31 décembre 2007
Marie-Antoinette, journal d'une reine d'Evelyne Lever
Si vous aimez le personnage de Marie-Antoinette, vous devriez être ravi à la lecture de son Journal. Un journal d’une reine imaginaire s’entend, la reine n’en n’ayant jamais tenu un. Toutefois, le livre ayant été écrit par Evelyne Lever, historienne spécialiste de la dernière reine de France, on évite les élucubrations romantiques et autres inventions de romanciers. De plus, Lever ayant édité l’intégralité de la correspondance de Marie-Antoinette, on imagine qu’elle connaît le style de cette Française venue d’Autriche.
On redécouvre ici le règne flamboyant à ses débuts puis crépusculaire par la force des choses d’une reine qui séduit aujourd’hui par sa fraîcheur, son innocence et sa naïveté. Le Journal commence avec la rencontre de Marie avec Louis XV et Louis XVI, et se termine au moment où les révolutionnaires forcent le palais des Tuileries, juste avant que la famille royale soit emmenée en captivité (quel dommage que le livre s’arrête là, car le personnage de Marie gagne encore plus en épaisseur par la suite, tout comme pour le roi)… Entre ces deux moments clés, on retrouve une jeune femme surprise par un mari peu empressé aux choses du sexe, qui rêve de calme et de tranquillité, qui déteste l’étiquette de la cour et cherche désespérément de quoi s’amuser et vivre heureuse, de quoi pouvoir se sentir comme une femme normale, aimée et désirée par un homme et choyée par sa famille.
D’une façon plus générale, cet ouvrage permettra aux chantres d’une histoire républicaine de connaître le point de vue opposé à celui des révolutionnaires et de sortir d’une vision caricaturale du pouvoir royale. Depuis en effet une bonne décennie, voire même plus, Marie-Antoinette et Louis XVI ont été réhabilités aux yeux de l’opinion publique. Il importe en effet que l’Histoire de France ne soit pas seulement la manifestation d’une doxa, mais qu’on remette les événements dans leur contexte.
Robert Laffont, 20 euros.
12 août 2007
De Gaulle, tome 3 : le premier des Français de Max Gallo

Ce troisième tome consacré à de Gaulle ne commence pas très bien : Max Gallo décide de reprendre exactement là où le second volume s’était achevé : cette période de traversée du désert durant laquelle de Gaulle attend désespérément qu’on vienne le chercher pour reprendre la tête de la France. Et ces longues années se singularisent par l’ennui, la monotonie. On entend répéter les même choses pages après pages : de Gaulle se lamente de la décadence du personnel politique, se désole du manque de grandeur de la France, manifeste et en appelle au souvenir des grandes heures de la résistance et affirme, sérieux comme un pape, qu’il est le plus grand, le plus droit, le plus fort. Et ce, chapitre après chapitre.
Soupirs. Gros soupirs.
Il faut attendre la guerre d’Algérie qui voit le retour du général aux affaires pour qu’enfin, le livre prenne une autre tournure. L’occasion de se rendre compte du cancer qu’aura été cette guerre dans pour la société française, mettant en péril le personnel de l’état et la personne même du président de la république. On croit toujours que c’était mieux avant : à lire ces pages, on imagine surtout la peur éprouvée par une population parisienne inquiète des mauvais coups du FLN et pour laquelle l’idée de perdre les colonies avait quelque chose de choquant. En à peu près quarante ans, notre regard sur la décolonisation a bien évolué !
Et puis, ce que Gallo sait très bien rendre, ce sont ces moments de mélancolies du général dont le poids sur les épaules l’écrase : ce vieillard qui doit sauver la France une fois de plus (ce dont il se réjouit on le sent bien), d’où tire-t-il une énergie qui ferait défaut à un jeune homme ? Comment peut-il encaisser autant de coups bas et de dangers sans broncher. L’occasion de se rendre compte que la presse n’était peut être pas si inféodée au pouvoir que l’on croit : à voir comment tous les journaux, jusqu’au Figaro, tiraient à boulets rouges sur de Gaulle, on se dit qu’il y a comme un étrange décalage entre ce que l’on croit savoir des années 60 et ce qu’elles ont été.
Pocket, 6,70 euros.
15 juillet 2007
De Gaulle, tome 2 : la solitude du combattant de Max Gallo
Dans ce second tome de la tétralogie consacrée au destin de Charles de Gaulle – La solitude du combattant, Max Gallo nous entraîne en Angleterre où, réfugié sur l’île pourtant mainte fois ennemie de la France, de Gaulle trouve un endroit où résister. Emportant avec lui l’âme de la France, se faisant Territoire même de sa patrie, le général de Gaulle entraîne à sa suite des soldats prêts à se battre pour leur pays, venus le rejoindre.
Mais tout se ligue contre la France libre ! Il faut reprendre les colonies, ce qui n’est pas une mince affaire – comment affirmer son droit à l’autorité lorsque les alliés font tout pour empêcher l’armée française de se battre ? Car le drame terrible que vit de Gaulle est celui-ci : si Winston Churchill accueille de Gaulle, il cherche aussi à le neutraliser. Vendu aux intérêts américains, Churchill veut laisser le président Théodore Roosevelt faire de la France un futur Etat occupé. On reste confondu devant la duplicité des alliés ! Grands sourires de Churchill un beau jour, puis phrases assassines le lendemain. Cadeaux du président Roosevelt puis tentative d’écarter de la table des négociations la France.
Sans compter que de Gaulle doit s’imposer au sein de son propre camp – dictatorial, présent à tous les postes de commandements, l’homme qui prétend être la France ne supporte aucune atteinte à son autorité. Gallo livre un portrait soigné et précis de lui : il nous permet de comprendre à quel point il pouvait paraître horripilant à ses proches, à quel point il pouvait braquer les autorités anglaises. Il en fallait du courage pour revendiquer, alors qu’on n’avait rien, le droit d’avoir tout !
Mais aussi intéressant soit-il, ce tome n’échappe pas à quelques écueils. Ainsi, les chapitres se suivent et se ressemblent étrangement. C’est que chaque année qui passe voit les mêmes événements se répéter : mensonges des alliés, cris du cœur de de Gaulle, réflexions sur le destin de la France… On peut d’ailleurs difficilement le reprocher à Max Gallo. Après tout, notre historien doit travailler à partir de faits objectifs. Mais, on aurait toutefois apprécié un rythme plus marqué. Il n’en reste pas moins que ce second tome se dévore et nous entraîne au cœur de la geste gaullienne. L’impression de suivre les pas du grand homme et de connaître ses pensées les plus intimes emporte l’adhésion du lecteur.
Pocket, 8,70 euros.
05 juillet 2007
De Gaulle, tome 1 : L'appel du destin de Max Gallo
Quel fut le destin de Charles de Gaulle ? Pour ressusciter le « grand connétable de France », Max Gallo livre un premier tome fascinant d’une quadrilogie consacrée à « celui qui fut la France » (Romain Gary).
On découvre un jeune de Gaulle et sa relation forte, quasi fusionnelle avec son père – amoureux d’histoire et conteur de l’âme de la France à son fils. Cette relation façonnera littéralement le jeune homme qui fut exalté par cette vision de l’histoire française… Ensuite, le jeune de Gaulle rentre dans l’armée, on suit son parcours à l’école militaire, ses premiers faits d’armes pendant la guerre de 14-18, sa souffrance d’officier emprisonné et ses nombreuses tentatives infructueuses pour s’évader. Durant cette période, son supérieur hiérarchique n’est autre qu’un certain maréchal… Pétain ! On avait oublié que lui et de Gaulle furent proche pendant un temps, Pétain défendant de Gaulle contre une hiérarchie choquée par son indépendance d’esprit.
En effet, pour le futur général, la France vivait endormie dans le secret espoir d’une paix perpétuelle. Le département de la défense refusait de considérer l’inéluctabilité du conflit avec venir avec l’Allemagne. De Gaulle se battra alors pour imposer une stratégie militaire basée sur l’utilisation de blindés. Stratégie qui inspira l’organisation militaire… allemande ! Nul n’est prophète en son pays et on constate avec une ironie cinglante que de Gaulle fut un maître à penser pour l’armée du Reich, ce qui lui ouvrit la route de la France.
Face au désastre, le général se bat de toutes se forces pour empêcher l’armistice, mais ne peut rien face à la clique des défaitistes menée par Pétain. On note alors que le général ne porte aucun jugement moral sur l’Allemagne hitlérienne : ignore-t-il les pogroms ? s’en moque-t-il ? ne réalise-t-il pas le caractère scandaleux du régime ? Aucune importance pour lui : tout ce qui compte, c’est la France et la préserver dans son intégrité. D’où le départ pour l’Angleterre, d’où la décision de s’approprier l’âme de son pays et de se faire le territoire de la France résistante.
Ainsi, l’insubordination, le refus de l’obéissance deviendra, par le geste gaullien, l’incarnation de la Vérité. On peut s’étonner, voire même se sentir choqué que jamais de Gaulle ne fut un résistant à l’hitlérisme. Mais porté par le souffle de Vauban, Turenne, Louis XIV et Napoléon, il aura été un farouche défendeur du territoire national, prêt à faire feu de tout bois pour que jamais ne soit brisé le glaive.
Pocket, 6,30 euros
26 juin 2007
Baudelaire - le soleil noir de la modernité de Robert Kopp
La collection Gallimard Découvertes se singularise par sa beauté : papier glacé, nombreuses reproductions impeccables de peintures, autographes, gravures (etc.) et, en fin d’ouvrage, un cahier gris réunissant des textes relatif au sujet du livre… Ce Baudelaire – le soleil noir de la modernité de Robert Kopp procure donc un réel plaisir à celui le prenant en main. Le regard se pose tout d’abord sur une superbe couverture représentant le grand Charles avec son regard puissant et inquiétant, striée par des autographes gaufrés rouges du poète. A l’intérieur de l’ouvrage, Robert Kopp raconte de manière brève la vie de Baudelaire, se concentrant principalement sur les influences esthétiques du peintre, son parcours littéraire mince et le procès fait aux Fleurs du mal.
Obligé par le format du livre relativement court et l’exigence presque constante de traiter une thématique en deux pages, Robert Kopp doit faire l’impasse sur nombre d’éléments pourtant intéressants. Ainsi, si on apprécie de voir présenter la relation unissant le poète à Delacroix et la façon dont il se rassasie de ses œuvres comme pour se préparer à écrire ou encore si on goûte les remarques de Baudelaire sur l’influence qu’exerça Poe sur son écriture, on regrette que l’auteur soit si silencieux sur nombre de points concernant la vie de Baudelaire comme ses relations avec les femmes, ses débauches et ses phantasmes – car finalement, on ne sait pas si les poèmes des Fleurs et du Spleen de Paris sont tous inspirés par une vie vraiment dissolue ou tiennent plus du fantasme.
On apprécie par contre le dernier cahier qui permet de recueillir quelques éléments de défense et d’accusation autour du procès des Fleurs : l’occasion de constater que la défense insista sur le côté duel des textes, expression d’une fascination du Mal, mais aussi comme repoussoir à la manière des Maximes de la Rochefoucauld qui condamnent toute espérance de vertus pour mieux les exalter. Toutefois, les impressions de spécialistes sur Baudelaire reproduites ne sont pas toutes d’un grand intérêt, loin s’en faut.
Au final, ce livre déçoit par son contenu, manquant de force et de passion, un peu trop scolaire dirons-nous, mais la beauté de l’ouvrage et son élégance rattrapent ces quelques défauts.
Gallimard, 13,50 euros.
15 mai 2007
Jacques Lacan de Elisabeth Roudinesco
Dans ce Jacques Lacan – esquisse d’une vie, histoire d’un système de pensée, Elisabeth Roudinesco nous raconte l’histoire complexe du plus grand psychanalyste français. Sont ainsi racontées sa vie en ombre portée de l’évolution de sa théorie analytique : Lacan n'a jamais été qu'un workhaolic, un drogué du travail, totalement sous l'emprise d'un désir, celui de la connaissance et de la maîtrise. Cet ouvrage en donne une petite idée.
Mais enfin, voilà au moins livre passionnant son lecteur, trop heureux de voir révélé les dessous de table, ou d'écrits, du parcours intellectuel de Jacques Lacan : jalonné par des rencontres, qui l'auront influencées à jamais (ah, Koyré, Kojève et Hegel ! Ah, Levi Strauss ! Ah, Dali !) ; il y puisera la structure de sa pensée, n'hésitant jamais à plagier, y compris pour son fameux Stade du miroir. Pour autant, on ne se sent même pas le courage de le lui reprocher : sa petite folie ne l’autorisait sans doute pas à se voir tel qu’il était réellement. Du reste, on ne s’entoure pas d’une cours de fidèles adorateurs, on ne se magnifie pas en un dieu de vérité si soi même on n’y croit pas, ne serait-ce qu’un peu.
Néanmoins, précisons qu’il ne s’agit pas d’un ouvrage contre Jacques Lacan, car Roudinesco, loin de dénier au fumeur de cigares tordus tout génie, redonne à sa pensée toute sa complexité en l’historicisant, c'est-à-dire en dévoilant son évolution au cours des décennies. On ne naît pas génie, on le devient, on se construit un précipice autour duquel on tangue et dans lequel on s'effondre lorsque l'esprit ne rend plus justice à son être pour la mort. Lacan aura beaucoup joué à ce jeu là - ceux l'entourant n'ayant pas sa force mentale s'y brûlèrent les ailes. Façon de vérifier qu'au moment de son apogée, entre la fin des années 60 et le prolongement des années 70, il y eut ces événements de mai 68 et puis ce communisme inquiétant qui infestait tout. Les suicides furent nombreux.
Le bémol du livre, toutefois, c’est que l’historienne n’arrive pas à se faire suffisamment pédagogue : de fait, son ouvrage ne peut servir de matière à enseignement – on ne comprends pas clairement la pensée et la théorie à Lacan en la lisant, et il serait préférable d’avoir déjà eu une première approche de l’auteur. Mais elle compense cette absence de pédagogie en comblant les trous du temps écoulé : ce n'est déjà pas si mal.
Plus largement, cet ouvrage permet de prendre la mesure de l’aventure intellectuelle parisienne des années 30 à 80. On découvre en effet dans ce livre les surréalistes, les structuralistes ou la mathématique : ces chapitres sont abordés dans leur rapport ou apport à Lacan : ils permettent donc de voir comment l’homme a grandis sa pensée au sein d’un système intellectuel très riche. Foucault, Sartre, Nietzsche, Hegel, Freud...
Fondamentalement, ce livre intéressera avant tout les amateurs de psychanalyses, mais pourra tout autant servir à l’édification personnelle de ceux fascinés par la figure de ce génie de l'inconscient, cet accoucheur de signifiants, cet hédoniste morbide, ce jouisseur froid pour qui le Monde était un langage chantant la folie – la notre autant que la sienne.
Fayard, 29 euros.
25 août 2006
Citation de Charles de Gaulle
"On dressera une grande croix de Lorraine sur la colline qui domine les autres. Tout le monde pourra la voir. Comme il n'y a personne, personne ne la verra. Elle incitera les lapins à la résistance." - Charles de Gaulle
Je ne peux m'empêcher de trouver cette citation aussi drôle que touchante, aussi sensible que mélancolique.
11 août 2006
Jésus de Jacques Duquesne
Après un Marie qui se lisait comme une enquête policière et un Dieu de Jésus très mal argumenté et incohérent, j’ai découvert Jésus de Jacques Duquesne, biographie consacrée à qui-vous-savez.
Première remarque : il s’agit d’un livre remarquable. Duquesne se fait très discret dans cet ouvrage. Ainsi, s’il remet en doute la virginité de Marie ou s’oppose à la vision d’un Dieu cruel envoyant son fils à l’abattoir (thèmes repris dans Marie et Le Dieu de Jésus), ses avis sur le Christ sont plutôt orthodoxes, d’autant qu’il cite beaucoup de sources chrétiennes validées par le Vatican. Le principal mérite de Duquesne est ici de faire revivre la Palestine de Jésus : ses explications historiques et économiques sont fort éclairantes : on comprend, en le lisant, que la Palestine est dans une situation difficile, que le chômage est très présent et les tensions régionales importantes. Ainsi, la Galilée, dont est originaire Jésus, est considéré comme une région de bouseux. La Samarie et ses Samaritains sont haïs par les Juifs qui, très attachés à leur pureté, sont retranchés dans une Jérusalem qui fait comme un sas de décontamination ; la présence de l’occupant romain inquiète et soulève des colères.
De plus, des groupes religieux autonomes comme les Esseniens ou les disciples de Jean le Baptiste sont aussi présents et remettent en cause, par leurs pratiques communautaires la prééminence du Temple.
Et là arrive Jésus : Duquesne axe son livre sur deux points : premièrement, étudier la chronologie de sa vie, en soulignant les contradictions des Evangiles ; s’attacher à déterminer ce qui, dans ses actes, relève du symbole, donc de l’histoire inventée, et des faits, ce qui peut être recoupé ou crédible – à ce petit jeu, le très bel Evangile de Jean ne s’en sort pas très bien ! ; enfin, il s’agit de révéler l’homme Jésus : sa mission, son attitude, et surtout comprendre en quoi il est scandaleux. Car, si Jésus a été envoyé à la mort par les responsables du Temple, avec l’accord de Ponce Pilate, c’est bien parce qu’il choquait : en se déclarant fils de Dieu, en pardonnant aux Hommes leurs pêchés, en se rapprochant des impurs, et en remettant en cause les rites pratiqués au Temple, Jésus a amené ses dirigeants à décider de sa mort comme seul moyen de conserver leur autorité ecclésiastique.
L’ouvrage se termine sur la liste des sources disponibles concernant le Christ : Talmud, lettre de Philon d’Alexandrie, écrits de Flavius Josèphe débarrassé de ses scories chrétiens, et propos de Tacite : aucun auteur n’a jamais remis en cause son existence. Ensuite, le Talmud de Babylone (eh oui, même le Talmud !) plus tardif, les Evangiles et les Apocryphes. Duquesne cite aussi les querelles d’historiens sur la validité des Evangiles et leurs dates d’écriture : passionnant, d’autant qu’il en donne une version condensée et très accessible.
En bref, un ouvrage de très bonne facture, quasiment indispensable aux lecteurs des Evangiles tant ce livre explique un contexte politico-économique et social permettant de mieux comprendre le message de Jésus.
J'ai Lu, 6,00 euros.
24 juin 2006
Le malheur russe - essai sur le meurtre politique de Hélène Carrère d'Encausse
Dans Le malheur russe, Hélène Carrère d’Encausse s’intéresse au meurtre politique russe. Pour traiter cet ambitieux sujet, elle passe en revue toute l’histoire des Tsars et chef du parti russes en scrutant la façon dont ils se servirent du meurtre pour arriver à leurs fins… Meurtre physique, mais aussi meurtre politique. Toute l’histoire de la Russie se fonde sur le sang dans une interminable tragédie shakespearienne ou à la Shophocle. Figures fortes de cette aventure : Ivan le terrible qui inaugure la police politique qui ira décimer dans la population tous les dissidents, ou encore Pierre le grand, qui haïssait à ce point l’esprit ruse, qu’il fit tout pour occidentaliser son pays, allant jusqu’à faire mourir son peuple pour bâtir Saint Petersbourg.
Le livre de poche,épuisé
23 juin 2006
Récidives de Bernard-Henri Lévy
Relecture, comme cela, de quelques chapitres de Récidives, de Bernard-Henri Lévy.
De ce recueil d’articles, je redécouvre les Grands reportages et la partie sur la Bosnie. Visite dans une Algérie endeuillée par des massacres, voyage dans la Russie au lendemain du contre putsch des généraux par Eltsine, rencontre avec l’Allemagne de Schröder qui ne supporte plus la Shoah… Qu’en dire ? Une impression paradoxale : d’un côté, le plaisir de l’écriture, de la phrase juste, de la description parfaite et, en même temps, une sorte de sentiment confus, mais gênant, comme si on lisait un reportage mondain. C’est que BHL est là, mais comme un observateur moraliste. Il raconte, présente et explique, mais le tout avec une retenue parfois dérangeante. « Quel bel intellectuel je fais », semble-t-il claironner.
Et puis, je relis la partie sur la guerre de Bosnie. Et là, la tendance s’inverse. On est bien loin d’un André Glucksmann qui décrypte guerres et haines avec les mots des philosophes et écrivains et révèle la vérité des âmes, la vérité des émotions, qui aide le lecteur à voir au-delà du récit… On en est loin, mais néanmoins, on est subjugué. Voir BHL tempêter, défendre Sarajevo, la louer, faire tout ce qui est en son pouvoir pour aider cette ville et la Bosnie et à se libérer de la chape de plomb des Serbes. Et, alors que le désespoir survient, sentir, d’un seul coup, revenir l’espérance quand tout s’inverse en 1995, notamment grâce à un certain… Jacques Chirac (comme quoi…).
Aujourd’hui encore, alors que les Tchétchènes son massacrés, que Israël bombarde des civils palestiniens, que les Gi’s américains tuent des civils irakiens, ces textes restent d’une surprenante actualité, comme la description juste et forte d’une Barbarie à Visage Humain toujours dans nos têtes.
Grasset, 24,00 euros.







