassent un sort à l’absence de système fermé au sein de l’Hindouisme. En effet, si des textes établissent Shiva comme le Maître, Brahman occupe cette place dans d’autres ; et, au fond, il importe peu que tel ou tel dieu soit préféré ; l’apparent polythéisme hindou n’a strictement qu’une fonction catégorielle, tous n’étant qu’un seul et même Etre, Dieu unique en qui tous les hommes ont part.

Par ailleurs, on regrette que le livre se perde dans des considérations sur le culte de Shiva ou des fêtes indiennes. Il s’agit d’un passage obligé dans un tel ouvrage qui a une fonction synthétique, mais l’auteur de ces lignes aurait préféré une analyse plus précise de la spiritualité shivaïte. Un peu comme si un tel ouvrage, consacré à la Vierge Marie, s’intéressait plus à ses fêtes ou à ses sanctuaires qu’à son rôle dans l’économie du Salut.

Mais la collection Découvertes de Gallimard répond à des exigences précises, s’adressant avant tout à l’honnête homme voulant se constituer une bibliothèque culturelle. Le lecteur est libre, une fois cette introduction digérée, de poursuivre l’exploration.

 

Shiva, Libérateur des âmes et Maître des dieux de Marie-Luce Barazer-Billoret et Bruno Dagens (Découvertes Gallimard, 128 pages, 9,90 euros)

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