Viva la muerte !
« Voici la Noble Vérité concernant la Souffrance : La naissance est souffrance, la maladie est souffrance, la vieillesse est souffrance, la mort est souffrance, être uni à ce que l'on n'aime pas est souffrance, ne pas réaliser son désir est souffrance. » : ainsi parle le Bouddha pour qui la première cause de la souffrance est bel et bien la naissance. Ne sommes-nous pas, en pensant ainsi, au dernier degré du nihilisme ?
En effet, qu’on y songe. Si le père immonde ose lancer à son enfant un « j’ai jamais demandé à t’avoir », rarement le petit réplique par un : « Et moi j’ai jamais demandé à naître. » Pourtant, c’est bel et bien le cas. Personne n’a demandé à voir le jour – on nous l’impose.
Or, à peine nés et nous voilà déjà sous tutelle : plus tard, nous devrons travailler sans quoi nous finirons à la rue. Nous devrons aller à l’école et supporter les humiliations quotidiennes des enseignants et de nos camarades, spécialistes en tortures et manipulations, afin de mieux supporter ce que l’Entreprise – la très luciférienne Entreprise – nous prépare. A savoir : harcèlement moral, pression insupportable, et autre.
Finalement, à bien y réfléchir, le Bouddha à raison. Et on pourrait résumer toute sa Noble Vérité à la naissance. Sans elle, que de soucis en moins ! mais à dire vrai : pas même la possibilité d’en avoir, des soucis. Naître, c’est chuter dans la souffrance – d’où les théories gnostiques de la perte du Jardin d’Eden ; de la dispersion de l’Un unique ; du mythe de l’âme égarée, etc.
Pour autant, le suicide serait-il une solution ? Pour solutionner un problème, il faut apporter de quoi le résoudre. On ne résout pas sa naissance. Elle est de fait. Et même en se suicidant, on n'effacera pas qu'on a été. La souffrance est donc, à en croire le Bouddha, première et éternelle. Même la mort ne lui offre un terme.