Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

17 juin 2008

The Unauthorized X-Men sous la direction de Len Wein

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The Unauthorized X-Men – SF And Comic Writers on Mutants, Prejudice, And Adamantium : voilà un titre à rallonge pour un essai consacré aux X-Men, ces célèbres mutants qui font la pluie et le beau temps dans le monde des comics et ont conquis Hollywood. Supervisé par Len Wein, artisan du retour en grâce des X-Men, ce bouquin s’avère très agréable à lire, même si pas toujours réussi dans ses articles. En effet, il se compose de 18 textes d’une dizaine de pages environ : selon l’auteur, les réflexions sont plus ou moins intéressantes et n’est pas René Girard qui veut. Parmi les intervenants, on notera la présence de scénaristes de comics (Len Wein, Joe Casey et Christy Marx) mais aussi d’universitaire, d’auteur de romans ou encore de conférencier. D’une façon générale chaque intervenant a un style agréable à suivre et bien que le livre soit en Anglais, il est très facile de suivre le texte.

La première partie, Writing the X-Men se révèle la plus faible même si elle contient quelques bons moments. Ainsi apprend-t-on que Joe Casey s’est mis à écrire les X-Men sans avoir d’idées en tête bien claires sur la direction du comics. Néanmoins, son intervention est éclairante à la différence de celle de Robert Weinberg qui développe ses réflexions scientifiques sur Cable : soporifique et inutile.

Heroes and Villains propose des analyses intéressantes mais manquant de fond, il faut bien le reconnaître, sur Kitty Pride, Wolverine ou Magneto. On sent que les auteurs des textes ont un réel amour de ces personnages mais leurs réflexions souffrent d'un manque de travail. Ainsi, évaluer Wolverine comme un personnage tiraillé entre l’animalité et la grandeur me semble certes vrai mais finalement évident ; suggérer que Wolverine et un personnage mythologique un bon point, mais une interprétation plus poussée et audacieuse de ce qu’il nous dit de nous aurait été souhaitable. Idem en ce qui concerne l’analyse sur Magneto et les Juifs dont le parallèle avec Israël paraît un peu tiré par les cheveux.

The X-Men and our world se révèle bien plus intéressant : From X to Ex propose une très intéressante présentation du transhumanisme et réfléchit à ce que l’Homme sera dans le future et en quoi les pouvoirs de mutants seront à notre portée. Lee, Kirby and Ovid’s X-Metamorphoses s’intéresse pour sa part aux X-Men comme nouveau récit mythologique prenant la suite du classique d’Ovide. Enfin, Dear Magneto livre une ironique attaque contre Magneto lui démontrant, preuve à l’appui, que diriger un monde dans lequel les mutants auraient pris le pouvoir serait une catastrophe qui ne réglerait aucun des maux de l’humanité mais placerait les menaces que connaîtront les gens à un niveau simplement plus important.

Au final, malgré mes critiques, je persiste à conseiller cet ouvrage. Si vous êtes un néophyte sur les X-Men et les super-héros, il vous offrira une excellente introduction à la richesse de ce médium. Si vous êtes un fan invétéré des mutants, vous aurez sans doute déjà réfléchit à tous les sujets évoqués dans ces pages, mais le livre vous proposera une synthèse intéressante et vous permettra de réviser vos classiques tout en ouvrant des perspectives philosophiques originales.

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02 juin 2008

Salves de chroniques

On inaugure une grosse séance de rattrapages de chroniques sur le blog avec des critiques serrées et nerveuses… si vous avez besoin de précisions sur ces titres, vous pouvez demander, il y a même des chances que je vous réponde !

On commence par :

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Les bouquins chiants

Si l’Islam vous intéresse et que vous vous demandez ce qui rapproche et éloigne à la fois Christianisme et Islam, lisez Dieu des chrétiens, Dieu des musulmans de François Jourdan. Idéal pour se faire une solide culture générale sur le sujet. Pour ma part, je savais déjà presque tout ce qu’il contenait, donc…

Eloge de la littérature ? Vraiment ? Je ne demande qu’à croire Richard Millet mais je n’ai pas compris un traitre mot de son pamphlet et à mis parcours, j’ai laissé tomber. Typiquement le bouquin pour parisien dépressif et vaniteux.

Désolé, mais quand je vois un soi-disant « intellectuel » cracher pendant toute la préface de son livre sur les Evangiles, je me sauve. Régis Debray ridiculise des textes canoniques en quelques pages – pourtant leur étude révèle des merveilles à celui qui sait écouter. Avec Un Candide en terre sainte, Debray m’a profondément déçu.

Il paraît que François Mauriac serait un grand écrivain. Avec Thérèse Desqueyroux, on se demande bien où se situe son talent. Vraiment chiant.

Vilain graphisme d’Ariel Olivetti très froid, scénario sans aucun intérêt : le Batman/Superman vs Aliens/Predator m’a fait bailler d’ennui.

Idem pour The Pro, l’histoire de la première prostituée super héroïne ! Malgré un pitch excitant, cette BD au graphisme agressif et vilain met en scène des gags d’une médiocrité terrible et les dialogues de merde de Garth Ennis, scénariste surévalué.

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Les bonnes BD

Le deuxième tome de Star Wars – Chevaliers de l’ancienne république est une merveille. Encore plus remuant, dynamique et intéressant que le premier tome. Voilà typiquement le genre de récit qui ferait une tuerie adapté en série télé. Et c’est sans compter les dessins bluffants.

Si vous regrettez le ton décalé des vieux comics, le Superman/Madman Hullabaloo devrait vous plaire. Le dessin de Mike Allred a ce côté Kirby sous LSD que j’aime tant, l’histoire du bouquin ne vole pas très haut mais Allred a un don pour rendre adorable les freaks et plaisantes des séquences anecdotiques. Vraiment une bonne pioche.

Je ne connaissais rien à Spirou avant d’ouvrir Le journal d’un ingénu d’Emile Bravo et c’est splendide ! L’accueil critique et commercial a d’ailleurs été remarquable au point où Dupuis confiera un deuxième album à l’auteur. On découvre ici la jeunesse de Spirou et on comprend pourquoi il a gagné l’amitié de Fantasio, porte un costume de groom et met son nez là où il ne faut pas. Le graphisme est superbe, évoquant les vieilles BD d’avant-guerre sans paraître passéiste pour autant. Un magnifique bol de jouvence qui vous rappellera les goûters du mercredi après-midi.

Joker/Mask met en scène le Joker qui récupère le Mask (celui que porta Jim Carrey au cinéma) : avec son graphisme cartoony, ses hommages à Hanna & Barbera ainsi que son côté très léger qui ne se prends pas au sérieux, ce crossover vaut définitivement le coup.

Encore plus excellent que le premier tome, Ant-man régale avec son héros ultra-cynique, son humour plein d’ironie qui fait mouche (des histoires d’insectes en somme) et son côté décalé : et si un super agent sans scrupule mettait la main sur une armure de super-héros ? Nul doute qu’il ressemblerait à Ant-man. Jouissif et méchant.

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Les bons livres

La prière est une condition de la foi du Chrétien. Il s’agit à la fois de rendre gloire à Dieu mais aussi de lui demander de l’aide. Le grand pouvoir de la prière, vieux traité du XVIIIè, risque d’en surprendre plus d’un. Il s’agit, d’une certaine façon, d’une vision magique de la prière ; pour de Liguori, Dieu ne peut que nous exaucer et donc ce petit livre donne un formidable message d’espoir nous invitant à demander l’impossible, sans relâche et sans doute.

Une rage d’enfant d’André Glucksmann donne une mesure de son parcours philosophique. Un livre intéressant à lire même si André continue de nous faire son Glucksmann avec des phrases absconses et une vision manichéenne de l’histoire – après tout, le voilà aujourd’hui néo-conservateur ! Il semble aussi prendre des libertés avec son parcours et j’ai l’impression qu’il a édulcoré son assujettissement au communisme.

Enfin, attention, excellente pièce de théâtre ! Le songe d’Eichmann de Michel Onfray constitue une formidable charge contre la pensée d’Emmanuel Kant. En lisant Eichmann à Jérusalem d’Anna Harendt, Onfray découvre qu’Eichmann (inventeur de la chambre à gaz) se réclame de la philosophie de Kant. Stupeur et déni d’Harendt. Non, répond Onfray : il y a, dans la pensée de Kant, les prémisses du fascisme. Et il le démontre en citant les textes. La pièce confronte Eichmann à Kant : un procès à charge terrible duquel le philosophe allemand sort perdant. Il faudrait bien sûr entendre un autre son de cloche mais en l’espère, le livre se dévore.

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25 avril 2008

Jean-Jacques de Frédéric Richaud

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Dans ce Jean-Jacques, conte écrit autour de la figure tutélaire de Rousseau par Frédéric Richaud, plane aussi l’ombre d’un roman inachevé de Flaubert, Bouvard et Pécuchet. A l’instar de nos deux sombres idiots, Jean et Jacques sont deux fils de paysans enrichis, entichés de Rousseau dont ils se croient les disciples et persuadés de pouvoir créer un jardin, dans leur domaine, qui soit l’expression de l’eden rousseauiste. Leur volonté finale étant de faire venir leur maître. Mais voilà : ce dernier n’entend en rien parler d’eux et se dirige plutôt chez leur marquis de voisin. S’en suivent de tristes aventures pour les deux frères, guère aidés par leurs natures d’idiots.

L’histoire de Jean et de Jacques est aussi la nôtre : qu’il s’agisse de notre propension à nous « faire des films », de notre désir de nous croire au dessus des autres, de notre mauvais orgueil qui vient se nourrir de notre dernière petite prouesse ou qui s’entiche de nos espérances sans lendemains, nous sommes tous des Jean et Jacques en puissance. La bêtise, caractéristique unanimement partagée par l’ensemble de l’humanité, trouve ici (comme dans Bouvard et Pécuchet) un terreau noble et charmant car les deux frères excitent chez nous la tendresse et la compassion.

A la fois dramatique, ironique et léger, ce petit livre qui se lit en une heure offre un agréable moment de détente et nous invite – à nous d’accepter ou pas l’invitation – à une auto-critique de notre vacuité.

Grasset, 10,90 euros.

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10 avril 2008

Marilyn, dernières séances de Michel Schneider

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Des relations passionnelles entre Marilyn Monroe et son analyste Ralph Greenson, Michel Schneider en a tiré un roman ou plutôt un essai fiction mettant en scène l’actrice la plus glamour d’Hollywood, avec ses névroses, amants, ébats sexuels en vis-à-vis du regard de son analyste, orgueilleux, suffisant et passablement mauvais analyste.

En utilisant un grand nombre de témoignages, Schneider réarrange la chronologie de la vie de Marilyn pour en donner une fausse biographie – lui-même, dans le magazine Lire, récusait la possibilité de retracer la vie d’une personne, préférant refuser toute idée d’objectivité, pour sortir l’identité d’une personne en la reconstruisant par le regard et le récit. Complétée par la biographie de Greenson, dont la fatuité et la grande méconnaissance des mécanismes psychologiques laisse pantois. On n’imagine même pas ce qu’un Jacques Lacan aurait dit de ce Greenson !

Belle entreprise, assez intéressante et réussie par moments et parfois lourde à d’autres (le roman aurait pu être amputé de près de 100 pages que le récit n’en n’aurait pas été modifié), Marilyn, dernières séances se lit comme une critique de la pratique psychanalytique dont est fait, dans le même mouvement, l’éloge des concepts, avec la ferme volonté de révéler la tragédie hollywoodienne d’une jeune fille meurtrie par la vie, le cinéma, l’amour et le sexe.

Folio, 7,40 euros.

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03 mars 2008

Coraline de Neil Gaiman

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Envie d’une petite frayeur ? Aucun problème avec Coraline de Neil Gaiman, à la petite condition que vous ayez conservé quelque chose de votre âme d’enfant. Coraline rappelle en effet l’univers des contes de notre enfance, mais habilement remis au goût du jour par un romancier bien connu des amateurs de fantasy, comics et fantastique.

La petite Coraline vit dans une grande maison dont elle occupe un étage en compagnie de ses parents. Au rez-de-chaussée, on retrouve deux vieilles dames, anciennes gloires du théâtre et à l’étage un « crazy old man » comme elle l’appelle qui promet de lancer un spectacle avec des rats… S’ennuyant, la petite questionne sa maman sur la présence d’une porte bien mystérieuse : cette dernière s’ouvre en effet sur… rien ! Ou plutôt, sur un mur qui a bouché l’ancienne demeure à laquelle l’actuelle maison fut un jour accolée.

Mais voilà : à trop vouloir ouvrir des portes donnant nulle part, on finit par réveiller de vilaines choses. C’est qu’il y a un autre monde derrière cette porte, prêt à s’ouvrir uniquement pour Coraline et où l’attendent ses « other parents » bien plus gentils et attentionnés que les siens mais dont les yeux ont été remplacé par des boutons cousus…

Un grand plaisir de lecture attend l’amateur qui ouvrira Coraline. Neil Gaiman a, dès ses premiers romans et nouvelles, déployé de louables efforts, et il signe ici un de ses meilleurs livres. Le style reste très accessible en Anglais, puisque destiné à des enfants. Son histoire ressuscite les histoires de notre enfance mais pour un public contemporain. Les situations sont inquiétantes, certes, mais Gaiman réussit néanmoins à éviter toute sensation d’angoisse. Du coup, on peut vraiment donner ce genre de livre à un gamin dès ses huit ans. La morale du livre, par contre, manque un peu de cohérence. A moins qu’il ne faille considérer que ce livre a pour but de dédramatiser le rapport de l’enfant avec tout ce qui est de l’avenir et de l’inconnu. Néanmoins, le roman donne à voir un beau portrait de fillette, courageuse et intelligente qui plaira autant au jeune public qu’aux grands enfants.

Harper Trophy, 6,99 dollars.

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02 mars 2008

Le Tragique et la Pitié de René Girard et Michel Serres

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Le 15 décembre 2005, René Girard fait son entrée à l’Académie française. La tradition impose au nouveau venu de prononcer un discours faisant l’éloge de son prédécesseur, en l’occurrence le révérend Père Carré, dominicain rendu célèbre par ses sermons à l’église parisienne de Notre-Dame.

A partir du Journal de l’ecclésiastique, Girard épingle un fait lui paraissant essentiel dans l’économie de sa foi : à quatorze ans, Carré connaît une expérience mystique le laissant à genou. Persuadé d’avoir un lien direct avec Dieu, il décide de rentrer dans les ordres en espérant devenir un saint. Peine perdue, cette expérience mystique ne reverra jamais le jour, le conduisant parfois à un certain désespoir… Girard interroge donc cette difficulté, cette épine de la chair qu’a connu le Père Carré et analyse comment cette absence renouvelée de la grâce conduira l’ecclésiastique à imaginer que le souvenir de la grâce en constitue une nouvelle, renouvelée par la mémoire.

A sa suite, Michel Serres se livre à un véritable panégyrique de René Girard, le nouvel élu de l’Académie étant accueilli par un discours prononcé de la bouche de l’un des membres. Ami de René Girard, Michel Serres poétise – il n’y a pas d’autre expression qui me vient en tête – la théorie du désir mimétique et du bouc émissaire de Girard dans un discours aux accents magnifiques, tout en élévation de l’âme, en cri littéraire, en pensée anti-moderniste lyrique. Le résultat, somptueux, est une symphonie pour les oreilles.

Il y a ainsi des petits plaisirs que l’on ne doit pas se refuser. Bien que cher pour les 97 pages de discours qu’il propose, cet ouvrage n’en reste pas moins un plaisir en solitaire de lecteur : entendre prononcer de si beaux discours, jouir de l’éloquence affichée comme moyen de triompher du monde en déclin de lui-même, guetter la spirale de l’élévation de l’esprit… quoi de plus agréable ?

Le Pommier, 10 euros (à noter que ici vous trouverez le discours de René Girard et  celui de Michel Serres)

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13 décembre 2007

Et si c'était lui ? de Gerald Messadié

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Et si c’était lui ? La question s’affiche provocante sur le visage de celui que l’on connaît comme étant le Christ, mais habillé d’un complet bien trop moderne auquel nous ne sommes pas habitués. Et si c’était lui ? La question, ou plutôt la couverture, m’ont valu l’intérêt des voyageurs du métro jours. Dès qu’ils l’aperçoivent, on les sent surpris et intrigués mais pas pour longtemps ; ils détournent le regard.

De nos jours, dans le roman, un mystérieux individu apparaît à Karachi au Pakistan et commence à prêcher : ses paroles bouleversent ses auditeurs car ils interprète le Coran comme personne et condamne le terrorisme. Les mollahs sont fascinés par son intelligence. Le peuple pakistanais se soulève à son nom. Jésus ? Jésus serait revenu et il serait musulman ?

C’est sur cette base étonnante que Gérald Messadié entame un roman de bonne facture mettant en scène le retour du Christ sur Terre bien décidé à donner une dernière chance à l’Homme avant la destruction du Monde. Le début du roman s’avère bluffant car Messadié reprend les mécanismes d’intervention de Jésus dans les Evangiles mais pour le monde musulman contemporain. En d’autres termes, les connaisseurs des Evangiles auront l’impression de retrouver le Messie tel qu’ils le connaissent, ce qui se révèle émouvant.

Hélas, la suite du livre ne tiendra pas les promesses de cette première partie : Jésus viendra en France dans un récit croquignolesque, puis en Angleterre et enfin aux Etats-Unis dans ce qui constitue par contre la seconde meilleure partie du bouquin avec un ton évoquant les blockbusters américains.

En terme de style, Et si c’était-lui ? ne dépasse pas le niveau du roman de gare. On attendait plus de l’auteur de Madame Socrate ! Malgré tout, on passe un très bon moment dans ce roman qui, malgré son peu de prétention, s’avère plutôt fin d’un point de vue philosophico-théologique. Les exclamations de colère du Christ, contemporanéisées, invitent chacun d’entre nous à s’ausculter de manière plus franche et déterminée.

L’Archipel, 19,95 euros.

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29 novembre 2007

Le diable en tête de Bernard Henri Lévy

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Pour la troisième fois je lis ce livre, pour la troisième fois je suis conquis. Le diable en tête, un des deux romans écrit par Bernard Henri Lévy est un bijou littéraire qui a remporté le Prix Médicis. Il s’agit d’un formidable ouvrage que l’on ne saurait trop conseiller à tous ceux qui voudraient découvrir un raccourci de la tentation totalitaire française de ces cinquante dernières années en quelques six cent pages.

Tout commence dans les années 40, à Paris, sous l’occupation, par le journal de Mathilde, jeune et séduisante bourgeoise mariée à Edouard, industriel collaborateur qui ne tardera pas à virer dans la paranoïa nazie avec la défaite du Reich. Mathilde donne vie à leur fils, Benjamin, qui sera ensuite élevé par Oncle Jean, meilleur ami d’Edouard, mais résistant lui, et qui fera de Mathilde sa compagne après qu’Edouard aura mystérieusement disparu de la maison. Mais un jour, le sinistre mari refait son apparition : Edouard a été se battre sur le front de l’Est et, déserteur, a été arrêté. Mathilde le convainc de se porter coupable en France pour y être jugé. Fatal erreur car il sera condamné à mort ; on tait la vérité à Benjamin et on invente un passé de héros à son père. Comme tout secret de famille de ce genre, il sera un jour éventé par l’enfant qui, bouleversé, décidera de s’inventer un destin, tragique, celui d’un terroriste.

On ne sait sur quoi s’extasier ici. Lévy a une plume magnifique et se révèle impressionnant tant il semble capable de changer de personnalité. En effet, le roman s’ouvre sur le Journal de Mathilde, se poursuit sur une discussion entre le présumé auteur du livre (Lévy, qui s’amuse à faire de ce livre une enquête journalistique) et Oncle Jean, se poursuit par les lettres de Marie, compagne de Benjamin, fait un détour par le point de vue d’Alain Paradis, avocat de Benjamin, avant de finir par la confession du principal intéressé. Et, à chaque fois, une façon différente d’écrire, des émotions bien particulières, des sensations ressenties différemment. C’est un tourbillon historique dans lequel on se trouve entraîné et qui nous fascine tant il semble réel.

De plus, l’auteur a le chic pour nous éblouir par sa culture littéraire. Peut être trop même tant les personnages féminins du livre semblent être des spécialistes des grands auteurs. Mais cela ne choque guère et on se plaît à visiter un Paris, celui de mai 68, des maoïstes, de la régie Renault, des cours de Jacques Lacan, du bureau de Louis Althusser… Pour le connaisseur, c’est un bonheur, Lévy ayant connu tout cela de près ; pour les autres, même s’ils ne maîtrisent pas les références citées, soit ils apprendront, soit ils ne perdront rien de l’histoire.

Le livre est quant à lui tragique, dans le sens noble du terme, presque théâtrale, fabuleusement passionnant, se dévorant, le style intime du roman aidant à y rentrer. La langue est belle, noble ; les phrases soigneusement écrites ; on peut parfois se sentir agacé d’une certaine préciosité, mais toujours, on reste captivé. Un roman qui plaira, il me semble, avant tout à un public féminin, sans pour autant exclure les hommes dont je fais partie.

Le livre de poche (épuisé, mais encore trouvable en occasion chez Amazon)

Grasset, 20,60 euros.

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16 novembre 2007

Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen de Arto Paasilinna

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Cela fait un moment que j’ai terminé Le bestial serviteur du pasteur Huuskonen de Arto Paasilinna, écrivain majeur en Finlande, mais très franchement, je ne voyais pas quoi en dire, ni même comment en parler.

Au moment même où j’écris ces mots, je ne suis pas bien sûr de savoir où je vais mais enfin, je tiens à faire cet effort. L’histoire, peut-être, pour commencer ? Un bébé ours va être offert au pasteur Huuskonen à la suite d’un drame causé par la mère de l’animal. Adopté par cet ecclésiastique poivrot, fort en gueule et en pleine crise de foi, cet animal va bouleverser sa vie et le conduire dans des aventures assez rocambolesques, qui lui permettront de connaître bibliquement deux jeunes femmes séduisantes et intéressantes qui valent bien mieux que la mégère qui aura été sa femme.

Arto Paasilinna a un style très étrange. Avec l’air de ne pas y toucher, il raconte une histoire en apparence guère intéressante pour laquelle on se passionne tout doucement. Difficile d’expliquer pourquoi. Les aventures du pasteur ne sont pas spécialement extraordinaires, le style ne paraît pas particulièrement génial et pourtant... Une fois commencé, et passé les premières pages on se prend au jeu et on n’a plus envie de lâcher le bouquin.

Certaines critiques ont dit que ce livre était drôle. Bizarre car j’ai souris à de rares moments, mais pas ris du tout. Par contre, on peut voir ce livre comme une fable ou plutôt un conte à la manière de Voltaire. On y voit la grandeur et la médiocrité de l’Hommes rassemblées en un jeu de personnages dont les réactions un peu étranges et déconcertantes sont à familières à notre esprit et perturbantes toutes à la fois… Alors, si vous avez l’âme vague, la pilosité terne ou la langue empâtée, vous devriez vraiment jeter un œil à ce livre – sans doute ne vaut-il pas une séance de thérapie mais enfin, il fait quand même du bien au cœur.

Denoel, 20 euros.

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29 octobre 2007

La question humaine de François Emmanuel

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J’avoue, je n’ai pas compris le sens de La question humaine de François Emmanuel.

Ce très court roman met en scène un psychologue d’entreprise mandaté pour s’assurer du bon état psychologique d’un ponte de l’entreprise dans laquelle il travaille. Au cours de son enquête, il va se retrouver en possession de papiers relatifs à la solution finale.

L’intrigue s’annonçait intéressante mais l’exécution pose problème : jamais l’auteur ne met en corrélation les différents éléments de l’enquête ; au lecteur le soin d’assembler le puzzle et de saisir le sens de ce conte noire. Seulement voilà, moi je n’ai rien perçu de ce brouillard.

Néanmoins, et là on atteint un point intéressant, j’ai pris plutôt plaisir à le lire – mis à part un style guère reluisant. Disons que le côté mystérieux, tue, indéfinissable de l’histoire m’a porté et intéressé. Et j’espère que lors d’une prochaine lecture, le sens se révélera à mes yeux.

Stock, 12,50 euros.

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