Le roman policier de Siegfried Kracauer
Le grand, l’immense problème de ce savant ouvrage consacré au roman policier tient en un mot : son style. Style abscons pour un essai d’analyse du roman policier selon une perspective néo-kantienne. L’idée est intéressante, mais le résultat proprement illisible pour qui n’aurait pas une solide culture philosophique et une certaine connaissance de Kant.
Pour les autres, ce sera un délice ! Dans un langage stylisé au prisme de la métaphysique, l’étude de Siegfried Kracauer raconte comment, dans un monde privé de Dieu, la ratio (c’est-à-dire la Raison) exilée sur terre comme l’est la Shekhinah des Juifs, s’hypostasie dans la figure du détective pour réparer la structure sociétale d’une communauté brisée par un meurtre.
« C'est une théologie du néant, où le détective, célibataire comme les ecclésiastiques, célèbre dans le hall d'hôtel les messes noires de la raison infaillible et invincible. La philosophie rationaliste elle-même s'avère être une sorte de roman policier », expliquent les éditions Payot en quatrième de couverture.
Avouez que vous ne vous seriez jamais douté du potentiel hautement philosophique d’une littérature que l’on qualifie volontiers de littérature de genre, c’est-à-dire inférieure à la littérature blanche. Précisons tout de même que ce livre fut composé entre 1922 et 1925 et ne concerne donc que les prémisses de ce genre littéraire. Il manque clairement une étude du même calibre pour la période plus récente.
Le roman policier de Siegfried Kracauer (Payot, 224 pages, épuisé)
