jesus

Après avoir lu la thèse de Michel Coquet, j'en venais à penser qu'il s'était trompé. Lui-même le reconnaît dans ce livre, son premier ouvrage sur Jésus était trop confus. Voilà pourquoi il a décidé de tout reprendre dans un sens chronologique pour raconter la véritable histoire de Jésus. C'est avec beaucoup de conviction qu'il fait la lumière sur sa thèse. Comment cela se fait-il qu'aucune historien romain ne connaisse Jésus alors que ce dernier a généré de tels bouleversements en Palestine ? Question préoccupante pour l'historien. Il est surprenant que, selon le Talmud juif (commentaires sur la Loi), Jésus soit considéré comme né en – 95 de notre être et était un Juif formé à la magie en Egypte et qui avait dérobé, dans le Temple, le secret du nom de Dieu. Mais plus intéressant encore, la découverte des Manuscrits de la mer morte faisant état d'un maître de Justice des Esseniens (communauté d'anachorètes) né en – 105 avant notre être. De nombreux propos et pensées de Jésus sont lisibles sous sa plume, il a lui aussi défié le Temple, l'autorité du roi Juif et, de surcroit, a été crucifié et serait ressuscité trois jours plus tard ! Difficile de ne pas trouver cela ô combien troublant.

Ce qui pose problème, c'est de comprendre comment et pourquoi, ce n'est qu'au 4e siècle après J-C que le christianisme est né. Selon Coquet, il serait issu du mouvement essenien (logique), mais aussi nazaréen (dont on comprend mal ce qui le sépare de l'essenisme – rappelons qu'on disait de Jésus qu'il était originaire de Nazareth, ville n'ayant jamais existé ! alors que Saint Jérôme, en sa Vulgate, précise bien qu'il était nazaréen, comme son prétendu cousin Jean-Baptiste, c'est à dire, ayant été consacré dès sa naissance à Dieu : interdiction de passer le rasoir sur son crâne, interdiction de lui faire boire du vin et consécration à Dieu) et ébionite (dont on comprend encore moins ce qu'il est).

A lire Coquet, tous ces mouvements auraient vécu de l'enseignement du Maître mais quelque chose (quoi ?) ce serait passé et une communauté chrétienne se serait détachée et aurait cherché à faire de leur secte une religion d'Etat par l'aide de Constantin. Seulement, aucune information crédible ne permet de comprendre le mouvement historique.

Ainsi, pour imaginer une histoire de ce Jésus mort il y a si longtemps, l'Eglise aurait fait traduire les vieux livres des Apôtres en les amputant de leurs informations secrètes réservées aux initiés et auraient utilisés des mythes païens comme celui de Mithra et de Dionysos pour faire de Jésus le plus grand de tous les fils de Dieu. Par ailleurs, faute de connaître sa vie, ils se seraient inspirés de celle d'un zélote, brigand, Barrabas, très populaire sous Ponce Pilate.

On voit à quel point l'histoire devient soudain peu claire, pour ne pas dire délirante. Certes, Coquet règle le problèmes de l'historicité de Jésus mais on ne comprend pas comment l'Essenisme est devenu le Christianisme. Quelle étrange métamorphose s'est déroulée ? Concernant le Saint Suaire, il l'évacue d'un revers de main – or, la communauté scientifique, bien que divisée, penche plutôt pour l'authenticité du suaire. De plus, si certains éléments des Evangiles sont bien identifiés comme délirants (tout le procès de Jésus et les circonstances entourant sa résurrection sont historiquement faux et incohérents, la fuite en Egypte hautement peu crédible, etc.), comment comprendre que le texte dégage à ce point une « odeur de sainteté » ? Comment imaginer que des faussaires aient imaginé une histoire charriant l'Amour, la Compassion, la contestation du pouvoir des Hommes au détriment de la Loi de Dieu, et l'idée que tout Homme est appelé à se diviniser et devenir un Christ ? Par ailleurs, comme Tresmontant et Dubourg l'ont démontré, les Evangiles sont écrits dans un sabir de Grec qui décalque de l'Hébreu. Dans ce cas là, les faussaires, même avec des documents hébreux sous leurs yeux, n'auraient eu :
1/ qu'à écrire en bon grec, ce qui aurait été facile puisqu'ils étaient des lettrés sous la direction de l'Eglise,
2/ qu'à corriger les incohérences commises par des copistes peu intelligents et donc faire que les récits soient parfaitement logiques,
3/ éviter de faire de Jésus un juif puisque l'antisémitisme a toujours été présente dans l'Eglise.

Or, les Evangiles sont des ouvrages écrits à l'origine en Hébreu et pleins de jeux de mots hébraïques. Donc, difficile d'imaginer que tout fut écrit au 4e. Par ailleurs, puisque Eusèbe supervisait les faussaires et semblait intelligent, il aurait du faire des Evangiles des textes parfaits. De plus, dans ces mêmes Evangiles, Jésus n'appelle pas à la construction d'une Eglise : bizarre ! Cela aurait pourtant été pratique pour Eusèbe – seule la phrase où il fait de Pierre le gardien de son Eglise traite du sujet et elle est bien seule et bien suspecte. Pourquoi ne pas avoir écrit plus de choses à ce sujet et pourquoi avait fait de Pierre, un parjure, son héraut ? Par ailleurs, Jésus annonce qu'il est venu pour les brebis perdues d'Israël et refuse, dans un premier temps, de sauver les païens. Là encore, les Evangiles ayant été produits pour séduire Rome, pourquoi avoir gardé une telle idée ? Enfin, le Maître de Justice a été traité avec  violence et donc crucifié. Or, la crucifixion était un châtiment infamant. Certes, des dieux comme Mithra et Dionysos l'avaient été. Seulement là, Jésus implore la pitié de son Père et doute de sa mission : là encore, si Eusèbe voulait faire de Jésus un super-dieu, pourquoi ne pas avoir gommé tous ces moments bien gênants ?

Humain, trop humain ce Jésus des Evangiles. Il boit, fait ripaille, fréquente des prostituées, refuse de juger sur la race, mais se révèle raciste et puis, réalisant son erreur, s'excuse, ne rit jamais mais pleure devant la mort de son ami Lazare, dénonce l'hypocrisie des puissants, fait l'éloge des petites gens et souligne qu'aucun Temple ne contient Dieu et que prier se fait dans le secret de son coeur et pas dans une Eglise.

Difficile de voir dans cette création un travail de faussaire qui s'accommoderait bien mal des prétentions au pouvoir d'une secte. Alors oui, Coquet a magnifiquement clarifié les problèmes chronologiques du Nouveau Testament, oui, il a soulevé des incohérences des textes sur lesquels la discussion n'est pas possible mais il ne résout pas le problème central : comment des faux, écrits par une mafia sectaire, peuvent-ils exalter à ce point la liberté, la maîtrise de soi, l'appel à vivre une vie intense et courageuse et disent à l'Homme : « envoie le monde balader et deviens toi-même : aie confiance en toi, tu portes dans ton coeur une étincelle divine ; tu es le Temple de Dieu et si tu me suis, tu deviendras immortel... » ?