23 mars 2008
Le Hagakure de Iocho Yamamoto
A Rome il y eut Marc Aurèle, au Japon Iocho Yamamoto. Le Hagakure – ou plutôt la sélection des 11 parchemins le composant que nous propose Guy Tredaniel, éditeur spécial dans les ouvrages liés aux arts martiaux – est un magnifique ouvrage de sagesse stoïcienne, recueil de pensées d’un samouraï qui, après la mort de son maître, s’est fait moine pour veiller sur son âme.
La noblesse et la sagesse des paroles de Yamamoto font de ce livre un ouvrage intemporel : face au monde, le samouraï est un être pour la mort. Décidé à périr dans la seconde, cet instant a dès lors valeur d’éternité. Puisque parfait, ce moment l’autorise à la perfection : la tête tranchée, le samouraï peut accomplir une dernière action ; réveillé, son esprit tend tout entier vers le service de son maître ; dans ses paroles, les mots sont polis et pudiques, se donnant comme le Cerisier offre ses fleurs, chutes de la Beauté. Que prendre à celui qui n’a rien que son honneur ? Sa vie n’étant qu’une abstraction, rien ne le retient. L’occasion, aussi, de réfléchir au fanatisme et au terrorisme que ce livre éclaire d’un jour différent : à la fois dans la compréhension du mécanisme du terroriste et aussi dans ce qui le sépare du samouraï.
Magnifique recueil, le Hagakure peut intéresser tout le monde – pratiquant martial ou simple employé de bureau – et élever tout le monde. De la même manière que l’empereur Marc-Aurèle reste un maître, Iocho Yamamoto continue d’enseigner malgré les siècles.
Guy Tredaniel, 13,70 euros.
17 mars 2008
Le traité des cinq roues de Miyamoto Musashi
Equivalent japonais de d’Artagnan, Miyamoto Musashi a écrit le Traité des cinq roues (ou cinq anneaux, selon la traduction) à la fin de sa vie pour y résumer l’essence de la Voie du sabre et parler de son Ecole qui utilisait les deux sabres. Il s’agit d’un traité plutôt technique qui aura du mal à intéresser un non pratiquant d’art martial. Il faut en effet avoir en tête des combats de kendo pour bien comprendre les tactiques enseignées par Musashi.
Ce dernier se révèle un professeur assez surprenant : rares en effet sont les maîtres à confesser la difficulté à transmettre une idée par l’écrit ! Mais Musashi est d’une grande franchise : il reconnaît naturellement que la Voie ne peut se dire uniquement par l’écrit puisqu’elle reste affaire de pratique. De plus, il n’a pas de formation philosophique particulière : Musashi s’est fait seul, apprenant l’art de la calligraphie, réfléchissant au sens de la vie… son dernier chapitre, consacré au Vide, se révèle ainsi aussi court que cryptique. Car comment transmettre ce qui ne peut être enseigné ?
En réalité, pour comprendre Musashi, faut-il soi-même être un oriental ? Pas nécessairement : on repère en effet des idées proche de celles des stoïciens chez lui (comme dans ce texte qu’il écrivit avant d’expirer) ou d’un Montaigne. Chez Musashi, on retrouve la volonté du « bien faire » : l’idée que l’Homme est une construction, une bâtisse érigée par la volonté et que la Voie est un « bien faire » permettant d’atteindre un but précis, l’excellence au combat. Et ceci au détriment du beau geste ou de l’élégance, la performance devant laisser place à l’efficacité… On pourrait aussi faire un parallèle entre la rupture de Saint Paul avec le Judaïsme (
Albin Michel, 6,50 euros.


