Le blog de Menon

La Parole est ce qu'elle est : apocalyptique, elle dévoile.

15 novembre 2009

La raison gourmande de Michel Onfray

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Persuadé que le repas et la table sont des lieux hédonistes à travers lesquels on peut mettre en place une esthétique du plaisir et de la fraternité, Michel Onfray écrit un long et pénible ouvrage sur la question. On s'y ennuie, on s'y emmerde. Pourtant, les remarques d'Onfray sont pertinentes mais comment s'intéresser à des kilomètres de lignes qui auraient pu être amputées de moitié pour valoriser l'alcoolémie, le café ou encore la truffe comme excitant sexuel ?

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14 novembre 2009

La philosophie de la médecine d'Auguste Comte de jean-François Braunstein

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Dommage que ce livre qui avait si bien commencé, soit devenu ennuyeux au point que je l'ai abandonné en route. L'accroche de couverture laissait pourtant croire à une étude fascinante sur la façon dont un philosophe fou bâtirait un système de pensée, impression renforcée par l'introduction qui s'intéresse aux crise de folies d'Auguste Comte. Mais las, la suite développe de manière scolaire et passablement ennuyeuse les différentes strates de la pensée comtienne qui ne présente qu'un intérêt très limité pour notre époque malgré des points saillants comme la critique du psychologisme ou l'idée que le milieu influe l'organisme de l'individu qui lui-même influe sur son milieu..

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06 novembre 2009

Eloge des intellectuels de Bernard-Henri Levy

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Eloge des intellectuels, 1987 : Bernard-Henri Lévy s'interroge sur la possible disparition de ces Clercs de la pensée et se demande pourquoi une telle chose, comment y remédier et si l'intellectuel a nécessairement un rôle à jouer.

Que dit-il ? En substance que le politiquement correct a tué la libre pensée, que trop préoccupé à donner raison à l'opinion, l'intellectuel a fini par se faire doubler par les acteurs et comiques qui sont dans le compassé et l'émotionnel, là où l'intellectuel doit penser.

Il souligne que l'intellectualisme peut aussi être un anti-humanisme, qu'il s'agisse de Kafka, Baudelaire ou Proust mais que, malgré tout, il convient de respecter leur travail car ces écrivains sont des penseurs du mal, des pronostiqueurs de la fange humaine et que donc, même l'intellectuel qui déteste l'Homme, en le pensant, permet de mettre à distance le vide risquant de le submerger.

Enfin, il dresse le portrait de ce que devra être l'intellectuel de demain : indifférent aux critiques, sensible à ses propres causes et pas forcément à celle des autres, inquiet de ses actes, conscient de ses limites et aux aguets. De quoi ? Du racisme, de l'antisémitisme et de la mort des enfants.

Voilà le bilan et le programme de la pensée intellectuelle de Lévy en 1987. Plus de 20 ans ont passé, la situation est la même – les intellectuels sont désormais mort et ceux qui restent ont pris le parti du racisme ou des néo-conservateurs ; pis : Lévy n'a pas respecté son propre contrat, lui qui y affirmait que l'intellectuel devait s'opposer au libéralisme économique, il s'y vautre désormais ; lui qui conspuait le politiquement correct, ne respire que par lui ; lui qui ne voyait que trois éléments clés : racisme, antisémitisme et mort des enfants n'a pas compris qu'un intellectuel c'est aussi celui qui parle pour ceux crevant de faim en bas de sa rue : d'où le succès et l'amour des Français pour Coluche. D'où le mépris qu'il suscite désormais.

En 1987, BHL pensait. En 2010, BHL devrait repenser.

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03 octobre 2009

Théorie générale de la religion : Ou Théorie positive de l'unité humaine de Auguste Comte

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Fou, Auguste Comte le serait, à en croire les commentaire de ce petit ouvrage. Fou, en tout cas, on peut le soupçonner face au style abrupt, délirant,  en strates complexes et ininterrompues comme si la pensée de Comte se déversait dans l'écume d'une mer perplexe face aux rochers sur lesquels elle s'écrasait.

L'idée de ce court essai est pourtant simple : la Religion est la base naturelle qui assure la cohésion de l'Humanité. Mais, dorénavant que l'on sait que le Ciel est vide, il consiste à refonder la religion sur un principe sociologique et biologisant.

C'est une idée folle, démente et traversée de fulgurances. Car Comte a compris énormément de choses : il reprend l'idée que l'Amour, la Foi et le Dogme sont intrinsèquement liés. Il comprend que le Culte assure l'harmonie des trois, il perçoit l'idée d'immuabilité du Monde en même temps qu'une perpétuelle novation de la Chose. Il détermine l'existence d'un grand ordonnateur à la façon des Maçons mais il mélange au final tout cela pour mettre l'Homme au centre de son dispositif, persuadé qu'il est que l'être humain peut devenir le but et les moyens de l'Amour et de la Cohésion.

C'était le temps du Positivisme. C'était le XIXe siècle de Napoléon III, d'une fécondité magistrale à tous les niveaux. C'est l'époque où l'on croit que la Science va conduire l'Homme au pinacle du monde, abolir les différences, rassembler les Hommes et faire de l'Humanité l'Un. C'est l'époque de la Mort de Dieu, du scientisme, du racisme biologique, de la Haine de l'Autre, du complexe de supériorité de l'Europe et des dégâts irréversibles que causeront le colonialisme.

Autant de raisons donnant raison à celui qui fera l'effort de lire la prose d'un homme fou. Fou comme son projet et son siècle.

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29 septembre 2009

Nietzsche à Nice de Patrick Mauriès

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Dans ce  court récit, Patrick Mauriès s'intéresse à une rencontre inaboutie – l'Histoire s'avère parfois  ironique : Nietzsche a séjourné à Nice, ville dont il s'éprit. Y habita dans les mêmes périodes un jeune philosophe prometteur fauché par la mort, Jean-Marie Guyau. Se rencontrèrent-ils ? Toujours est-il que Nietzsche le lu, l'annota et que, surprise ! Guyau l'inspira au point où on peut se demander si Nietzsche ne le copia simplement pas !

Cette confrontation philosophique se double d'un récit des pérégrinations niçoises de Nietzsche et c'est un plaisir de suivre ce récit alerte et tendre sous la plume de Mauriès dont le style, tout en discrétion, sait s'effacer pour laisser parler des odeurs, images et sensations. Émouvant.


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26 septembre 2009

Rester vivant et autres textes de Michel Houellebecq

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Question : comment être une peau de vache avec un écrivain ?
Réponse: en écrivant : « Heureusement que ce  livre de Houellebecq ne coute que 2 euros ! »

Oh, bien sûr, il y a un cynisme, un humour noir et une lucidité de regard sur la société qui font de ce court essai un pamphlet qui n'est pas sans valeur. Mais que tout cela est vain ! C'est surtout cela le plus grave : quand un écrivain prend la plume, il le fait pour communiquer – logos en Grec – transmettre une information qui soit pertinente.

Or, ici, Houellebecq ne nous manque pas une fois l'ouvrage refermé. Cela sent le méchant homme. C'est idéal pour lire dans le train et s'éviter de paraître trop idiot avec un magazine bon marché ou le dernier auteur grand public à la mode.

Mais quoi ? si la méthode pour devenir un poète maudit est des plus savoureuses, que penser de l'exploration du minitel rose ? Sans grand intérêt, non ? Si la partie consacré à l'architecture est soignée, celle sur les voyages en club est nulle. Enfin, il y a quelques éclairs mais si brefs qu'on croit les avoir rêver.

Mais, au risque de me parjurer, je signe quand même pour : Houellebecq est un auteur courageux et s'il ne s'avère pas toujours remarquable, il a au moins le mérite de penser. Là où un Sollers s'auto-célèbre, Houellebecq s'amuse à se dénigrer : c'est plus charmant.

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21 septembre 2009

Crépuscule des idoles, ou, Comment philosopher à coups de marteau de Friedrich Nietzsche

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Avec Sade, Nietzsche est sans doute l'auteur le plus ignoble qui ait écrit. Encensé par des cohortes de philosophes qui font mine d'ignorer ce qu'il a réellement écrit, cet ignoble psychologue (ainsi se définit-il) nous assène d'insoutenables déjections déclamatives qui sont une insulte à la dignité humaine.

Tout homme qui aime Dieu, tout homme pour qui il existe une morale, une justice, le Bien et le Mal ne peut pas être Nietzschéen. Il y a un tel concentré de méchanceté, de violence et de haine dans ce livre qu'on ne se demande plus où et comment Maurice G. Dantec a appris à penser.

A vomir.

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25 août 2009

Cabaret mystique d'Alexandro Jodorowsky

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Qu’est-ce ce qui fonde l’essence de l’être ? le dieu intérieur, répond Alexandro Jodorowsky. Ce dieu intérieur doit être nourri et germé en nous à la suite d’une longue et difficile ascèse qui peut être facilitée par la lecture et la compréhension des blagues : il s’agit de se sauver par une spiritualité laïque, sans Dieu, dans laquelle tout peut faire office de texte sacré – y compris donc la blague, sujet de l’ouvrage – et donc de marche pied pour s’élever intérieurement.

Voilà : le premier mauvais livre de Jodorowsky. Ce grand maître spirituel signe un livre sans plan, sans cohérence, où il tente maladroitement de raconter un parcours qui n’est pas résumable, ni même explicable par les mots. Confronté à la même ineffable difficulté qu’un Miyamoto Musashi dans le Traité des cinq roues, Jodorowsky ne faire pas preuve d’humilité comme le maître de sabre et tente de jouer le rôle de gourou, rôle qui lui va très mal, et finit par tomber par moment au niveau de Psychologie magazine.

Il faudra de nombreuses lectures et un très solide travail personnel pour réussir à tirer un plan cohérent de cette masse de blagues analysées à la lumière de la spiritualité (mais laquelle ?).

Et puis enfin ! croire qu’on peut faire naître le Royaume des Cieux sans Dieu, c’est comme de vouloir atteindre l’illumination sans Bouddha. Péché d’orgueil que tout cela.

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14 mars 2009

Le bonheur désespérément d'André Comte-Sponville

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Conférence tenue dans un Café-philo par André Comte-Sponville, Le bonheur désespérément constitue un bon moyen de réviser ses classiques. Comte-Sponville s’impose comme un excellent pédagogue, clair et accessible.

Sa conférence s’intéresse à la quête du bonheur et aux raisons qui nous rendent malheureux. On y trouve un éloge du désespoir, de l’amour et de l’action : des notions complexes rendues accessibles au plus grand nombre. Une bonne pioche.

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11 mars 2009

Le discours de la méthode de René Descartes

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Chez Descartes, l’orgueil le dispute à une langue foisonnante d’un baroque enflammé. Il ne s’agit que de philosopher après avoir fait table rase de toutes les idées et pensées des maîtres – mais pas d’exclure Dieu du raisonnement ! – pour produire une pensée neuve et parfaite, scientifique, vérifiée et vérifiable, rationnelle et exigeante – comme si la philosophie et le discours scientifique pouvaient avoir quelque prétention à l’absolu et à l’exactitude.

Aujourd’hui, ce manifeste d’une méthode de travail paraît incroyablement prétentieux. Pour autant, chaque chose devant être remise dans son contexte, il importe de rendre à Descartes ce que nous lui devons : un courage de la pensée, une exigence dans le raisonnement, un souci de l’exactitude, une prudence dans la critique de la religion, etc.

Pour finir, néanmoins, un dernier mot sur le style de Descartes : qui ose se plaindre des écrits de Jacques Lacan ne peut que vouer aux gémonies ceux de l’ami René. Notre philosophe scientifique écrit dans une langue chargée d’un luxe de taffetas, de liserés d’argent, de froufrous, de dentelles en cascade : c’est baroque comme du Bernin, obscur comme du Villon et soporifique comme un discours de politicien.

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