19 mai 2008
Grant Morrison parle
Auteur de comics, artiste protéiforme, magicien, Grant Morrison n'est pas mon auteur de comics préféré (loin de là, même), mais j'adore l'entendre causer de magie et des changements affectant le monde. Pour en savoir plus sur lui, voici sa fiche wikipedia et aussi son site officiel.
L'interview qui suit est en Anglais mais elle vaut vraiment le coup d'être lue dans son intégralité ; histoire de briser les frontières de la réalité.
Je donne sa source : http://www.arthurmag.com/magpie/?p=1644
08 mai 2008
Aphorismes et citations
Ironique
En ces temps difficiles, il convient d'accorder notre mépris avec parcimonie, tant nombreux sont les nécessiteux. - François René de Chateaubriand
Songez que le premier point de contact de l'homme qui marche est le nez, tandis que c'est le sein chez la femme. - Alain Soral
Mgr Henri Tessier voit Muhammad comme "un personnage des premiers âges de l'Ancien Testament, avant que la Parole de Dieu n'ait affiné les consciences". - In Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans de François Jourdan
"Plus je passais de temps le nez dans les bouquins, car j'épluchais livre sur livre, et donc plus j'avais d'informations, de documents, de matériel, moins les choses étaient claires, plus c'était le bazar dans ma tête." - Edith Stein
"Se suicider, ce n'est pas ôter de la vie à sa vie, c'est rajouter un peu de mort à sa mort" - Yann Moix
Edifiant
Un derviche se rendit chez un roi.
Le roi lui dit : "O ascète."
Il lui répondit : "C'est toi qui es l'ascète."
Le roi demanda : "Comment puis-je être un ascète quand le monde entier m'appartient ?"
"Non, tu vois les choses à l'envers", répondit le derviche ; "ce bas monde, l'autre monde, et la propriété de toutes choses, tout cela m'appartient. J'ai choisi le monde entier, et toi, tu te contentes d'une seule bouchée et d'un seul froc." - Djalâl-Ud-Dîn Rûmî
Le corps est pareil à Marie, et chacun possède un Jésus. Si nous éprouvons en nous cette douleur [de l'accouchement], notre Jésus naîtra ; mais si nous ne sentons aucune douleur, Jésus, par le chemin secret qu'il avait pris, s'en retourne à son origine, nous laissant privés de ses bienfaits. - Djalâl-Ud-Dîn Rûmî
Il est impossible d'avoir ici une religion unique, sauf au Jour du Jugement, où tous deviendront un et se tourneront vers une même direction, et auront même langue et même ouïe. - Djalâl-Ud-Dîn Rûmî
04 mai 2008
Drapeau noir
Se demandant de plus en plus souvent à quoi sert un livre et à quoi bon en ouvrir un, l'auteur de ce blog, fatigué de ne pas trouver d'ouvrages qui soient attractifs, laisse temporairement ce blog au main du "drapeau noir". "La lecture est au seuil de la vie spirituelle ; elle peut nous y introduire : elle ne la constitue pas." - Marcel Proust
Il serait temps de vivre.
En attendant un retour prochain, je vous invite à consulter les archives de ce blog : il y a un forcément un ouvage qui vous intéressera.
02 mai 2008
Pourquoi je serais plutôt aristocrate de Wladimir Wolkoff
Wladimir Volkoff, spécialiste de la désinformation récemment décédé (on découvrira une vie bien remplie avec sa fiche Wikipedia) signe avec ce Pourquoi je serais plutôt aristocrate, l’essai faisant suite à Pourquoi je suis moyennement démocrate, livre légèrement provocateur.
Son présent ouvrage s’avère très agréable à lire. L’aristocrate, pour Wolkoff, ce n’est ni le noble, ni le nanti, mais celui qui fait bien les choses, accepte l’idée de compétition et d’émulation, a des exigences de politesse, tenue et noblesse de cœur vis-à-vis de lui-même.
Le livre, en tout cas, fait du bien à lire, rappelle quelques fondamentaux indispensables à tous rapports humains et souligne aussi l’importance de la concurrence qui est inévitable et que le démocrate tente d’étouffer, l’égalitarisme étant, comme Napoléon Ier l’a si justement compris, l’opium du peuple français.
Au final, on pourra aussi conseiller cet ouvrage à des adolescents : son langage clair et accessible le rend très simple à lire, d’autant que l’ouvrage est écrit gros et ne compte même pas 150 pages. Ce serait un bon moyen de lui rappeler quelques valeurs dites dépassées par nos élites culturelles mais qui sont des bouées auxquelles se raccrocher en cas de gros temps.
Editions du rocher, 14,90 euros.
01 mai 2008
L'absurde et la grâce de Jean-Yves Leloup
Autobiographie écrite au début des années 90, L’absurde et la grâce retrace l’itinéraire spirituel de Jean-Yves Leloup. Ce théologien évite le piège de la démonstration voyeuriste, s’en tenant à un récit discret sur les zones d’ombres de sa vie, sans pour autant les taire. Ainsi, élevé dans une famille qui ne l’aimait pas, l’enfant connaîtra un viol, fuguera, finira SDF, prostitué et consommera alcool et drogue jusqu’au jour où, après un difficile voyage en Inde, il trouvera la grâce en Turquie devant une icône de Jésus qui le fera s’évanouir.
Sa rencontre avec la religion ne se fera pas sans heurt : sectarisme, homosexualité et méchancetés font bon ménage avec noblesse et grandeur d’âme. Lui-même chutera, et pas qu’un peu, vivant marié avec une femme alors qu’il avait fait vœux de chasteté. Il ira loin, jusqu’à se faire baptiser plusieurs fois ce qui constitue un grave désordre.
Au final, cet ouvrage éclaire le travail de Leloup et le justifie. Pourtant, lorsque l’on prend la parole pour dire quelque chose de Dieu, ses propres états d’âme devraient, normalement, ne pas se faire sentir. Or, en l’occurrence, L’absurde et la grâce raconte trop de choses sur Leloup : en repensant à ses livres, on se demande si c’est le théologien qui écrit ou l’homme malmené par la vie. Question corollaire : Dieu se résume-t-il à la somme de nos expériences ou transcende-t-il notre état ?
Albin Michel, 10 euros.
30 avril 2008
L'Homme sans gravité de Charles Melman
L’Homme sans gravité est le fruit de longs entretiens menés par Jean-Pierre Lebrun, psychiatre et analyste, avec Charles Melman, praticien revêtant les mêmes qualités professionnelles. La thèse de Melman se résume ainsi : « Nous passons d’une culture fondée sur le refoulement des désirs, et donc la névrose, à une autre qui recommande leur libre expression et promeut la perversion. La “santé mentale” relève ainsi aujourd’hui d’une harmonie non plus avec l’idéal mais avec un objet de satisfaction. La tâche psychique s’en trouve grandement soulagée et la responsabilité du sujet effacée par une régulation purement organique. »
Le sexuel n’est plus cause du désir de l’Homme. La jouissance – la jouissance sans entrave : necroscopique, auditive, scopique... – obsède les corps. La disparition du Père en tant qu’ordonnateur de la Loi et marqueur des limites de cette même jouissance provoque un délire : passage de la névrose à la psychose et, autre corollaire, déperdition du sujet de l'inconscient qui ne s'entend plus parler. La perversion règne, notamment dans des cas cliniques inédits faisant froids dans le dos. Melman confesse son inquiétude et son impuissance : de mémoire d’analyste, on n’avait jamais vu cela ! Les analysants ne veulent plus vivre, ne peuvent plus s’accrocher au quotidien, s’interrogent sur leur pédophilie. Consommer, consommer, consommer : l’infecte trinité de notre temps.
Il y a des défauts à cet ouvrage : notamment son caractère décousu, les entretiens répétant des thématiques voisines, mais sous des angles différents. Au final, on a parfois la sensation d'être d'accord avec l'auteur mais sans bien se souvenir de la raison de ce consensus !
Ce livre est intrinsèquement réactionnaire : aucunement raciste, xénophobe ou violent. Non. Réactionnaire au sens de réflexe de survie. Melman prend place aux côtés de Jacques-Alain Miller (son ancien analysant qui le déteste), Alain Soral ou Eric Zemmour. Si vous croyez que tout va bien, lisez ce livre. Si vous n’allez pas bien, que vous avez l’impression de ne plus y retrouver dans ce monde, cet ouvrage pourra vous rassurer : non, vous n’êtes pas tout seul, et si vous avez la force de vous questionner, il est encore le temps de réagir.
Gallimard, 5,80 euros.
25 avril 2008
Jean-Jacques de Frédéric Richaud
Dans ce Jean-Jacques, conte écrit autour de la figure tutélaire de Rousseau par Frédéric Richaud, plane aussi l’ombre d’un roman inachevé de Flaubert, Bouvard et Pécuchet. A l’instar de nos deux sombres idiots, Jean et Jacques sont deux fils de paysans enrichis, entichés de Rousseau dont ils se croient les disciples et persuadés de pouvoir créer un jardin, dans leur domaine, qui soit l’expression de l’eden rousseauiste. Leur volonté finale étant de faire venir leur maître. Mais voilà : ce dernier n’entend en rien parler d’eux et se dirige plutôt chez leur marquis de voisin. S’en suivent de tristes aventures pour les deux frères, guère aidés par leurs natures d’idiots.
L’histoire de Jean et de Jacques est aussi la nôtre : qu’il s’agisse de notre propension à nous « faire des films », de notre désir de nous croire au dessus des autres, de notre mauvais orgueil qui vient se nourrir de notre dernière petite prouesse ou qui s’entiche de nos espérances sans lendemains, nous sommes tous des Jean et Jacques en puissance. La bêtise, caractéristique unanimement partagée par l’ensemble de l’humanité, trouve ici (comme dans Bouvard et Pécuchet) un terreau noble et charmant car les deux frères excitent chez nous la tendresse et la compassion.
A la fois dramatique, ironique et léger, ce petit livre qui se lit en une heure offre un agréable moment de détente et nous invite – à nous d’accepter ou pas l’invitation – à une auto-critique de notre vacuité.
Grasset, 10,90 euros.
24 avril 2008
Dark Angel de Kia Asamiya
Dans cette œuvre, de scénario, point. De beaux dessins, pleins. Dark Angel compte parmi les œuvres inachevées de Kia Asamiya et s’impose comme une grosse déception.
Publié à l’origine dans les pages de la revue japonais Newtype, l’auteur raconte la destiné de Dark, fraîchement désigné comme nouveau gardien de l’Empire du Sud et obligé de se rendre à l’Empire du Milieu afin de se présenter. Sur son chemin, il croisera moult ennemis et livrera (enfin, assistera surtout) à de nombreux duels laissant des bâtiments et des terres en ruines.
Asamiya n’ayant pas vraiment envie de se compliquer la tâche, les combats sont la raison d’être de ce manga en cinq tomes qu’il ne pourra finir tant Newtype en avait marre de son histoire. On les comprends : son héros, un androgyne terne et crispant, cache bien sûr au fond de lui une entité maléfique (son prénom nous y préparait) qui se montre très violente quand on l’énerve. Bof, on a vu bien pire... Le bouillant japonais a alors filé se faire éditer aux Etats-Unis chez Top Cow (Witchblade, Darkness…) : il reprend son récit de zéro (pourquoi donc ?) et réussi à publier une histoire une fois de plus inachevée (et n’allant même pas aussi loin que son histoire japonaise) !
Au final, que reste-t-il de Dark Angel ? 5 tomes bouillants de combats, des dessins franchement réussis (mais des combats pauvrement chorégraphiés) et… c’est tout ! L’édition de Panini se révèle, à quelques défauts prêts, plutôt réussis et met bien en valeur le travail graphique d’Asamiya.
Panini, épuisé.
23 avril 2008
Iron Man : Le diable en bouteille de David Michelinie, Bob Layton et John Romita Jr.
Historiques, ces épisodes de Iron Man le sont. Le diable en bouteille, œuvre de David Michelinie, John Romita Jr et Bob Layton confronte en effet Tony Stark à l’alcoolisme, période qui marquera à jamais le personnage, à tel point qu’on a peine à croire au fait que Stan Lee n’avait jamais introduit la question durant les premières années du personnage.
Néanmoins, la lecture de ces épisodes fait tout de même bien peine à voir : les épisodes se succèdent sans que l’on trouve une histoire ou un événement qui conserve l’attention – le grand méchant sefait avoir une facilité déconcertante et menace à peine le héros ; l’inquiétude de Tony de voir le SHIELD prendre le contrôle de son entreprise n’est jamais résolu. Les dialogues sont bêtifiants au possible (la traduction ne doit pas aider), les personnages agissent de manière ahurissante compte tenu du contexte… bref, aucun réalisme et des séquences bien peu crédibles comme un Tony Stark maîtrisant les arts martiaux en une seule journée ou guérissant de son alcoolisme en « quelques jours »… Ajoutez à cela un dessin assez insupportable – le trait de John Romita Jr n’a aucune personnalité, l’encrage de Bob Layton gommant le style de Romita – et vous obtiendrez un album soporifique dont le seul intérêt réside dans la descente aux enfers alcoolique du héros.
Panini, 20 euros.
22 avril 2008
Tout est pur pour celui qui est pur de Jean-Yves Leloup
Tout est pur pour celui qui est pur, disait Saint Paul. Vraiment ? Le sacré et la sexualité font pourtant mauvais ménage. En tout cas, dans notre religion chrétienne où le corps est avili par la doxa platonicienne le ravalant au rang de chose et survalorisant l’esprit. Ainsi, les Pères de l’Eglise, et les grands noms du Christianisme, ayant été d’infatigables amants avant leur conversion, ont conçus une vive haine du charnel et de la Femme par la suite.
A travers l’image de Marie-Madeleine et Jésus, Jean-Yves Leloup (prêtre orthodoxe, théologien et psychologue) tente de réhabiliter la sexualité et de la penser à l’aune de l’incarnation… l’hypothèse est difficile, intéressante et critiquable. En effet, Leloup se base notamment sur l’évangile de Philippe dont il sait bien qu’il est gnostique. Par là, on entends des textes éloignés de l’orthodoxie de l’Eglise et valorisant un enseignement secret de la part de Jésus, parfois une haine du corps, à d’autre moment une cosmogonie néo-platonicienne, et à d’autres moments des textes très proches des Evangiles canoniques. La méthode est donc contestable.
Autre point litigieux, la volonté de l’auteur de sous entendre régulièrement que Jésus et Marie-Madeleine ont eu des relations sexuelles. Si notre prêtre a des arguments intéressants à l’appui de sa théorie (en gros : l’incarnation du Christ justifie et sauve ce que nous sommes ; si Jésus n’a pas eu de relations sexuelles, alors le sexe n’est pas justifié et donc il est mauvais. Or, Jésus a été fait homme et en tant qu’homme doit connaître et vivre toute la dimension de l’homme), il oublie un contre argument de poids : d’une part que Jésus ne peut, selon l’Eglise, aimer quelqu’un plus qu’un autre (Leloup reprend cet argument très important mais le refuse sans argumenter) et d’autre part que si Jésus a vraiment été homme, alors il peut avoir sublimer sa sexualité.
Néanmoins, il y a des chapitres ô combien intéressant même si celui sur l’incarnation n’est qu’une reprise de celui publié dans son commentaire sur l’evangile de Jean ! Mais à travers des citations de rabbins, de réflexions riches sur la nature de la sexualité, Leloup apporte des éléments à charge pour une réévaluation du rapport sacré/sexué. Son propos, parfois contestable, n’en reste pas moins nécessaire : si Dieu est partout, serait-il absent de la chambre des amants ? Et s’il est présent, que lui donne-t-on à voir de nous-même. Contre le « jouir sans entraves », le « bien jouir » ; contre le « jouir à tout prix », le « jouir lumineux ».
Albin Michel, 12 euros.










