Homélies de Jean Chrysostome sur l'incompréhensibilité de Dieu
Peut-on connaître Dieu ? Intimement ? Savoir qui il est, ce qu’il pense, comprendre sa volonté tout comme ses actes ? Au IVe siècle après Jésus-Christ, Jean Chrysostome – surnommé bouche d’or pour ses talents d’orateur – s’est posé cette question. Une réflexion toujours d’actualité : qu’est-ce que l’intégrisme religieux, sinon cette assurance de connaître les désirs de Dieu ?
Pour Chrysostome, connaître Dieu est une absurdité. En partant des épîtres de St Paul, il montre comment l’apôtre a insisté sur l'incompréhensiblité de Dieu, allant même jusqu’à parler à son sujet de néant ! Si Paul, si saint, ne peut réellement connaître Dieu, comment personne d’autre ne le pourrait ?
Jean va alors, sous la forme d’un discours de type philosophique, questionner l’absurdité consistant à croire que l’on peut prévaloir ce qu'est Dieu. En reprenant les textes des prophètes, il souligne que ces derniers ont eu à chaque fois une vision différente de Dieu et une vision inhumaine de lui, preuve que Dieu doit condescendre (se réduire, se limiter) pour s’adresser à l’Homme et que, même là, il garde quelque chose d’impossible à représenter. Ensuite, il relate la rencontre de Daniel avec l’Ange et la terreur que ce denier a ressentis. S’il ne peut supporter la vue d’un Ange, lui pourtant plein de vertus, comment pourrait-t-il supporter celle de Dieu ? Or, l’Ange lui-même adore Dieu mais ne peut supporter sa vue. Si l’Ange ne le peut, c’est parce que la vertu de Dieu est trop immense même pour lui. Donc, si l’Homme ne tolère pas la présence et la compréhension de la vertu de l’Ange, il le peut encore moins pour Dieu.
Enfin, il en revient aux Evangiles et à Jésus, celui qui a dit « celui qui me voit, voit le Père. » Il insiste sur la nature conjointe du Père et du Fils, puis sur le fait que le Christ a été notre seule source directe au Père. Comme Paul le disait : on ne connaît pas bien Dieu – sous-entendu, on le connaît quand même un peu. Cette parole de Jésus est le signe, tout comme les récits des prophètes, de cet insondable qu’est Dieu : un insondable étourdissant vis-à-vis duquel il faut faire preuve d’humilité. Car, le seul qui a connu Dieu réellement, c’est le Fils. Il nous reste donc sa Parole.
Cette édition est complétée par une introduction bien faite sur Jean Chrysostome par Jean-Yves Leloup. Une rapide biographie, les thématiques de ses homélies et une introduction aux cinq discours la composent.
Ce texte est intéressant à lire, certes parfois un peu lourd et redondant, mais toujours d’actualité. On sort de cette lecture plus humble et réfléchi, quand bien même on ne soit pas croyant. On pourra toutefois se sentir amusé : Chrysostome est à l’origine du Christianisme, il dénie à quiconque le droit de prétendre connaître de Dieu, mais que fera l’Eglise avec les dogmes, si ce n’est donner un cadre juridique et légale à la volonté et l’existence de Dieu ?
Albin Michel, 7,50 euros.
