Le blog de Menon

La Parole est ce qu'elle est : apocalyptique, elle dévoile.

10 décembre 2009

L'Evangile au risque de la psychanalyse de Françoise Dolto

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Le Christ fut-il psychanalyste ? Les Evangiles sont-ils des écrits que la science de Freud peut discuter comme s’ils allaient dans son sens ? Les deux questions posées soulignent d’elles-mêmes le problème de cet ouvrage. Françoise Dolto s’empare des Evangiles et y lit exactement ce qu’un psychanalyste souhaiterait y trouver, à savoir des écrits et récits validant la castration et affirmant la libération de l’individu.

 

Si l’exercice n’est pas dénué d’intérêt, il est scientifiquement inepte. En effet, on ne peut pas partir d’une science pour en remonter à un texte en cherchant à le faire coïncider à une théorie. Cela amène Dolto à devoir imaginer à partir du texte des situations qui ne viennent que d’elle. Par exemple, lors de la résurrection du fils de la veuve, elle prétend que cet enfant était son seul bien et qu’il y avait une relation fusionnelle trop marquée entre le fils et la mère – rien ne vient le justifier. Après sa résurrection, il est bien écrit que Jésus rend l’enfant à sa mère mais Dolto maintient néanmoins que la castration a été opérée et que l’enfant est désormais devenu un homme et qu’il n’y a plus de fusion avec sa mère. On s’en rend bien compte, cela ne tient pas la route.

 

Pour autant, le livre n’est pas mauvais et on découvre des réflexions intéressantes, notamment sur Marie, Marthe et Lazare ou encore sur le bon Samaritain (même si Dolto fait preuve de son inculture ; on voit bien qu’elle n’a rien compris à ce qu’est un Samaritain et en quoi le fait de le prendre comme bon exemple est aussi fort que si Jésus, en plein apartheid en Afrique du Sud, avait fait du blessé un blanc et du Samaritain un noir !). Simplement, il ne faut prendre ce livre que comme une hypothèse et ne rien accepter pour certitude.

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18 novembre 2009

Satan dans la doctrine ésotérique musulmane

Iblis_Levanah


L’ADVERSAIRE
TROIS DÉFENSES DE SATAN (...)
L’ANGE PAON
IBLÎS, L’IMAGINATION
J’avais un ami à Téhéran, un acteur d’avant-garde et membre de la secte des Ahl-i-Haqq (le « Peuple de la Vérité » ou le « Peuple de Dieu », haqq étant un nom divin) qui avait voyagé dans la vallée des adorateurs de Satan dans le milieu des années 70.

L’Ahl-i-Haqq, une secte kurde influencée par le soufisme shiite extrême, le gnosticisme iranien et une forme locale de chamanisme, est constituée d’un certain nombre de petits groupes dont la plupart des membres sont de simples paysans illettrés. N’ayant aucun livre sacré qui unisse ces groupes isolés dans leurs vallées éloignées, ils ont développé au fil du temps leur propre version, très divergente, des mythes et des enseignements de l’Ahl-i-Haqq. L’un de ces groupes vénère Satan. Je ne connais pratiquement rien qui soit écrit au sujet des Shaïtan-parastiyyan ou « Adorateurs de Satan » [1] et aucune étude n’a été réalisée à leur sujet en général [2]. De très nombreux secrets demeurent pour les personnes extérieures à la secte.

Les membres d’Ahl-i-Haqq à Téhéran étaient dirigés par un pîr kurde, Ustad Nur Ali Elahi, un grand musicien et un professeur [3]. Les vieux Alh-i-Haqq le considéraient comme un renégat, car il avait révélé des secrets à des étrangers, c’est-à-dire à des non-Kurdes, et les avait même publiés dans des livres. Lorsque mon ami le questionna au sujet des adorateurs de Satan, cependant, Elahi répondit gentiment : « Ne t’inquiète pas de Shaïtan ; inquiète-toi plutôt de shay-ye-tan » (littéralement « la chose dans le corps », l’âme incarnée, l’ego). Mon ami ignora ce bon conseil et avec son frère ils se rendirent au Kurdistan à bord de leur Land Rover.

Vous n’avez pas idée à quel point certains lieux de l’Asie peuvent être loin de tout à moins de vous y être rendu ; pas même un hélicoptère ne pourrait pénétrer dans ces vallées aux pics escarpés. Pour la dernière partie de leur expédition, ils louèrent des mules. Alors qu’ils se rapprochaient de leur but, ils entendirent de plus en plus de choses au sujet des adorateurs de Satan, et rien en bien : c’étaient des bandits qui mangeaient du porc et buvaient du vin et qui pratiquaient le « soufflage des lampes » (des orgies rituelles dans l’obscurité).

Quand ils arrivèrent ils furent accueillis par des hommes en costume traditionnel kurde et leur : « Ya ! Zat-i-Shaïtan ! » - « Salut, ô essence de Satan ! »

Comparé avec cet accueil, le reste du voyage se révéla assez décevant. Les villageois avaient abandonné depuis longtemps le banditisme (à ce qu’ils disaient), et il n’y avait bien sûr aucune preuve de perversion nocturne. Terriblement pauvres, ils ne possédaient rien de tel qu’un cochon ou du vin. De leur religion ils avouaient ne rien savoir ; soit ils cherchaient à protéger des secrets soit ils avaient réellement oublié. Une grande part du savoir peut se perdre dans des sociétés illettrées vouées au secret et coupées du monde ; les chefs peuvent mourir sans transmettre certains éléments, et des villages entiers, frappés par la maladie ou les épidémies, peuvent disparaître totalement.

Il ne fait aucun doute que les adorateurs du diable en savaient plus qu’ils l’avouèrent à mes amis, mais en fin de compte, ils ne semblaient pas plus sinistres que les autres groupes de Kurdes montagnards, un peuple généralement noble et hospitalier lorsqu’il n’est pas engagé dans des guerres de clans, des vendettas ou des guérillas.

Que signifie, cependant, cette « essence de Satan » ? Dans un livre portant sur les enseignements d’Ustad Elahi [4], Satan est censé exister, prisonnier et sans pouvoir, un simple ange déchu. En outre, « mis à part chez l’homme, le mal n’existe pas dans la nature… le « mal » est simplement une manière qu’a le moi dominateur de s’exprimer en nous… L’histoire de Satan est finie depuis bien longtemps ; elle ne concerne que lui et Dieu ». En d’autres mots, la version coranique de la Tentation et de la Chute (très similaire à celle de la Genèse) est littéralement vraie, mais hors de propos. Le Satan en qui tous les croyants « prennent refuge » dans la prière est, en réalité, une projection de leur propre imperfection spirituelle. Il est inutile de dire qu’il ne s’agit pas là d’un Islam orthodoxe ou de l’opinion de la majorité des soufis ; c’est, cependant, une résolution très intéressante d’un problème théologique épineux. Au sein d’une religion basée sur l’unicité métaphysique, sur l’unité de la Réalité (tawhid), comment peut-on expliquer le mal ?

L’ADVERSAIRE
Le Judaïsme biblique ne connaît pas de principe du mal séparé. Dans le Livre de Job, Satan – un simple Adversaire, fier et méchant, mais faisant toujours partie du cosmos de Jéhovah et placé dans son pouvoir – est presque un aspect de la divinité.

En réaction au Gnosticisme (qui proclamait que Jéhovah était lui-même le « mal »), le Christianisme à mis en exergue l’unicité de Dieu à un point tel qu’au fil du temps Satan a acquis une existence de plus en plus séparée et substantielle. Dans la théologie chrétienne (ou la « théodicité » pour être précis), le mal demeure relativement irréel, ou du moins secondaire ; mais dans la pratique chrétienne, le mal est devenu le « Prince de Monde », une véritable puissance, presque un principe. Pour cette raison, dans la culture chrétienne, le satanisme a émergé en tant qu’opposition au bien, c’est-à-dire en tant que mal. Cette forme de malice intellectuelle et rituelle dépeinte dans le Là Bas de Huysmann ou dans la Bible Satanique de LaVey n’aurait jamais pu se développer dans le Judaïsme, et elle n’est typique dans la culture de l’Islam [5].

Allah est caractérisé par 99 noms, parmi ceux-ci le « Tyran » et le « Rusé ». Certaines qualités associées par les chrétiens au « mal » sont ainsi divinisées par le Coran en tant qu’attributs de la majesté ou de l’aspect « terrible » de Dieu. Dans ce contexte, Satan ne peut aspirer à une autonomie séparée ou substantielle – son pouvoir ne peut s’opposer à celui d’Allah mais doit, au contraire, en dériver et le compléter. L’Islam n’admet aucun « péché originel », juste un oubli du Réel ; de la même manière, le cosmos / la nature ne peut être considéré comme « maléfique » en lui-même puisqu’il est un reflet ou un aspect du Réel. Mais, précisément parce que le cosmos / la nature reflète toutes les possibilités divines, il doit également inclure les possibilités « terribles » que sont la négation et l’illusion et donc l’existence d’Iblîs [6].

Dans le Coran et la Tradition (hadiths), Satan est présenté comme constitué à partir du feu comme les djinns, et non de la lumière comme les anges. Néanmoins, l’ange Azazel, le pasteur des anges de toute éternité, était assis sous le trône de Gloire. Lorsque Dieu créa la forme d’Adam et commanda aux anges de se soumettre à lui (du fait que seul l’humain est véritablement cosmique), seul Azazel refusa. Il soutint la fière supériorité du feu (le psychique) sur la boue (le matériel). Pour cela Dieu le maudit, Azazel devint Iblîs et tout advint plus ou moins comme dans la Genèse.

Étant donné les principes de l’unité divine et de l’omniscience, on peut facilement déceler une histoire occulte sous cet épisode ; que Dieu, d’une manière ou d’une autre, voulait qu’Iblîs devienne Satan et qu’Adam et Eve chutent afin que le drame de la création et que la manifestation de tous les Noms puissent entrer en jeu dans la Rédemption. Satan et Adam ont tous les deux une « volonté libre », cependant, tout est écrit, pré ordonné et connu. Clairement un certain secret prend part à tout cela, il y a une signification sous le texte (et le Coran, selon les enseignements orthodoxes, contient au moins sept niveaux de lecture). C’est à partir de la science ésotérique de l’herméneutique et du Soufisme qu’une explication de ce secret est possible.

TROIS DÉFENSES DE SATAN EN TANT QUE PARFAIT MONOTHÉISTE.
Deux des trois soufis les plus célèbres qui défendirent Iblîs furent exécutés pour hérésie. Aujourd’hui encore ils sont largement vénérés par ceux qui considèrent le soufisme comme étant le véritable Islam, et ils sont considérés comme des martyrs de la réaction puritaine aveugle.

Le premier et le plus connu fut Husayn ibn Mansur al-Hallaj, exécuté à Bagdad en 922 de notre ère. Dans son livre le Tawasin [7], il raconte cette histoire :

[Sayedina Musa (Moïse)] rencontra Iblîs sur les pentes du mont Sinaï et lui dit : « ô Iblîs, qu’est-ce qui t’a empêché de te prosterner ? » Il répondit : « Ce qui m’en a empêché fut ma déclaration d’Unicité de Dieu, et si je m’étais prosterné, je serais devenu comme toi, car tu ne fus appelé qu’une seule fois à « venir voir la montagne » et tu vis. Moi, j’ai été appelé des milliers de fois vers Adam et je ne me suis pas prosterné, car je tiens l’engagement de ma déclaration ».
Sayedina Musa dit : « Tu as abandonné un Commandement ? » Iblîs répondit : « C’était un test. Pas un Commandement ».
Sayedina Musa dit : « Te souviens-tu de Lui à présent ? » « Ô Musa, un esprit pur n’a nul besoin de la mémoire – par lui on se souvient de moi et on se souvient de Lui. Son souvenir est mon souvenir, et mon souvenir est Son souvenir. Comment donc, en nous souvenant de nous-mêmes, nous qui sommes deux pouvons être autres qu’un seul ? Mon service est aujourd’hui encore plus pur, mon temps est plus plaisant, mon souvenir plus glorieux, car je L’ai servi dans l’absolu pour ma bonne fortune, et maintenant je Le sers pour Lui-même. »
Hallaj fait s’excuser Iblîs de sa fierté devant Dieu en lui faisant dire :

« S’il y avait un seul regard entre nous, ce serait assez pour me rendre fier et impérieux, mais je suis celui qui Te connaît dans l’Infinité du Temps », « je suis meilleur que lui » car je T’ai servi plus longtemps. Nul, dans les deux espèces d’êtres, ne Te connaît mieux que moi ! Il y avait une intention de Ta part en moi, et une intention de ma part en Toi, et toutes deux précédèrent Adam ».
Al-Hallaj dit : « Il y a de nombreuses théories concernant le statut spirituel d’Azazyl (Iblîs avant sa chute). Certains disent qu’il fut chargé d’une mission dans les cieux, et d’une autre sur terre. Dans les cieux il était le pasteur des anges leur montrant la bonne œuvre, sur terre il est le pasteur des hommes et des djinns leur montrant comment faire le mal ».
« Car, personne ne reconnaît les choses si ce n’est par leurs opposés, comme pour la fine soie blanche qui ne peut être filée qu’avec un tissu noir derrière elle – ainsi l’ange peut-il montrer les bonnes actions et dire symboliquement « si tu fais ces choses tu seras récompensé ». Mais, celui qui ne connaît pas le mal ne peut reconnaître le bien ».
Ici, Hallaj a formulé le principe de la complémentarité, ou de la coincidentia oppositorum ; comme dans le disque du Yin et du Yang, du blanc et du noir s’embrassant et contenant une part de l’autre en son sein. En un sens Dieu est tout et Iblîs n’est rien ; cependant, Dieu ne peut se réaliser comme le Bien-aimé sans un amant, même et surtout s’il s’agit d’un amant tragique voué à la séparation. Cette tragédie elle-même est la fierté de Satan.

Hallaj va encore plus loin. Il déclare qu’Iblîs et Pharaon (considéré comme l’homme le plus maléfique pour avoir prétendu à la divinité) sont les parfaits champions de la chevalerie spirituelle. « Mon compagnon est Iblîs et mon professeur est Pharaon. Iblîs fut menacé par le feu et il ne rétracta pas son allégation. Pharaon fut noyé dans la Mer Rouge sans se rétracter ni reconnaître de médiateur ». Hallaj lui-même fit la même déclaration outrageuse : « Et je dis : si tu ne Le connais pas, alors connais Ses signes, je suis Son signe (tajalli) et je suis la Vérité ! Et ceci car je n’ai jamais cessé de réaliser la Vérité ! » et, comme Iblîs et Pharaon, Hallaj se tint à ses déclarations et à son honneur, même lorsqu’il fut crucifié et démembré pour cela.

Le second shaykh à défendre Satan, Ahmad al-Gazzali, évita l’exécution (et l’exécration) à la fois par la densité de son langage mystique et grâce à son puissant frère, l’Imam al-Gazzali, célèbre pour la parfaire orthodoxie de son soufisme. Ahmad al-Gazzali fit écho à Hallaj sur de nombreux points, disant par exemple que « quiconque n’apprend pas l’adhérence à l’Unité Divine par Iblîs, est un incroyant », et que « bien que Satan fut maudit et humilié, il demeure malgré tout un parangon des amants dans le sacrifice d’eux-mêmes » [8].

Ahmad al-Gazzali à son tour initia et enseigna au troisième shaykh, Ayn al-Qozat Hamadani. Le moins connu, mais peut-être le plus brillant, il fut emprisonné à Bagdad et exécuté dans sa ville natale de Hamadan (dans le nord-ouest de l’Iran) en 1131 de notre ère à l’âge de 33 ans [9]. Ayn al-Qozat dit :

Mets de côté « la jalousie de l’amour », ô mon bon ami ! Ne sais-tu pas qu’un amant fou, que tu appelles Iblîs dans ce monde, fut appelé dans le monde divin ? Si tu avais su son nom, tu te serais considéré comme un incroyant en l’appelant par ce nom. Prends garde à ce que tu entends ! Ce fou de Dieu bien-aimé. Sais-tu ce qui arriva par ce test d’amour ? D’un côté, l’affliction et la colère ; de l’autre le blâme et l’humiliation. On lui avait dit que s’il prétendait aimer Dieu, il devrait le prouver. Le test de l’affliction et de la colère et du blâme et de l’humiliation lui fut présenté, et il l’accepta.
À ce moment-là, ce test révéla que son amour était véritable. Tu n’as aucune idée de ce dont je parle ! Dans l’amour, il doit y avoir rejet et acceptation afin que l’amant puisse devenir mature par la grâce et par la colère du Bien-aimé ; sinon, il demeure immature et improductif.
Tout le monde ne peut pas imaginer qu’à la fois Iblîs et Mahomet proclament être les guides de la Voie. Iblîs éloigne de Dieu, Mahomet guide vers Dieu. Dieu a désigné Iblîs comme gardien de sa cour en lui disant : « Mon amant, à cause de ta jalousie amoureuse que tu me portes, ne laisse aucun étranger s’approcher de moi ».
Ayn al-Qozat implique que la séparation de l’amour est, d’une certaine manière, supérieure à l’union de l’amour, car la première est une condition dynamique et la seconde est statique. Iblîs n’est pas seulement le parangon des Séparés, il cause également cette condition chez les amants humains – et bien que certains expérimentent ceci comme le « mal », le soufi sait que cela est nécessaire et même bon.

La profession de foi islamique dit « Il n’y a de dieu (la ilaha) que Dieu (illa’Llah) ». Ayn al-Qozat explique que l’incroyant ne dépassera jamais la simple négation, le la (pas), ou n’atteindra le sanctuaire intérieur du illa’Llah. Le gardien de ce royaume intérieur n’est autre qu’Iblîs. Ayn al-Qozat contribue de manière originale à la satanologie islamique par la symbolisation d’Iblîs comme gardien par le biais de deux puissantes images : la Lumière Noire et les tresses noires du bien-aimé.

À nouveau, la « Lumière Noire » suggère une coincidentia oppositorum familière aux mystiques occidentaux et aux alchimistes par des phrases telles que « le Soleil à Minuit ». Tout comme pour les « tresses » qui parfois sont cachées et parfois révèlent le visage du Bien-aimé, cette image suggère le concept hindou de Maya, la beauté du monde qui peut être une illusion infernale et une grâce paradisiaque, et qui peut induire soit l’oubli soit le souvenir. Ayn al-Qozat écrit :

Sais-tu ce que l’on signifie par « joue » et « grain de beauté » du Bien-aimé ? La Lumière noire au-dessus du Trône ne t’a-t-elle pas été expliquée ? C’est la lumière d’Iblîs, qui est à la semblance des tresses de Dieu ; comparée à la Lumière Divine ce sont les ténèbres, mais c’est une seule et même lumière.
Sans question aucune, celui qui voit le Bien-aimé (comme Iblîs le fit) avec des « boucles », des « grains de beauté », des « tresses » et des « sourcils » déclarera, comme Hallaj, « Je suis Dieu »…
Les gens n’ont fait qu’entendre le nom d’Iblîs et savent pas qu’il posséda un tel orgueil dans son amour qu’il n’en reconnut aucun ! Sais-tu pourquoi il était si orgueilleux ? C’est parce que la lumière d’Iblîs (les tresses) est proche des joues et du grain de beauté (la lumière de Mahomet). La joue et le grain de beauté peuvent-ils être jamais complets sans les tresses, les sourcils et les cheveux ? Par Dieu, ils ne sont jamais complets !
Si tu ne crois point cela, alors écoute le mot de Dieu : « Louanges à Dieu, qui a créé les cieux et la terre et a établi les ténèbres et la lumière » (Coran VI, 1). Comment le noir serait-il complet sans le blanc, ou le blanc sans le noir ? Cela ne se peut. La Sagesse Divine a ainsi été ordonnée [10].
L’ANGE PAON.
Au sein du Soufisme, la défense d’Iblîs est demeurée un problème métaphysique et mystique intéressant, choquant et dangereux. Inévitablement, les images puissantes et scintillantes utilisées pour défendre Iblîs ont trouvé une expression dans le culte et le rituel, et tout aussi inévitablement cette extériorisation a provoqué une rupture au sein du corps de l’Islam. Bien que l’Islam ait possédé une élasticité doctrinale inconnue, disons, du Christianisme, il y avait cependant des outrages qu’il ne pouvait accepter. L’adoration du Diable est un de ceux-ci.

Vers l’an 1100, un shaykh de Baalbek (Liban) nommé Adi ibn Musafir est arrivé à Bagdad et s’est associé à l’Imam al-Gazzali et avec Abd al-Qadir Jilani, les grands soufis orthodoxes. Au travers d’eux, il prit connaissance des œuvres d’Ahmad Gazzali et d’Ayn al-Qozat Hamadani. Plus tard, shaykh Adi se retira dans une vallée reculée de Lalish (Irak) et il y créa son propre ordre Soufi parmi les paysans Kurdes. Il fut reconnu pour sa forte orthodoxie sunnite et ses pratiques ascétiques sévères, et toute son œuvre prouve sa pieuse simplicité.

Shaykh Adi cependant semble avoir possédé un côté caché. Ses sectateurs, connus sous le nom de Yezidis [11], lui attribuent (ainsi qu’à d’autres shaykh de son ordre) divers textes étranges dans lesquels le Diable apparaît sous le nom de Malek Ta’us, l’Ange Paon, un grand dieu – l’Iblîs d’Hallaj rendu mythe au travers d’une divinité païenne.

Hallaj est vénéré par les Yezidis et ils ont donné son nom à l’une de leurs grandes idoles de bronze à l’effigie du paon (sanjak). Dans un poème attribué au shaykh Adi, il semble se vanter de sa divinité et fait référence à d’autres « proclamations extatiques » du même genre faites par des soufis tels Hallaj et Bayazid Bastami :

Je suis Adi de Shams (Damas), fils de Musafir
En vérité, le Miséricordieux m’a assigné des noms,
Le Trône Céleste, et le Tabouret et les Sept Cieux, et la Terre.
Dans le secret de ma connaissance, il n’y a d’autre dieu que moi…
Louanges soient sur moi, et toutes les choses sont de par ma volonté.
Et l’univers est illuminé par mes dons.
Pendant longtemps, le nom de Yezidis fut perçu (par les Yezidis eux-mêmes) comme dérivant du maléfique et libertin calife Yazid, qui, en 690, assassina al-Husayn, le petit-fils du Prophète et Imam des Shiites ; la défense de Yazid contre les malédictions des Shiites peut refléter le sunnisme fanatique de l’ordre du shaykh Adi, mais les Yezidis considèrent aujourd’hui le calife comme leur champion, l’ennemi de l’orthodoxie qui les libéra des rigueurs de la Loi (sharia). Le nom Yezidi, cependant, dérive plus probablement de l’ancien mot perse, yazd ou yazad qui signifie « dieu » ou « esprit ». Les Kurdes de Lalish peuvent avoir conservé des croyances « païennes » préislamiques ayant leurs racines dans le dualisme du Zoroastrisme ce qui, d’une certaine manière, harmonisa la défense d’Iblîs d’Hallaj avec le culte extrémiste sunnite du calife Yazid. Que le shaykh Adi historique, dont la tombe à Lalish est à présent le centre des dévotions des Yezidis, soit responsable de ce syncrétisme ou que celui-ci ait eu lieu après sa mort, importe peu.

Bien que les Yezidis soient supposés rejeter la culture livresque par principe (et, en fait, ils sont pour la plupart illettrés), ils possèdent en réalité deux « écrits », le Livre de l’Éclat Divin et le Livre Noir (« éclat » et « noir » peuvent nous donner l’indice de « Lumière Noire »). Ils n’adorent pas le diable en tant que principe du mal, comme les satanistes chrétiens, mais en tant que principe d’énergie, injustement condamné par les religions orthodoxes. Selon le Livre Noir :

Au commencement, Dieu créa la Perle Blanche à partir de Sa très précieuse Essence : et Il créa un oiseau appelé Anfar. Et Il plaça la Perle sur son dos, et Il résida là pendant quarante milles ans. Le premier jour, le dimanche, Il créa un ange appelé Azazil qui est Ta’us Malek (l’ange Paon), le chef de tous.
Ensuite, dans le Livre de l’Éclat Divin, Malek Ta’us nous parle à la première personne :

J’étais, et je suis maintenant, et je continuerai pour toute l’éternité, gouvernant toutes les créatures et ordonnant les affaires et les actes de ceux qui sont sous mon pouvoir. Je suis à présent proche de ceux qui ont foi en moi et qui m’appellent en cas de besoin, il n’y a pas de lieux vides de moi là où je ne suis pas présent. Je suis concerné par tous les événements que les étrangers appellent mal car ils ne sont pas faits selon leurs désirs.

Le Livre Noir contient un certain nombre d’interdits assez intéressant. Les laitues et les haricots sont interdits ; les premiers sont censés contenir une parcelle de la « pure lumière » (par les manichéens) et les seconds contiennent des âmes qui ont entrepris leurs transmigrations (selon les pythagoriciens). La chair des poissons, des gazelles et des paons est interdite, comme l’est la couleur bleu indigo, sans aucun parce ce sont des symboles de Satan dont le nom ne peut être prononcé par les Yezidis. Les potirons, symboles traditionnels du chaos, sont également considérés comme trop sacrés pour être consommés.

IBLÎS, L’IMAGINATION.
Nous devons passer outre ces fascinantes digressions ainsi que sur ces analyses anthropologiques des Yezidis, les défenses de Satan dans le Soufisme tardif, les critiques dirigées contre le satanisme par de profonds mystiques tels al-Jili ou Ruzbehan Baqli, l’imposant folklore de la démonologie ou de la démonolâtrie, l’eschatologie islamique (ainsi que la carte des enfers de Dante), ou l’utilisation de la figure d’Iblîs en tant que symbole pour les rebelles tels les ismaéliens ou les gauchistes contemporains. Tout ceci est couvert par les titres référencés dans les notes de cet article. Mon but ici doit rester simplement de demander : qu’est-ce que cette « Essence de Satan » mentionnée par des adorateurs du diable kurdes qu’ont rencontrés mes amis [12] ?

La réponse en est suggérée par certains textes de l’école du « grand shaykh » Ibn Arabi, tout particulièrement le traité d’Aziz ad-din Nasafi, l’Homme Parfait :

Dieu a délégué son vice-régent afin de Le représenter dans ce microcosme, ce vice-régent divin étant l’« intellect ». Lorsque l’« intellect » prit sa charge de vice-régent dans ce microcosme, tous les anges se prosternèrent devant lui excepté l’« imagination » qui refusa de se courber, tout comme Iblîs refusa de le faire devant Adam assumant la vice-régence du macrocosme…
Six personnes émergèrent du troisième ciel : Adam, Eve, Satan, Iblîs, le Paon et le Serpent.
Adam est l’esprit, Eve le corps, Satan la nature, Iblîs l’imagination, le Paon le désir et le Serpent la colère. Lorsqu’Adam s’approcha de l’arbre de l’intellect, il quitta le troisième ciel et pénétra dans le quatrième. Tous les anges se prosternèrent devant Adam sauf Iblîs qui refusa. C’est-à-dire, toutes les puissances, spirituelles et physiques se soumirent à l’esprit, sauf l’imagination.
Le mot utilisé ici est wahm, qui peut être traduit par « imagination », par opposition à khyyal, ou imagination en tant que faculté. Mais dans l’école d’Ibn Arabi, les termes sont parfois interchangés, car en vérité l’imagination (comme les tresses du Bien-aimé) à la fois dissipe et concentre la faculté de se souvenir, et il induit à la fois au « péché et à la rébellion » et à la vision du divin dans le monde. Selon Ibn Arabi lui-même, sans les images il ne peut y avoir aucune réalisation spirituelle, car l’unicité indifférenciée du Réel ne peut être expérimentée qu’au travers de ses manifestations en tant que multiplicité de la création.

Satan est le gardien du seuil, comme Ayn al-Qozat l’a expliqué, et un passage est un isthme, un espace entre les mondes, non-lieu ambigu et liminal, un pays de l’imagination [13]. En Occident, seul William Blake a reconnu le Diable en tant qu’imagination ; dans le Soufisme cette identité était très claire depuis le 10e siècle au moins. Les Soufis qui ont défendu Satan ne défendaient pas ou n’excusaient pas le mal, mais ils racontaient un secret : « le diable » n’a qu’une existence relative et il est « seulement humain ». C’est le « Shaïtan » en chacun de nous que nous devons convertir à l’Islam, comme le Prophète nous le dit. Mais, les moyens mêmes que nous utilisons dans cette alchimie du moi sont gouvernés par cette même force, le pouvoir de notre imagination éclairé par les rayons lunaires paradoxaux de la Lumière Noire – Iblîs lui-même.

PETER LAMBORN WILSON.

Traduction française par Spartakus FreeMann, mars 2009 e.v.

Notes
[1] Rien en anglais du moins. Je les mentionne cependant dans mon Scandal : Essays in Islamic Heresy (Brooklyn, N.Y. : Autonomedia, 1988).

[2] Voir V. Ivanov, Truth-worshippers of Kurdestan : Ahl-i Haqq Texts (Bombay : Ismaili Text Society). Selon mes informateurs au sein de la secte, ce travail est pratiquement inutile. Voir l’article de Minorsky « Ahl-i Haqq » dans Encyclopedia of Islam.

[3] Voir Scandal : Essays In Islamic Heresy (Brooklyn, NY. : Autonomedia, 1988)

[4] Le Docteur Bahram Elahi (le fils d’Ustad Nur Ali Elahi), The Path of Perfection, traduit par James Morris à partir de la version française de Jean During (Londres, Rider Books, 1987). À la page 28, Elahi fait une remarque qui pourrait se référer aux « Shaïtan-parastiyyan » : « Certains esprits mal guidés vont aussi loin que de dire que « puisque dans tous les cas Dieu est bon et miséricordieux, nous n’avons nul besoin de nous préoccuper de Lui : mais puisque nos souffrances viennent du mal et du dieu du mal, nous devrions plutôt nous inquiéter d’obtenir ses faveurs à lui ». Et ainsi, ils finissent par adorer le diable ».

[5] Cela ne veut en aucun dire qu’il n’y a pas de juifs ou de musulmans maléfiques ou encore que ces cultures soient vierges de toute « magie noire », mais aucun n’a donné naissance à un mal satanique organisé. Exception faite des Shaïtan parastiyyan, le culte de Satan dans l’Islam (comme nous le verrons dans le cas des Yezidis ou de certains soufis) considère le mal comme secrètement bon.

[6] « Satan » est un titre qui signifie « l’Adversaire » ; « Iblîs », dérivé du grec diabolos, est son nom.

[7] Le Tawasin de Mansur al-Hallaj, traduction par Aisha at-Tarjumana (Berkeley et Londres : Diwan Press, 1974).

[8] À partir d’une compilation de matériaux soufis sur le diable par le maître soufi contemporain Javad Nurbakhsh : The Great Satan « Eblis » (Londres : Khaniqah-i Nimatullahi). Voir aussi Ahmad Ghazzali, Sawanih : Inspirations from the World of Pure Spirits, traduction N. Pourjavady (Londres : KPI, 1986).

[9] Voir A Sufi Martyr, apologie de Hamadani composée en prison, traduction par A.J. Arberry (Londres : Allen & Unwin, 1969), qui comprend un appendice contenant des passages sataniques d’autres œuvres. Voir aussi Nurbakhsh pour une large sélection et Satan’s Tragedy and Redemption : Iblis in sufi Psychology par Peter J. Awn (Leiden : E. J. Brill, 1982), très utile pour son grand nombre de citations d’auteurs soufis. N. Pourjavady et moi-même avons inclus quelques jolis quatrains dans notre Drunken Universe : An anthology of Persian sufi Poetry (Grand Rapids, Mich. : Phanes Press, 1987).

[10] Hamadani, op. cit.

[11] Ce qui suit est inspire de l’étude de John Guest : The Yezidis (Londres et New York, KPI, 1987).

[12] Il semble que les Shaïtan-parastiyyan d’Ahl-i-Haqq puissent être « liés » d’une quelconque manière aux Yezidis de la frontière du Kurdistan irakien. Certains érudits (comme C. Glasse dans son The Concise Encyclopedia of Islam) l’ont maintenu, mais je n’en ai pour ma part aucune preuve.

[13] Henry Corbin, Creative Imagination in the Sufism of Ibn ’Arabi, (Princeton : Princeton University Press, 1969).

Source : http://rosamystica.kazeo.com/

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13 novembre 2009

L'invention de Jésus de Bernard Dubourg

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La philologie est-elle un sport de combat ? On pourrait le penser en lisant le premier tome de l’Invention de Jésus de Bernard Dubourg. De manière claire, précise et ne souffrant nulle contestation, ce spécialiste de l’Hébreu démontre, à la suite de Claude Tresmontant avec Le Christ hébreu, que les Evangiles ont originairement été écrits en langue hébraïque et pas grecque.

Pour se faire, il prouve que, contrairement aux affirmations des pseudo-spécialistes, au siècle de Jésus, l’Hébreu n’était pas une langue morte remplacée par l’Araméen. Il souligne que le Nouveau Testament est truffé d’hébraïsme alors que les savants affirment que la langue du NT est du koïné, du Grec de marchands : or, depuis quand du Grec, même du Grec cosmopolite, serait-il truffé d’hébraïsme ? Cela n’a aucun sens.

Fort de cette constatation, Dubourg entend procéder par rétroversion pour retrouver le texte Hébreu. En quoi cela a-t-il son importance ? Tout d’abord parce que l’Hébreu du NT reprend – c’est paradoxal – de nombreux termes grecs et latins dont il transforme le sens. Ainsi, lorsqu’on traduit le NT, on croit lire du grec, alors qu’il faut chercher le sens que les termes grecs avaient pour les Hébreux de l’époque. De plus, le texte hébreu que Dubourg reconstruit semble obéir aux règles de la Kabbale juive, science herméneutique de l’Ecriture. Sans cette connaissance de la Kabbale, des jeux de mots, liens entre les mots ou idées ne passent plus.

Là où on ne peut plus suivre Dubourg, toutefois, c’est en cela qu’il prétend que Jésus n’a jamais existé. Comment arrive-t-il à une telle conclusion ? Puisque tout le NT répond à des jeux de langages et que tout ce qui touche à Jésus est codé selon la Kabbale, alors c’est que Jésus est une fiction littéraire. Mais cet argument ne tient pas la route une seule seconde. En effet, Dubourg affirme que les rédacteurs du NT sont de pieux Juifs bien décidés à écrire des textes qui soient aussi sacrés que la Thora. Comment imaginer des hommes aussi concernés par leur travail inventer une histoire ? Cela reviendrait à dire que ce sont des falsificateurs. Or, ils ne peuvent pas tout à la fois révérer la Thora et en inventer la suite selon leur fantaisie.

Pour que le NT fut, il aura été indispensable qu’un personnage suffisamment proche de Jésus ait existé pour servir de modèle. Or, Dubourg reconnaît que le NT n’a pu être écrit qu’avant 70, date de la chute de Jérusalem puisque les Evangiles sont écrits par des hommes n’ayant manifestement aucune idée que la cité tomberait. Dans ce cas là, quand les Apôtres commencèrent à évangéliser, ils le firent depuis Jérusalem : or, comment imaginer qu’ils aient inventé un Jésus au nom duquel ils convertissaient et que personne ne pouvait connaître puisqu’il n’existait pas ! C’est tout simplement absurde. Soit il y a eu Jésus et dans ce cas là, il devait sans doute être proche de ce qu’en disent les Evangiles puisqu’écrit avant 70 alors que Jésus mourut en 34/35 – soit une période de mise par écrit de 30 ans environ, soit les Evangiles furent écrits tardivement et en Grec, ce qui justifie l’idée que le personnage fut inventé. Mais même là, inventé à partir de quoi ?

En tout cas, voici un ouvrage fascinant et passionnant même si parfois indigeste quand l’auteur s’intéresse à la Kabbale. Néanmoins, ce genre d’ouvrage savant vous ouvrira des perspectives insoupçonnées : mille fois plus fort que le Da Vinci Code.

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31 octobre 2009

Le Coran, idées reçues de Michel Cuypers et Geneviève Gobillot

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La collection « Idées reçues » s'intéresse, comme son nom l'indique, aux formules toutes faites que l'on tient sur les sujets sociétaux ou littéraires.

Ce petit livre consacré au Coran fait en tout cas beaucoup de bien et devrait en surprendre plus d'un. On y trouve un état des lieux de la recherche coranique, des pages bien faites sur la loi, la sunna, les hérésies ou encore sur les nouvelles lectures proposées par quelques intellectuels courageux.

On découvrira ainsi que des passages du Coran sont recopiés du Corpus Hermeticum, que le Coran obéit à une prosodie particulière ou que la charia donne la prééminence à la Tradition face au Coran !

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28 octobre 2009

Le Saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets

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Dans le Coran se fait entendre le cri, celui d'Allah (Dieu en fait, Allah voulant dire Dieu). Le Dieu de Moïse, de Jésus se présente à Mahomet et hurle : l'Enfer ! Il hurle en continue, il hurle de dépit, il hurle de chagrin et de rage, il hurle de ne pas être aimé, il hurle de voir ses commandements bafoués, il hurle de voir les Juifs, son peuple pourtant élu, le railler, il hurle d'entendre les Chrétiens le manipuler, il hurle devant des croyants arabes aussi timorés. Il hurle, menace, menace, menace tellement qu'il promet l'Enfer à tous – il n'y a plus de place dans le Paradis. Il est vide ce lieu saint. Mais il pardonne ; il a pardonné ; il pardonnera : une trinité de pardon dont lui-même se reconnaît comme étant le dépositaire, ce qui l'oblige, l'oblige à accepter sans cesse l'Homme fautif et, au final, malgré tout, à lui pardonner.

Un mot sur cette édition : beau livre dans le sens de lecture oriental avec, à droite, la page en Arabe et à gauche, la traduction. Papier fin de qualité, ornements, calligraphie... traduction aride et exigeante, annotations nombreuses. Beau travail, mais pas poétique ; froid et austère.

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24 octobre 2009

Le Nouveau Testament est-il fiable ?

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Je fais ici un copier/collé d'un excellent commentaire sur la fiabilité du Nouveau Testament par Le Bon Seb.

Voilà de quoi méditer sur les réflexes habituelles de la communauté des historiens qui tend à décrédibiliser tout texte sacré :

"La difficulté vient de ce que les gens disent "c'est une source chrétienne, non neutre, donc non fiable".

Or premièrement "non neutre = non fiable" relève plus de la pétition de principe que de l'honnêteté intellectuelle. Un exemple : quand Marine Le Pen dénonce les perversions de l'actuel ministre de la culture c'est non neutre (elle pense déjà aux prochaines élections, pour dire les choses gentiment...). Est-ce à dire pour autant que Frédéric Mitterrand est irréprochable ? Non.

Ensuite deuxième erreur : "c'est une source chrétienne". Dire ceci c'est faire une lecture rétrospective de l'histoire ! Il ne faut pas transposer ce qu'on connaît du christianisme aujourd'hui sur ce que vivaient les disciples de "la voie", comme ils se désignaient eux-mêmes, et qui se pensaient plus comme juifs que comme "chrétiens" au sens moderne du terme. Le Nouveau Testament est tout sauf un phénomène concerté d'un groupe institutionnalisé. St Paul quand il écrit n'a pas le sentiment de produire un texte inspiré. Ses lettres sont des écrits de circonstance. Pour lui l'urgence est d'annoncer la bonne nouvelle du Christ ressuscité en vue de son retour qui est imminent. À cette époque se forment des communautés encore relativement indépendantes par rapport à ce qu'on connaît aujourd'hui car l'urgence n'est pas de créer une structure institutionnelle mais d'annoncer la résurrection du Christ et l'imminence de la fin des temps, et en vue de cela se posait la question de savoir comment être fidèle au Christ. Et le nouveau testament témoigne des querelles théologiques et pastorales entre ces communautés. Donc techniquement les écrits du nouveau testament sont considérés comme des sources indépendantes par les historiens sérieux. Or lorsqu'un même évènement est attesté par des sources indépendantes il y a de fortes chances pour que ça se soit passé.

Après avoir démonté les pseudo arguments contre la fiabilité du nouveau testament intéressons-nous à en démontrer positivement la fiabilité. Il y a parmi les critères de fiabilité celui d'attestation multiple. Ce critère est vérifié pour le nouveau testament puisqu'il compte des auteurs divers et autonomes : un Saint Paul n'est pas un Saint Jacques ! Matthieu et Luc ne sont pas du même milieu ! Ce que toutes ces sources rapportent de commun a donc des chances d'être fiable.

Un autre critère est celui de la date. Les lettres de Saint Paul datent, pour les plus primitives, d'à peine 20 ans après la mort du Christ. Les quatre évangiles sont attestés dès 150, ce qui veut dire que leur rédaction fut faite du temps où ceux qui avaient connu le Christ et les apôtres de leur vivant étaient encore là pour en témoigner. Et au passage pour en rester sur la question des dates la très large réception qui a été faite de ces textes par des gens qui ont été contemporains des apôtres voire du Christ témoigne de sa fiabilité.

Un troisième critère est celui de "l'embarras" : les évangélistes par exemple n'avaient aucun intérêt à rapporter le baptême de Jésus par Jean. En effet en ce temps-là les disciples de Jean Baptiste étaient encore nombreux et ne manquaient pas de rappeler : "c'est notre maître qui a baptisé le votre, Jean est donc supérieur à Jésus !" Les évangélistes auraient eu tout intérêt à censurer ça pourtant ils ne l'ont pas fait. On peut donc raisonnablement penser que le témoignage des évangiles à ce sujet est fiable.

Un quatrième critère est la vraisemblance : si nous fêtons le jeudi saint un jeudi (?!) c'est que l'évangile selon St Jean, qui est le seul contre les trois synoptiques à affirmer que la cène a bien eu lieu un jeudi, est le plus vraisemblable : vu l'attachement des juifs de ce temps à la pureté rituelle il est fort invraisemblable qu'on ait mis à mort quelqu'un durant le sabbat, surtout durant la pâque. Est-ce à dire que les autres ont menti ? Non bien au contraire ! Si on se rappelle que les évangiles sont d'abord œuvre de théologie avant d'être des chroniques journalistiques cela nous fournit un renseignement précieux sur l'enseignement du Christ : si les synoptiques situent la mort du Christ durant le sabbat de la pâque c'est qu'ils ont compris que le Christ a voulu par sa mort donner un sens nouveau à cette fête.

Un cinquième critère est la réception : le fait que le nouveau testament ait été reçu par des gens qui ont connu le Christ ou les apôtres de leur vivant témoigne de la conformité de son propos à l'enseignement du Christ. Exemple : l'institution de l'eucharistie. Nous en avons quatre témoignages : un dans chacun des évangiles synoptiques et un chez Saint Paul. Tous les quatre comportent des différences notables. Ces différences témoignent que les textes racontent non pas le dernier repas du Christ avec ses disciples mais l'usage liturgique de leur communauté d'origine. Bref les récits d'institution dont nous disposons sont en fait la PGMR de l'époque. Falsification ? Non, bien au contraire ! Si l'eucharistie était déjà codifié liturgiquement si tôt c'est que les premiers disciples ont compris que Jésus n'a pas voulu faire simplement un repas entre copains mais a véritablement demandé un acte de culte. C'est un renseignement précieux sur ce que Jésus a vraiment voulu faire ! Quant à ce que Jésus a fait réellement ce soir-là les historiens s'appuieront plutôt sur Luc pour nous le dire : bien que Paul soit antérieur chronologiquement, ce que rapporte saint Luc ressemble le plus à ce que pratiquait les juifs du temps de Jésus (présentation du vin puis du pain puis du vin).

Cette liste n'est pas exhaustive et l'historien a de nombreux outils méthodologiques à sa disposition pour démêler l'historique du non historique. Il s'attachera à comparer les textes entre eux, à les confronter à ce qu'il sait par ailleurs (autres sources textuelles, archéologiques, etc.) et rendra compte tant des similitudes que des différences.

Sinon un peu de lecture :

- R. E. Brown, Que sait-on du nouveau testament ? Bayard, 2000.
- A. Marchadour, Les évangiles au feu de la critique. Bayard, 1995."


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23 octobre 2009

Les deux saint Jean et la Chevalerie templière de Jean Chopitel et Christiane Gobry

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Les deux saint Jean et la Chevalerie templière de Jean Chopitel et Christiane Gobry est une sorte de contre Evangile ésotérique de Jean. Là où ce dernier donnait à lire une vision anti-judaïque de Jésus et opposait Eglise de Pierre et Eglise de Jean, Chopitel et Gobry, loin d'opposer Pierre et Jean, reconnaissent la nécessité de concilier les deux aspects – exotérisme et ésotérisme ; rigueur et spiritualité – afin de toucher à la compréhension parfaite du message du Christ. Ils démontrent aussi que les deux Jean (le baptiste et l'évangéliste) sont des manifestations ésotériques qui ouvrent le coeur et l'esprit à un autre niveau de conscience.

Écrit avec le coeur, ce petit ouvrage – malgré quelques erreurs du à l'absence de notes justifiant les citations ou certaines affirmations – se révèle beau et ouvrira aux Chrétiens un espace poétique dans lequel ils pourront – et devraient ! – s'engouffrer afin de faire place en eux pour le vol de l'Aigle (animal symbolisant Jean) – c'est à dire pour que le Prologue de Jean puisse se faire entendre en eux.

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21 octobre 2009

Le secret d'Israël de Robert Ambelain

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Attention, chef d'oeuvre ! Robert Ambelain relit ici l'Ancien Testament et traque le texte en révélant des morceaux que l'on n'avait jamais vu. Il démontre, citations à l'appui, que le peuple israélite, n'a jamais adoré un Dieu unique mais une foule de dieux (et ceci au sein même du Temple sacré !), qu'il pratiquait la magie, qu'il utilisait pour cela et pour prophétiser des drogues et que la prostitution sacrée était monnaie courante.

Relisant la naissance du peuple juif avec Moïse et l'Exode, l'auteur démontre le caractère irréaliste du récit, l'existence de Moïse, le rôle que joua Josué dans la création des tables de la loi et les liens fort reliant la Bible à l'Egypte.

Par ailleurs, après avoir totalement déconstruit toute la prétendue fidélité d'Israël à l'Eternel, il se livre à une magistrale et complexe lecture psychanalytico-théogonique des mythes de la Création pour apporter une lecture rationaliste et symbolique tout à la fois de la naissance de Dieu.

Au final, cet ouvrage s'impose comme totalement indispensable à toute personne travaillant sur l'Ancien Testament. Il ne s'agit nullement d'un livre à charge contre Dieu. Pas plus qu'un livre qui ridiculise l'idée de Dieu. En fait, Ambelain explique l'inexplicable, démontre la supercherie et met en place des hypothèses fascinantes pour expliquer les phénomènes surnaturels.

Mais, au-delà de cela, et quand bien même il veut faire table rase de Dieu, l'auteur finit par nous apporter de passionnants éléments de réflexions sur la question. Oui, on comprends mieux le Christ après avoir lu ce livre et ses imprécations contre les scribes et les prêtres. Il y avait de quoi être dans une sainte colère ! Jésus, manifestement, savait ce qui se passait dans le Temple, connaissait les secrets des prêtres et est bien venu renverser une Loi qui, en fait, n'a jamais été respectée, y compris par les figures légendaires juives telles David ou Salomon.

Du coup, renait l'idée que la Loi est cachée, mystique et secrète et comme le disaient les Egyptiens, Dieu est un coeur et la poitrine son temple. Contre les tenants du pouvoir sacerdotal et autres fondamentalistes, la culture de l'Amour, le cri du coeur. On peut et on doit opposer le Christ à Moïse comme le fait Paul car il savait, lui, quel terrible secret renfermait la Loi ; ils avaient compris que le sang coulait à flot sur les autels de l'Eternel et que seul l'Amour transitant par le sacrifice du Fils unique pouvait rétablir l'ordre bouleversé.

Tout simplement magistral et indispensable pour le croyant qui devra penser contre lui-même pour mieux comprendre Dieu, la place du Fils et le sens du Saint Esprit.

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16 octobre 2009

L'évangile ésotérique de saint Jean de Paul Le Cour (Auteur), Jacques d' Arès (Commentaires)

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Théoricien de l'Ere du Verseau, Paul Le Cour est un ésotériste qui livre avec cet ouvrage une étude passionnante bien que sujette à caution sur l'Evangile de Jean.

Formulons-le : Le Cour se singularise par un profond anti-judaïsme, pour ne pas dire un antisémitisme, lui faisant tenir des positions hérétiques (clairement, il est de l'Eglise de Marcion). Selon lui, le 4e Evangile participe des mystères des Hélènes et des Egyptiens (preuves troublantes à l'appui) et n'a rien de Juif. D'ailleurs, il faut éliminer les trois autres Evangiles et ne garder que celui-là, en l'expurgeant de toutes les interpolations relatives à la Thora. Après tout, le Christ n'était pas Juif, mais de race Gauloise (ne riez pas) et mieux même, il ne fut pas le Messie (oint de Dieu) mais le démiurge (que l'on comparera au premier ministre du président ou Dieu) descendu sur Terre pour apporter la vraie connaissance de Dieu.

Si l'on peut légitimement se sentir déconcerté, voire insupporté par certains des propos de Le Cour, il faut néanmoins reconnaître que sa théorie faisant de Jésus le véhicule du Logos et le démiurge est tout à fait pertinente. Par ailleurs, l'antagonisme de Jésus à l'égard des Juifs est palpable et le fait que jamais il parle de YWH mais toujours de Dieu laisse songeur.

Les références ésotériques sont nombreuses : qu'elles concernent les deux Jean associés à Castor et Pollux ou la Lumière du Logos qui nourrit les Hommes, elles sont toujours passionnantes et envoûtantes. Impossible de lire ce livre sans se sentir passionné. Et aussi, quelle déception de ne pas pouvoir tout retenir : car, que de richesses, que de réflexion, que de mystères !

De plus, cette édition a été établie par le disciple de Le Cour, Jacques d'Arès. Or, si Le Cour est contre Rome, d'Arès semble être un Chrétien fidèle. Il livre donc une version critique où il démontre les apories de la pensée de Le Cour, notamment sur la mère de Jésus, faute de culture juive. C'est donc doublement intéressant car le lecteur aura le point de vue de l'occultiste et la référence appuyée du croyant : de quoi lire ce livre avec sérénité et s'en faire une opinion.

De toute façon, des pistes passionnantes sont développées dans cet ouvrage et il est nécessaire de le lire. On ne saura trop conseiller, toutefois, de suivre en parallèle la version commentée de Jean par Jean-Yves Leloup qui est lui dans l'orthodoxie, ce qui évitera à certains de sombrer dans un anti-judaïsme qui met tout de même mal à l'aise.

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08 octobre 2009

Resume de metaphysique intégrale de Frithjof Schuon

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De quelle métaphyique est-il question ici ? De celle de Dieu. Pour Schuon, la seule métaphysique à valoriser est celle de la question de la divinité.

À partir des théogonies grecques, sémites et hindoues, Schuon nous entraîne dans le processus de la création du monde, la Mâya, du rayonnement du Bien, de l'Ombre du Mal et de la fonction du Dieu personnel, démiurge, par rapport au Dieu même, Néant, ex nihilo à partir de quoi tout est conçu. Partie ardue à lire mais passionnante.

Ensuite, c'est à quelques réflexions oecuméniques qu'il nous convie afin de concilier Islam et Christianisme : partie bien plus faible dans la mesure où pour Schuon on peut oublier les apologétiques sur Mahomet et gommer ce qui empêche le lien de l'un à l'autre. Toute révélation vient du Ciel et donc toute religion est vraie. Ensuite, elle est vécue, pensée et ressentie selon un mode mondain et culturel bien précis qui cause des incompréhensions et des tensions.

Pour terminer, l'auteur s'intéresse à la question de l'émotion et de la vertu, lieu du Bien, plus petit dénominateur commun aux trois monothéistes. Il se déchaîne contre la psychanalyse dont il semble ne pas bien prendre la mesure mais il pointe avec justesse que dans un travail de nettoyage des scories, seul un maître peut aider et la question du spirituel ne doit pas être évacuée.

La lecture de Schuon reste plaisante car il nous rend intelligent, nous fait toucher du doigt des réalités indicibles et parle de Dieu avec une conviction inébranlable.

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