Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

30 avril 2008

L'Homme sans gravité de Charles Melman

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L’Homme sans gravité est le fruit de longs entretiens menés par Jean-Pierre Lebrun, psychiatre et analyste, avec Charles Melman, praticien revêtant les mêmes qualités professionnelles. La thèse de Melman se résume ainsi : « Nous passons d’une culture fondée sur le refoulement des désirs, et donc la névrose, à une autre qui recommande leur libre expression et promeut la perversion. La “santé mentale” relève ainsi aujourd’hui d’une harmonie non plus avec l’idéal mais avec un objet de satisfaction. La tâche psychique s’en trouve grandement soulagée et la responsabilité du sujet effacée par une régulation purement organique. »

Le sexuel n’est plus cause du désir de l’Homme. La jouissance – la jouissance sans entrave : necroscopique, auditive, scopique... – obsède les corps. La disparition du Père en tant qu’ordonnateur de la Loi et marqueur des limites de cette même jouissance provoque un délire : passage de la névrose à la psychose et, autre corollaire, déperdition du sujet de l'inconscient qui ne s'entend plus parler. La perversion règne, notamment dans des cas cliniques inédits faisant froids dans le dos. Melman confesse son inquiétude et son impuissance : de mémoire d’analyste, on n’avait jamais vu cela ! Les analysants ne veulent plus vivre, ne peuvent plus s’accrocher au quotidien, s’interrogent sur leur pédophilie. Consommer, consommer, consommer : l’infecte trinité de notre temps.

Il y a des défauts à cet ouvrage : notamment son caractère décousu, les entretiens répétant des thématiques voisines, mais sous des angles différents. Au final, on a parfois la sensation d'être d'accord avec l'auteur mais sans bien se souvenir de la raison de ce consensus !

Ce livre est intrinsèquement réactionnaire : aucunement raciste, xénophobe ou violent. Non. Réactionnaire au sens de réflexe de survie. Melman prend place aux côtés de Jacques-Alain Miller (son ancien analysant qui le déteste), Alain Soral ou Eric Zemmour. Si vous croyez que tout va bien, lisez ce livre. Si vous n’allez pas bien, que vous avez l’impression de ne plus y retrouver dans ce monde, cet ouvrage pourra vous rassurer : non, vous n’êtes pas tout seul, et si vous avez la force de vous questionner, il est encore le temps de réagir.

Gallimard, 5,80 euros. 

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03 avril 2008

Allô Lacan ? Certainement pas ! de Jean Allouch

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Les « bons mots » comptent parmi les petits plaisirs littéraires. Ce Allô Lacan ? Certainement pas ! propose un ensemble de situations légèrement délirantes, décalées ou cyniques mettant en scène le maître psychanalyste français. On a le droit à tout un tas de situations où se Lacan, vis-à-vis de ses patients, se montre parfois cruel (souvent même), franchement ironique ou assez absurde… ce recueil fait passer un très bon moment même si certains bon mots nécessitent un peu de logique analytique pour être compris.

Epel, 15 euros.

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17 février 2008

Trois essais sur la théorie sexuelle de Sigmund Freud

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Œuvre clé de Sigmund Freud, les Trois essais sur la théorie sexuelle ont été publiés pour la première fois en 1905 et remaniés au cours des années.

Dans ce livre, Freud avance une hypothèse fondamentale dans la compréhension et l’histoire de la psychanalyse, à savoir que les perversions sexuelles sont présentes lorsque l’enfant n’a pas su ou pu passer par les étapes de son développement sexuel.

Ce dernier, baptisé « pervers polymorphe », par Freud, explique le sentiment de rejet de l’opinion publique à l’égard de ces Théories. Pour la première fois, en effet, l’enfant n’est plus cet être innocent, mais un obsédé sexuel qui scrute ses camarades durant les moments de défécation, s’intéressant à ce que les filles ont entre les jambes ou prenant un plaisir onaniste dès la moment de la tétée. Le bébé sexué, voilà de quoi traumatiser n’importe quel lecteur ! Mais qu’on ne s’imagine pas que la psychanalyse excuserait la pédophilie sous le prétexte que l’enfant enquête ! Au contraire, Freud assimile cette pratique à une perversion lourde de conséquence et d’ailleurs, il avoue son incompréhension à l’expliquer.

Pour Freud, ce développement de l’enfant est essentiel en cela qu’il assure, s’il est dirigé correctement, l’intérêt pour les parties génitales et le rapport coïtale. Et l’indispensable élément à cela reste l’amour de la mère qui, en assurant l’enfant de ses sentiments à son égard, permet à ce dernier de mener son enquête de manière apaisée.

Mais si l’enfant a des parents névrosés, assurément il le sera. Si une étape de son développement a raté, cela entraînera une perversion. Donc, pas question d’interdire la quête de l’enfant. Pas question de le culpabiliser. Mieux vaut laisser ce dernier s’amuser avec son corps et celui de ses camarades en lui donnant la meilleure éducation possible. Tout cela passera et à la puberté, le jeune garçon rêvera des formes rebondies de ses camarades filles, tout comme la fille tombera amoureuse de ses amis mâles.

Il y a donc une forme de morale chez Freud : le développement de l’Homme tend à un but, assurer chez lui le désir du coït. Ce qui empêche cela tient de la perversion. Le plaisir a donc une norme, il est hétérosexuel et a pour but la reproduction des espèces. On croit donc à tort la psychanalyse freudienne permissive ou sans repère. En réalité, et c’est ironique, Freud n’est pas loin de la position de l’Eglise sur la question. Comme quoi, tout se perd, même la rébellion.

Gallimard, 6,80 euros.

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31 janvier 2008

Cinq leçons sur la psychanalyse de Sigmund Freud

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Si l’on retiendra pas la Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique comme étant utile à l’édification personnelle en rapport avec la psychanalyse, on ne saura trop conseiller la lecture de sa première partie donnant le nom général de l’ouvrage : Cinq leçons sur la psychanalyse.

Il s’agit de cinq conférences tenues en 1909 par Sigmund Freud lors de son voyage aux Etats-Unis où la psychanalyse restait encore largement ignorée. Ce sont des cours passionnant à lire, Freud étant un grand auteur, un grand romancier, lorsqu’il s’en donne les moyens et surtout qu’il en a la volonté (car lorsqu’il met sa casquette de scientifique, il a un style autrement plus opaque). On retrouve donc dans ces leçons ce qu’il est utile de connaître pour appréhender la psychanalyse avec facilité. Certes, nombreuses seront les questions à tourmenter le lecteur par la suite – car Freud esquisse des explications et ne va pas jusqu’au bout des choses – mais pour débuter, c’est parfait !


Quant à la suite du livre, c’est à dire la Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique, elle n’a qu’un intérêt limitée : rédigée en 1914, elle fait le point sur la portée de la psychanalyse dans le monde et voit Freud faire un sort à deux anciens comparses : Adler et Jung contre lequel il s’élève, remettant en cause leurs théories. Théories étant elles-mêmes en opposition avec les siennes. Un texte plus polémique donc, et daté, qui de toute façon reste toujours sujet à caution, la pensée de Freud n’ayant jamais cessé d’évoluer.

Payot, 5,95 euros.

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21 janvier 2008

Des choses cachées depuis la fondation du monde de René Girard

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René Girard est LE penseur de notre temps. Il y a eu Freud, Marx et Nietzsche ; Lévi-Strauss, Lacan et Sartre ; aujourd’hui, il y a Girard et… qui d’autres ?

Anthropologue spécialisé dans la question des rapports entre violence et sacré, Girard a simplement transformé notre vision des rapports entre violence et culture et des liens entretenus avec le religieux. Il a réhabilité la Bible comme personne auparavant, non pas pour des motifs personnels mais par une véritable étude et analyse des textes.

Des choses cachées depuis la fondation du monde constitue le moment clé de son œuvre : s’entretenant avec Jean-Michel Oughourlian (Neuropsychiatre et psychologue, professeur de psychologie clinique à l'université et responsable de l'unité de psychiatrie de l'Hôpital Américain de Paris) et Guy Lefort (un autre psychiatre), Girard revient sur ses deux premiers ouvrages, Mensonges romantiques et vérités romanesques (où il donne naissance au concept de rivalité mimétique) et La violence et le sacré (qui le voit fonder le lien entre mythes archaïques et violence – fonction du bouc émissaire), avant de s’intéresser à la lecture de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), la psychanalyse, la folie et la question du désir.

Cet ouvrage est, disons-le, monumental, difficile d’accès et réservé à des personnes ayant une solide base culturelle littéraire et analytique. Néanmoins, avec des efforts et de la volonté, on peut tout à fait en venir à bout.

La base théorique de Girard se révèle en effet d’une simplicité désarmante : la violence est inscrite au cœur de la société. Les individus passent leur temps à convoiter ce que l’autre possède ou croit posséder, ou encore désirent devenir ce que l’autre semble être. Cette rivalité mimétique affole les personnes inscrites dans la relation, et grossit, devient de plus en plus importante, jusqu’au moment où la tension atteint un point stratégique impliquant un affrontement. La survie du groupe étant en jeu, la communauté va alors s’inventer un bouc émissaire, une personne présentant des travers physiques ou mentaux suffisamment forts pour exciter la colère de la communauté. Elle en oublie ses querelles et décide de se vider de sa violence sur l’innocent. Ce dernier, assassiné ou acculé à la mort, va emporter avec lui, en une catharsis terrible, la colère du groupe. Fédéré grâce à cette victime, la communauté va alors diviniser la victime puisque, grâce à cette dernière, la violence qui a manqué de détruire la cohésion du groupe a cessé. Plus tard, cette victime apparaîtra donc sous les traits d’une divinité dans les mythes de la tribu.

La thèse paraît quelque peu simpliste et difficile à apprécier dans un premier temps. On a ainsi du mal à comprendre comment la victime pourrait devenir Dieu si rapidement. Mais en fait, dans les mythes, elle apparaîtra comme coupable, responsable de la crise mimétique ayant agité la communauté. Et sa mort aura été causée par un prêtre, un Dieu ou encore une malédiction divine qui, en la frappant, aura arrêté la souffrance de la communauté. Bref, une théorie coup de poing que Girard justifie quelque peu maladroitement, faute d’exemple, puisqu’il résume en réalité les théories de La violence et le sacré.

Mais cette théorie finit néanmoins par s’imposer au lecteur par la force de persuasion de l’auteur et par quelques exemples bien choisis qui illustrent parfaitement son propos. Mais le gros du morceau arrive ensuite : Girard démontre, textes à l’appui que la Bible, et encore plus le Nouveau Testament, donnent raison à sa théorie et que Jésus traite directement de cette question ! Certains, à la lecture de ces lignes, imagineront que je me suis laissé piéger par le verbe de Girard et qu’une telle chose est impossible. Et pourtant non ! L’analyse des textes bibliques proposée par l’auteur ne souffre pas l’à peu près : la démonstration est rationnelle et cohérente.

Reste un point qui me paraît contestable : Girard affirme et démontre que Jésus ne s’est jamais sacrifié et que sa crucifixion a été un accident non prévu et non désiré. Or, il s’agit là de la théorie de Jacques Duquesne dans Le Dieu de Jésus et elle m’avait déjà parue absurde à l’époque. Je comprends pourquoi Girard insiste sur ce point, mais il faudrait que je relise les textes car cela me paraît douteux.

Après ce passage ô combien stupéfiant, Girard et ses deux interlocuteurs s’attaquent à la psychanalyse à qui ils font un sort en traitant de la question du désir. Un trop long passage plutôt décevant faute d’exemple et opaque. Il faut attendre l’étude du narcissisme freudien pour commencer à apprécier les arguments de Girard se livrant à une magistrale remise en cause de Freud. Dommage que cette discussion n’ait pas inclus un analyste car, à n’entendre qu’un seul point de vue, on perd hélas beaucoup. Sans compter que la question de l’inconscient reste intouchable. Après tout, qu’est-ce que la théorie de Girard sinon une affirmation nouvelle de l’existence de l’inconscient ?

Le livre se poursuit par une analyse de l’hypnose, de l’homosexualité et du sado-masochisme, le tout, dans le but de décrédibiliser la psychanalyse pour mieux rendre hommage à la nouvelle théorie girardienne. Là encore, les passages sont complexes, manque parfois de simplicité et sont, fautes d’exemples, quelque peu difficiles à suivre.

Pour terminer, Girard revient sur la notion de skandalon du Nouveau Testament, associant Satan, scandale et désir, et conclue dans une dernière synthèse l’essai qui aura révolutionné l’approche du religieux dans la constitution de la société et donné au visage du Christ une dimension intellectuelle (je ne vois pas d’autres termes) aussi surprenantes qu’enrichissantes, y compris pour des athées (car en aucune manière ce livre ne demande une croyance. Il informe avant tout) !

Pour terminer, il nous faut tout de même émettre quelques bémols : pour commencer, on se demande l’intérêt d’une discussion à trois. Les interlocuteurs de Girard ne servent pratiquement à rien durant le livre et se contentent de lui servir la soupe, de le louanger et de se comporter comme des groupies devant une superstar. Risible et pathétique.

Dégouttant, enfin, l’attitude de Girard qui ne se contente pas de démontrer la faiblesse des thèses de ses adversaires structuralistes et psychanalystes, mais tombe dans une sorte de calomnie molle consistant à discréditer, railler et moquer sans pour autant pouvoir le faire jusqu’au bout, ce qui conduit Girard à souligner à de nombreuses reprises le « génie de Freud ». Par ailleurs, à cette méthode peu élégante, on doit ajouter une certaine lâcheté du procédé. Annuler le structuralisme et le freudisme en un tour de main n’a pas de sens. Girard conteste certains points et pense détruire tout l’édifice, mais ce n’est pas le cas : rien de ce qu’il dit ne permet de combattre l’idée d’inconscient. Rien ne permet de penser que Freud a eu tort sous tout. Girard veut absolument que sa théorie passe et s’impose mais il en oublie les kilomètres de pages écrites en psychanalyse par Freud étayant ses hypothèses. Ainsi, pour Girard, le complexe d’Œdipe ne tient pas la route : et pourtant, quid des relations de l’enfant mâle avec sa mère et des rapports avec sa mère ? Quid du désir de la fillette vis-à-vis du père ? Il aurait fallu un ouvrage à part pour envisager de détruire l’édifice freudien.

Néanmoins, au-delà des polémiques de l’époque (l’ouvrage date de 1978), cet essai magistral s’impose pour tout Chrétien : sa lecture transformera sa vision de la Bible et lui permettra d’accéder à un niveau de compréhension des textes qu’il n’avait jamais eu jusque là. Pour les autres, l’intérêt est tout autant, voire presque plus important, puisque la question du religieux et du judéo-chrétien trouveront une place à laquelle il n’avait jamais sans doute pensé. Ce sera aussi l’occasion d’une sévère remise en cause du modèle grec, entièrement fondé sur la violence et qui est pourtant considéré comme la belle norme chez nous et enseigné même aux enfants !

Le Livre de poche, 7,50 euros.

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11 janvier 2008

Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan de Juan-David Nasio

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Ces Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan par Juan-David Nasio ne concerneront qu’un public limité : celui des psychanalystes. Contrairement à ce que sa quatrième de couverture laisse croire, il ne s’agit certainement pas d’un livre de cours pour le grand public mais de séminaires tenus à l’attention de psychanalystes par Nasio, et complété par son exposé de 1979 sur le signifiant réalisé dans le propre séminaire de Jacques Lacan.

Autant dire qu’il vous faudra être un bon connaisseur de la psychanalyse et de la pensée lacanienne pour espérer comprendre quelque chose à cet ouvrage. Certains passages sont, disons le, carrément incompréhensibles et, de plus, on finit par ne même plus apprécier l’intérêt de ce fatras théorique puisque aucun exemple ne vient nous éclairer un peu sur la démarche à suivre.

Néanmoins, on relève quelques points intéressants, comme la question de la jouissance et du plaisir qui permet de mieux comprendre l’aphorisme lacanien invitant à « ne jamais céder sur son désir », et qui lie la question de l’esprit au corps. Cette réflexion ouvre des pistes intéressantes sur les relations sexuels, le suicide ou encore la violence.

Le concept d’objet (a) est assez difficile à manier mais la longue analyse de Nasio le lien au phantasme n’est pas sans intérêt même si, franchement, on aurait aimé plus de lisibilité.

Pour ma part, je n’ai quasiment rien retenu de la lecture de ce livre – et encore, c’était la deuxième fois que je le lisais ! Néanmoins, comme nombre d’ouvrages du genre, il peut aussi nourrit l’esprit et l’inconscient et vous permettre de vous interroger sur vous-même pour chercher.

Payot, 9 euros.

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12 novembre 2007

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci de Sigmund Freud

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Disponible soit en grand format pour un prix onéreux vu le faible nombre de pages, soit en édition bilingue très intéressante, Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci m’est tombé entre les mains et mon avis le concernant est partagé : oui, pourquoi pas, ai-je envie de dire, mais enfin, ce n’est guère indispensable à posséder dans sa bibliothèque.

Sigmund Freud considère cet ouvrage comme le meilleur qu’il a écrit. Bizarre, étant donné que sa Science des rêves surclasse largement ce court essai, sans parler de Psychopathologie de la vie quotidienne, tout simplement renversant et écrit de main de maître, pour ne pas parler du génie de Totem et Tabou. Mais enfin, c’est l’avis du maître. J. B. Pontalis introduit avec beaucoup d’intelligence cette biographique psychique en insistant sur l’auto-projection de Freud vis-à-vis de Léonard, mais surtout sur l’erreur clé du livre. En effet, Freud a analysé un rêve d’enfance de Léonard qui constitue la trame du livre dans lequel le peintre parle d’un vautour qui se serait posé sur sa bouche, bébé, et aurait frappé de sa queue l’intérieur de sa lèvre. Seul problème, Freud a travaillé depuis la traduction allemande du texte qui parle de Vautour là où il y avait Milan ! De fait, le psychanalyste élabore une théorie qui reste donc discutable dans la mesure où ce souvenir d’enfance aurait selon Freud été à l’origine des visages pleins de bontés et de douceur des femmes de de Vinci. Plus troublant encore, dans le fameux tableau voyant Anne et Marie veiller sur Jésus, Freud devine la présence du vautour et force est de reconnaître qu’il y en a bel et bien un !

Alors que penser d’un essai dont les prémisses sont fausses ? On devrait, normalement le rejeter. Pourtant, les interprétations de Freud sont à ce point cohérentes et ne souffrent tellement pas l’hésitation qu’on reste troublé… Plus complexe : le fait que Sigmund se permette finalement de lire dans des œuvres d’art et des notes des Carnets des vérités psychologiques. La psychanalyse, pourtant, ne plaque pas de discours sur un patient mais l’invite à accoucher d’une parole. Finalement, c’est peut-être là que repose la pierre d’achoppement du livre : qui parle ici ? Freud ou de Vinci ? Et si c’est bel et bien Freud, décrypte-t-il ou projette-il ? La réalité psychologique la plus intime d’un homme est-elle réductible à une production artistique et scientifique ?

Toutes ces questions sont troublantes. Elles nous forcent à envisager dans ce texte des zones d’ombres, des erreurs et des raisons de douter. L’introduction de Pontalis n’en n’a donc que plus de mérite : loin de sombrer dans une béate admiration, elle invite le lecteur à la prudence, la réflexion et la discussion.

Gallimard, 8,70 euros.

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25 octobre 2007

Rendez vous - la psychanalyse de François Mitterrand et Le monde d'Ali d'Ali Magoudi

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Difficile, voire impossible, de résumer ce livre. Du reste, cela aurait-il un intérêt ? A quoi bon révéler les secrets de Rendez-vous – la psychanalyse de François Mitterrand alors qu’ils font le sel de ce roman analytique passionnant ? Ali Magoudi n’a en fait jamais fait s’allonger Tonton sur un divan mais il l’a interviewé un très grand nombre de fois et a pu compulser nombre de documents mettant en scène le président. A partir de cette masse de documents, il a su atteindre le mystère de la psyché de Mitterrand et en tirer une interprétation qui, a défaut d’être de son crue et on de Mitterrand lui-même, n’en reste pas moins passionnante.

Outre l’aspect croustillant de l’affaire, ce livre permet de voir comment se déroule sur un divan une analyse : bien sûr, celle de notre bon roué Françoué n’a pas vraiment eu lieu mais on sent l’analyste qui reprend des éléments vécus pour donner de la couleur à cette analyse imaginaire : il n’a, du reste, pas toujours le beau rôle et on voit bien que c’est le patient qui doit sortir du fond de lui sa part de vérité et pas l’analyste qui, par un coup de baguette magique, la ferait rejaillir à la surface.

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On pourra rapprocher cet ouvrage de l’excellent Le monde d’Ali – comment faire une psychanalyse quand on est polonais, chirurgien, arabe, élevé dans le sentier… (!) : l’auteur de la Psychanalyse de Mitterrand nous livre une charmante et courte autobiographie de son passage sur le divan de Pierre Legendre, analyste lacanien.

Magoudi reste relativement général sur les événements survenus durant sa cure et les révélations qui lui ont été apportées : il faut dire que son cadre familial a été difficile, sans être morbide ou dramatique, et qu’il semble avoir conçu des phantasmes plutôt violents. Mais qu’importe : car Ali a cette franchise rassurante, celle consistant à dire tout simplement ce qu’il a connu, les bons comme les mauvais côtés, sans la moindre utilisation de jargon analytique et là encore, ne se donnant pas le beau rôle, voire même doutant de ses propres interprétations.

D’ailleurs, histoire de faire mon malin, j’aimerais pointer une belle erreur d’écriture dans son livre. L’analyse d’Ali a été traversée par des questions complexes liées à sa filiation, son rapport à ses parents. Et voilà ce qu’il écrit page 147 : « J’aurais dû évoluer dans une fratrie de quatre. A l’âge d’un an, j’attendais un petit. A terme, ma mère est partie le mettre au monde. Mon père, incapable de faire face à trois marmots en bas âge, nous déposa quelques jours, ma sœur, mon frère et moi, au centre d’accueil Saint-Vincent-de-Paul, sis à Denfert-Rochereau. » Je surligne en gras à dessein. Il me semble qu’Ali Magoudi voulu écrire « A l’âge d’un an, j’attendais un petit frère ». Mais l’oubli de ce mot jette une tournure étrange sur son texte. Oubli de l’éditeur à ce niveau, ou de lui-même ? Mais de voir, à la phrase suivante affirmer que son père ne savait « faire face à trois marmots en bas âge » donne l’impression qu’il a voulu prendre la place de son géniteur et qu’il se ressent encore aujourd’hui comme le père de cet enfant qui est mort né.

En tout cas, Le monde d’Ali est un livre qui se dévore. Très réussi à tous les niveaux, on le souhaiterait plus long tellement l’auteur se révèle attendrissant et charmant.

Rendez-vous – la psychanalyse de François Mitterrand, Maren Sell Editeurs, 19 euros.

Le monde d’Ali – comment faire une psychanalyse quand on est polonais, chirurgien, arabe, élevé dans le sentier…, Albin Michel, 14 euros.

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21 octobre 2007

Le premier sexe d'Eric Zemmour

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On en a dit du mal du Premier sexe : les thuriféraires d’Alain Soral, dont le principal intéressé, y ont vu une honteuse copie de Sociologie du dragueur, ouvrage culte parmi les beaufs incultes qui n’ont jamais lu Freud et croient pouvoir s’en servir pour affirmer l’infériorité de la femme. On a aussi présenté ce pamphlet comme un livre anti-femmes, bref, un essai machiste, du même niveau que le honteux pamphlet sus nommé.


Ah ! décidément, personne n’a du lire ce livre ! Eric Zemmour, grand reporter au Figaro, se lance en fait avec Le premier sexe dans une analyse psychologique de l’homme occidental et européen Français. Questionnant le statut de l’homme d’avant la guerre et sa métamorphose en métrosexuel féminisé aujourd’hui, il en tire une lecture et une analyse qui se révèlent d’une grande intelligence et auxquelles on aura bien du mal à opposer des critiques.


En substance, il explique que l’homme a effectivement toujours joui d’une autorité et des privilèges sur la femme mais qu’en compensation, l’homme devait fournir un travail de composition du champ social, à savoir imposer le Nom-du-Père au fils pour que la structure familiale reste soudée, solidaire et obéissante, et s’occuper du « sale boulot » que représente la politique, à charge aussi pour lui l’aventure humain et la direction de la société.


Le féminisme, comme toutes les doctrine en « –isme », loin d’être uniquement une philosophie positivant la personne de la femme, entend en fait non faire de la femme l’égale de l’homme mais le contraire. Sa doctrine égalitariste détruit le fondement même du genre en invitant l’homme à rendre les armes, ce qu’il a accepté avec joie. Mais cette féminisation du mâle conduit ce dernier à ne plus pouvoir rendre heureuse une femme et à la fuir dès lors que survient une difficulté avec elle, notamment dans son couple.


Corollaire de tout cela, la montée de la violence sexuelle, notamment par les immigrés, revanchards face à une société féminisée, la montée du vote raciste, posture machiste bête trahissant la faiblesse et l’inquiétude et développement du porno violent pour faire payer, par une voie détournée, à la femme son audace.


Je synthétise, bien sûr, et on sera bien inspiré de lire le texte sans prendre mes propos présents comme des vérités assénées sans développement. En tout cas, la vision de Zemmour se soutient de sa compréhension de la théorie du Nom-du-Père qui l’autorise d’une lecture ambitieuse de la société actuelle. On lui reprochera essentiellement de mésestimer la possible harmonie de couple au-delà du problème de la féminisation de l’homme. Car à lire Zemmour, seul le mâle, le vrai, soutiendrait le désir de la femme en l’inscrivant dans sa plénitude masochiste. C’est faire peu de cas du désir d’entente, de la question du rapport humain qui refonde tout le couple, ce dernier étant constitué par un principe d’amitié qui fait le lien entre l’éros et l’agapé : on ne s’aime pas uniquement pour le sexe et on ne croit pas non plus en l’amour inconditionnel, mais grâce à la philia, on entend la possibilité de fonder le couple sur un rapport humain, sensible et intellectuel qui dépasse le clivage manichéen du désir amoureux. Néanmoins, les propos de Zemmour sur les hommes quittant leurs femmes dès qu’ils tombent amoureux d’une autre est intéressant.


De la même façon, sa lecture anti-raciste du problème de l’immigration, au profit d’une lecture Phallique autorise un nouveau dialogue possible avec l’autre qui passe par une revalorisation de son image virile et la possibilité par le lien affectif, la philia, de transcender la différence pour toucher à l’intime de l’être.


Un essai extrêmement vivifiant donc, indispensable à lire et qui permet de s’attaquer aux problèmes sociaux nous entourant en les découvrant sous un jour nouveau et enrichissant.


Denoël, 10 euros.


Je donne les liens (cliquez ici  pour la première vidéo, et là pour la seconde) de l'intervention d'Eric Zemmour chez Thierry Ardisson, face à Clémentine Autin. C'est très intéressant même si la vision donnée de son livre s'avère caricaturale. Toutefois, pouvoir bénéficier d'un contre point de vue me parait essentiel.

Par ailleurs, je noterais une chose très forte que l'on voit dans ces deux vidéos et qui donnent une bien piètre image des hommes. Monsieur Francis Huster se comporte d'une manière choquante à l'égard d'Eric Zemmour qu'il menace de faire quitter le plateau et on comprend bien que c'est pour aller lui en coller une. Là où Zemmour a un physique malingre, se tient vouté et a un visage d'enfant - bref on ne peut pas dire qu'il fasse très viril - Huster, tout de noir vêtu, se tenant droit et le visage plein de morgue et de mépris a une attitude à la fois choquante au niveau verbal mais aussi en terme de comportement... Alors, au lieu de crier que les "hommes sont des salauds" (comme si l'homme existait ! Rappelons que Diogène, lui, ne l'avait jamais trouvé), monsieur Huster ferait mieux de se comporter avec civilité et respect de l'autre, comme Clémentine Autain qui, sans se montrer agressive et méprisante, défend à merveille ses convictions.


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24 septembre 2007

Essais de psychanalyse de Sigmund Freud

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Ouvrage important de Sigmund Freud, les Essais de psychanalyse regroupent quatre textes complexes, exigeants et importants dans ce qu’ils représentent comme étapes de la cartographie de l’inconscient.

Sans doute le plus accessible au grand public, Considérations actuelles sur la guerre et sur la mort (1915) s’intéresse à la Grande Guerre, alors en cours et voit Freud s’interroger su le défoulement bestiale des soldats : notre psychanalyste souligne à quel point le vernis de civilisation que nous avons tous ne tient à pas grand-chose, et comment l’Etat impose à chacun une grande renonciation à ses pulsions, renonciation qui conduit, dans des situations dramatiques comme peuvent l’être les affrontements militaires, à des débordements.

Au-delà du principe de plaisir s’impose comme le texte majeur de l’ouvrage, celui dans lequel Freud définit la pulsion de mort : évoquant le cas des névrosés répétant le traumatisme qu’ils ont connus, Freud s’interroge : si le principe de plaisir est seul à régler l’humain, pourquoi ce dernier semble se complaire dans la répétition d’une souffrance ? D’où, à travers une analyse biologique approfondie, l’idée qu’il existe une pulsion de mort poussant chacun de nous au grégarisme, à la cessation de l’état de vie.

Dans Psychologie des foules et analyse du moi, Freud reprend l’ouvrage de Gustave Le Bon, Psychologie des foules, et entreprend de relire, à l’aune de l’expérience de la psychanalyse, cet ouvrage. Freud définira ainsi le modèle du chef et les notions d’idéal du moi et d’introjection. Un texte important dans la compréhension des phénomènes totalitaires et la compréhension du fonctionnement de grandes institutions comme l’Armée ou l’Eglise.

Enfin, dans Le Moi et le Ca, Freud rentre dans sa deuxième topic en définissant précisément ce qu’il en est du Moi, du Ca et du Surmoi. Un texte majeur puisque ces trois données de l’inconscient sont la base même de la psychanalyse.

D’un point de vue général, il faut bien avouer que cet ouvrage est ennuyeux et décevant. Freud y manie un langage peu clair, complexe et surtout, il se perd dans des digressions trop nombreuses et des analyses dont on perçoit mal les prémisses.

Si, à chaque fois, les propos sont très intéressants et riches en réflexions, on ressort hélas des textes avec l’esprit très embrouillé et une grande difficulté à en tirer quelque chose de stable. Pourtant, dès lors qu’on se dirige vers un dictionnaire de psychanalyse ou qu’on lise la prose d’un bon vulgarisateur, on perçoit tout de suite l’aspect révolutionnaire des propos de Freud. En d’autres termes, à moins d’être très familier avec l’écriture de Freud, il me paraît peu intéressant d’avoir recours à ce livre : mieux vaut lire une bonne présentation de Freud, qui vous permettra ainsi de bien comprendre sa pensée plutôt que de tenter la lecture d’un ouvrage cryptique et verbeux.

Payot, 9,75 euros.

Posté par Menon à 13:15 - Psychanalyse - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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