Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

04 avril 2008

Contes zen d'Henri Brunel

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Qu’est-ce que le zen ? A en croire les très courtes nouvelles composant ces Contes zen de la collection Librio, le zen consiste à être – pleinement – dans l’instant tout en voyant au-delà des mots et des images.

Henri Brunel, auteur de ce recueil, a réécrit, pour le public français plusieurs histoires à caractère zen toutes aussi brèves qu’intelligentes comme une scène de la vie du célèbre samouraï Musashi Miyamoto confronté à des ronins bruyants dans une auberge.

Ce petit livre propose néanmoins des histoires denses et ne se lit pas d’une traite : un récit par ci, par là avec le souci de réflexion et d’attention que réclame ce genre d’histoires. Il faut parfois oublier un peu de lire et tacher d’entendre.

Librio, 2 euros.

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06 janvier 2008

Contre-histoire de la philosophie N°5 - Les libertins baroques (1) de Michel Onfray

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Autant Michel Onfray se montre désormais insupportable dans le cadre de ses livres et notamment ceux consacrés à la Contre histoire de la philosophie, autant ces douze premiers cours proposés sur CD et consacrés à une autre vision du grand siècle (XVIIème) se révèlent extrêmement riches et intéressants. L’idée du philosophe est de dépoussiérer la vision traditionaliste de la philosophie en révélant qu’il existe des pans entiers oubliés par la vulgate pour des motifs délibérés : interdire d’existence tout penseur proposant une pensée matérialiste ou anti-platonicienne ou pouvant remettre en cause la vision chrétienne de notre société.

Pourtant, si le motif est ô combien louable et la volonté d’Onfray très claire, force est de reconnaître qu’il est difficile de retenir quelque chose de précis à l’écoute de ces cours ! Car même si Onfray souhaite présenter des auteurs délaissés par l’historiographie traditionnelle, il tombe finalement dans le même travers : ainsi présente-t-il des auteurs comme Pierre Charron ou Saint Evremond en les comparant trop souvent à d’autres philosophes et ceci sans parler des nombreuses digressions dont il fait preuve. Du coup, si on comprend la nature de leur pensée, les incessants va et vient de l’auteur condamne la possibilité de synthétiser des idées. Sans doute une prise de note s’imposerait à l’audition des cours pour faire la part des choses et mieux retenir les grandes idées des penseurs présentés… Néanmoins, ces cours sont très riches, fourmillent d’explications passionnantes, de récits admirables et de mille et un petits moments de pensées charmants. On s’ouvre l’esprit, aidé en cela par un Michel Onfray à la voix chaude et très agréable qui n’a pas son pareil pour entraîner avec lui ses auditeurs dans des aventures de l’esprit.

Frémeaux & Associés, 79,99 euros.

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03 janvier 2008

Pensées pour moi-même de l'empereur Marc-Aurèle

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On ne saurait trop conseiller à ceux voulant percer le sens précis des Pensées pour moi-même de Marc-Aurèle, de se plonger dans Qu'est-ce qu'une vie réussie ? de Luc Ferry qui étudie la philosophie stoïcienne (entre autres choses) dont il tire une analyse d'une grande rigueur et intelligence.

Pour les autres, nous rappellerons ici quelques informations importantes à garder en tête avant d'entamer la lecture de ce chef d'œuvre de la philosophie :

-premièrement, il ne faut jamais oublier que Marc-Aurèle n'écrit pas ses pensées pour un tiers, mais pour lui-même. Le lecteur aura donc tort de prendre le "tu" répété régulièrement comme la manifestation d'une attitude professorale de l'empereur qui voudrait former une jeune tête.

-corollaire de ce premier point, Marc-Aurèle écrit bel et bien pour lui. Ceci implique donc, et cela se confirme au vu de la répétition en boucle des mêmes termes, qu'il a bien du mal à se convaincre ! Ainsi, ces Pensées ne sont pas l'expression écrite d'un homme qui aurait atteint un état d'illumination intérieur, mais bien un rappel incessant d'un empereur qui devait lutter pour ne pas perdre de vue son propre enseignement.

-parfois, l'empereur parle des dieux et parfois de Dieu. Les dieux désignent les Jupiter, Minerve et Hades que les Grecs ont enfantés et les Romains adaptés à leur propre culture. Le Dieu désigne par contre le cosmos, l'expression même de la Nature, de l'ordre du Monde. Concrètement, un Chrétien peut considérer qu'il s'agit du même Dieu que le sien. Car oui, ce texte païen est en fait une formidable apologie chrétienne ! Marc-Aurèle et les stoïciens ont compris la Nature et le Monde comme étant un être divin et leur influence sur les chrétiens sera déterminante. Ainsi, ne vous étonnez pas des accents christiques de certains passages et de la sagesse très pieuse de l'ensemble.

Néanmoins, au-delà de ce point particulier, ces Pensées pour moi-même proposent une philosophie du renoncement au désir, de la suspension du jugement sur les autres et invite à une sérénité intérieur motivée par des critères de tranquillité, d'équité, de compassion, douceur et confiance en soi. Certains trouveront ce stoïcisme bien difficile à avaler tant il paraît impossible à tenir, contraignant et finalement irréalisable. Mais pourtant, c'est une vraie médecine de l'âme que propose Marc-Aurèle pour qui sait l'écouter : effacer toute trace de haine ou de ressentiment en soi pour accepter l'Autre tel qu'il est et affronter la vie sans amertume ni peu.

A noter que l'ouvrage est introduit par une vie de Marc-Aurèle très plaisante à lire qui donne à voir un homme mettant bien en scène son enseignement. La philosophie n'était pas une simple posture pour lui, mais bien une règle de vie. On regrettera toutefois une remarque antisémite en plein cœur du texte qui ne fait pas honneur à l'éditeur et à l'auteur de l'introduction.

Flammarion, 3,80 euros.

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15 septembre 2007

Fragments posthumes sur l'Eternel Retour de Friedrich Nietzsche

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C’est à la suite de la lecture des commentaires de Luc Ferry sur Friedrich Nietzsche (dans Qu’est-ce qu’une vie réussie ?) qu’il m’est venu l’envie de revenir à Nietzsche et surtout à cet Eternel Retour, point pseudo-mystique de la philosophie du penseur fou. Moi qui détestait Nietzsche et le vouait aux gémonies, si l’on m’avait dit qu’un jour je serais conquis par sa pensée, j’en aurais bien ri. Mais Ferry a su tellement bien traversé les brisures de ses écrits pour en tirer une parole centrale que j’en ai été retourné.

Comme l’explique le descendant du grand Jules, Nietzsche a donné naissance à une philosophie de la vitalité, de la libération des instincts, de la joie, qui est totalement opposé à toute forme de nihilisme, c'est-à-dire de transcendance – comprendre par là que rien n’est plus important que la Vie, aucune cause ne mérite que l’on se batte ou meure pour elle, qu’il n’y a rien qui fasse sens dans le monde, que tout est pur continence, pur hasard et que, d’ailleurs, la volonté n’existe pas, pas plus que le libre arbitre et que la seule bonne vie qui fusse soit celle intense, celle dans laquelle nous sommes prêt à concevoir un mouvement cyclique du Temps, à accepter qu’à jamais, une éternité même, nous revivions ce moment. Ainsi est l’Eternel Retour, qui n’a rien de religieux dans le propos, même si Nietzsche n’a pas su éviter de parler de ce concept de nouvelle religion.

Dans ce petit recueil qu’est Fragments posthumes sur l’Eternel Retour, dense à lire, les éditions Allia ont réunis l’ensemble des fragments du maître ayant traits à cette doctrine. On ne vous mentira pas : lire Nietzsche demande une grande concentration, une culture et un esprit solide et surtout, d’avoir lu une introduction à l’œuvre sans quoi il est im-po-ssi-ble de comprendre quoi que ce soit à Nietzsche.

Ici, le penseur allemand révèle l’instant tragique de l’Eternel Retour, couronnement de la Volonté de puissance : le nihilisme est en train de perdre le Monde ; en cela que les idées communistes contiennent en elles le germe de la folie, l’idée d’égalité entre les Hommes étant impossibles ; quant au Christianisme, après avoir bâti une civilisation d’une grande puissance, et donné naissance à des quasi surhommes (comme Napoléon), voilà que sa Volonté de puissance s’effondre et que toute la masse de force qu’elle a concentré s’étiole : dire que Nietzsche et seul contre tous, en plein positivisme, avait compris le désenchantement du monde causé par la science aidant, et que notre culture allait s’effondrer ! : l’Eternel Retour permet de sortir de cette impasse nihiliste en instaurant une idée d’une grande simplicité et d’une grande pureté. « Toi, semble dire Nietzsche au lecteur, es-tu prêt à revivre éternellement le même moment ? » Voilà la façon habile qu’il a imaginé pour sortir du nihilisme. Il s’agit d’accepter l’idée que le monde est composé de Forces, tout comme l’individu mû par sa Volonté de Puissance, cet Instinct de Vie : l’Eternel Retour se pose comme le moment où le silence se fait, comme si l’on pouvait figer le temps autour de soi et où se concentre une incroyable quantité de puissance.

Mais Nietzsche va plus loin car il estime qu’éternellement, le monde recrée les même conditions propices aux actions et donc, mieux vaut que l’Homme ne s’inquiète pas de la fatalité ou des contingences : la causalité n’existe pas, le hasard est tout : l’Homme n’a aucun moyen d’action sur le Monde l’entourant autre que lui-même. Attention ! Pour Nietzsche, il ne s’agit pas de la répétition des mêmes événements (ce qui impliquerait un fatalisme complet puisque quoi que fasse l’Homme, les choses ne pourraient évoluer), mais du même type d’événement, ce qui implique une toute autre posture, à savoir que l’Histoire se répète en apparence, mais pas dans son sens profond. Et l’Homme a donc le devoir de vivre le moment présent, le seul instant vrai et authentique, le « maintenant » sans tenir compte du passé ou de l’avenir, abstractions de l’esprit induites par une conception erronée du monde, ni se reposer sur la morale ou la religion, mensonges destinés à domestiquer ses instincts et son être.

Une langue complexe et difficile devra être décryptée par le lecteur qui ne pourra compter sur les notes de fin de volume, quasi incompréhensibles pour la plupart ! On apprécie par contre l’introduction et surtout la postface qui explicitent considérablement la lecture de fragments et d’aphorismes qui, à l’instar des éclairs, zèbrent le ciel de notre conscience pour nous révéler des instants de vérités tragiques.

Allia, 6,10 euros.

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14 septembre 2007

Qu'est-ce qu'une vie réussie ? de Luc Ferry

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Cet ouvrage de Luc Ferry, ancien ministre de l’éducation et philosophe à plein temps, a su me passionner comme rarement un ouvrage l’aura fait. En posant la question Qu’est-ce qu’une vie réussie ? Ferry entreprend un voyage dans les univers de la philosophie, partant de l’explosion matérialiste de Friedrich Nietzsche pour remonter au temps grec de Platon, des Epicuriens et Stoïciens avant d’interroger la révolution chrétienne puis le rapport de cette religion avec le platonisme et l’aristotélitisme avant de revenir à la réflexion sur la transcendance lors du passage du vieux monde à la renaissance et pour finir, par se demander ce qui peut caractériser la vie réussie des Hommes d’aujourd’hui.

Le moment le plus brillant du livre tient à sa présentation et ses commentaires sur la philosophie de Nietzsche : pour moi qui ait toujours connu une vision angoissante de la vie, découvrir un penseur prônant le refus du passé et de l’avenir, la libération des instincts et conseillant de jouir du moment présent m’a fasciné. Pour Nietzsche, le secret de la vie réussie tient au grand style, à son intensité, à l’exploration des émotions rencontrées et au mythe de l’Eternel Retour : à savoir, pourrait-on souhaiter, face à un événement, que ce dernier se répète à jamais. Si oui, alors on doit, au moment où il se déroule le vivre avec toute l’intensité dont on est capable sans crainte d’autre chose.

Puis, Ferry repart donc dans le passé en révélant la divinité du cosmos chez les Grecs et Romains, caractéristique sans cesse tue par les commentateurs de ces pensées, afin de ne pas trop choquer sans doute un auditoire à qui on fait prendre des vessies pour des couleuvres. Plus que jamais, on comprend pourquoi le psychanalyste Jacques-Alain Miller assimile le stoïcisme à une philosophie d’esclaves. Indispensable à lire pour comprendre que les grécos-romains louent le fatalisme et la soumission à un cosmos prétendument divinisé.

Puis, le moment chrétien jouit de longues analyses passionnantes, Ferry interrogeant la révolution induite par l’en-tête de l’Evagile de Jean dans la réflexion philosophique du monde greco-romain. Passionnant, tout comme ses explications sur la place qu’occupe alors la philosophie : une servante de la théologie et non plus un moyen de se sauver par soi-même : désormais, il faut remettre son destin entre les mains d’un autre, le Christ, et ne plus penser par soi-même.

En revenant au moment présent, Ferry se perd un peu dans des raisonnements répétitifs sur la notion de transcendance mais la pédagogie en sort vainqueur. Le moment nietzschéen sera finalement celui mis en avant par l’auteur comme essentiel à la vie réussie, mais doublé d’une réflexion plus personnelle sur l’intensité de l’existence à travers la multiplicité des expériences.

Au final, ce livre constitue un formidable et passionnant ouvrage de vulgarisation qui reste très lisible bien que les pensées abordées soient complexes et implique une bonne dose de concentration. En révélant les concepts philosophiques des uns et des autres, Ferry permet aussi de libérer notre regard de leurs écrits qui sont parfois l’arbre cachant la foret : à savoir qu’on ne peut pas tout connaître d’un auteur, on pioche dans un livre, on parcours un écrit et on pense comprendre sans se rendre compte que ce que l’on perçoit de lui ne fait pas unité. D’où la grande importance de ce genre d’ouvrages qui libère l’esprit d’a priori et de fausses idées pour offrir une solide introduction permettant, ensuite, de se lancer ensuite dans la lecture même des philosophes.

Grasset, 20 euros.

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23 juillet 2007

Le rappel à l'ordre : enquête sur les nouveaux réactionnaires de Daniel Lindenberg

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Avec le Rappel à l’ordre, Daniel Lindenberg aura été vilipendé par lecteurs et médias pour avoir osé, crime de lèse-majesté, critiquer la bonne morale de la famille intellectuelle française. C’est qu’en France, on ne plaisante pas avec ces hommes apparus lors de l’affaire Dreyfus et qui le défendirent contre tout ce que la France comptait d’antisémite et d’hypocrites bourgeois (pour autant, Lindenberg semble oublier que c’est Charles Péguy, pas franchement un progressiste, qui les baptisa de la sorte. Il oublie aussi de préciser que Péguy fut un farouche dreyfusard et donc, pour le coup, un intellectuel. Or, selon l’auteur, le retour à Péguy d’aujourd’hui serait un indice du retour à un ordre moral : il y a là contradiction. A savoir : qui peut-on réellement désigner sous le sobriquet d’intellectuel ?).

 

Pourtant, à lire ce pamphlet par en 2002, on remarque que ce décrit Lindenberg s’est nettement précisé et accentué en 2007. Regardons un Glucksmann, un Finkielkraut, un Dantec, un Soral : ils sont tous là, plus réactionnaires que jamais, y compris Régis Debray se revendiquant comme réactionnaire !

Donc, il y a intérêt, grand intérêt, à relire ces pages : haine de la démocratie, islamophobie, croyance dans une irréductible supériorité de l’aristocratie intellectuelle sur la masse, retour aux fondamentaux républicains, critique des droits de l’homme et même sionisme agressif (et il en faut du courage pour oser écrire cela ! Si l’auteur n’était pas juif, assurément l’accusation d’antisémitisme n’aurait pas tardé)… Mais hélas, si Lindenberg souligne avec intelligence les travers de ses contemporains, il réussit moins la deuxième partie de son ouvrage dans laquelle il tente de réfléchir à l’historicité de ce retournement intellectuel. Trop rapide, trop confus, trop sec : Lindenberg n’arrive pas à justifier le pourquoi d’aujourd’hui. Il envisage des pistes, mais on sent que l’écriture a été précipitée et il est difficile de comprendre son propos.

 

Plus gênant, jamais l’auteur ne se demande s’il n’y a pas de bonnes raisons à ce « rappel à l’ordre ». A le lire, le réactionnaire est forcément un méchant, un vilain. Un « pas ça », donc un salaud. Mais est-ce si simple ? Ne peut-on nous même nous demander nous aussi, comme Alain Soral, « jusqu’où va-t-on descendre ? » et ce y compris même si on peut vomir Soral... Force est de constater que le niveau scolaire chute de plus en plus, que les masses sont chouchoutées par des médias prêt à tout pour entretenir leur bêtise en échange de part de marché, que l’immigration pose une remise en question de l’identité française telle que la vulgate républicaine la définissait jusque là et que, toujours et encore, l’élite des penseurs doit aider et éclairer ceux qui cherchent.

En même temps, on ne doit pas se croire soudainement tombé dans un nouvel âge des ténèbres. De tout temps, toujours, on a professé que c’était mieux avant. Or, rien de plus faux ! Ca n’a jamais été mieux avant. Aujourd’hui, nous vivons dans une France nous proposant un confort de vie exceptionnelle. Enfin, qui le propose à ceux pouvant se le payer ! Et c’est en cela qu’éternellement il faudra repenser l’avant, et sans cesse se défier de tomber. Sans cela, jamais on ne pourra aller vers un mieux.

 

Bref, si Lindenberg a raison de pointer des dérives de la pensée des intellectuels, il fait l’erreur de croire que la pensée doit être unique et que seuls les progressistes ont raison. Si on doit bien sûr critiquer ceux remettant en cause les fondamentaux républicains (refus des droits de l’homme, racisme…), on doit accepter que le débat intellectuel mette en scène des pensées a priori rétrogrades. La sagesse ne se confond pas avec la modernité. Le respect des acquis et de l’histoire d’un pays a aussi valeur de sens. Cela ne retire pas à ce pamphlet son intérêt, mais justifie en tout cas une partie des foudres qu’il a du subir.

On sera aussi bien inspiré de lire la "réponse" de Jacques-Alain Miller à cet opuscule dans son Neveu de Lacan : un ouvrage qui fait un sort particulier à l'auteur, à son éditeur et à ce progressisme bourgeois.

 

Le Seuil, 10,50 euros.

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03 juillet 2007

Maximes et réflexions diverses de la Rochefoucauld

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Quelle valeur accorder à nos vertus ? La magnanimité, le goût de l’amitié, le courage sont-ils le reflet de notre moi profond ou la manifestation de notre orgueil et vanité ? Lorsque nous confessons nos défauts en public, lorsque nous pleurons la mort d’un être cher ou encore si nous clamons notre amour pour nos proches, le faisons-nous sans aucune arrière pensée, en cœur sincère ou bien nous livrons-nous à une insupportable manifestation de notre amour propre ?

Le duc François VI de la Rochefoucauld (1613-1680), écrivain, moraliste et mémorialiste français a ausculté l’âme de ses contemporains, et sans aucun doute la sienne propre, pour en tirer une série de Maximes, présentées dans cet excellent recueil des éditions Gallimard – préface éclairante, notes abondantes et précieuses, variantes des maximes, maximes écartées et supprimées de précédentes éditions… On ne saurait trop souligner l’incroyable rigueur du moraliste ayant participé à la Fronde. Ses mots sont ceux d’un homme ayant réalisé la vanité des honneurs, la superficialité de la société de cour, la médiocrité de ceux faisant commerce de leur rang.

Ses maximes ne se lisent pas, elles se goûtent : quelques unes un jour, quelques autres un autre… Il faut aller quérir le sens et l’enseignement de la Rochefoucauld dont un certain hermétisme rend la lecture complexe. Car à ausculter l’âme de ses contemporains, on voit se dessiner notre portrait, insupportable par moment, cyniques à d’autres.

Si, ainsi que l’écrit la Rochefoucauld, toutes les affectations de notre âme et de notre esprit ressortent uniquement de notre vanité et de notre amour propre, alors comment vivre dignement ? Comment être un homme sincère et honnête. C’est par ce qui est tu que la vérité perce enfin : le Christ, la religion chrétienne, l’humilité : voilà les fondements moraux de l’homme capable d’un retour sincère sur lui-même… On se demande pourtant si là réside le vrai message de l’homme politique. Car à ne jamais parler de Dieu, comment peut-on en vérifier la trace ? Sans doute que désireux de ne jamais commettre le moindre effort pour apprendre, nous exigeons que le sens d’une pensée soit aussitôt consommable et digérable. Mais les choses ne fonctionnent pas ainsi : l’être en quête, le philosophe, évite de laisser un autre penser pour lui. De là la difficulté à lire un moraliste allant jusque à brocarder la morale comme manifestation de notre vanité.

Ainsi en va-t-il de la lecture de ce livre : elle ne console pas, ne soigne pas, n’apaise pas : elle confronte. Nous-mêmes face à nous-mêmes, d’où le sentiment écoeurant qui peut parfois nous submerger, d’où la colère à s’entendre dénoncer. D’où l’insupportable prétention de la Rochefoucauld faisant, en même temps, sa grande force.

Gallimard, 5,10 euros.

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30 mai 2007

L'existentialisme est un humanisme de Jean-Paul Sartre

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Avec son Etre et le néant, Jean-Paul Sartre ne se doutait sans doute pas du raz de marée qu’il allait générer : la philosophie devient soudainement très populaire à Paris et tout le monde ne parle plus que d’existentialisme. Les critiques fusent contre son livre, de la part des communistes lui reprochant de ne pas être assez matérialiste et des Chrétiens de trop s’y adonner.

Un peu déboussolé, Sartre décide de tenir une conférence pour remettre les choses au point. Il a surtout peur de voir les communistes le repousser, lui qui a, pendant la guerre, été interné dans un stalag où il découvrit la solidarité : soudain, le philosophe misanthrope se découvrit humaniste et désireux de se rapprocher des communistes.

Dans L’existentialisme est un humanisme, on assiste donc à la greffe de l’existentialisme, philosophie solitaire de l’engagement de l’homme avec l’humanisme, un humanisme kantien à dominante universelle. Pour Sartre, Dieu n’existe pas, l’homme arrive sur Terre vide de toute dimension quelconque. Il doit donc s’inventer et exister. Seul l’engagement lui donne la possibilité de prendre conscience de lui ; mais les autres sont indispensables à cela car leur regard le crée : nous dépendons de la vision que les autres ont de nous : sans elle, nous nous ignorons. Il faut donc s’engager et peser chacune de nos actions en les interrogeant d’un point de vue universel : que penserions-nous de quelqu’un agissant comme nous ?

La philosophie existentialiste tient du courage et du dévoilement de l’être. Il s’agit de se réaliser chaque jour comme si hier ne comptait pas. La psychanalyse n’a aucune place dans la réflexion de Sartre : l’homme a une totale liberté d’être, de s’élever ou de chuter et qu’importe son milieu ou ses origines.

Cette conférence est admirable car Sartre se fait pédagogue (elle fut prononcée devant un public entré librement et donc pas nécessairement au fait des questions philosophiques) : il évoque des réflexions passionnantes avec une facilité déconcertante. Néanmoins, on pourra reprocher, du fait de la brièveté de son propos, des développements trop rapides sur des points importants comme celui concernant la solidarité entre les Hommes dont le lien avec l’existentialisme paraît discutable. De plus, la philosophie existentialiste est fondamentalement athée et anti-déterministe, ce qui prête tout de même à discussion : si l’on n’admet pas ces présupposés (à savoir que Dieu n’existe pas et que l’Homme a tout potentiel pour s’inventer librement), il sera difficile pour le lecteur d’adhérer aux développements de Sartre.

Gallimard, 5,10

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14 mai 2007

De la Traite et de l'Esclavage des Noirs de l'Abbé Grégoire et Aimé Césaire

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De la traite et de l’esclavage des noirs est l’œuvre de l’Abbé Grégoire. Cet ecclésiastique courageux a connu la Révolution Française (où il accepte la décision que le Clergé prêta serment à la Nation), le Premier Empire et la Restauration, ne cessant de se battre pour obtenir l’interdiction de l’esclavage. Publié en 1815, son texte est contemporain de l’interdiction officielle de l’esclavage par Napoléon Ier (pourtant rétabli dès 1802 par lui-même) : une interdiction jamais respectée dans les faits. Il faudra attendre 1848 pour que Victor Schoelcher emporte le morceau.

En attendant, l’Abbé Grégoire fut de ceux qui élevèrent la voix pour réclamer la fin d’une pratique indigne de la France. Son texte a ces accents de colère que l’on reconnaît aux causes justes. Il parle de la voix de stentor de ceux dont la vérité rend insupportable l’intolérable. On regrettera toutefois que cette hargne à vilipender l’hypocrisie des Blancs, leur goût du commerce et leur sens inique de la charité chrétienne ne soit pas appuyée par un plan de texte plus rigoureux – son pamphlet souffrant de répétitions et digressions n’aidant pas toujours à la lecture.

Heureusement, l’introduction par Aimé Césaire apporte un plus non négligeable : le poète martiniquais célèbre l’Abbé Grégoire dans un discours dont la justesse de ton et la sincérité son palpables à chaque lignes. Il résume et synthétise le combat de cet ecclésiastique avec maestria.

Pour la commémoration de l’abolition de l’esclavagisme, les éditions Arléa ont eu raison de produire cet opuscule qui, malgré sa brièveté (66 pages), mérite de trôner dans toute bibliothèque de ceux ayant refusés le joug de la bêtise et de l’ignorance.

Arlea, 7 euros.

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21 mars 2007

La franc-maçonnerie : Rites, codes, signes, images, objets, symboles... par Jeremy Harwood

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Avec La Franc-maçonnerie, Jeremy Harwood signe un livre d’initiation à cette société secrète sur laquelle se cristallisent nombre de phantasmes.

Pour faciliter l’immersion du lecteur dans l’histoire et les codes de la Franc-maçonnerie, les éditions du Pré aux clercs nous offrent un bel ouvrage de 96 pages, imprimé sur papier glacé, sous une couverture souple au toucher chaud. Les chapitres ne dépassent pas deux pages, avec un texte concis et clair, agrémenté, cerise sur le gâteau, par de superbes illustrations. On retrouve par exemple des bijoux maçonniques, peintures, gravures et autres dessins à la qualité de reproduction totale.

Ainsi apprendra-t-on, qu’à l’origine, la franc-maçonnerie regroupe des compagnons maçons au moyen âge dont les signes secrets sont autant de moyens de se reconnaître entre eux. A la Renaissance, l’ordre subit sa première mutation : à la construction succède la réflexion. Jusqu’au 18ème siècle, l’ordre perd tout lien avec le monde des bâtisseurs pour rejoindre celui des penseurs. Alors, la maçonnerie devient un lieu de réflexion social et politique avec une forte propension à la spiritualité.

Se créant des origines fantasques, l’ordre se voit comme remontant à la construction du Temple de Salomon ! Les cercles d’initiations à franchir dans l’ordre – dont la philosophie se rapproche du christianisme, à savoir Amour, Vertu et Fraternité – invitent aux maçons de gagner en sagesse. Concrètement, on peut assimiler cette société à un ordre néo-gnostique, héritier des premières communautés hérétiques chrétiennes.

On apprend aussi, grâce à cet ouvrage, à décrypter le symbolisme des Francs-maçons à l’œuvre dans leurs légendes, peintures, motifs et ornements : autant d’éléments permettant de plonger plus franchement dans la philosophie d’une société secrète aujourd’hui en crise mais dont les idéaux restent malgré tout dignes de valeur et de considération.

Le Pré aux Clercs, 20 euros.

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