09 octobre 2007
L'aiguille creuse de Maurice Leblanc
Drôle de roman que L’aiguille creuse signé par Maurice Leblanc. Quatrième tome des aventures d’Arsène Lupin il se révèle, à l’instar de nombre de tomes des aventures du gentleman cambrioleur, plutôt surprenant et en décalage avec ce que l’on imagine des aventures du grand Arsène. C’est que, chez Leblanc, notre escroc et voleur a une certaine noblesse de cœur, un panache typiquement Français mais aussi la mauvais habitude de tomber amoureux, une propension à multiplier les erreurs, les accidents et à se faire rouler dans la farine, voire se retrouver à agoniser dans un coin. L’aiguille creuse n’échappe pas à la règle : difficile de parler plus en avant de ce roman sans en révéler quelques composantes. Que les lecteurs aimant la surprise la plus totale détournent donc leurs regards de cette chronique. Pour les autres qu’ils se rassurent néanmoins : je serais le plus flou possible.
Or donc, le véritable héros de ce livre, il faut le souligner, n’est pas Lupin : cela n’est pas propre à ce tome, puisque dans L’île aux trente cercueils on retrouvera cette même situation. Mais là, grande différence, puisque Isidore, personnage principal du livre, est non seulement l’adversaire d’Arsène, mais aussi un simple lycéen qui pourtant met en échec le grand détective cambrioleur ! Incroyable mais vrai ! Et plus encore, il faut bien le dire, il se révèle largement plus sympathique et intéressant que Lupin. Pour les amateurs de manga, soulignons que si on m’apprenait que les Clamp se seraient inspirées de lui pour créer certains de leurs personnages, je ne serais pas plus surpris que cela… Face à lui, Lupin se révèle vaniteux, orgueilleux, insupportable de fatuité, méprisant, minable, ayant recours à des stratagèmes indigne de son honneur. Bref, il perd de sa superbe et on s’interroge sur le désir de Leblanc : testait-il la possibilité de remettre aux oubliettes ce Lupin qui le poursuivit jusqu’à la mort pour le remplacer par Isidore ?
Au final, L’aiguille creuse pose problème : son intrigue est certes remarquable et passionnante, les coups de théâtres se multiplient pour le plus grand plaisir du lecteur qui dévore littéralement les pages, mais quelque chose ne tient pas dans le personnage de Lupin et il déçoit. Pour tout dire, j’ai cru un bon moment qu’Isidore était le vrai Lupin et que l’autre se faisait passer pour lui. C’est dire ! Sans compter, cerise sur le gâteau, que l’événement expliquant comment Lupin a pu échapper en début de livre aux gendarmes me paraît, sauf gros problème de lecture, totalement incompréhensible. Bref, autant je garde une passion pour le premier roman d’Arsène Lupin, autant celui-là se fait plomber par son héros : avouez que c’est balot.
Le livre de poche, 3,50 euros ou 5,23 euros (édition jeunesse).
02 septembre 2007
La chair de l'orchidée de James Hadley Chase
La chair de l’orchidée de James Hadley Chase rconte la suite de Pas d’orchidées pour miss Blandish. On découvre que la miss en question a eu le temps, à la fin du précédent tome, de donner naissance à une enfant, Carol, une rousse aussi incendiaire que sa mère – une idée totalement absurde, mais bon... La petite a hélas hérité de la folie de son père et se trouve confinée en hôpital psychiatrique pour l’heure. Seulement, par une nuit sombre, elle réussit à s’évader : va alors commencer une sombre et terrible histoire.
Disons le clairement : ce roman n’est pas à la hauteur de Pas d’orchidées… : Chase a cherché un donner vie à un roman plus travaillé et mieux écrit mais, dans le même mouvement, il a oublié ce qui faisait le charme de son premier livre, à savoir un ton froid et direct, une violence crue sans justification et un appétit pour le macabre. Il balaye tout cela d’un revers de main dans La chair de l’orchidée : Carol devient une héroïne qu’il magnifie et met en valeur, lui offrant quelques scènes d’anthologie grâce à sa folie ainsi qu’une sirupeuse romance. Les seconds couteaux sont heureusement toujours aussi immondes et dégueulasses, mais le romancier en fait parfois trop.
Un problème se pose aussi dans sa volonté de multiplier les rebondissements, les surprises et les embûches. Tout cela fleure bon l’artifice destiné à rallonger le livre, jusqu’à cette dernière séquence parfaitement ridicule qui conclue le livre. On sent à quel point Chase a eu une influence déterminante sur le cinéma hollywoodien en lisant ce livre : on y retrouve tout ce que le cinéma US mettra en scène par la suite. Aujourd’hui, ce livre pourrait être adapté quasiment tel quel : c’est un scénario prêt à être tourné. A de rares occasions, Chase retrouve le souffle de son premier livre notamment lorsque Carol tombe sur les Flemming, un couple complètement barré qui fiche le frisson et qu’on verrait bien dans un Massacre à la tronçonneuse…
Pourtant, malgré nos critiques, on aurait tort de croire que ce livre ne nous a pas plu. Il nous a déçu, nuance. En fait, on passe malgré tout un excellent moment à le lire : un bon roman de gare à bouquiner dans un train, un avion ou sur son canapé pour se délasser après une journée difficile. Seulement, il nous paraissait essentiel de bien faire comprendre à ceux ayant aimés Pas d’orchidées que, non, ils ne retrouveront pas le même niveau de roman. Chase s’est embourgeoisé en deux livres – entre Pas d’orchidées et La chair de l’orchidée, il a écrit Eva… Il n’aura pas perdu de temps.
Gallimard, 6,60 euros (à noter qu’on le trouve toujours dans sa vieille édition à 3,05 euros !)
30 août 2007
Crime en jaune de Dashiell Hammett
Connu pour son classique du roman noir Le faucon maltais, Dashiell Hammett signe, dans Crime en jaune, deux excellentes nouvelles du genre.
Dans la première, qui donne son titre au recueil, on suit un privé devant protéger une jeune chinoise fortunée : cette dernière a découvert que de sombres individus avaient pris possessions de sa maison durant un déplacement et l’ont ensuite séquestrée avec sa servante, mais cette dernière a perdu la vie à cause d’un nœud trop serré autour de son cou… L’histoire, de prime abord, peine à démarrer, mais finalement, Dashiell Hammett nous passionne avec de petites touches d’humour et une excellente conclusion qui donne tout son intérêt au récit. Ce dernier se déroule dans le Chinatown des années 20 et dégage une atmosphère bien décrite avec des Chinois fourbes, stéréotype de l’époque oblige.
Le deuxième texte, L’éléphant vert propose un tout autre genre de récit puisque cette fois-ci, c’est une petite frappe qui met la main sur un pactole énorme. Mais dépassé par le montant extravagant de l’argent dérobé, il va tout simplement perdre la tête : avec beaucoup d’ironie, Hammett s’interroge sur ce qui nous arriverait si nous mettions la main sur une énorme somme d’argent volée. Une nouvelle géniale.
Hélas, ce recueil date de 1973 et n’a pas été réédité depuis par Presses Pocket. On peut mettre la main dessus dans une brocante ou chez un bouquiniste. Je conseille notamment le Boulinier du boulevard St Michel sur Paris qui propose des tonnes de polars entre 50 centimes et 1,50 euros. Sachez, par ailleurs, que ces deux textes sont extraits d’un autre recueil, Piège à filles : mieux vaut sans doute mettre la main sur celui là tant ces deux nouvelles sont bonnes et se lisent vites.
Presses Pocket, épuisé.
27 août 2007
Maigret à New York de Georges Simenon
A la retraite, le commissaire Maigret accepte de servir de chaperon à un jeune homme parti retrouver son père à New York pour lequel il s’inquiète. Mais à la sortie du bateau, le garçon disparaît soudain et Maigret doit faire face à son père et lui annoncer que son fils a disparu. Pourtant, ce dernier, tout comme son homme de confiance, semblent totalement indifférents à la situation. Le commissaire devine alors que quelque chose de sinistre se trame. Aidé d’un collègue américain, O’Brien, il tente de démêler les fils du mystère.
Ce Maigret à New York ne compte certainement pas parmi les meilleurs romans que Simenon consacra au célèbre policier parisien. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un mauvais livre : il reste une coudée au dessus de la mêlée, grâce au talent de l’auteur. Mais cette fois ci, loin de Paris ou de sa province, Maigret est en peu perdu, hésitant, maladroit : bref, il a perdu de sa superbe et Simenon se met en danger, sans doute avec plaisir d’ailleurs. Pourtant, il se perd un peu et son lecteur avec, dans ses grandes rues de New York si froides. D’autant que son récit a quelque chose d’incertain et de vague qui, par moment, ne nous invite pas à nous passionner.
Malgré tout la dernière ligne droite du livre impressionne par la tension psychologique : l’interrogatoire mené par Maigret depuis New York jusqu’à la France, par le biais du téléphone est carrément magistral, d’autant qu’on n’entend que la voix du commissaire : pourtant par la seule force du style de Simenon, la voix de l’autre et ses mimiques sont audibles comme si on le voyait et quand la plaidoirie du commissaire devient soudain sauvage et assassine, le lecteur pense à peine à respirer. Rien que pour ce moment là…
Le livre de poche, 5 euros.
Le boucher de Guelma de Francis Zamponi
1945, Algérie. Les Algériens défilent au cours d’une manifestation pacifique pour célébrer la libération mais aussi pour des motifs sans doute plus complexes. La situation est tendue comme pas possible : les militaires en place sentent que quelque chose se trame : comme le parfum d’une possible insurrection. Effrayés par le nationalisme des Algériens, les militaires auraient tués un scout musulman porteur du drapeau du pays. Tout de suite, la machine s’enclenche : massacres d’européens contre massacres de musulmans. Bilan ? Si les pertes françaises sont minimes, le gouvernement algérien d’aujourd’hui annonce un chiffre de 45 000 massacres !
Aujourd’hui : Maurice Fabre, alors sous préfet durant les massacres de 1945 se fait arrêter en Tunisie et extradé en Algérie pour être jugé pour crimes contre l’humanité. Le vieil officier, tout d’abord, se cabre et conteste qu’on puisse le juger et puis, il se prend au jeu. Finalement, agacé par le cirque ambiant, par les pressions du gouvernement français, par les menaces des nationalistes algériens, il décide de tout balancer sur les massacres de 1945, révélant une terrible conspiration.
Un roman noir historique, voilà ce qu’est ce livre. Et un bon, un très bon même. Francis Zamponi a signé ses romans dans ce contexte de la guerre d’Algérie. Toujours. Pour le Boucher de Guelma, il signe un roman remarquable à plusieurs niveaux : tout d’abord par son style : le livre se dévore tout en étant bien écrit. Oh, pas d’esbroufe ou de balzaciennes descriptions, mais une maîtrise des dialogues et du monologue rendant crédible les échanges, le procès et les pensées de Maurice Fabre. Mais tout cela ne serait rien sans le scénario : et lui s’avère exceptionnel. Je n’ai pas les compétences pour juger si la théorie évoquée dans le livre est juste, mais l’auteur s’appuie sur des choses tellement exactes qu’on a plus qu’un doute en renfermant le livre. Un livre très noir d’ailleurs. Zamponi, avec beaucoup d’habileté, nous met tout d’abord dans la peau de Fabre, générant l’empathie du lecteur pour ce dernier. Et puis, au fur et à mesure les révélations tombent et mazette ! On se rend compte que l’on côtoie avec Fabre autre chose qu’un simple salaud : véritablement un malade mental.
Mettre ainsi le lecteur dans les pas d’un bourreau a quelque chose de vertigineux. Cette tentative nous renvoie à ce qu’André Glucksmann souhaitait dans Le Bien et le Mal : qu’on se demande en quoi nous sommes des Hitler potentiels, interroger notre part des ténèbres pour ne pas dire qu’on ne pouvait pas savoir. L’expérience a ses limites, bien sûr, mais chez Zamponi on se prend au jeu et franchement, on n’aime pas trop ce que l’on a vu de soi.
Seuil, 16 euros.
25 août 2007
En effeuillant Baudelaire de Ken Bruen
Au début des années 1990, après le krash boursier des années 80, les entreprises anglaises sortent de l’ère tatchérienne avec une vilaine gueule de bois : c’est ainsi que Ken Bruen situe l’action de son En effeuillant Baudelaire, dans la préface de son livre récemment édité en France. Ce contexte particulier explique le caractère et comportement de Mike Shaw, un comptable anglais très propre sur lui et qui va verser dans la folie douce suite à la rencontre avec une certaines Laura.
Ah ! Les femmes fatales des romans noirs vous exclamez-vous déjà. Eh bien, non. Ici, Laura n’a rien d’une femme fatale en faite. Juste un peu cinglée, la gamine jette son dévolu sur Mike pour une raison bien indéterminée. Et au passage, elle lui présente son père, Harry, un millionnaire qu’elle accuse d’avoir couché avec elle. En réalité, c’est appâté par l’argent à se faire que Mike se laisse embrigader dans les petits jeux pervers d’Harry qui, soit dit en passant, a un goût immodéré pour le sexe et Charles Baudelaire. Complètement à la masse, Mike va finir par simplement péter les plombs dans cet environnement pourri de fric…
Très étrange ce petit roman de Ken Bruen. Il compte environ 210 pages avec des marges blanches bien marquées et un style reposant à 90% sur le dialogue. Mais pas des dialogues à la Amélie Nothomb. Plutôt des répliques qui tombent, sarcastiques et vives, dans des chapitres composés d’une poignée de pages. Bref, ce bouquin se lit très très vite et on reste un peu confondu devant le style si direct du roman qui donne l’impression, dans un premier temps, de lire un script de film. Mais finalement on s’y fait plutôt bien. On a aussi un peu de mal avec le comportement de Mike puisque l’auteur ne précise jamais vraiment pourquoi il accepte Laura : sans l’introduction, on serait un peu largué. Enfin, et cela s’avère plus gênant, on comprend un peu mal le pétage de plomb de Mike : après tout, rien de si traumatisant que cela dans sa situation et Harry n’a rien d’un personnage capable de rendre un homme fou simplement par son comportement. Toutefois, ces défauts ne sont pas capables d’amputer l’intérêt pour ce court roman noir nerveux et cynique dont les piques à la Oscar Wilde sont délicieux à découvrir. Ken Bruen a en effet un goût immodéré pour les mots qui font mouches, les saloperies qu’on s’envoie au visage et l’étendue de la médiocrité humaine.
Fayard, 18 euros.
24 août 2007
Pas d'orchidées pour Miss Blandish de James Hadley Chase
Avec Pas d’orchidées pour Miss Blandish, voilà un pur roman noir comme je les aime : style nerveux et direct, action incessante, retournements de situations. On passe un excellent moment au milieu d’une galerie de cinglés et de petites frappes.
Tout commence lorsque la fille du milliardaire Blandish se fait enlever par trois seconds couteaux. Mais pas de chance pour eux, ils sont aperçus par la bande de Grison. A leur tête, m’man, un monstre de graisse et d’inhumanité qui va vouloir mettre la main sur la belle, tout comme son taré de fils, d’ailleurs…
Ce qui rend la lecture de cet ouvrage aussi plaisant tient à la tension qui parcourt les pages. Chez James Hadley Chase, tout peut arriver et n’importe quel personnage peut se faire refroidir d’un coup. De fait, impossible de se sentir en terrain stable. De plus, le début du livre donne vraiment l’impression de se retrouver dans Massacre à la tronçonneuse : la bande de Grison fait aussi peur que les dégénérés du célèbre film d’horreur et certaines séquences sont limites angoissantes… Dans la deuxième partie du livre, on change d’ambiance pour du roman noir plus classique, ce qui nous permet de nous intéresser aux Grison et de découvrir que certains sont finalement sympathiques (si si !). Pour terminer, la dernière partie du livre nous donne à suivre une enquête efficace qui résout l’intrigue, jusqu’au dernier coup de théâtre final. Il existe une suite à ce livre, La chair de l’orchidée : je me demande bien ce que l’auteur a pu trouver à raconter. Ce sera l’occasion d’une prochaine chronique.
De bons personnages, une bonne intrigue, des situations tendues et dures… Pas de doute, avec Pas d’orchidées pour Miss Blandish, vous aurez du harboiled et du bon !
Gallimard, 6 euros.
23 août 2007
Neuromancien de William Gibson
Publié en 1984, le roman Neuromancien a lancé et popularisé le genre cyberpunk : voilà ce que l’on apprends au gré de ses lectures sur le net. Partiellement vrai seulement, tant les commentateurs oublient l’importance de Philippe K. Dick dans la genèse du genre. Toutefois, sans ce classique de la science-fiction qu’est devenu le Neuromancien de William Gibson, Matrix n’aurait jamais existé et Ghost in the Shell ne nous aurait pas bouleversé. Autant dire que l’on aborde la lecture de ce roman avec un mélange d’excitation et de fascination.
L’histoire démarre très bien : on fait la connaissance de Case, un ancien cow boy de la Matrice, capable d’aller pirater des ordinateurs ou modifier des dossiers informatiques à l’autre bout du monde en se câblant sur une machine. Mais le jour où il a voulu se sucrer sur un employeur, ce dernier lui a fait subir une opération l’empêchant de se brancher de nouveau sur un ordinateur. Depuis, camé et amoureux de Linda Lee, une fille borderline, il vivote de mauvais coup, devant un paquet de frics à des types peu recommandables…
À un premier niveau de lecture, Neuromancien s’inscrit donc dans le genre du roman noir : on retrouve le héros dépendant, amoureux d’une fille de mauvaise vie, qui s’enfonce dans la médiocrité et finira un jour poignardé au fond d’une ruelle… Voilà pourquoi le début de l’ouvrage passionne : malgré un vocabulaire complexe, il reste accessible et on retrouve ses marques. Mais tout se complique lorsque Case rencontre le mystérieux Armitage, un employeur énigmatique. Ce dernier lui offre une opération lui permettant de redevenir un cow boy de la Matrice. Accompagné de la sexy et dangereuse Mollie, une samouraï des rues, les voilà partis à la recherche d’un fumeur de ganja et d’un illusionniste pervers pour exécuter une mission de la plus haute importance.
Mission dont on ne comprendra rien, jusqu’à la dernière page ! En effet, William Gibson a décidé de ne pas faciliter la tâche au lecteur en le promenant dans un récit abscons : on ne sait pas pourquoi les personnages agissent, on ne comprends pas forcément ce qu’ils font (vous avez intérêt à connaître le vocabulaire cyberpunk avant de vous y mettre) et par moment, on décroche complètement… Pourtant, cette rudesse de l’œuvre n’entame pas complètement l’intérêt pour le livre. Certes, il faut se farcir une syntaxe équivoque (du à l’auteur ou au traducteur ?) et ne pas toujours bien suivre l’histoire gâche forcément le plaisir, mais à l’instar d’une poésie dont on ne comprendrait pas tous les mots ou les images, on peut toujours se laisser porter par la magie. Et ici, elle fonctionne admirablement bien. Surtout dans la dernière partie, avec cette Molly dont Case ressent les moindres mouvements, confrontée à une galerie de freaks pas si monstrueux qu’ils en ont l’air… et jusqu’à ces dernières lignes énigmatiques au possible nous faisant douter de tout. Finalement, ne sommes-nous pas encore dans la Matrice ou bien assisterait-on à un miracle ?
Dans l’univers de Gibson, Dieu a en effet disparu et on peut voir tout le livre comme une réflexion métaphysique autour de cet oubli et comprendre la mission de nos héros comme la tentative de le ressusciter. Car que font Case et Molly si ce n’est éliminer des divinités pour donner naissance au Dieu unique ? On peut ainsi suivre le livre à l’aune de cette réflexion, et constater qu’il y a une tentative intéressante et osée de remettre du sacré dans un univers sans moral. Sans doute que la suite du Neuromancien (Comte Zero et Mona Lisa s’éclate) apportera un complément à notre réflexion. En l’état, on conseillera néanmoins cet ouvrage malgré une opacité certaines : mais comme toujours, on n’a rien sans rien. Souvent, dans la difficulté réside l’intérêt.
J’ai Lu, 6 euros.









