Le blog de Menon

La Parole est ce qu'elle est : apocalyptique, elle dévoile.

04 novembre 2009

Le Secret du treizième apôtre de Michel Benoît

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Autrefois moine, Michel Benoît a été « congédié par l'Eglise », un beau jour, ses recherches sur Jésus ne plaisant pas au Vatican.

Pour se venger, le brave homme a décide de faire comme Dan Brown en signant un roman à clé sur Jésus, Le secret du treizième apôtre. Un livre mal écrit, mal ficelé, qui vaut autant qu'un Voici ou un Gala : un roman de gare, un vrai. Certes, qui a remporté un succès massif, ce qui n'a rien d'étonnant et n'est en rien lié à une quelconque qualité de l'ouvrage.

Comme Michel Benoît a un peu de culture religieuse, il fait mine de découvrir que dans le 4e Evangile, le rédacteur ne peut pas être Jean fils de Zébédée comme le dit l'Eglise. Donc, le « disciple bien aimé » est forcément un treizième apôtre. Rions. Rions car Claude Tresmontant se posait déjà la question il y a vingt ans de cela et résolvait brillamment le problème. On lira notamment Enquête sur l'Apocalypse pour s'en convaincre. Il n'y a pas de 13e apôtre, il y a un rédacteur principal du 4e Evangile et des interpolations maladroites opposant Jésus aux scribes. Circulez, y'a rien à découvrir de plus !

Comme Michel Benoît nous prend pour des cons, il assure aussi que ce 13e apôtre n'a jamais cru à la divinité de Jésus. Oui, il nous prend pour des cons car rien de ce que cet apôtre n'a écrit ne contredit la divinité du Christ. Mais Benoît l'affirme, sans le justifier, bien sûr.

Pour Michel Benoît, le Vatican - il le sait et même mieux, il est « en dessous de la vérité »  - est truffé de pourritures. Ainsi le Cardinal Ratzinger : là, c'est compliqué : il n'a pas demandé à être nazi, il n'aime pas les nazis, mais en même temps si, parce que son père était un nazi qui violait des Polonaises. Savoureux... sinon, on a un prélat qui se tape une Roumaine déguisée en nonne... Ah oui, on découvre que les Juifs sont gentils mais pas les Musulmans qui ne sont que des terroristes, la faute au Coran qui est quand même un livre très méchant.

Heureusement que Michel Benoît nous apporte la lumière ! Heureusement qu'il a compris tout seul le mensonge de l'Eglise ! Car Jésus, nous dit-il, était bien plus que le Messie ou le Fils de Dieu. Bon, on ne saura jamais ce que « bien plus » veut dire mais il l'était !

Merci à toi Michel Benoît. Rentre ! Rentre au Panthéon de ceux qui ont vu la Vérité ! Entre au Brownthéon, là où tes écrits révèleront les secrets de l'Eglise que toi, tu as enfin démasqué ! Accessoirement, on peut aussi éviter d'acheter ses livres et de se bouquiner des romans intelligents. Il y en a !

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01 novembre 2009

L'Evangile selon Jésus Christ de José Saramango

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José Saramago, prix Nobel de littérature a composé un roman remarquable racontant, à sa manière, la vie de Jésus. Le style, d'abord : les phrases sont très longues, la ponctuation se limite à des virgules et points, aucune séparation entre les dialogues ni d'indication de qui parle : cela réclame une attention certaine d'autant qu'il n'y a pratiquement aucun paragraphe. Mais un auteur qui écrit aussi bien, avec une telle rigueur et une telle maîtrise, que cela fait du bien !

Le sujet, ensuite, très critique, non pas sur Jésus, mais sur Dieu, accusé d'être un boucher. Saramago prend la Bible au pied de la lettre et donc, s'il y a de multiples sacrifices réclamés par Dieu, c'est que Dieu les a vraiment demandés. Donc, Dieu est là, cruel et sans scrupule ; face à lui, le Diable, brave pasteur de brebis (!) et Jésus, figure un peu paumée mais généreuse.

C'est donc irrévérencieux et iconoclaste mais passionnant. Néanmoins, la critique majeure adressée à Dieu – Tu es cause de la violence monothéiste – est risible ; seul l'Homme est un loup pour l'Homme et les crimes commis au nom de Dieu sont toujours des crimes humains.

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20 octobre 2009

Dans la colonie pénitentiaire de Franz Kafka

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Faisant suite à La métamorphose dans l'édition Librio, La colonie pénitentiaire se pose, une fois de plus chez Kafka, comme un récit étrange et inquiétant.

Un touriste assiste à la mise en place d'une exécution, exécution qui se règle par l'utilisation d'une machine quasi humaine que l'officier présente au visiteur et entend faire marcher devant lui.

La séquence, surréaliste, voyant l'officier vanter les mérites de son engin et tenter de convaincre le touriste d'interférer en faveur de la conservation de cette machine auprès du commandant est un chef d'oeuvre de discours technique, typique de ces discussions entre informaticiens. Pour le dire plus clairement, Kafk a manifestement eu le pressentiment que le discours de la science, inhumain et impersonnel, pourrait devenir un discours maître face auquel il faudrait, tel le touriste, conserver une âme, une vraie.

On pourra rapprocher ce récit de la punition de la tour de Babel par Dieu car le principe est le même : le touriste découvre que cet univers est concentrationnaire et technique, fermé sur lui-même et débarrassé de tout élément humain pour lui préférer un pôle scientiste totalement indigne et malveillant mais auquel tout le monde a adhéré.

Oui, vraiment, un texte prophétique à lire et à méditer puisque Kafka nous parle de notre civilisation, obscurcie par le discours technocratique, administratif et juridique qui a tué le logos – la parole – pour en faire une arme coercitive destinée à manipuler et déshumaniser.

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19 octobre 2009

La métamorphose de Franz Kafka

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Lorsqu'on lit un texte comme La métamorphose de Franz Kafka, comment ne pas ressentir un double malaise : malaise face à la cruauté du récit et malaise face à l'hermétisme de l'histoire.

Vraiment, disons-le : on ne peut pas comprendre ce texte si on ne fait appel à une lecture psychanalytique de l'histoire ou en tout cas analytique.

Vraiment, on ne peut pas saisir ce texte si on ne cherche pas la faille. Qu'un homme se réveille un jour transformé en cafard dans la maison de ses parents où réside aussi sa soeur peut soit être lu comme un conte ou une histoire fantastique ou bien comme une histoire sérieuse, très sérieuse, donc vraie.

Pour moi, mais ce n'est que ma lecture, il y a là une question perverse : cette soeur est là comme un aimant à tension ; proche de son frère, trop (cela se sent dans la panique du début du livre), entre un père et une mère qui ne voient que rarement leur fils. Une soeur qui va littéralement se débarrasser du frère d'une façon ignoble en le poussant à la mort.

C'est la lutte entre les deux enfants, entre le frère et la soeur qui cherchent à capter l'amour de leurs parents – et qui s'aiment aussi d'un amour trop fort – avec le cafard comme métaphore de la haine que l'on peut éprouver pour soi et de la façon dont non seulement on se torture mais où on finit par se mettre plus bas que terre, littéralement.

La métamorphose raconte donc la dépression et la déchéance d'un homme qui désire sa soeur (avoué explicitement dans le texte lorsqu'elle joue du violon pour les locataires) d'un amour incestueux qui servira à la soeur d'arme : lui faire prendre dégoût de lui-même au point où il va se détruire et lui laisser le champ libre de l'amour parental.

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17 octobre 2009

Les aventures d'Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll (Auteur),

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Dans L'amour et l'occident, Denis de Rougemont signifiait que Lewis Caroll était sans doute pédophile mais qu'il sublima son attirance pour les enfants à travers ses écrits. Du reste, sa fiche wikipédia, concernant son intérêt pour la photographie, souligne qu' « Il achètera son premier appareil photographique à Londres le 18 mars 1856. Quelques jours plus tard, il se rend dans le jardin du doyen Liddell au Christ Church College pour photographier la cathédrale. Il y trouve les trois fillettes Liddell dont Alice, sa future inspiratrice, et les prend pour modèle. Rapidement, il excelle dans l’art de la photographie et devient un photographe réputé. Son sujet favori restera les petites filles mais il photographie également des connaissances : peintres, écrivains, scientifiques ainsi que des paysages, statues et même des squelettes, par curiosité anatomique. » Et les deux photos de fillettes proposées sur wikipédia sont assez étranges, pour le dire moins.

Bref : tout ça pour dire qu'Alice aux pays des merveilles n'est pas un conte mais un cauchemar. À la différence du conte qui peut être sombre mais propose toujours une conclusion heureuse dans laquelle le héros ou l'héroïne sort plus fort, le cauchemar carollien met en scène une descente aux enfers dans un monde privé de tout repère, d'une violence incroyable (un bébé est presque battu et Alice découvre qu'il s'agit en fait d'un porc), fascisant ou en tout cas soumis à un despotisme hyper- caractériel, celui d'une reine dont le roi est manifestement castré et qui, elle même, cherche à castrer tout ce qu'elle peut par la décapitation.

Néanmoins, il nous faut bien reconnaître que la conclusion d'Alice est d'une force peu commune. D'une part, elle signale que tout l'histoire est un rêve (et l'on sait que le rêve n'a rien d'innocent et qu'il dévoile une part d'ombre) noir – rêve qui sera en partie canalisé (en partie seulement, le réveil étant dû à la grande soeur qui sauve Alice de la mort) pour être détruit par la principale intéressée (le procès stalinien étant l'heureux moment de la révolte durant lequel la petite fille trouvera les mots qu'il faut et notamment la formule extraordinaire du : « vous n'êtes qu'un jeu de carte »).

Au final, ce livre est effrayant et on se demande comment il a pu être assimilé à un récit pour enfant. Il faut plutôt y voir l'expression d'une profonde horreur – horreur de l'inconscient, sadisme , éloge du dérèglement des sens – qui est, littéralement luciférienne et démontre que la violence inconsciente devient terrifiante quand les forces obscures sont libérées. Nous sommes dans l'univers du Satan des Musulmans, ce djinn maudit par Allah qui provoque le phantasme.

Texte ésotérique, donc, Alice ? Nous en faisons l'hypothèse et nous en avons même la certitude bien qu'il faudrait se livrer à une analyse précise, presque ligne à ligne comme on analyse un texte sacré. Nous livrons en attendant notre hypothèse au lecteur qui en fera ce qu'il veut. Du reste, nous nous interrogeons sur le bien fondé d'un tel travail : il y a des choses que l'on doit manier avec précaution.

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13 octobre 2009

Neige de Maxence Fermine

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Neige met en scène le fils d'un moine shinto qui décide de devenir poète à l'époque médiévale. Fasciné par la neige, il compose des haïkus de toute beauté qui attirent l'attention du poète officiel de la cour. Mais avant de venir auprès de l'empereur, notre poète aura à apprendre d'un vieux maître.

Ce court roman exprime avec sensibilité la mentalité du haïku et nous fait voyager dans un monde de poésie, de nature et de calme. On ne peut rester insensible devant le travail du romancier qui signe là un premier roman impressionnant. Toutefois, une certaine maladresse dans la composition rend la lecture bancale : l'intention est pure, la réalisation laisse à désirer. Dans le genre « hommage à la poésie du Japon », Soie de Alessandro Baricco fait nettement mieux. Néanmoins, voilà un ouvrage qui a le mérite de l'intelligence et de l'originalité, ce qui n'est pas si mal.

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12 octobre 2009

Ravel de Jean Echenoz

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Jean Echenoz suit les dix dernières années de la vie de Ravel, compositeur du Boléro et de ce que je considère comme la plus belle musique jamais composée – La pavane pour infante défunte.

Avec un style en apparence sinistre – pointilleux pour ne pas dire caricatural, quasi absence de dialogues rapportés de toutes façons de manière indirectes, impression d'avoir un manuel sous les yeux – mais qui agit en réalité comme un calque de la vérité, Echenoz convoque avec talent la figure d'un homme entre haine et en fatigue.

Pas content Ravel, pas aimable, orgueilleux, méprisant, mal luné, pas bien, pas à l'aise... mais vivant ! L'histoire de l'écriture du Boléro laisse pantois. La rencontre avec Wittgenstein, aussi. La fin de la vie, sans misérabilisme, s'avère touchante.

Voilà un beau, un bon roman français. Il en reste encore par des auteurs vivants de ces livres qu'on admirait du temps où des Sartre, Gide ou Camus écrivaient. Ecehenoz n'a peut-être pas leur génie mais il a le mérite du sérieux et du travail.

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09 octobre 2009

Victor Hugo, la Bible et la Kabbale de Jacques Eladan

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Voilà une passionnante anthologie hugolienne que j'ai dévoré. L'auteur résumé ici sa thèse d'état et nous convie à découvrir dans la masse des écrits d'Hugo tout ce que ce grand poète doit à la Bible : préface de Shakespeare où sont présentés les prophètes, poèmes inspirés de la Bible, satire de la religion dans Cromwell... on découvre un Hugo tout d'abord très croyant puis qui désacralise la Bible pour en faire un monument de poésie tout en se présentant lui-même comme un prophète et un continuateur des Ezechiel et Isaïe, pourfendeurs des rois et des puissants. Une lecture surprenante qui éclaire l'oeuvre de Hugo.

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04 octobre 2009

Le secret de Philippe Sollers

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Un agent secret français. Son travail : rédiger des notes sur notre temps.

Nous sommes en 1981 : le Pape a été victime d'un attentat raté. Pour le héros, voici le point de départ de sa réflexion : s'il ne devait en rester qu'un, ce serait l'homme en blanc et Rome, la ville éternelle. Puisque la Religion incarne le réflexe de survie face au nihilisme contemporain, il s'agit d'interroger l'actualité comme miroir de ce même nihilisme. Et de penser le monde comme une folie et les grands penseurs de la guerre comme des inspirés car il s'agit de vivre comme un guerrier puisque notre environnement est hostile ; porter des attaques sans bouger ; principe chinois : gagner le conflit avant même que ce dernier n'ait commencé.

C'est du Philippe Sollers, avec tout ce qu'il y a d'insupportable et de passionnant chez lui. C'est un livre qui mérite d'être lu mais définitivement, il faut accepter de s'y sentir perdu et de s'en remettre à un auteur indolent dont l'absence de plan apparent finit par ne plus gêner et mieux, invite à une remise en cause de sa façon de penser.

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02 octobre 2009

Le verdict de Franz Kafka

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Très court texte d'une intensité foudroyante, le Verdict de Kafka raconte la confrontation entre un père et son fils : un récit étonnant et inquiétant que la postface éclaire avec intelligence.

Après le Terrier, je reste confondu devant la puissance que dégage cet écrivain en si peu de mots : la condensation de ses angoisses foudroie celui le lisant.

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