01 mai 2008
L'absurde et la grâce de Jean-Yves Leloup
Autobiographie écrite au début des années 90, L’absurde et la grâce retrace l’itinéraire spirituel de Jean-Yves Leloup. Ce théologien évite le piège de la démonstration voyeuriste, s’en tenant à un récit discret sur les zones d’ombres de sa vie, sans pour autant les taire. Ainsi, élevé dans une famille qui ne l’aimait pas, l’enfant connaîtra un viol, fuguera, finira SDF, prostitué et consommera alcool et drogue jusqu’au jour où, après un difficile voyage en Inde, il trouvera la grâce en Turquie devant une icône de Jésus qui le fera s’évanouir.
Sa rencontre avec la religion ne se fera pas sans heurt : sectarisme, homosexualité et méchancetés font bon ménage avec noblesse et grandeur d’âme. Lui-même chutera, et pas qu’un peu, vivant marié avec une femme alors qu’il avait fait vœux de chasteté. Il ira loin, jusqu’à se faire baptiser plusieurs fois ce qui constitue un grave désordre.
Au final, cet ouvrage éclaire le travail de Leloup et le justifie. Pourtant, lorsque l’on prend la parole pour dire quelque chose de Dieu, ses propres états d’âme devraient, normalement, ne pas se faire sentir. Or, en l’occurrence, L’absurde et la grâce raconte trop de choses sur Leloup : en repensant à ses livres, on se demande si c’est le théologien qui écrit ou l’homme malmené par la vie. Question corollaire : Dieu se résume-t-il à la somme de nos expériences ou transcende-t-il notre état ?
Albin Michel, 10 euros.
22 avril 2008
Tout est pur pour celui qui est pur de Jean-Yves Leloup
Tout est pur pour celui qui est pur, disait Saint Paul. Vraiment ? Le sacré et la sexualité font pourtant mauvais ménage. En tout cas, dans notre religion chrétienne où le corps est avili par la doxa platonicienne le ravalant au rang de chose et survalorisant l’esprit. Ainsi, les Pères de l’Eglise, et les grands noms du Christianisme, ayant été d’infatigables amants avant leur conversion, ont conçus une vive haine du charnel et de la Femme par la suite.
A travers l’image de Marie-Madeleine et Jésus, Jean-Yves Leloup (prêtre orthodoxe, théologien et psychologue) tente de réhabiliter la sexualité et de la penser à l’aune de l’incarnation… l’hypothèse est difficile, intéressante et critiquable. En effet, Leloup se base notamment sur l’évangile de Philippe dont il sait bien qu’il est gnostique. Par là, on entends des textes éloignés de l’orthodoxie de l’Eglise et valorisant un enseignement secret de la part de Jésus, parfois une haine du corps, à d’autre moment une cosmogonie néo-platonicienne, et à d’autres moments des textes très proches des Evangiles canoniques. La méthode est donc contestable.
Autre point litigieux, la volonté de l’auteur de sous entendre régulièrement que Jésus et Marie-Madeleine ont eu des relations sexuelles. Si notre prêtre a des arguments intéressants à l’appui de sa théorie (en gros : l’incarnation du Christ justifie et sauve ce que nous sommes ; si Jésus n’a pas eu de relations sexuelles, alors le sexe n’est pas justifié et donc il est mauvais. Or, Jésus a été fait homme et en tant qu’homme doit connaître et vivre toute la dimension de l’homme), il oublie un contre argument de poids : d’une part que Jésus ne peut, selon l’Eglise, aimer quelqu’un plus qu’un autre (Leloup reprend cet argument très important mais le refuse sans argumenter) et d’autre part que si Jésus a vraiment été homme, alors il peut avoir sublimer sa sexualité.
Néanmoins, il y a des chapitres ô combien intéressant même si celui sur l’incarnation n’est qu’une reprise de celui publié dans son commentaire sur l’evangile de Jean ! Mais à travers des citations de rabbins, de réflexions riches sur la nature de la sexualité, Leloup apporte des éléments à charge pour une réévaluation du rapport sacré/sexué. Son propos, parfois contestable, n’en reste pas moins nécessaire : si Dieu est partout, serait-il absent de la chambre des amants ? Et s’il est présent, que lui donne-t-on à voir de nous-même. Contre le « jouir sans entraves », le « bien jouir » ; contre le « jouir à tout prix », le « jouir lumineux ».
Albin Michel, 12 euros.
05 mars 2008
Les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête de Luc Adrian et le Père Pascal Ide
On passe un très bon moment en compagnie de ce livre : Les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête est l’œuvre de Luc Adrian, journaliste à Famille Chrétienne et le Père Pascal Ide, prêtre du diocèse de Paris. Ne vous imaginez pas qu’il s’agit d’un livre moralisateur et rasoir. Un coup d’œil à la photo des deux auteurs, au dos du livre, donne une petite idée de leur côté décalé : paire de lunettes noires, accoudé à un pur tagué. Un soupçon de rock’n roll, non ?
En tout cas, ils font preuve de beaucoup d’humour et de pédagogie. Chaque péché se voit traité dans ses différents aspects : en quoi constituent-ils un mal ? quelles sont les dérives auxquelles ils concourent ? à quelles vertus s’opposent-ils ? Le tout complété par un cours donné à un démon (!), franchement amusant, truffé de jeux mots débiles comme je les aime et qui montre comment le démon exploite nos faiblesses. Enfin, chaque chapitre se termine sur une fine et intéressante analyse de film mettant en scène le dit péché. C’est très instructif, même lorsque l’on n’a pas vu le long métrage en question.
Aux cours des pages, on se découvre orgueilleux, gourmand, paresseux ou libidineux et on repère aussi le comportement d’amis ou de collègues de bureaux ! Au final, on souffre un peu de voir son image égratignée à ce point mais il ne faudrait pas en concevoir une impression de désespoir, du type : « je suis trop nul, je ne changerais jamais ». L’épilogue au livre termine ainsi sur une note résolument optimiste, celle du pardon de Jésus, qui nous invite à nous dépasser sans en trépasser de fatigue pour autant.
Vraiment bien écrit et amusant, cet ouvrage de moral intéressera aussi les non-chrétiens, même si ces derniers risquent d’avoir beaucoup plus de mal à entendre les bons conseils donnés pour éviter de tomber trop bas.
Edifa, 16 euros.
25 février 2008
Dieu est Amour de Benoît XVI
Dieu est amour a été la première encyclique écrite par Benoît XVI. Sa parution aura été raison de quelque troubles : en entamant son pontificat par la question de l’Amour de Dieu, Benoît XVI a sans doute du donner l’impression de participer à la moraline ambiante, l’amour étant un sujet tellement tendance dans une société qui n’a jamais autant parlé de ce qu’elle ne comprends pas.
Cette encyclique, d’ailleurs, trompe quelque peu l’attente du lecteur. Si elle commence en effet par une étude comparée de l’Eros et de l’Agapè, à savoir amour érotique et amour inconditionnel, l’encyclique finit rapidement par dépasser cette simple réflexion. Enfin, simple, voilà un bien grand mot. La question du rapport de l’Homme à Dieu et de l’Amour les unissant n’a rien d’une évidence. Toutefois, le texte de Benoît XVI ne se révèle pas particulièrement riche : on y apprend l’essentiel, à savoir que l’Amour se donne mais se reçoit tout autant et que l’Agapè n’exclut pas l’Eros, mais lui apporte une assise morale et éthique. Aimer, ce n’est pas consommer l’Autre. Aimer ne consiste pas non plus dans le sacrifice de soi confinant à la position de l’esclave. Aimer, c’est conditionner ses sentiments pour l’Autre dans un rapport éthique et moral consistant à vouloir pour ce dernier le meilleur sans s’exclure soi-même de l’équation.
La deuxième partie de l’Encyclique se révèle plus particulière : elle insiste sur les actes de charité (mot français censé traduire le terme grec d’Agapè. Mot totalement galvaudé aujourd’hui et qui ne restitue en rien l’idée présente en Grec) comme constitutionnels de la fonction de l’Eglise. Si cette dernière ne compte pas imposer de croyances par respect du principe de laïcité, elle insiste sur le fait qu’elle n’entend pas se limiter à la prière pour les âmes : les actes de charité sont l’essence et le sens de la fonction de l’Eglise et il n’y a pas de raison de laisser aux laïcs ce domaine dans la mesure où donner, soigner ou aider un être en souffrance ne peut, du point de vue catholique, exclure la dimension affective du geste. Contre les professionnels de la compassion et les enthousiastes du malheur humaine, Dieu est Amour affirme donc le sens personnel et essentiel de la relation entre les Hommes. C’est sans doute que, pour Benoît XVI, l’échange et le don doivent faire office de parure pour l’Eglise en signifiant que le partage reste le cœur du message de Jésus.
Certains ont ainsi été étonnés de voir par la suite le Pape affirmer avec force et tranquillité la supériorité du message de Jésus sur celui des autres religions. En être surpris constitue une forme de naïveté. Car une Eglise ne s’appuie par uniquement sur une éthique ou une morale pour fonctionner. Ethique et morale seraient inefficaces sans fondements stables. La révélation du Christ constitue la pierre angulaire qui fait tenir l’édifice de l’institution et assure la détermination et la conscience des bénévoles et laïcs chrétiens.
Le Cerf, 3 euros.
24 février 2008
Je vois Satan tomber comme l’éclair de René Girard
Les Evangiles proposeraient-ils un mythe semblable aux autres mythes ? Après tout, la Passion fonctionne, à première vue, comme n’importe quel récit religieux du genre décrypté dans les précédents ouvrages de Girard : un phénomène d’hystérie collective, avec le choix d’un bouc émissaire, sa mise à mort dans une parodie de couronnement et d’honneurs, suivi de sa déification. A première vue, les Evangiles respectent le cahier des charges type.
Mais les choses, en apparence si évidentes, cachent une tout autres réalité, nous explique René Girard dans Je vois Satan tomber comme l’éclair : car Jésus est innocent, le texte le dit, l’affirme, et le défend. La croix révèle cette innocence et la fureur des bourreaux, tout comme la résurrection démontre que la déification n’a pas été décidée par la masse haineuse, mais affirmée par le petit groupe de disciple qui aurait pourtant du se trouver sans force, ni courage. Loin, donc, de faire l’apologie du déchaînement mimétique comme les Grecs sous couvert d’histoires merveilleuses et symboliques, les Evangiles constituent une reconnaissance sans faille de l’innocence de la victime pourchassée par ses bourreaux. Et cela en parfait lien logique avec l’Ancien Testament.
De fait, Je vois Satan tomber comme l’éclair permet à René Girard de reprendre la réflexion entamée dans Des choses cachées depuis la fondation du monde en soulignant la radicale opposition entre le récit biblique et le récit mythologiques. Deux analyses fortes et passionnantes donnent corps à sa démarche : tout d’abord, une comparaison entre le récit d’une mise à mort à Ephèse d’un « démon » qui permet à la ville de guérir de la peste et l’histoire de la femme adultère dans l’Evangile de Jean avec son fameux « Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre ». Ensuite, à travers la comparaison entre l’histoire d’Œdipe popularisée par le dramaturge Sophocle et le récit des mésaventures de Joseph en Egypte et de son accession au poste de conseiller de Pharaon.
Très beau, ce livre est nettement plus accessible que Des choses cachées depuis la fondation du monde. Hélas, découvrir René Girard par cet ouvrage n’est pas conseillé : le lecteur ne pourra pas apprécier tous les éléments du texte car il est important de bien comprendre la théorie mimétique de l’auteur pour profiter de ses développements. En tout cas, il s’avère comme particulièrement intéressant, bien écrit et fort dans ses conclusions. Une superbe étude anthropologique du fait religieux et de la spécificité du Christianisme face aux mythes gréco-romains.
Le Livre de Poche, 5,50 euros.
21 février 2008
Le Princes des Anges, Saint Michel du Père Gilles Jeanguenin
Dans la série, « j’aime les Anges », je voudrais l’Ange Michel : le protecteur d’Israël, devenu défenseur de l’Eglise dans le Nouveau Testament, celui qui a fait chuter Satan sur Terre (merci du cadeau !) et qui, à la fin des Temps, est supposé réitéré son exploit.
Ici, le Père Gilles Jeanguenin livre 90 courtes pages, mais bien remplies. Sont rappelées très brièvement les mentions faites de Michel dans la Bible avec, au passage, une étrange affirmation. Jeanguenin affirme que l’Ange du Seigneur de l’Ancien Testament serait Michel ! Pour ceux qui connaissent la Bible, il faut savoir que l’Ange du Seigneur apparaît très, très, mais vraiment très souvent et que, selon les notes de la TOB (Traduction oecuménique de la Bible), l’Ange du Seigneur est en fait une périphrase qui décrit Dieu lui-même. Donc, je m’interroge sur la source de Jeanguenin. Si elle se révèle juste, alors Michel a une place essentielle dans la Bible. Mais je doute vraiment de cela.
En tout cas, ce rappel des passages Bibliques occupe uniquement quelques pages et en fait, le gros de l’ouvrage s’avère consacré aux paroles de Pères de l’Eglise et de Saints concernant Michel, nous donnant aussi la possibilité de connaître les légendes l’entourant et de lire de très belles prières à son attention qui n’oublient pas ni Marie, ni Dieu.
Au final, on a l’un petit ouvrage un peu cher au vu de son nombre de page, mais très utile et pratique. Les prières sont vraiment le point le plus intéressant de ce livre, certaines étant très fortes.
Pierre TEQUI éditeur, 6 euros.
19 février 2008
Enquête sur l’Apocalypse de Claude Tresmontant
Qui a encore peur de l’Apocalypse ? Oiseau de mauvais augure, le Jean de la Révélation de Patmos a consigné sa révélation dans un texte clé de la Bible pour nombre d’amateurs d’ésotérisme et d’eschatologie : la fin du monde, comme si vous y étiez ! D’où des élucubrations diverses et innombrables qui font les beaux jours des millénaristes et autres gourous. Mais pour Claude Tresmontant, l’Apocalypse n’est pas à craindre, loin de là, puisqu’elle serait déjà terminée, finie et ce depuis 70 après Jésus-Christ, date de la prise de Jérusalem !
Idée folle ? Trahison du texte ? Comment Tresmontant arrive-t-il à une telle conclusion ? Dans Enquête sur l’Apocalypse, notre théologien entreprend de confronter Histoire et Révélation. Armé des textes de Flavius Joseph et de Philon d’Alexandrie, il relate le destin de Jérusalem confrontée aux rois Herode et aux terribles César et sa rébellion suivie d’un siège mené par les Romains conduisant à sa mort. En réalité, démontre Tresmontant, l’Apocalypse raconte sous forme codée des événements contemporains parfaitement clairs pour les communautés chrétiennes d’alors. Sous forme codée parce que ces mêmes communautés sont persécutées par les Judéens (une tribu issue du peuple Hébreu et qui n’englobe pas la totalité des Hébreux) et les Romains.
Vous l’aurez compris, Tresmontant milite pour l’idée que l’Apocalypse n’a pas été écrite tardivement comme les spécialistes le prétendent mais plutôt vers 56 après Jésus Crist. Ce cheval de bataille, il l’a longuement expliqué dans Le Christ hébreu et développé constamment au cours de ses autres ouvrages. Ses arguments sont d’ailleurs probants ou en tout cas pertinents : à l’aide de nombreux exemples tirés des Evangiles, dont celui de Jean, il souligne qu’il y a des mystères, des événements peu clairs et que ces éléments tus (comme le nom de la personne dans la maison duquel Jésus et ses disciples prennent leur dernier repas) s’expliquent uniquement par le fait que les Evangiles ont été écrits très peu de temps après les événements pour la communauté chrétienne et qu’il fallait taire la vérité, de peur que Chrétiens tombent entre les mains de la police de César. A ce petit jeu là, Tresmontant se révèle très fort, même si, en réalité, ses arguments peuvent facilement être contestés. Ainsi, pour commencer, l’auteur n’explique jamais pourquoi les exégètes donnent une datation tardive des textes. Ensuite, il explique que si un nom est tu ou un lieu caché, c’est que la révélation de cet élément devait rester caché. Mais on pourrait aussi penser que la tradition orale a perdu l’information lors de la rédaction ou estimer l’information mineure pour les rédacteurs de l’époque. Tresmontant a donc tendance à vouloir trop rationaliser, expliquer, des faits sur lesquels il est impossible de se prononcer.
Il en va de même lorsqu’il s’intéresse à l’Histoire. Si ses références sont très utiles à la compréhension de l’Apocalypse, pourquoi l’auteur ne fait jamais appel aux historiens qui ont critiqué Philon et Flavius. Tresmontant écrit son livre comme si on pouvait accepter ces témoignages sans sourciller. Mais ce n’est pas de la sorte que l’on fonctionne lorsque l’on fait de l’Histoire : il s’agit d’interroger la source, de la confronter à d’autres, de tester sa fiabilité, etc. Là encore, Tresmontant croit que plus une source est vieille, plus elle serait fiable. Cela n’a rien de sûr !
Néanmoins, au-delà de ces critiques qu’on doit lui adresser, force est de reconnaître que le cœur de son analyse s’avère impressionnante. Ainsi, comment ne pas admettre avec lui que le Jean qui a écrit le quatrième Evangile et l’Apocalypse soit non pas Jean fils de Zébédée, mais Jean le grand prêtre du Temple ? Se basant là encore sur une antique source historique mentionnant ce fait, Tresmontant démontre en lisant les textes sacrés que Jean ne peut pas ne pas être une personnalité en vue et connue du Temple (sans cela, dans le quatrième Evangile, jamais il n’aurait pu donner des ordres à la servante du Temple après l’arrestation de Jésus). De même, on voit qu’il connaît parfaitement l’intérieur du Temple sacré car nombre d’éléments se retrouvent dans l’Apocalypse. Enfin, l’élément décisif tient sans doute au fait que, dans l’Evangile de Jean, Jésus fasse Paque un jour avant celui des Evangiles synoptiques. Un mystère explique avec brio par Tresmontant.
Confrontant l’Apocalypse aux Livres de Daniel et des Maccabées, notre théologien donne une interprétation intéressante du texte final de la Bible montrant que Jean annonce la prise et la destruction de Jérusalem alors qu’il écrit aux alentours de 56. Non, il ne s’agit pas de fin du Monde, nous dit-il, mais d’une espérance en cours de réalisation : la nouvelle Jérusalem est l’Eglise des Chrétiens et qu’elle a été annoncée dès le Livre d’Isaïe lorsque le prophète dénonce ses prostitutions pour ensuite louer le retour à sa virginité… Si on reste très impressionné de son analyse, on regrette toutefois que toute l’Apocalypse n’ait pas été analysée. Car que vient faire alors la lutte des Anges présente dans le texte ? Futur du Monde ou récit des Origines ? Et puis, les quatre cavaliers, ces fameux quatre cavaliers, pourquoi ne pas en parler ? Sans doute Tresmontant a-t-il traité de cela dans sa traduction complète de l’Apocalypse (toujours chez FX de Guibert) ?
En conclusion, que dire ? Ce livre, à la différence des précédents chroniqués sur ce blog, se révèle assez délicat à lire : le style - qui n’est pas le fort de l’auteur - se révèle lourd. La première partie, celle historique, s’avère extrêmement longue et les nombreuses citations tirées de Flavius et Philon ne sont pas toujours indispensables à la lecture. De plus, la méthode de l’auteur se révèle plusieurs fois discutable. Néanmoins, on reconnaîtra une grande qualité à cet ouvrages : il apaise. Finit les divagations sur la fin du Monde, le jugement dernier, la destruction de la Terre, j’en passe et des meilleures. La félicité promise n’est en fait pas à attendre dans l’au-delà, mais elle commence dès maintenant : l’Eglise représente la nouvelle Jérusalem, l’embryon de la nouvelle humanité à naître, celle qui verra l’alliance du charnel et du spirituel, de l’Homme et de Dieu. Il fallait que Tresmontant révèle ce qui devait être dit. A l’instar d’un René Girard, Claude Tresmontant empêche la peur ou l’angoisse de se propager et révèle les vérités cachées, magnifiques, derrière des mots choquants. On ne saurait donc trop recommander la lecture de cet ardu essai, pour ne plus craindre et commencer, dès maintenant, à espérer.
François-Xavier de Guibert, 28,97euros. Pour commander l’ouvrage (presque épuisé), contactez l’éditeur au 01 42 22 15 34 ou au 01 45 48 97 77
09 février 2008
Schaoul, qui s’appelle aussi Paulus – la théorie de la transformation
Il y en aura eu de l’opprobre à l’égard de l’Avorton. Il en aura pris des coups, l’apôtre Paul. Taxé de misogynie, accusé d’avoir dogmatisé le christianisme sans jamais rendre justice à la pensée de Jésus, aussi désigné comme un traître : celui grâce auquel l’Eglise se serait imposée avec sa haine des Femmes, de la pensée, de la science et son souci de faire l’Homme soumis et obéissant – pour tous ceux voulant un développement sur le sujet, se reporter à l’immonde Traité d’athéologie de Michel Onfray qui condense les pires diffamations possibles.
Mais voilà. Toujours, lorsque l’on s’intéresse aux textes antiques, et encore plus lorsqu’il s’agit des textes sacrés, il convient de se reporter au texte même. De soupeser le poids des mots, d’entendre le sens précis d’une langue qui aujourd’hui n’existe plus. Ainsi en va-t-il des Actes des Apôtres, et des Lettres de Paul. Car si on les croit écrites en langue grec, Claude Tresmontant dans son Schaoul, qui s’appelle aussi Paulus – la théorie de la transformation démontre, qu’en réalité, elles ont été dictées en Hébreu et sans aucun doute traduites à la volée en Grec – on le sait parce que ce n’est pas le Grec de Platon, mais un grec hébraïsant, dont les tournure de phrases sont typiquement sémites. Cela remet singulièrement en cause notre compréhension des textes. Car plutôt que de traduire le Grec, Tresmontant s’ingénie à traduire du grec vers l’hébreu, de façon à retrouver le sens premier des paroles tenues, puis d’en donner une traduction française la plus fidèle, littérale, possible. C’est donc armé d’une nouvelle traduction que nous entamons la lecture de cet ouvrage riche, très riche.
Tresmontant travaille selon un principe simple : la répétition est l’axe de la pédagogie. Ainsi, dans ce volumineux livre (500 pages tout de même !), il sera répété et répété et encore répété la même chose à pratiquement tous les chapitres. Cela peut paraître par moment fastidieux, mais le résultat se vérifie. Une fois le livre refermé, vous ne risquez pas de perdre l’enseignement de Paul de sitôt !
La théorie de la transformation
Mais quel enseignement, me demanderez-vous ? Contrairement à ce que l’on nous a fait croire, Paul ne professe pas un christianisme dogmatique mais, au contraire, il couronne l’enseignement du Christ en apportant une pierre ô combien essentielle : il nous apprend la théorie de la transformation. En quoi consiste-t-elle ? A contrario des systèmes gnostiques ou grecs qui imaginent que l’âme humaine était pure à l’origine et préservée de la souillure et que sa descente dans un corps humain l’aura avilie, Paul s’inscrit dans un tout autre courant de pensée. Il ne conçoit pas le monde comme un Grec, mais comme un Hébreu : l’Univers n’est pas immuable et éternel. Au contraire, il vieillit et se détériore (et cela a été vérifié par la science et les récents cris d’alarme des écologistes). Il n’y a donc pas de pureté de l’Univers. Dieu ne se confond pas avec l’Univers (théorie stoïcienne), il est autre. Il n’y a pas non plus de dégradation de l’âme lorsqu’elle s’incarne. L’âme ne descend pas dans un corps pour l’Hébreu, mais elle se trouve consubstantiel à lui, animant d’informations la chair et maintenant en vie le corps. Le départ d’Adam et d’Eve du Jardin d’Eden ne constitue pas une chute. La création n’était pas parfaite dès le départ. L’Univers n’est pas incréé. Donc, l’Homme s’avère perfectible et en constante évolution. Le Christ est le modèle qu’il doit viser. S’unir à Dieu, telle sera la mission que l’Homme doit désormais remplir. La transformation, c’est la possibilité pour l’Homme de parachever la création divine en dépassant l’être de chair qu’était l’Homme jusque là : s’unir au Christ revient à faire de soi un Homme par l’Esprit – Saint. Il s’agit d’une révolution ontologique en opposition radicale avec la pensée grecque et matérialiste.
Mais Paul ne s’arrête pas à cela. Il témoigne de la réalité du Christ. Par l’intermédiaire des Actes et des Lettres, Tresmontant s’intéresse à la naissance de la foi dans la jeune communauté chrétienne. Si avec les auteurs rationalistes comme Ernest Renan on croit le miracle impossible et on voit les Evangiles comme de pures inventions, comment expliquer que la communauté chrétienne se soit formée, constituée et renforcée alors que leur rabbi, Jésus, venait d’être crucifié ? Comment peut-on constater leur courage pour évangéliser la Grèce et Rome sans preuve matérielle de la résurrection ? Et d’où vient que le miracle n’existerait pas ? Comment peut-on fonder une telle certitude ? En effet, si avec Renan on image l’immuabilité de l’Univers, alors le miracle de la résurrection s’avère impossible car la divinité se trouve mêlée à l’Univers et la matière est toute puissance. Mais puisque l’Univers meurt et se transforme chaque jour, alors, oui le miracle se révèle possible. Car la matière ne résout rien.
Ce sera aussi l’occasion pour Tresmontant de faire un sort à l’opposition entre Paul et Jean. On croit qu’entre les auteurs des Lettres et celui de l’Apocalypse, il y a un hiatus. Mais cela est faux : Tresmontant, montre, citations à l’appui, que Paul et Jean parlent la même langue, celle des noces célestes unissant la nouvelle Jérusalem (la communauté des fidèles) au Christ. Tous deux parlent de la même transformation. Tous deux contestent le respect des rites alimentaires et autres prescriptions de la Thora. Le Christ a couronné l’édifice juif mais il a remplacé son antique Loi. Comme la Thora n’a pas sauvé l’Homme, ne lui a apporté que la connaissance du Bien et du Mal, mais n’a pas résolu le dilemme de la direction du Bien, alors le Christ est venu.
Enfin, point central dans le travail d’évangélisation : le fait d’aller porte la bonne nouvelle aux païens. Pourquoi les goïms qui ne reconnaissaient pas la Thora ? A cause des Livres de Jonas et d’Isaïe qui en appellent à la lumière apportée aux païens. Et comme le dit Jésus, puisque cette génération là ne l’a pas reconnu (sous entendu : ses frères juifs), ils n’auront le droit à aucun autre miracle que le signe de Jonas. Ainsi sera réalisé par les apôtres les annonces des prophètes juifs : l’heure est venue pour Dieu de se désolidariser des Juifs pour se faire connaître des païens. Corollaire : il ne sera pas demandé aux nouveaux convertis de respecter les rites alimentaires ou la circoncision. Pourquoi ? Parce que « tout est pur pour celui qui est pur » (Paul ; voir à ce sujet la découverte de Pierre qu’aucun aliment n’est interdit dans les Actes) et que la circoncision qui compte est celle du cœur et non pas de la chair.
Ouvrage complexe, redondant par moment, parfois difficile à suivre, à d’autres instants lumineux, avec des éclairs de génies dans les démonstrations, Schaoul, qui s’appelle aussi Paulus – la théorie de la transformation est un ouvrage majeur qu’il convient de lire soit pour remettre en cause la caricature que l’on a fait de Paul, soit pour, lorsque l’on se dit Chrétien, comprendre réellement ce qu’implique notre relation avec le Christ.
François-Xavier de Guibert. Pour commander l’ouvrage (presque épuisé), contactez l’éditeur au 01 42 22 15 34 ou au 01 45 48 97 77.
21 janvier 2008
Les principaux malentendus de la théologie de Claude Tresmontant
Les principaux malentendus de la théologie de Claude Tresmontant constitue un ouvrage exceptionnel en terme théologique. L’auteur s’intéresse à quatre aspects majeurs de la théologie chrétienne catholique : la rationalité de la Foi, la Trinité, l’Incarnation et pour terminer, le pêché originel.
Concernant la Foi, l’auteur démontre qu’elle n’est pas irrationnelle (sinon, elle serait sur le même plan que l’astrologie par exemple), mais qu’elle constitue au contraire une révélation sûre et intellectualisée. Un chapitre qui risque d’en surprendre plus d’un (moi le premier), mais dont le sens se justifiera au cours de la lecture du présent ouvrage. En l’occurrence, ce postulat sera pleinement admis une fois le livre refermé.
Sur la question de la Trinité, il faudra s’armer de courage. J’ai ainsi dû lire deux fois le chapitre pour le comprendre. L’auteur se montre en effet brouillon et pis, cite des textes en latin qu’il ne traduit pas ! Mais avec un peu de courage, on les comprend très bien. Il sera alors démontré que Père, Fils et Saint Esprit ne sont pas des inventions chrétiennes mais des décalques de la théologie hébraïque et que ces trois essences de Dieu sont égales entre elles, ne constituent pas de personnages à part entière et que l’Esprit procède du Fils et du Père. Je vous résume l’analyse pour plus de simplicité : Le Père, c’est Dieu et Dieu parle : la parole, c’est le Fils (prologue de l’Evangile de Jean) et la Parole agit : l’Esprit touche alors l’Homme. De fait, la parole n’est pas séparée de Dieu puisque proféré par lui ; l’Esprit n’est pas étranger à Dieu et à la Parole puisque l’Esprit est la manifestation de Dieu. De fait, l’Esprit procède de Dieu et de la Paroles : ce sont les mots dits qui germent en l’Homme.
L’Incarnation démontre que la Parole ne s’est pas mélangée à un être humain car Dieu ne se modifie pas, et il est et il restera de tout temps immuable. De fait, la Parole a assumé l’existence de l’Homme, ce qui n’est pas la même chose. Le Fils, c’est la Parole de Dieu professée dans le corps d’un homme réel.
Enfin, le pêché originel. On reste estomaqué de découvrir que l’idée que l’on se fait du pêché originel n’est pas en réalité catholique, mais protestante. L’Homme sali et souillé par la Chute qui pêche comme il respire, c’est la conception de Martin Luther et pas de Rome ! Au contraire, Rome insiste sur le fait que la Création n’est pas terminée, que la chute est certes présente mais qu’elle a permis d’enfanter l’Humanité et que le but final de la Création et de faire des Hommes de nouveaux Christ. Incroyable et surprenant chapitre qui remet en cause toutes nos idées reçues sur la question.
Enfin, Claude Tresmontant traduit le texte de la Genèse concernant la création de l’Homme et la commente. C’est incroyablement riche et passionnant. Ce théologien est en effet un spécialiste de l’Hébreu et du Grec et nous apporte énormément grâce aux étymologies proposées. Non seulement le texte en devient passionnant, mais de plus, on découvre des choses que l’on ne voyait pas : ainsi, découvre-t-on qu’il y a deux arbres nommés dans le jardin d’Eden, celui de la Vie et celui de la connaissance du Bien et du Mal. Eve cueille de l’arbre de la connaissance mais pas de l’arbre de la Vie. Etrange incertitude des mots : que signifie l’arbre de la Vie ? C’est celui-là que les Anges Keroubims défendront de leurs épées de feu et pas celui de la connaissance. Tresmontant avoue son incapacité à analyser le texte plus en profondeur. Cela reste néanmoins magistral.
François-Xavier de Guibert, 19 euros.
13 janvier 2008
Sauvés dans l'espérance par Benoît XVI
Sauvés dans l’espérance constitue un formidable petit texte de déconstruction du nihilisme de notre époque et s’interroge su comment en est-on arrivé là.
Benoît XVI analyse la question de la Foi, ses liens avec la notion d’Espérance, les tentatives de la pensée moderne scientiste et positiviste de proposer un nouvel humanisme de l’Homme-Dieu et son échec pour terminer sur la question de la salvation par l’intermédiaire du Christ.
Il s’agit d’un texte extrêmement simple et facile d’accès à un public de néophyte qui pourra mieux comprendre et interpréter le sens de la Foi. Il y a certes peu à dire dessus mais on ne pourra nier que cette encyclique soit extrêmement bien écrite et parfaitement synthétique.
Elle intéressera donc autant les croyants que les philosophes, collégiens, lycéens ou étudiants qui travaillent sur la question de la Foi et de l’espérance.
Le Cerf, 4 euros.










