Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

08 mai 2007

Saint-Just : l'ombre des chimères de Jean-Jacques Lafaye

Sans_titre

Ni vraiment une biographie, ni non plus une analyse psychologique, qu’est-ce que Saint Just : l’ombre des chimères de Jean-Jacques Lafaye ? A dire vrai, répondre à la question pose un réel souci au lecteur que nous sommes. On serait tenté, au vu de son style dynamique et percutant, de lui donner un blanc seing, mais las, l’auteur manque en fait sa cible.

 

Posons nous un instant : quelles sont ces chimères – celles du sous titre – à l’ombre desquelles se tient Saint-Just ? Ce livre ne nous l’apprendra pas. La formulation est jolie mais l’explication absente. Le bandeau entourant le livre offrirait-il une meilleure piste ? : « L’inventeur du totalitarisme moderne » y lit-on. Première surprise, il y aurait un totalitarisme qui ne fut pas moderne. Quel serait-il ? Mystère. Du reste, qu’est-ce que le totalitarisme ? A dire vrai, ce livre n’effleurera même pas une tentative d’explication. Pour nos lecteurs, précisons que le totalitarisme « désigne des systèmes politiques dans lesquels l'état et la société sont considérés comme un tout indissociable. Une société est totalitaire quand elle veut s'occuper de tous les aspects de la vie (même et surtout les aspects intimes comme la religion, la sexualité, ...). » (Wikipédia) Peut-on dire que la France a été totalitaire sous le règne de Saint-Just ? On aurait aimé y réfléchir…

 

En fait, Jean-Jacques Lafaye n’a pas la moindre idée de ce qu’il va bien pouvoir raconter dans son livre. Il lui faut parler de Saint-Just, il le fera, mais péniblement. Douze chapitres ou tableaux composent ce livre, tous courts (l’ouvrage ne dépasse pas 130 pages) avec, en plus, un résumé de chaque chapitre ! Au cas où le lecteur serait trop bête pour comprendre ce qu’il lit ? L’auteur, en tout cas, tente de brosser le portait de son Saint-Just qu’il méprise ouvertement et dont il se moque même demi mot sans que l’on comprenne jamais pourquoi. Ce fut un salaud, on le devine, mais l’auteur ne va pas plus loin.

On s’imaginait qu’il allait expliquer comment ce jeune provincial plutôt dandy et séducteur a bien pu basculer un beau jour du côté de la barbarie et s’imposer comme un grand boucher de la politique, mais on devra chercher ailleurs une tentative d’explication. Jean-Jacques Lafaye ne nous donne aucun indice sur ce basculement. Soit. Après tout, il a le droit de prendre une autre problématique. Malheur : il n’en n’a pas. Dans un chapitre, il se livre à une analyse critique d’un discours de Saint-Just et ce avec un certain brio, dénonçant le mensonge et la malignité du tortionnaire derrière l’apparente beauté de la langue. Mais encore ? Finalement, que fut la Terreur ? Quand commença-t-elle ? Combien de victimes peut-on lui attribuer ? Quelle part exacte prit Saint-Just dans son édiction ? Combien d’hommes et de femmes envoya-t-il à la mort ? Pourquoi ? Avait-il des complices ? Fut-il instrumentalisé par Robespierre ? La France fut-elle totalitaire à ce même moment ? Comment et en quoi ? Saint-Just contribua-t-il à cela ?

 

Comme on le voit les questions sont nombreuses, mais les réponses absentes. Jean-Jacques Lafaye a écrit un livre qui dénonce avec flammes mais sans jamais savoir la raison de sa colère. On vitupère, on tempête, on s’exclame… comme Saint-Just à la tribune en fait. S’il fallait se livrer à une mise en abîme de la personnalité de Saint-Just, on aurait aimé un livre courageux capable de prendre son sujet à bras le corps !

Posté par Menon à 09:06 - Révolution française - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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