Psychologie des foules et analyse du Moi de Sigmund Freud
Pour S. Freud, il ne saurait y avoir de psychologie collective. Bien qu’il entame ce texte fameux par une présentation et un éloge du livre Psychologie des foules de Gustave Le Bon, Freud ne peut admettre qu’il existerait, comme le pense son illustre collègue, quelque-chose qui ressemblerait à un esprit grégaire. On retrouve cette opposition marquée de Freud à la question du groupe dans son refus d’adopter l’hypothèse de l’inconscient collectif jungien. Ainsi, comme tout un chacun possède son inconscient et son histoire psychique, il n’est pas question d’imaginer que la foule formerait une entité en elle-même. Pourtant, Freud est bien embêté, car comment penser les phénomènes de foule tout en conservant l’hypothèse de l’individualisme ? Réponse : par une sophistique délicate. Ainsi, tout groupe est selon Freud mené par un leader qui, à l’instar d’un hypnologue, se mettrait à la place de l’idéal-du-moi de l’être-en-foule et, ainsi, le « dirigerait ». On voit bien pourquoi une telle conception parait hésitante. Qu’une foule soit menée par un leader, cela peut évidemment arriver mais cela n’est même pas nécessaire pour qu’une foule se forme et agisse de manière libre comme si elle ne formait qu’un seul être. Cela n’est néanmoins pas forcément faux et on peut penser que cette description correspond bien aux foules des meetings politiques. Ce texte mérite d’être donc d’être lu et étudié car les réflexions de Freud méritent d’être lues – ainsi de ses pertinentes remarques sur l’Eglise et l’Armée.
