Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

28 mai 2007

Le Prince Victor Napoléon de Laetitia de Witt

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Ce livre, contrairement à ce que son titre laisse à croire, n’est pas seulement une biographique du Prince Victor Napoléon (1862 – 1926), mais aussi une thanatographie du bonapartisme. Qu’on me pardonne ce néologisme, mais le consacrer pour ce livre n’a rien d’exagéré lorsque l’on a lu l’ouvrage de Laetitia de Witt. Cette descendante de la famille même de Victor a en effet recueilli une documentation solide, parfois inédite – archives familiales – pour tracer le portrait de son ancêtre et la chute finale du Bonapartisme.

Laetitia de Witt l’exprime parfaitement au cours de son ouvrage : le Bonapartisme, consiste en la rencontre d’un homme et du peuple français. Napoléon Ier aura joué le rôle de sauveur de la nation (« Le mythe du sauveur » - Jean Tulard) : il n’a jamais définis précisément une doctrine bonapartiste. De Witt remarque, avec intelligence, que le Napoléonisme aura été une praxis et non pas une théorie. Lorsque Napoléon III prend le pouvoir, il le fait en ayant intellectualisé le Bonapartisme, en lui ayant donné un fondement théorique spécieux et inexact, mais en accord avec l’air du temps. Mais même là, il y aura eu rencontre entre un héros et le peuple : le référendum faisant office d’ampoule de la Sainte huile pour l’empereur.

Mais lorsque Napoléon III meurt, suivi de son fils, catastrophe ! Le Bonapartisme aurait pourtant pu s’en relever : mais le maître bâtit une école et les disciples s’arrachent la tunique sans couture. De fait, les rivalités pour le titre d’héritier entre Jérôme, cousin de Napoléon III (dit Plon-Plon), et son fils Victor, feront de l’héritage des Bonaparte une méchante plaisanterie dont on finit par s’esclaffer. Il faut les voir se disputer un nom et un héritage, persuadés qu’ils sont de le mériter ! Jérôme avait tout de même des raisons de revendiquer l’héritage. Son fils Victor ne cherchait que l’opposition au père. Pourtant, ce fut lui qui prit le domaine réservé. Le voilà futur prétendant au trône sans aucun charisme ni programme politique !

Malgré cela, la république tremble en attendant la prise de pouvoir : l’exil de Victor voulu et imposé par la république française sera sa géniale idée pour tuer dans l’œuf l’espoir d’un troisième empire. Ensuite, tout est perdu : le bonapartisme ne sera plus qu’un parti comme un autre, téléguidé depuis Bruxelles par un Victor sans envergure et désir de pouvoir. Et on verra les petits députés prêts à s’écharper pour une place, les rivalités de salon et les phrases assassines. Toute ressemblance avec un parti politique actuel n’étant pas du tout fortuit.

Victor finira sa vie comme gardien du temple à défaut d’en être le prêtre. Il favorisera le culte de Napoléon Ier qui trouvera là sa dernière victoire, à moins qu’on ne l’attribue à Victor : faire du glorieux boucher un monarque romantique et magnifique. Si la fin de l’aventure laissera sans doute comme un parfum de regret que l’on humera avec soulagement ou nostalgie, c’est selon, le livre de Laetitia de Witt n’en reste pas moins d’un grand intérêt. L’outil indispensable pour comprendre à la fin du Bonapartisme.
Fayard, 28 euros.

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23 mai 2007

Les Bonaparte : Des esprits rebelles de Charles Napoléon

 

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Pourquoi parler toujours de Napoléon Ier lorsque le reste de sa famille reste souvent inconnue ? Une famille qui plus est passionnante… Dans Les Bonaparte, des esprits rebelles, Charles Napoléon, (descendant de la branche Bonaparte par Jérôme, le frère cadet du premier empereur), se livre à une présentation de quelques grands noms de son illustre dynastie.

Prennent ainsi vie devant nous des personnalités fortes au destin passionnant :

-Charles Bonaparte : il s’agit du père de Napoléon Ier. On découvre comment il a noué des liens avec Paoli, le célèbre leader corse, sa jeunesse tumultueuse et son souci de s’assurer de ses origines nobles pour permettre à ses enfants de réaliser leurs études.

-Lucien et Jérôme : les deux jeunes frères de Napoléon. Le premier fut le seul à oser dire « non » à l’empereur qui souhaitait le voir divorcer pour épouser une princesse. Quant au second, le cadet, il est le plus vieil ancêtre de Charles Napoléon, auteur du livre. Personnage assez lâche dans un premier temps, il saura prendre de la dimension au cours de sa vie.

-Le Prince Napoléon et son fils Victor : il s’agit du fameux Plon-Plon, cousin de Napoléon III et de son fils Victor, personnage sur lequel les éditions Fayard viennent de sortir une importante biographie.

-La branche américaine de la famille (née suite au premier mariage de Jérôme avec une jeune femme de Baltimore) : l’occasion de découvrir qu’un Bonaparte a participé à la création du FBI !

-Marie Bonaparte : psychanalysée par Sigmund Freud et devenue analyste à son tour, elle aida à l’introduction de la psychanalyse en France

-Louis Napoléon : fils de Victor Napoléon et père de l’auteur, il mit fin aux dernières prétentions politiques de la famille Bonaparte.

Le grand, très grand plaisir de ce livre, réside dans son style enlevé et la facilité avec laquelle Charles Napoléon nous entraîne dans la vie de sa famille. L’auteur a beau prétendre que, dans la galerie qu’il dessine, on voit régner l’esprit des Bonaparte, qui ont « assumé […] la démocratie et la république », on se surprend tout de même à découvrir des figures de filous forts éloignées des idéaux de la France révolutionnaire. Ainsi en va-t-il de Charles, père de l’empereur, de Lucien, trublion libertin ou encore de Jérôme, rebelle juvénile. Toutefois, on a aussi le droit au très beau portrait du Prince Napoléon, rebelle lui aussi mais plein de volonté et de force de caractère, sans cesse en but à Napoléon III, mais néanmoins très attaché à sa personne… Enfin, les personnages de Marie Bonaparte et de Louis montrent comment l’entrée dans notre contemporanéité aura poussé les derniers grands noms de la famille à repousser un héritage trop lourd à porter : il s’agit alors, soit par la psychanalyse, soit par le service des armes, de remplir un destin digne et noble, sans pour autant remettre en danger un pouvoir politique ou étatique.

Au final, on aura passé, grâce à Charles Napoléon, un moment formidable en compagnie d’une famille d’esprits libres et rebelles. Libre au lecteur, par la suite, d’approfondir la connaissance de cette famille. Soulignons notamment qu’à l’exception de Marie, les femmes sont absentes de ce recueil.

Editions Perrin, 20,50 euros.


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