24 octobre 2009
Ca va mal finir de François Léotard
Particulièrement bien écrit, maniant lyrisme, ironie et nostalgie, ce petit livre de François Léotard exprime avec intelligence ce que nous avons tous sur le coeur concernant Sarkozy. De voir ses pensées mises en mot – et bien mises – donne l'impression, le temps de quelques heures, de ne plus se sentir totalement seul et que d'autres, qui pensent, pensent comme nous.
05 octobre 2009
Ahmadinejad d'origine juive ?
Un article surprenant du Point : et si Ahmadinejad était Juif ?
30 septembre 2009
Ce grand cadavre à la renverse de Bernard-Henri Lévy
Face aux attaques répétées contre la gauche, le modèle libérale, les droits de l'Homme, l'universalisme européen, la Shoah et le renouveau de l'antisémitisme couplé à l'alter-mondialisme, Bernard-Henri Lévy a souhaité répondre dans un livre, Un grand cadavre à la renverse, au titre emprunté à une phrase de Sartre à la préface de son ami Nizan.
C'est un livre passionnant mais qui nécessite une certaine bonne culture générale depuis la Libération pour être apprécié. C'est aussi un livre personnel, sans doute un des plus personnels de cet intellectuel pour plateaux de télé puisque la situation de la Gauche, de l'antisémitisme et de l'Europe est à l'opposé de tout ce qu'il a toujours imaginé, réfléchi, pensé et proposé.
C'est donc un constat d'échec que ce Grand cadavre à la renverse mais qui reste néanmoins campé sur ses valeurs, ses idées, celles héritées des Lumières, celle d'une grande Europe nietzschéenne, d'un cosmopolitisme revendiqué et d'un respect de l'économie globale et libérale.
Puisque l'air du temps est tout autre et carrément à l'opposé de tout ce qu'incarne et pense BHL, il y a du bon à lire ce livre juste pour donner la parole et entendre une façon de penser à contre-courant de tout ce que la classe politique prône.
15 septembre 2009
Nadine Morano et l'handicap
"Les personnes handicapées et leurs familles n'attendent pas de la
compassion mais une véritable politique d'accès à la citoyenneté", a déclaré Nadine Morano.
Ainsi, grâce à Nadine Morano, on apprend que la compassion s'oppose à la politique et qu'elle ne sert à rien.
Enfin, me permettrais-je de souligner le fait que l'expression "accès à la citoyenneté" implique qu'un handicapé n'est donc pas actuellement considéré comme un citoyen ?
11 septembre 2009
Hortefeux : raciste ?
Meuuuuuh non !! Je ne suis pas raciste !! Ce sont des calomnies !!
10 septembre 2009
De qui se moque-t-on ?
Je ne comprends plus : je croyais qu'un SDF vivait dans la rue et la misère. Mais je découvre qu'un sympathisant UMP qui a lâché 1200 tracts pour injurier Ségolène Royale en plein vol se prétend SDF. "Prétend" ? Eh bien, le monsieur a une connexion internet, un ordinateur et un avion. Euh... il nous prendrait pas un peu pour des cons ?
09 septembre 2009
Combien de burqa en France ?
367 ou 2 000 comme l'indique le Figaro ?
Le duel fait rage.
En attendant, si mes calculs sont justes, cela nous fait entre 0.001 0.006% de la population féminine française. Est-ce qu'il y a vraiment de quoi s'angoisser ?
03 janvier 2008
Mémoires interrompus de François Mitterrand et Georges-Marc Benamou
Dernière ligne de vie, dernier rendez-vous avec l'Histoire. Cette Histoire qu'il habita avec volupté et gourmandise, dernier monarque républicain qu'il était, avant de céder les clés de l'Elysée au roi fainéant Chirac. Donc, dernière ligne de vie, pour François Mitterrand qui, en tête à tête avec Georges-Marc Benamou, dicte ses Mémoires. Napoléon avait Las Cases qui ne se priva pas de modifier sensiblement les propos de son maître pour servir une vision européenne de la politique de l'Aigle. Mitterrand, en Georges-Marc Benamou, se découvre plutôt un scribe fidèle. En effet, le journaliste le questionne, l'interroge et l’aide en cela à accoucher de sa pensée. Et l'on sait, grâce au Dernier Mitterrand, que le président se relisait, se corrigeait, se raturait, ne devant visiblement qu'à lui-même de se raconter. Du reste, si Benamou est remercié en introduction du livre par l'éditeur, son nom ne figure pas sur la couverture de ces Mémoires interrompus. On a connu procédé plus délicat…
En l'état, ce livre s'avère de toute façon très intéressant et riche à lire. L'action commence avec l'emprisonnement de Mitterrand par les Allemands au Stalag et se termine hélas avant que la Gauche n'accède au pouvoir. Oui, car le titre n'a pas été choisi au hasard. Mitterrand est mort au cours de la rédaction de ce livre, ce qui a condamné tout espoir de le voir aborder le versant le plus riche de son action politique.
Malgré tout, la partie concernant la jeunesse politique de Mitterrand est très intéressante. D'autant que sont abordées les fameuses questions qui fâchent, en l'occurrence celle de Vichy et la Francique. On ne lira ici que le point de vue de Mitterrand, bien sûr, mais il paraît cohérent et juste… Enfin, ce livre permet de comprendre surtout le cheminement intellectuel d'un homme qui, à l'instar d'un Jean-Paul Sartre, aura goûté à la fraternité en prison, reconsidéré son point de vue sur les communistes et entamé une longue réflexion qui le placera en fait toujours à gauche de l'échiquier politique : en tout cas, à le lire ! Et puis, il y a la magie du verbe mitterrandien, sa grande maîtrise de la langue, son talent pour faire des images, partager ses pensées et comprendre son point de vue. A ce titre, le texte qu'il écrivit en 1943, après son évasion, et qui fait l'éloge de la géographie française, se révèle tout simplement magnifique.
Odile Jacob, 20,58 euros (épuisé)
18 décembre 2007
Le dernier Mitterrand de Georges-Marc Benamou
A la fin de sa vie, François Mitterrand se lia d’amitié avec Georges-Marc Benamou, journaliste, dont il fit un des compagnons de sa longue maladie et de ses dernières paroles. Dans Le dernier Mitterrand, Benamou nous raconte justement ses souvenirs d’avec le dernier monarque républicain.
Il ne s’agit pas d’un grand livre qui révélerait quelques informations croustillantes ou nous feraient vibrer à l’unisson d’un homme entré, dès son vivant, dans l’Histoire de France aux côtés d’un Louis XIV ou d’un de Gaulle. Non. Mais ce livre est honnête en cela qu’il nous fait voir un homme confronté à la mort qui s’annonce, à la douleur, dans une fin de règne difficile, où chacun se gausse de lui, l’attaque et dont sa mort est annoncée par tous et espérée par des rédactions de journalistes. C’est aussi le moment d’un ex-président qui n’a plus le pouvoir, ce fameux pouvoir qu’il aimait temps et qui peut enfin se regarder mourir.
Et il y a une réelle pudeur dans le livre de Benamou. On pourrait écrire : une exemplication, si on pardonne ce néologisme. Mitterrand, en cette fin de règne et de vie n’est pas différent d’un autre. C’est un vieillard coquin, moqueur mais accroché à la vie, légèrement mystique, cynique et désenchanté en même temps que plein d’espoir.
On passe donc un très agréable moment en compagnie de Benamou et du président ; on goûte leur fausse complicité (le maître et l’élève : tous les séparent) et on apprécie que notre auteur, au fur et à mesure du livre qui avance, se fasse plus évocateur et raffiné dans ses descriptions, certaines pages offrant quelques beaux moments de littérature.
Plon, 20 euros.
29 octobre 2007
Le neveu de Lacan de Jacques-Alain Miller
Résumé des éditions Verdier.
« Le point de départ : la première page du Monde.
Le 21 novembre 2002, elle est consacrée aux « nouveaux réactionnaires ». Cela,
en l’honneur du tout petit livre (96pages) d’un inconnu, Daniel Lindenberg : il
« brouille les familles intellectuelles », assure le journal. JAM trouve cela
étrange. Il lit l’ouvrage, y découvre son nom, se pique au jeu, tire le fil
jour après jour »
Pourquoi faut-il lire ce livre
?
Il faut le lire pour démasquer une sacrée entreprise, une drôle de cabale parisiano-intellectuelle. Il faut le lire parce que cette exemplification (exemple et amplification) autour du livre L’appel à l’ordre de Linderberg permet à la fois de questionner la situation de la politique, de la psychanalyse et de la littérature aujourd’hui, mais aussi de prendre acte de l’arrivée de livres et de concepts comme des armes à faire sens dans le débat intellectuel, voir à la reconfigurer.
Pourquoi ne faut-il pas le
lire ?
Parce que, vous n’y comprendrez rien si vous ne connaissez pas un peu Lacan, Freud, l’histoire moderne et contemporaine… Mais vous pouvez y remédier facilement en lisant Nous autres modernes d' Alain Finkielkraut ; parce que le livre de JAM est compliqué, exigeant, difficile à suivre, et demande une réelle connaissance de la vie intellectuelle française des années 60 à nos jours…
Et de quoi parle-t-il ce livre ?
Le petit opuscule de Linderberg est, JAM le démontre, l’œuvre d’un homme qui a aimé Staline, puis l’a renié ; qui a basculé du côté d’Althusser et des Ulmiens, puis les a reniés ; qui est devenue maoïste et a milité avec eux, puis les a reniés ; pour finalement rentrer dans la revue Esprit, revue philosophique chrétienne. Là, il écrit son opuscule sous la direction du professeur Rosenvallon, titulaire d’une chaire au collège de France, membre d’Esprit, qui a bien l’intention, JAM le démontre, de chambouler la vie intellectuelle française. En effet, la collection dans laquelle Lindenberg est publié est une sorte de Que sais-je ?, donc accessible à un grand public… Pour Rosenvallon, comme pour Linderberg, il s’agit d’écrire un ouvrage qui soit un moyen de faire pression sur le monde intellectuel français.
On le connaît bien le procédé : nettoyage, chasse aux sorcières. Linderberg se présente comme un homme de gauche qui dénonce ceux qui ont trahis la gauche. Le parcours du monsieur est éloquent : un habitué de la critique, de la remise en question ; principe de fascination / répulsion ; Linderberg est, par essence, un dénonciateur. Instrumentalisé. Mais pourquoi ? Quel est l’intérêt de Rosenvallon ? L’enquête se lit de manière chronologique dans le livre de JAM : pour faire sa niche dans le paysage intellectuel ; pour, par exemple, amorcer un mouvement de rapprochement entre catholiques et protestants, au détriments de juifs. Pour choquer, brouiller les familles intellectuelles, jeter l’anathème sur certains dans un livre trop bien écrit explique JAM parce qu’un ton pale et sans reflet, froid et calculé, donc innocent d’apparence…
Le programme de Rosenvallon, instigateur de Linderberg, c’est de faire triompher manifestement une modernité qui refuse et conteste la jouissance de chacun. Démocratie : tous égaux, tous pareils ; la Loi fait force de démocratie. La démocratie est un lieu vide. On peut tous y coexister en amenant son chez soi avec nous.
La modernité, finalement, est aliénante. JAM souligne que Linderberg accuse Flaubert et Baudelaire, leur reproche leur scepticisme face à la démocratie, leur refus de la modernité (déjà). Il s’agit donc de condamner ceux qui ne sont pas heureux du monde tel qu’il est.
Il y a là une impasse. Société de consommation pour JAM : nivellement par le bas des désirs, des envies. La jouissance est normalisée, contrôlée ; personne ne doit sortir du rang, chacun doit faire ce qu’il à faire.
D’où le refus de la modernité. Le refus d’être un Etre qui soit normalisé. D’où l’inquiétude que l’on doit avoir de suivre un homme prétendant critiquer Baudelaire ou Flaubert pour leur mélancolie ; d’où l’inquiétude de voir dénoncer des intellectuels juifs, parce qu’ils sont juifs et donc contre le nivellement des visages ; inquiétude aussi pour la psychanalyse, que l’on voudrait tant voir contrôlé et les praticiens évalués : manière commode de dire que le symptôme et la souffrance doivent être vites remis au placard, qu’il faut pour l’homme être très vite, de nouveau, un bon citoyen productif.
Rosenvallon / Linderberg : en dénonçant les nouveaux réactionnaires, ils ont en fait désignés tout ceux dont la manière de penser était critique à l’égard de la France et du modèle français ; ceux qui faisaient vivre le débat ; ceux qui animaient et soulignaient la souffrance. Nouveaux réactionnaires ? Façon de dire : ceux qui contestent qu’il y a un sens et un mouvement historique naturel. Comme si tout devait aller ainsi et pas autrement. Comme si la modernité tendait forcément vers le mieux… Rire nerveux : et les génocides du XXe siècle, et le racisme galopant, et les extrémismes de tout bord, que racontent-ils sur cette modernité ? La même chose selon moi qu’hier : que l’homme ne sera jamais satisfait de l’Homme.
De quoi parle-t-il d’autre ?
De l’Homme de gauche, mort et enterré.
Du fait que le propos de Lindenberg tient peut-être à redonner une virginité à la gauche en cherchant à débusquer le marrane, le faux converti, en ostracisant donc celui qui ne serait pas un homme de gauche.
Le livre parle aussi de l’interprétation psychanalytique. Ce que ça vient faire là, mystère, mais JAM tient son journal, il écrit ce qu’il veut : très long chapitre, bien difficile à dire sur le Dire et le dit (Enonciation d’un discours, et énoncé, soit le discours en lui-même). Réflexion sur le langage mathématique : tout ça pour dire que lorsque l’on entend le dit, on en oublie le dire. Or, le dire est critiquable, car ce n’est pas parce que l’on dit une chose qu’elle est vraie. Le dire, soit le principe de parler, peut dénoter quelque chose : l’interprétation psychanalytique s’en occupe justement de se dire, et elle se fonde à l’instar des mathématiques : elle ne peut ensuite être reprise et analysée. L’interprétation est le degré mathématique du discours qui ne supporte pas d’interprétation de l’interprétation.
JAM évoque aussi la littérature du XIXème et le procès que lui fait Linderberg : critiquer les grands auteurs qui ont eu le malheur de ne pas adhérer au « pour tous » fallacieux de la démocratie. Ce refus de l’ordre, du tous pareil désole JAM qui y voit le signe de la bureaucratie. Une bureaucratie incarnée parfaitement par Nicolas Sarkozy : ce que JAM souligne chez lui, c’est qu’il en appelle au nivellement, au tous pareil, au sevrage de la jouissance en somme pour que cette dernière rentre dans le rang : voilà pourquoi l’homme est dangereux.
Lorsque le « Pour tous » est en place, lorsque règne un Etat qui ne gouverne plus mais se contente d’administrer, apparaît alors le Maître que Jacques Lacan a beaucoup dialectisé après mai 68 ; celui qui va se lever pour redonner du sens à la politique qui ne peut pas se contenter d’être une enveloppe vide et déconnectée du réel.
En cela, le livre de JAM est un
authentique pamphlet réactionnaire : amusant pour un ancien maoïste.
Amusant aussi dans la mesure où JAM cherche à nier la pertinence du livre de
Lindenberg : en fait, bien au contraire, il en souligne la grande intelligence.
L’auteur a parfaitement compris le jeu et JAM de lui donner raison mille fois.
Mais mille fois il démontre que le règne de l’égalitarisme n’a, d’un point de
vue de l’économie de la libido, aucun sens. Que le « tous pareil » ne
conduit pas au bonheur mais au nivellement de la jouissance dont l’Etat tire
puissance.
La force de JAM aura été, dans ce
livre, de démontrer l’inanité de la démocratie en soulignant que s’appuyer sur
la masse ne permet aucune explosion de force mais implique que tous regardent
au même endroit, au même moment.
Vive les réactionnaires !










