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Le blog de Menon
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21 janvier 2020

Les couleurs de l’amour de Rûmî, calligraphies de Lassaâd Metoui

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Le plus célèbre des mystiques musulmans, n’en déplaise aux passionnés de Hallâj, reste malgré tout, en occident, Rûmî (Mohammad Djalal Al-Din Balkhî, 1207-1273) qui fut foudroyé après sa rencontre avec Shams ed Dîn Tabrîzî, qui devint son maître ; foudroyé d’amour pour un maître, donc, qui, dans l’éthique communicationnelle religieuse soufie, devint Allah pour Rûmî afin qu’il pût aimer d’amour son Dieu avant de passer du corps concret au non-être absolu, et de se noyer ainsi d’amour en Allah.

Les poésies recueillies dans Les couleurs de l’amour témoignent du magnifique détachement de Rûmî de tout ce qui était amour humain après la mort de Shams ed Dîn Tabrîzî ; car, ici, il n’est question que de l’homme embrasé par l’amour d’Allah, baignant dans son Océan ; Rûmî ayant dépassé l’amour supra-humain enseigné par son maître, afin de connaître l’amour divin même.

Pour magnifier ces poèmes d’un authentique éveillé, les éditions Dervy ont choisi le plasticien calligraphe tunisien Lassaâd Metoui (on lui doit des calligraphies d’après des textes de Jacques Salomé ou Khalil Gibran, toujours chez Dervy). Ici, il donne la mesure de son talent par des compositions complexes : si certaines calligraphies ressortent des canons du genre, d’autres se font plus aventureuses, mêlant pleins et déliés d’essence sino-japonaise avec motifs de compositions florales en leur centre ou, parfois même, découpages et collages de calligraphies avec, par ailleurs, un travail étonnant sur les volumes dont rappelant le Pierre Soulage d’aujourd’hui.

Toutefois, au-delà de la plasticité incandescente de l’ouvrage proposé sur un beau papier glacé, on ne pourra que regretter l’absence de références quant aux sources – d’où ces poésies ont-elles été tirées ? Et, par ailleurs, pourquoi ne pas les avoir toutes reproduites in extenso, certaines étant carrément amputées de leurs vers – ce qui ne manquera pas de faire tiquer les véritables amoureux du genre (imaginerait-on un Baudelaire que l’on aurait coupé de ci de là ?). Malgré tout, ce beau livre ne manquera pas d’inviter à l’aventure spirituelle les non-musulmans ; et de pousser les croyants à se brûler à l’amour de Dieu.

 

Les couleurs de l’amour de Rûmî, calligraphies de Lassaâd Metoui (Dervy, 184 pages, 22 euros)

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