19 juin 2008
Heroes et Wisdom
J’ai bien aimé la première saison de Heroes mais par contre, le comics, quelle horreur ! Constitué de récits inspirés par la série télé, le recueil publié par Soleil propose des histoires en seulement quatre pages avec de plus longs développements pour certains personnages. D’une façon générale, c’est affreusement mal écrit, terriblement ennuyeux et médiocrement dessiné par des tacherons dégottés on ne sait où (à l’exception de l’excellent Tim Sale qui dessine de fausses couvertures de comics géniales – dans la série, il est l’auteur des fameuses peintures sur lesquels se lit l’avenir). A éviter de toute urgence.
Publié dans l’affreuse ligne Max pour adultes, Wisdom met en scène un héros créé par Warren Ellis pour Excalibur. Pete Wisdom, agent secret anglais, à la vie dissolue, dirige des métahumains pour protéger l’Angleterre de son passé magique. Le concept, bien pensé, aurait du ménager un comics cynique et gore mêlant fées tueuses et esprit de la Terre face à des super héros mais le récit se perd à cause de dialogues bien souvent incompréhensibles (la faute à la traduction ?) ou nébuleux. L’histoire fait du surplace et ressemble à du Warren Ellis dans ce qu’il y a de plus agaçant (héros à la morale à la géométrie variable, du cul sans intérêt, des morts…). A éviter.
21 février 2008
Sire de Jean Raspail
Oh le nanar ! Oh le vilain livre tout pourri que voilà !!
Sur la foi de critiques dithyrambiques du site d’Amazon (comme quoi, l’avis des lecteurs, des fois ça ne passe pas), j’ai acheté sur un coup de tête ce triste Sire. Roman écrit par Jean Raspail, journaliste et romancier royaliste, il met en scène, de nos jours, le retour du roi à la tête de notre beau pays. Le dit roi est un adolescent de 18 ans aussi inintéressant que peu réaliste, pur de tout pêché (et moi qui croyait que la Vierge fut une exception !), servie par une sœur qui nourrit une admiration franchement risible pour son frère, et entouré de joyeux compagnons tout droits sortis d’un conte de Voltaire.
Ajoutez à cela un méchant ministre de l’intérieur, aussi nul que pas méchant, un ancien Jésuite reconverti dans la police et qui est sans doute le policier le plus nul qu’on n’ait jamais vu, et vous aurez une petite idée du niveau de ce pathétique roman qui est, de surcroît, mal écrit (enfin, un pauvre style journalistique sans saveur).
Entre 10 et 15 ans, ça doit fonctionner pour de jeunes adolescents qui se seraient extasiés sur le cycle arthurien. Mais passé cet âge, ce livre fait surtout de la peine pour son auteur et ses amateurs.
Précisons, pour terminer, que je n’ai pas dépassé les 100 pages tellement ce roman me sortait par les yeux. En attendant, vive le roué quand même, crénom de nom !
Livre de poche, 4,55 euros.
25 novembre 2007
Tous ces livres qui me tombent des mains
Beaucoup de sérieuses déceptions de lectures ces derniers temps d’où un relatif silence sur ce blog, sans compter le problème causé par les grèves qui m’on empêchées d’avoir mon quota de lecture. Mais tout de même, ces derniers temps, tous les livres que j’ai commandé auprès d’Amazon m’ont déçus et pas qu’un peu :
-Je pensais aimer Verlaine depuis que j’écoute ses poèmes chantés par Léo Ferré. Hélas, les Poèmes saturniens suivi de Fêtes galantes m’ont déçu : je me suis ennuyé, je n’accroche pas !
-La Contre histoire de la philosophie de Michel Onfray en édition livre m’a ulcéré. Le premier tome consacré aux pré-socratiques est insupportable à cause des répétitions du type : « ce salaud de Platon, ces cons de Chrétiens » : Onfray semble n’avoir rien à dire sur les auteurs dont il parle et répète exactement les mêmes choses de pages en pages. Par contre, j’ai commencé à écouter les cours audios consacrés aux Libertins baroques et j’adore ! Je me suis acheté le coffret Cd (tout de même 80 euros chez Gibert ; évitez Amazon qui els vends 125 euros !) et je trouve cela passionnant. J’en reparlerais.
-Je me suis aussi essayé au Portrait de Pierre Assouline sur la baronne de Rotschild peinte par Ingres. J’ai abandonné au bout d’une poignée de pages tellement le livre était mal écrit ! L’auteur essaye de se donner un genre à l’ancienne avec des phrases complexes et poétiques, mais il ne sait pas faire du Balzac ou du Flaubert et son livre paraît aussi prétentieux que maladroit.
-J’ai essayé de lire l’intégrale du Fourth World de Jack Kibry – univers croisé mettant en scène Mister Miracle, les News Gods, Superman… par un géant de la bande dessinée américaine de super-héros ; mais là encore grosse fatigue tant les scénarios sont datés et les dialogues ennuyeux. Bref, une déception à laquelle je ne m’attendais pas.
-La servitude volontaire de la Boétie dans son édition Arléa est illisible : la modernisation de la lange n’a pas été menée à son terme et on s’ennuie à déchiffrer des phrases d’une longueur pas croyable et quasi incompréhensibles. Du reste, la théorie de la Boétie tient en cinq lignes et on se demande à quoi bon la voir développée sur des pages et des pages.
-George Bordonove est un historien vulgarisateur mais son Louis XIV ne m’a pas convaincu du tout. C’est creux et tellement rapide sur les développements qu’on a l’impression de lire un digest pour classes de terminales. Déception.
-Quant à l’Anthologie du portrait : de Saint Simon a Tocqueville compilée par Cioran, il s’agit d’un ouvrage certes sympathique mais finalement assez nul sur le fond : aucun appareil critique des textes, aucune information biographique sur les auteurs, sur les personnes dépeintes, aucune contextualisation des portraits… Bref, du cancan mais guère passionnant. Mieux vaut lire Louis XIV et sa cour du duc de Saint Simon aux Editions Complexe, le Paris Match de l’époque écrit avec une plume baroque et insolente.
Bref, à chaque fois que j’ai un livre entre les mains, je l’abandonne où je le renvois. Seul Dialogue entre un prêtre et un moribond de Sade m’a plu autant par sa brièveté que par sa grande intelligence. Dernièrement, j’ai commandé le François Mitterrand de Franz-Olivier Giesbert dont j’avais adoré La tragédie du président et aussi Le diable en tête de Bernard-Henri Lévy, grand moment de bonheur de mes quinze ans, livre relu à mes 28 ans et qui continuait de me plaire. Et enfin, j’ai fait l’acquisition du dernier Séminaire de Jacques Lacan, D’un discours qui ne serait pas du semblant dont je ne sais trop s’il me plaira mais qui, je l’espère, me permettra de comprendre le blocage que je fais sur les idéogrammes japonais (bien que chez Lacan, il s’agisse des idéogrammes chinois).
Je vous reparlerais évidemment de tous ces livres…
06 novembre 2007
American Black Box de Maurice G Dantec
Un bréviaire de la peur et de la haine : voilà comment on pourrait cataloguer American Black Box, cet énorme journal de plus de 680 pages courant sur quatre ans signé par Maurice G Dantec, un de nos plus brillant romancier contemporain et aussi un des idéologue les plus rance qu’on aura pu lire.
Les thèses de Dantec se résument ainsi :
-L’Islam radical incarne le nouveau nihilisme à combattre
-Cette lutte contre l’Islam est celle annoncée par l’Apocalypse de Saint Jean
-La France, tout comme l’Europe, n’ont plus aucune volonté de se soulever contre l’Antéchrist
-De fait, le seul salut du monde repose dans les Etats-Unis d’Amérique qui représentent les nouveaux croisés du Christ appelés à restaurer l’empire chrétien
Rien que cela !
Que Dantec soulève le danger représenté par l’Islam radical ne peut pas choquer son lecteur : à moins d’être déconnecté du réel ou carrément complice, qui ne se rend pas compte que les mouvements terroristes musulmans ou encore les états où s’est imposée la charia sont totalitaires et dangereux pour l’âme de l’Homme ?
Non, le problème ne tient pas à ses annonces mais à ses solutions. Pour Dantec, il importe de régler le problème par la mise à mort systématique des états ennemis à ceux de l’Europe et ce de manière préventive. Ainsi, les Etats-Unis ont eu raison d’attaquer l’Irak puisque, c’est évident, cet état préparait des armes de destructions massives : Dantec y croit dur comme fer, expliquant que l’absence de preuves trouvées sur place, loin d’infirmer les annonces des Américains, les corroborent ! Et qu’importe que, depuis, certains dirigeants américains aient reconnus avoir mentis ou s’être trompés. Pas un mot !
Chez Dantec, la guerre est appelée de tous ses vœux pour purifier et nettoyer : massacrer est autorisé pour l’empire de Jésus. La légitimité de la mise à mort ne fait pas discussion : l’empire du Christ n’est que bonheur pour ceux le subissant. De toute façon, l’Islam étant pour lui une hérésie à balayer, il faut rééduquer les musulmans et en tuer le maximum au passage, c’est mieux.
Encore une fois, qu’on ne me fasse pas dire ce que je ne pense pas : en cas de guerre de religion contre les pays islamistes, la France ne devra pas hésiter à se battre et à défendre ses valeurs et son histoire face à des illuminés sans scrupules pour qui les femmes sont des chiennes à parquer, les Juifs des animaux à tuer, les Chrétiens des inférieurs à asservir et les hommes européens des sous citoyens dont l’existence sera tolérée à condition de payer l’impôt coranique. Mais, comment accepter, d’un point de vue philosophique et éthique, le fait d’attaquer un pays qui ne vous a rien fait, uniquement pour le pacifier en vue d’un futur conflit hypothétique ? Sans compter que Dantec oublie que les EU le font pour instaurer la démocratie, cette même démocratie qu’il vomit mais dont il ne dit ici rien puisqu’elle est le fait des EU, ce pays si magnifique, pur et vertueux.
La haine de Dantec va loin dans ce livre :
-haine des intellectuels, assimilés à des étrons
-haine des journalistes assimilés à des étrons
-haine de la gauche
-haine des antisémites
-haine de tous ceux ne reconnaissant pas le Christ
-haine de tous ceux ne pensant pas comme lui
La haine, Dantec, il ne lui reste plus que cela. Chaque nuit de ce Journal, il ne semble pas dormir, mais passer son temps à scruter sur le Net l’annonce de cet Apocalypse qu’il appelle de ses vœux les plus ardents et espère, on le devine, qu’il fera le plus de cadavres possibles… Car la vie n’a aucune importance pour Dantec. Ne confie-t-il pas ainsi qu’il donnerait des dizaines de vie comme la sienne pour pouvoir passer une semaine au temps de Charlemagne ? Ne reconnaît-il pas que le plus grave, lors du conflit bosniaque, n’était pas le fait que des musulmans se fasse massacrer par l’armée de Milosevic, mais qu’en salissant le christianisme dont Milosevic se réclamait, il aura été impossible de préparer une coalition chrétienne contre les musulmans ? N’estime-t-il pas que tout chef terroriste doit mourir pendu ? Ne souhaite-t-il pas ardemment que la France soit purifiée par le feu des fondamentalistes et s’embrase lors d’une gigantesque guerre civile ?
Dantec devrait pourtant savoir que le premier commandement du Dieu dont il se réclame est « Tu ne tueras point »... Il serait bien averti de relire Pascal et ses Provinciales, notamment cette lettre dans laquelle le philosophe attaque les Jésuites sur leur acceptation de l’assassinat pour simple question d’honneur ou pour récupérer un bien. Pascal démontre que dans toutes les civilisations antérieures à la notre, la mise à mort des coupables était très réglementée car tellement dangereuse à manier et que, depuis que le Christ est advenu, les tribunaux ont une responsabilité encore plus grande, encore plus immense et qu’il importe que ces derniers soient encore plus rigoureux.
Mais Dantec n’est pas chrétien. Il l’affirme mais je l’accuse de mensonge. Il trahit l’âme du Christ et tous ses enseignements.
Ainsi, rappelle-t-il que dans les Journées Mondiale de la Jeunesse, il a vu des jeunes arborer des t-shirt avec écrit dessus : « Jésus loves you / I love Jésus » : « des conneries ! », écrit-il. Ah bon ? Des conneries ? Ben mince alors, on n’a pas du lire les mêmes Evangiles, on n’a pas du aller dans la même église, on n’a pas du méditer de la même manière les textes sacrés.
D’ailleurs, Dantec les médite en passant son temps à lire les Pères de l’Eglise. De saines lectures. Bizarrement, il ne les cite jamais, pas plus que les saintes écritures. Mais le pourrait-il ?
C’est en effet une chose que de se réclamer de Dieu, c’en est une autre de le comprendre et de le vouloir.
Dantec vit dans notre monde, un monde sans histoire, terminé : qu’on le veuille ou pas, l’annonce hégélienne de la fin de l’histoire s’est avérée juste, du moins en apparence, aujourd’hui on ne peut plus croire en rien puisque toutes les idéologies se valent et se dévaluent réciproquement ; on ne peut plus espérer un avenir meilleur puisque la seule tentative du genre, la communiste, a accouché de l’enfer ; on ne peut plus espérer sauver le monde puisque le réchauffement climatique aidant, ce dernier est condamné à longue échéance et condamne par la même occasion tout espoir de redonner espoir au monde, les déplacements de populations causées par les fontes des glaciers et le réchauffement de la planète créeront un bouleversement sans précédent et d’importants mouvements migratoires... Dans ce monde pourri, Dantec rêve de l’époque des croisades et voudrait tellement que ça recommence, cette belle époque où on se tranchait à coup de sabre pour libérer la ville du Christ (comme si Jésus avait besoin d’une ville, comme si Dieu n’était pas partout chez lui !)...
Dantec, en fait, fait partie de ces nihilistes que dénonçait Nietzsche. Ces hommes plaçant une transcendance, une valeur supérieure à la vie, face à la vie. Car la vie, Dantec ne l’aime pas. Il confesse avoir pensé au suicide et même, disons-le, on devine qu’il a envisagé de s’engager dans des actions armées illégales (pour faire quoi au juste, on ne sait pas. Sans doute pour tuer).
Dantec n’a rien dans son monde : sa femme et sa fille ne lui suffisent pas. Le Christ ne le suffit pas. Il lui faut la mort, la violence et la réalisation de ses paroles. Car Dantec, on le sent, se désire comme figure prophétique et rêverait de devenir le nouvel Oracle. On imagine à quel point la fin des émeutes françaises ont du le désoler. Dans la postface d’American Black Box, il fanfaronnait en disant « ça y est, ça commence, je l’avais dit ». Pas de chance Maurice, c’est fini. Oh, bien sûr, cela a été dramatique, mais la France n’oubliera pas. Quant à prétendre que ce fut une guerre civile dirigée par des Islamistes, il semble que cette piste ne tienne pas la route, mais ça, Maurice s’en fout.
En fait, Maurice, s’il est devenu aussi con, c’est parce qu’on lui a appris la connerie. Durant sa jeunesse, notre auteur s’est fait casser la gueule plus d’une fois par des gauchistes, des arabes, des CRS… qui n’aimaient ni sa gueule, ni ses idées. Et voilà comment on instille la haine chez un homme et voilà comment on lui donne envie de la distiller chez les autres.
American Black Box sera sans doute un jour étudié et disséqué par des linguistes, sociologue et psychanalystes. On en fera le portrait d’un paranoïaque qui, bien que parfois traversé par des vérités fulgurantes, s’avère repoussant et hideux, remplis de contradictions, bouffis de haine et définitivement infréquentable au plan idéologique.
Albin Michel, 22,50 euros.
16 octobre 2007
La mort spectacle de Michela Marzano
Le sujet est fort et appelait une démonstration à la hauteur de l’ambition affichée par l’auteur. Dénoncer « la mort spectacle », faire un sort à la mise en spectacle des exécutions islamistes, des accidentés de la route et des snuff movies participe d’une réaction saine et intelligente pour canaliser et donner un sens à des pulsions étrangement gratuites dont la persistance laisse craindre de sombres dérives. Sauf que, Micheal Marzano, auteur de La mort spectacle – enquête sur l’ « horreur réalité » n’a simplement pas les moyens de ses ambitions. Avec le livre Dieu avec esprit d’Irène Fernandez, il s’agit du plus pathétique et médiocre essai que j’ai lu : on sent ces textes empreints de tout ce que la féminité a de plus médiocre dans la caricature qu’on en fait, à savoir une propension à l’émotion au lieu de la réflexion.
L’ouvrage de Marzano se contente donc de décrire certaines vidéos, de faire état des lieux de ce que l’on peut voir sur le net, et tout cela sous un angle fort subjectif, celui de ses propres pérégrinations. Après avoir, pour ainsi dire, tracer un état des lieux (le tout sans aucun chiffre, ni recensement scientifique), notre philosophe tente médiocrement de commenter le goût de certains pour l’horreur spectacle sans jamais réussir à produire une quelconque hypothèse (oui, finalement, pourquoi ? On ignore toujours) tout en perdant pas une occasion de le déplorer. Mais le déplorer pourquoi ? Croyez le ou pas, Marzano n’a même pas pris la peine de réfléchir à cette question, ce qui fait que l’on ignore si le visionnage des vidéos de morts trouvées sur Internet pourrait avoir la moindre influence sur le comportement humain. Du coup, elle en déduit que c’est mal parce que le visionnage répété conduit à l’indifférence. Certes. Mais quand je vois l’attitude de mes concitoyens dans le métro, je note qu’ils sont particulièrement indifférents les uns aux autres : visionnent-ils tous des vidéos gores ?
Essayant d’élever le débat, je me suis tourné vers Linda Gilaizeau, archéologue doctorante à Paris I qui travaille sur l’archéo-anthropologie funéraire. « Il suffit de se tourner vers l’histoire et l’archéologie (car se sont principalement par les textes que nous sommes renseignés sur le moyen âge) pour obtenir une indication claire sur l’intérêt de tous pour la mort. A cette époque, la mort étant le lot de tous, chacun s’y préparait et s’y confrontait régulièrement : outre les exécutions publiques, il faut savoir que les cimetières étaient alors habités, qu’on y tenait des marchés… bref, il s’agissait de lieux de vie. Aujourd’hui, la mort est cachée, interdite, devenue taboue », conclue-t-elle. « Pour une référence sérieuse, on consultera La Mort en Occident de Philippe Ariès au Seuil. Ajoutons aussi que dans la sphère privée, les gens mettaient leurs propres morts en scène ; on mourrait certes dans son lit mais entouré de tous : famille, amis, curé…sans compter les chapelles ardentes dans la maison même du mort où tout le voisinage défilait… ».
Ces précieuses informations nous permettent d’imaginer que l’intérêt des gens pour les spectacles de la mort tient à ce que nous essayons, par ce biais, d’obtenir une connaissance sur un événement ineffable. Ce qui est forclos revient par la petite porte de la pulsion : plus on bride, plus on cherche à effacer et à taire, plus l’inconscient cherche à satisfaire son désir de savoir. Le tout sans prendre de gants avec le voyeurisme et le malheur des autres, malheur qui est toujours un peu celui que l’on connaît.
Autant dire que l’essai de madame Marzano aurait largement gagné si cette dernière avait ouvert un bon livre sur le domaine de la mort, en archéologie ou en histoire. Une mise en perspective historique aurait permis de comprendre pourquoi nombre de gens visionnent ces vidéos. Dans un deuxième temps, il aurait été bon d’envisager une réflexion approfondie sur la question pour sortir de l’attitude angoissée qu’affiche l’auteur, afin de dresser un constat appuyé par des chiffres (enquête d’opinion…), de façon à déterminer si oui ou non les gens voient leur attitude à l’égard de leurs semblables modifiés par les films gores qu’ils visionnent et si ce même visionnage conduit forcément à une modification de son psychisme.
En l’état des choses, le lecteur ressort horrifié de la lecture de cet essai et face à nombre de questions d’autant plus inquiétantes qu’il n’a pas la moindre idée de la gravité potentielle de réponses tout aussi potentielles. Plutôt que d’inquiéter, mieux vaut éduquer. Plutôt que de faire paniquer, mieux vaut inviter à penser. Face au désir de mort de certains d’entre nous, comprendre, analyser et trouver une réponse adéquate s’avère certes une mission de longue haleine, mais nécessaire.
Gallimard, 5,50 euros.
04 avril 2007
L'Antéchrist de Friedrich Nietzsche
Ceux espérant en apprendre plus sur le mystérieux Antéchrist de l’Apocalypse de Saint Jean en lisant l’Antéchrist de Friedrich Nietzsche en seront pour leurs frais car notre philosophe moustachu n’évoque même pas ce sinistre personnage.
Dans sa très bonne introduction à l’œuvre (édition Flammarion), Eric Blondel (Eric Blondel est professeur à l'université de Paris I Panthéon Sorbonne, où il détient la chaire de Morale - celle qui fut occupée, en son temps, par Vladimir Jankélévitch) révèle la raison de l’absence paradoxale de l’Antéchrist. En réalité, Nietzsche a volontairement utilisé le terme allemand « Antichrist » comme titre alors que ce dernier ne se traduit pas par Antéchrist mais par Anti-chrétien. Nietzsche joue donc sur l’ambivalence du terme allemand pour laisser figurer… quoi ? Eh bien que ce pamphlet sera anti-chrétien et signé de la main… de l’Antéchrist ?! Eh pourquoi pas !
L’Eglise a trahit Jésus
Pour autant, si on n’en saura pas plus sur l’adversaire du Christ, on ne perdra pas au change avec un traité anti-chrétien remarquable d’intelligence, du moins jusqu’à sa conclusion ! L’idée centrale de Nietzsche est la suivante : le Christianisme naît du judaïsme, religion d’un peuple fort et puissant, mais dont la théologie – ou plutôt l’absence de théologie, car pour Nietzsche le Dieu juif est un Dieu de justice simple et accessible à tous – a été manipulée par le clergé juif qui a inventé la notion de pêché, et de grâce de Dieu, s’imposant comme indispensable à l’égard de tous : on naît, on vit et on meure avec l’accord du prêtre. Or, le scandale, l’immense scandale du Christianisme aura été d’avoir répété ce crime du clergé. Car Jésus ne vient-il pas chasser les marchands du temple ? N’est-il pas celui pour qui la grâce et la vérité sont des récompenses immédiates et gratuites, n’impliquant aucun intercesseur ? Nietzsche voit dans la figure du Messie le porteur d’une bonne nouvelle : pour Jésus, le pêché n’existe pas et tout un chacun porte Dieu en lui… La transformation de sa parole en idéologie de masse par l’Eglise constitue ainsi la trahison suprême de l’enseignement de Jésus.
Les mensonges des prêtres
Car, le prêtre est un menteur, un illusionniste : il invente des arrières mondes, il magnifie ce qu’il voit, il condamne ce qu’il ne comprends pas et tout ce qui vient en contradiction avec ses paroles. C’est un gardien de troupeaux encourageant la faiblesse et la médiocrité pour diriger plus facilement ses ouailles. L’apôtre Paul aura ainsi été le traître de Jésus, son véritable Judas : à sa suite, les Evangiles ont été écrits dans le souci d’impressionner : celui qui ne croit pas sera condamné et seul le faible et le médiocre a autorité sur le fort. Nietzsche relève pour preuves un certain nombre de citations tirées des Evangiles dans lesquels il voit contradiction avec le message originel du Christ (jamais défini clairement par l’auteur, hélas !) : tous ces passages durant lesquels Jésus annonce que le Chrétien doit croire et que sans cette croyance, il sera puni : on pratiquerait donc la charité et la générosité dans l’attente d’une récompense dans l’au-delà ! D’où ses louages sur le Bouddhisme, religion égoïste et pure, dans le sens où il n’y a ni Bien ni Mal, mais simplement une philosophie offrant moyen d’échapper à la douleur.
Mais les choses vont encore plus loin car pour lui le prêtre comme Paul sont des ennemis de l’intelligence et de la science : ils recherchent la soumission béate et condamnent tout ce qui favorise l’émancipation intellectuelle. Ils vouent le corps aux gémonies, ils exaltent la bêtise et l’absence de réflexion. Nietzsche voit dans le Christianisme un religion de la contre-vérité : tout est affaire d’opinion et ne rien tient droit chez eux. Chacun voit midi à sa porte comme ses martyrs dont la mort exalte leur religion, faisant croire par leur sacrifice à la justesse de leur cause.
Plutôt l’Islam que le Christianisme !
Mais à ce moment là, notre philosophe, dont les arguments martelés par le maillet qui fissure les Idole, dérape. Soudainement, sans qu’on s’en rende bien compte. Car, il avoue la véritable raison pour laquelle il condamne le Christianisme : la religion de Paul prône l’égalité de tous là où Nietzsche estime qu’il y a les maîtres et les esclaves. D’où son enthousiasme pour le code de Manou dont il tire de jolies phrases mais dont il ne révèle pas (ce que fait la note infra-paginale) qu’il s’agit d’un texte religieux indien… avec son système de caste et d’inégalité entre les Hommes ! Ah, qu’il les abhorre les médiocres Hommes cajolés par les Chrétiens ! Qu’il hait la Révolution française puisqu’elle a amenée l’égalité entre tous ! Vive l’Islam s’écrie-t-il soudain ! Au moins, Mahomet n’est pas un fable ni un mou ! Amusant si l’on songe qu’aujourd’hui l’Antéchrist serait consacré à l’Islam : amusez-vous à lire l’Antéchrist en imaginant que Nietzsche parle de la religion de Mahomet et vous aurez un bouquin bien vu sur le fascislamisme !
On voit très bien où mène le genre de raisonnements prônés par Nietzsche : Hitler avait bien compris ce qu’il pouvait faire de lui et on se demande comment Michel Onfray peut accoler Nietzsche et gauche ou comment Maurice Dantec peut trouver matière à rapprocher notre philosophe de Saint Paul !
Quand un philosophe fait l’apologie de l’inégalité entre les Hommes
La bêtise de Nietzsche se révèle lorsqu’il prétend qu’une conviction équivaut un mensonge, voire serait pire. Il n’y a donc pas de vérités, mais uniquement des opinions. Donc, la Révélation chrétienne étant à la base une conviction, il s’agit d’un mensonge. Mais son assurance, à lui, qu’il n’y pas de Révélation, qu’est-ce donc si ce n’est une conviction ?! Le serpent se mord la queue.
Nietzsche voudrait d’un Monde dans lequel l’Homme serait en quête de puissance et d’absolu : dans lequel il faudrait se battre pour faire de sa vie une œuvre d’art. Qu’il regarde Jésus, Paul, les mystiques et les ermites ! Ils correspondent pourtant à sa vision ! Et en quoi la croyance que tout un chacun nous portons en nous la flamme de l’espérance et de la libération de l’âme serait une bêtise ? En quoi cela ferait de nous tous des médiocres : quel Homme n’est pas enchaîné par le déterminisme social ? Quel Homme serait entièrement libre de faire tout ce qu’il veut sans que son enfance ou son milieu socio culturel soit déterminant dans sa vie ? En réalité, il n’y a pas d’aristocrates et de puissants, il y a des gens qui ont de la chance. Et les médiocres, comme il les appelle, voient dans l’Eglise et la figure du Christ un modèle pouvant donner un sens à leur vie, leur permettant de s’émanciper ou de trouver compassion à leurs souffrances. N’existerait-elle pas cette Eglise, seraient-ils pour autant plus aptes à s’élever comme des héros ?
En fait, Nietzsche donne raison à la Nature : certain sont plus forts que d’autres et doivent dominer. Toute religion prétendant inverser l’ordre hiérarchique naturel doit être balayée d’un revers de main. Mais pourtant, l’Homme n’a-t-il pas, dès l’origine, conçu la civilisation à partir de rien ? Construire des outils, des villes, des vêtements : cela ne dit-il pas que l’Homme a ce don de supplanter la Nature par la technique ? Alors pourquoi l’Homme devrait accepter de fait que certains sont faits pour dominer et d’autres pour servir ? En quoi y’a-t-il scandale plus grand que dicter à la Nature sa volonté ? Sinon, il n’aurait pas fallu même marcher sur ses deux pieds et rester plutôt à quatre pattes !
Penser que la valeur d’une religion soit de dire qui mérite de vivre et qui mérite de gratter le sol n’est pas une religion, c’est un instrument de domination. Le génie du Christianisme tient à la phrase de Jésus sur les enfants : « Merci mon Père de révéler aux petits ce que vous avez dissimulé aux sages et aux intelligents. » Mais comment espérer toucher un homme vomissant anarchistes et socialistes, ces chiens voulant libérer l’Homme des chaînes de sa servitude ?!
Flammarion, 5,80 euros.
25 février 2007
Sociologie du dragueur d'Alain Soral
L’agressivité langagière caractérise la façon dont Alain Soral entame sa réflexion sur la Sociologie du dragueur. Les termes employés par le sociologue (ou plutôt psychologue ? nous y reviendrons…) sont limites orduriers, diffamatoires et violents. Chez lui, le sexe de la femme pue la marée, les homosexuels sont des pédés ou des tantes et les jeunes filles des pétasses qui s’ignorent.
La première réaction à la lecture de cette réflexion tient plus de l’exaspération ou du rejet que de l’intérêt. Mais comme toujours, le lecteur choisira son camp : à savoir abandonner un texte se présentant en décalage avec ses propres perceptions et valeurs ou alors tenter l’aventure de la lecture et de la réflexion, quand bien même on se sent remis en question… Essayons donc de voir et de comprendre ce qu’Alain Soral décrypte dans la figure du dragueur.
Question de méthode
Pour commencer, faisons un sort au titre : Sociologie du dragueur, nous dit-on. Pourquoi sociologie ? Pour avoir pratiqué cette discipline à l’université, je constate qu’Alain Soral n’en respecte pas les règles élémentaires : à savoir, l’enquête d’opinion serrée, précise et chiffrée autour d’un pool de dragueurs considérés comme représentatifs de ce lumpenproletariat de l’amour. Des chiffres, on veut des chiffres ! s’exclame le sociologue avertit de l’objectivité de la donnée numérique et inquiet de la psychologisation, toujours subjective et particulière. Soral se réclame pourtant d’elle, pour ne pas dire carrément de la psychanalyse (et son pool de dragueurs tient sur les doigts d’une seule main). Car le dragueur qu’il étudie ne doit pas être confondu avec le séducteur, mondain et esthétique, ni même avec le romantique, passif et désespéré ; son dragueur, en l’occurrence, est un Etre en souffrance ; sa pathologie se traduit dans son action première qui occupe toutes ses pensées, draguer et son but, coucher.
La père(version) (a)mère
Mais pourquoi tant de pusillanimité serait-on tenté de se demander ? Tout tient au comportement des parents. Le dragueur correspond à un modèle social de déshérité de l’amour : déshérité du côté de la mère, qui n’a pas su aimer ou qui a violenté l’enfant. Le manque paternel compte aussi : le sécateur du lien unique et fusionnel entre la mère et l’enfant n’a pas fait son travail correctement. De plus, il n’a pas su non plus offrir sécurité et construction de l’image de soi à l’enfant : perdu, sans repère face à une mère mal aimante et un père démissionnaire, il n’a plus que la haine au corps, ou plutôt en tête. Inconsciente, donc insidieuse, elle l’autorise du désir de baiser (terme employé par Soral) : baiser des femmes qui seront des substituts maternels sur lesquels il pourra se venger ; baiser aussi, au-delà de la mère, la structure parentale de la jeune fille, voire son milieu social car selon Soral, le dragueur a été plutôt enfanté dans un milieu culturel et économique défavorisé.
Le tragique de cette relation perverse tient à ce que le dragueur convoite, au-delà de la prise de possession du corps de sa victime, le côté maternel de cette dernière. Mais ce maternage se refuse par le simple fait que le dragueur projette quelque chose de trop négatif de lui-même. Ainsi en va-t-il de la bourgeoise pour laquelle le dragueur est un voyou avec lequel elle peut tromper une classe sociale dure et monolithique, ou de la jeune fille pour laquelle le dragueur incarne la figure paternelle devant lui permettre de sortir de sa situation familiale... Mais aussitôt que le dragueur croit avoir trouvé celle qui lui convient, il se confie et se dénude, révélant la part de fragilité l’habitant. Or, cela ne rate pas, la bourgeoise ne voit en lui qu’une passade et la jeune fille recherche sa force et non sa faiblesse. Abandonné de toutes, il n’a plus que la femme de trente ans vers laquelle se tourner : elle a mûri, apprécié les difficultés de la vie, et réalise la position instable de sa séduction qui s’évanouira, elle le sait, avec le temps. Elle le console et l’aime, mais le drame tient à ce qu’elle le désire. Or, dans la représentation mentale du dragueur, la femme de trente ans doit se révéler comme la bonne mère qu’il n’a pas eu : son désir sexuel contredit cette relation fusionnelle tant convoitée. Et voilà notre dragueur « obligé » d’abandonner la femme capable de calmer sa souffrance.
Où l’on apprend que draguer ne consiste pas à séduire
Alain Soral émet une opposition intéressante entre séduction et drague. La séduction, il la fait remonter à Louis XIV et à Molière dont Dom Juan lui semble la pièce maîtresse : assimilant la séduction à un jeu dialectique entre la noblesse et la bourgeoisie, il estime que la séduction relève plutôt d’un rapport de classe, au sens marxiste du terme, que d’un travail de sensibilité affective… Le dragueur n’est donc pas séducteur : en ce sens les qualificatifs de beauté accolés au dom juan sont dévalorisés pour Soral. Car la beauté a une dimension plastique et donc de nature féminine. Or, la jeune fille n’étant pas née du ventre d’un père, elle n’a pas de lien fusionnel avec lui. Toutefois, elle assimile le père au concret, celui qui possède les moyens économiques et physiques de protéger sa famille. En ce sens, elle recherche un homme dont le visage possède du concret, marqué : bref, elle recherche une gueule, un physique, un être dont les rides ou les petits accidents physiques sont autant de preuves de sa force.
La drague est un sport de combat
A ce moment très précis, le livre déraille. Mais procédons pas ordre : Alain Soral révèle les techniques, ou disons plutôt le making of, la façon dont le dragueur doit se comporter pour réussir à baiser la femme ; oui, baiser, car n’oublions pas que nous sommes en train d’étudier un sujet pathologique pour lequel l’idée d’amour réciproque et totalement impossible comme le dit d’ailleurs l’auteur… On ne résumera pas la méthodologie développée par Soral, mais on la qualifiera d’ignoble. Ignoble en ce sens qu’elle réduit l’autre féminin à une mécanique réglée dont le fonctionnement dépend d’un certain nombre d’actions assimilables à un toucher de boutons. En gros, la femme est une machine à laquelle une action A de l’homme donne naissance à une réponse féminine A’. A condition de connaître le manuel, tout fonctionne au gré de l’homme. Or, premier vice de forme dans ce manuel, la confirmation évidente par l’auteur que les choses ne marchent pas forcément.
Dès lors, si elles ne fonctionnent pas systématiquement, comment l’expliquer ? A quoi peut être dû le fait qu’une technique de drague dont le mécanisme appelle un résultat automatique ne fonctionne justement pas de manière automatique ? La raison tient à ceci : à Alain Soral qui a pourtant lu les Ecrits de Jacques Lacan, on lui rétorquera qu’il a oublié une donnée importante du problème, à savoir le mystère du plaisir féminin. Si pour l’homme, sexe = coït (cela, l’auteur l’a parfaitement assimilé), pour la femme, le sexe, ce n’est pas tant le coït (qui joue son rôle, bien sûr) que la représentation et la mise en scène de cet acte à travers sa propre grille de fantasmes. En d’autres termes, pour reprendre une idée exprimée par Jacques-Alain Miller, la femme, si on la diffame/dit-femme tellement, cela tient à ce que l’expression de son plaisir a une dimension invisible, irrationnelle et donc mystérieuse et inquiétante. Soral semble (je me trompe peut-être) tomber dans le panneau en estimant que le moment essentiel du plaisir féminin c’est le moment de l’acte et son après. Oui pour l’après, mais pas forcément oui pour l’acte. Tout du moins l’acte tel que le décrit Soral : pour lui, l’homme va baiser la femme en la pénétrant et doit lui faire mal, condition essentielle pour compenser ce manque causée par son sexe (un trou) et pour lui imposer la force du père qu’elle poursuit… Or, que disions-nous plus haut ? Pour Alain Soral, la jeune fille n’étant pas née du ventre d’un père, elle n’a pas de lien fusionnel avec lui. Toutefois, elle assimile le père au concret, celui qui possède les moyens économiques et physiques de protéger sa famille. Voilà le hic faisant basculer son analyse : la femme n’a pas besoin du père, pourquoi aurait-elle donc besoin de se faire prendre et de souffrir ? Soral va alors tenter de se rattraper en revenant sur l’analyse oedipienne de la petite fille.
Cette dernière est en concurrence, explique-t-il, avec sa mère pour obtenir le père. Elle se retrouve donc en manque de père et en attente passive d’un homme qui la prendra. Mais Soral oublie de parler d’une chose essentielle ! Comme il le dit, le père, en s’immisçant entre le fils et la mère fait valoir au petit garçon l’idée que le monde n’est pas pur et fusionnel mais implique de combattre pour en obtenir des biens : l’effort s’impose. Alors, pourquoi ne pas avoir fait le même raisonnement sur la petite fille ? Cette dernière en comprenant que son père appartient à sa mère, elle doit donc en faire le deuil et apprendre que posséder l’homme sera donc un travail passant par une conquête personnelle Eh oui : la fille que Soral décrit n’a en réalité pas terminé son oedipe, ou plutôt son Electre !
Toutes des salopes
Dès lors, on comprend mieux que pour lui la jeune femme a pour lui un arrière fond de salope indécrottable : elle crie « non », mais pense « oui ». On connaît cette rengaine ô combien dangereuse. Si elle n’est certes pas totalement fausse, on ne peut pas non plus en faire un axiome. Et Soral de déraper alors : reconnaissant tout de même ce problème (à savoir que le désir féminin a une structure étrangère à celui de l’homme et que ce fameux « non » et ce fameux « oui » sont très incertains), il se retrouve presque (je dis bien presque) à justifier le viol comme un accident de parcours. Or, le viol ne peut pas être un accident : qu’importe nos propres opinions personnelles sur une femme, qu’importe qu’on estime que son « non » puisse se lire comme un « oui » : en cas de doute, il incombe à l’homme de préserver l’autre et de ne pas le réduire à un objet mécanique destiné à satisfaire son désir. Car s’il commet ce crime, il entame un mouvement d’écrou entraînant une cassure du pacte sociale liant les individus ; d’où ce jugement de Freud : tout acte transgressif doit être d’autant plus puni que sa transgression s’avère importante, en cela que son caractère subversif constitue un appel attractif pour tous.
Et Soral de tenter d’aller plus loin en expliquant que la femme est une conne. Une conne obligatoire, prévisible, parce que sa structure de pensée a été malmenée par son oedipe. Or, nous l’avons vu, sa vision de l’oedipe féminin pêche. Sauf à considérer qu’il y a, de fait, une inégalité du développement psychologique homme/femme, son jugement ne peut être reçu. Pour justifier son idée (ce qui est tout à son honneur : au moins prend-t-il le risque de développer sa pensée), il prend deux exemples très intéressants : un texte de Hanna Harendt tiré des Origines du totalitarisme et un de Elisabeth Badinter tiré de XY. Avec ces deux textes, il entend démontrer la faiblesse de l’argumentation féminine.
Commençons par le texte de Harendt : Soral, précisons le, ne reprend pas la totalité du texte. Ignorant cet écrit de Harendt, je ne peux donc juger de ce que le texte complet dit : dans cet extrait, Harendt assimile la population à une masse donc le régime totalitaire peut faire ce qu’il veut en l’entraînant dans un mouvement perpétuel. Soral dénonce un texte totalement biaisé et fasciste, critiquant le fait de considérer la foule comme une masse malléable. Il semble, la bibliographie de fin de tome le laisse supposer, qu’il na jamais lu Gustave Lebon et sa Psychologie des foules, livre de chevet d’Adolph Hitler (cela suffit à en souligner l’importance). Pour Harendt, comme chez Lebon, la foule a une dimension féminine : elle se fait posséder et prendre par le dictateur qui la domine ; chez Lebon, la foule se fait posséder par la somme de pulsions constituées par les individus constituant la foule. Bizarrement, Soral ne voit absolument pas cette analogie pourtant criante dans le texte de Harendt et récuse le fait qu’un foule soit justement féminine ! Concernant Badinter, cette dernière explique que l’époque des Lumières marque une féminisation des jeunes nobles à laquelle la révolution française met fin. Soral reproche à Badinter de résumer la philosophie des Lumières à une dimension féminine. Mais s’il s’agit de la problématique de Badinter, cela se justifie : elle a le droit de chercher dans les lumières les éléments propices à une réflexion globale sur la féminisation de l’homme. Soral ensuite lui reproche de parler de nobles, soit en terme numérique des ultra- minoritaires, en regard par exemple d’un paysan dont la mentalité n’a guère changé depuis le Moyen Age. Quel aveu ! Soral ne réalise pas qu’il tend le bâton pour se faire battre : tout mouvement culturel a par essence été motivé et mis en branle par une élite, forcément minoritaire puisque élite : croit-il sincèrement que le paysan du Poitou soit un modèle civique et évolué ? Pense-t-il que la révolution des esprits se fasse par le bas ? La révolution française n’a-t-elle pas été un formidable coup de dague portée contre l’Ancien Régime par la bourgeoisie qui est à ce moment là l’élite économique (et pas du tout minoritaire, soit dit en passant) ? Nietzsche ne voit-il pas d’ailleurs dans les Lumières une dimension féminine ? Mais pour Soral le drame se joue là : l’école de la pensée étant masculine, le féminin constitue une régression. Son mépris du pédé (terme employé par Soral) affiché tout au long du livre constitue un aveu : quand on méprise, et lorsque l’on hait quelque chose, une classe ou quelqu’un, c’est indubitablement parce qu’on s’y reconnaît ou on craint de s’y reconnaître. La grande peur de Soral : se féminiser et perdre ses repères de force, de lecture et de mise en branle du Monde… Ces deux exemples valident, selon lui, la connerie féminine.
Du coup, pour lui, les femmes ne pensent pas ; si elles le font, si elles agissent sur le Monde les entourant, il faut en accuser leur oedipe raté. Ainsi, une femme ayant du pouvoir et des capacités masculines serait donc une femme qui a déchu de son statut de femme la limitant à faire des enfants, à décorer son intérieur et se faire prendre… Oui, car pour Soral, si le garçon a dû tuer symboliquement le père pour se construire, la petite fille n’a jamais eu à en passer par là. Donc toute fille serait très respectueuse de ses géniteurs dont elle ne remettrait jamais en cause les volontés ? N’a-t-il jamais vu quelle violence peut confronter une fille à sa mère ? (Pour ceux voulant plus de détails sur le complexe d’Electre, pendant féminin d’Œdipe, voire ici , ici et ici : comme l’a écrit Jacques-Alain Miller, la pensée freudienne doit être updatée: il y a de quoi se poser des questions de voir un auteur écrire de nos jours une théorie basée sur la mentalité hyper étriquée du XIXème siècle, période de régression du statut de la fémme, et durant laquelle la question de la sexualité de la femme confine à la peur). Cet antagonisme structure la pensée de la jeune fille, l’autorisant à se construire comme entité indépendante de sa mère, donc libre de choisir un autre homme que son père. Soral rétorquerait alors que la jeune fille recherche un père symbolique, un homme qui lui évoque son père. Soit. Mais quid de l’homme ? Pour Carl Gustave Jung, les hommes se marient systématiquement avec des femmes étant le reflet physique de leur mère. En quoi y a-t-il donc supériorité de l’homme ? Ce dernier recherche sa maman, et la fille son père : parité du fatalisme de la naissance… Et puis, toujours selon Soral, la femme est cruelle, fourbe, elle déteste les autres femmes, elle ne connaît pas la solidarité féminine, elle devient hystérique si son homme la quitte. Hum… Ne remarque-t-il pas que l’on puisse inverser toutes ces affirmations en restant dans le vrai ? Les exemples et les contre exemples affluent : sur quoi se base-t-il pour affirmer tout cela ? Il n’y a aucune donnée chiffrée et aucune référence bibliographique venant justifier sa réflexion. Il n’y a là qu’opinion et point de vue, aucunement de l’objectif : au passage, il fait exactement là ce qu’il reproche aux femmes.
Où il est encore question de féminisme
On en arrive alors à un développement intéressant, la remise en cause du féminisme. Les arguments d’Alain Soral sont que la femme n’a jamais rien produit de culturellement important. Les féministes rétorquent que l’homme a censuré la femme, ce qui l’expliquerait. Mais Soral souligne que l’homme a lui aussi été confronté à l’homme pour exister et créer et menacer de censure : de fait, cela ne constitue pas un argument. Il note d’ailleurs que le premier dessin préhistorique dans les cavernes a été signé par la main de l’homme et non pas une femme : à cela, on demandera à l’auteur de bien vouloir donner ses sources. Car, il n’y a pas la moindre trace dans sa bibliographie d’ouvrages prouvant cette assertion ou parlant de l’histoire des femmes de la préhistoire à nos jours. Sur quoi donc se base-t-il pour évaluer la création féminine ? De plus, il oublie une donnée importante : nombre de femmes, dès le Moyen Age et encore plus durant la Renaissance ont été des mécènes importantes des arts, voire des auteurs remarqués, comme Catherine de Médicis ou la reine Margot, toutes deux chantées et louées par des esprits aussi éclairés que Montaigne.
Ensuite, Soral étudie deux discours du féminisme : celui de Simone de Beauvoir et d’Elisabeth Badinter. Avec pertinence, il souligne que ces deux discours correspondent à deux points de vue contradictoires : de Beauvoir déplore le fonctionnement du corps féminin handicapant la femme dans la recherche d’une force ou d’une liberté masculine et Badinter loue au contraire la femme, sa féminité dont elle se doit d’être fier. Pour le coup, notre penseur a raison de noter que la femme n’est pas unique et donc pas réductible à un Tout Un (idée défendue par Jacques Lacan). Ceci ne l’empêche hélas pas de faire l’exact contraire en caractérisant TOUTES les femmes comme des idiotes, médiocres à tous les niveaux artistiques, sauf pour la danse et dont le réel but et la réelle plénitude se situe dans la maternité et l’éducation des enfants.
Pour lui, le travail féminin tient d’un mensonge féministe puisque la femme se trouve moins payée, pas propriétaire de son entreprise (alors qu’elle l’est de sa famille) et subit la double journée de travail (à savoir qu’elle travaille durant la journée et doit gérer sa famille le soir). Oui, mais tout cela s’applique aussi aux hommes ! Mis à part la question du salaire, certains hommes trimeront toute leur vie sans être propriétaire de l’entreprise où il travaille. Et ils ne le regrettent pas. Pourquoi les femmes le déploreraient-elles ? Qui plus, quelle idée est-ce là d’assimiler la structure familiale à une entreprise ? En quoi la femme la posséderait d’ailleurs plus sûrement que l’homme ?
Plus intéressant, toutefois, son analyse des magazines féminins et de l’image que les femmes se renvoient d’elles mêmes : elle choque, et il a raison de le souligner, par sa médiocrité. Mais toutes les femmes en sont-elles réellement dupes ? Alain Soral a-t-il étudié la réception des discours de magazine féminin ? A-t-il pratiqué l’enquête d’opinion pour juger de la manière dont une femme se comprend à travers la presse féminine ? Et contrairement à ce qu’il croit, les femmes ne lisent pas que des magazines féminins et peuvent bricoler. On en conviendra, les bricoleuses sont rares. Mais les pères sachant « torcher les fesses » de leurs mômes sont-ils plus nombreux ? Les hommes passant leurs soirées aux fourneaux ? Simple division des tâches ! Quand une femme doit faire ce que les hommes font, ma propre expérience me prouve qu’elles y arrivent. A contrario, je n’ai jamais vu un homme tenter le coup du travail féminin… Quant à l’avis de Soral, estimant que les femmes sont stupides, on se demande là encore sur quelles preuves scientifiques fixant et prouvant l’inégalité hommes/femmes il se base. Ce qu’il surligne tient en effet plus à une déficience culturelle, une dévalorisation institutionnalisée de la femme qu’à une réelle médiocrité typiquement féminine dont le fondement serait bien obscur.
La domination des classes par la féminisation du monde
S’en suit alors un passionnant chapitre sur la perte des repères de la société : selon Soral, et pour faire court (car ce chapitre est fort complexe) : la féminisation a perverti toute notion de travail et d’effort pour remplacer ces valeurs par le désir de consommer. Et la faute de tout cela tient d’ailleurs au freudisme, médecine pour petits bourgeois auxquels on a appris à ne pas céder sur son désir. Amusant, dans la mesure où justement Soral se base sur Freud pour pondre tout son raisonnement sur l’oedipe féminin et masculin. Mais enfin, à l’exception du fait que les prémisses du raisonnement me paraissent infondées, pour les raisons développées plus haut, l’analyse de la société de consommation perverse et de son remplacement des valeurs morales et humaines par des artefacts de bonheur que sont les biens matériels ou encore la pornographie publicitaire sont très justes.
Hélas, le livre se termine sur un chapitre censément consacré à l’amour mais qui se lit comme un traité de désespoir. Soral semble regretter que l’amour n’existe pas ; que tout mariage peut se voir comme une forme de prostitution légale ; que la séduction de la femme se réduit à une domination esthétique manipulatrice et que le plaisir de l’homme est trop bref pour mériter tant de fatigue d’où le recours aux putes, moyen essentiel et parfait pour ne pas manquer de respect à son épouse. Seul reste digne le dragueur, figure du rebelle qui, lui, a compris que les femmes voulaient juste « se faire fourrer » (Soral) : il s’y emploie brillamment en leur faisant mal, afin de mieux baiser la société, accomplissant un acte doublement transgressif en cela qu’il consomme le signifiant sexuel de la publicité sans payer pour l’objet. Effectivement, on ne peut que se sentir admiratif ! Si seulement nous pouvions tous être comme lui…
Triste analyse
Si on récapitule ce que l’on aura retenu de son livre, on constate que pour Alain Soral la déchéance de notre société est due aux femmes qui ont contaminé notre monde par la psychanalyse. Les femmes n’ont jamais rien créé ou imaginé quelque chose qui fut utile au cours des siècles ; pourtant, en restant purement passives, elles ont quand même réussi à déviriliser le monde : pas mal ! Stupides, faibles, elles sont destinées à faire des enfants à leurs maris et les élever. Elles ne doivent réclamer aucune attention de la part de ce dernier : en tant qu’homme, il a la maîtrise du savoir, de la culture et de la force physique pouvant transformer les choses.
Le dragueur incarne la figure de celui qui a compris la femme : puisque sa mère l’a mal aimé, suite à ce que l’on vient de constater, il a décidé de punir les femmes en les baisant violemment. Ce faisant, il rend la justice tel le bourreau moyenâgeux : la violence qu’il leur fait subir renvoie chaque femme à sa dimension méprisable et avilissante d’où elle doit sortir en abandonnant tout désir de travailler, toute volonté de produire et créer, et se contenter de donner naissance à des enfants, de les élever d’un amour pur et de laisser leurs maris dire la dureté d’un monde auquel le garçon devra se préparer pour travailler et produire. Merci monsieur Soral pour cette brillante analyse de la dérive de notre société…
Editions Blanche, 15 euros.
Et pour lire une "réponse" à ce type de littérature pamphlétaire de mâles en mal d'érection, je vous invite à lire l'excellente diatribe du site Seringa sur le sujet.
23 février 2007
La vie sans lui de Pascal Sevran
Que ressent-on lorsque l’homme que l’on aime disparaît ? Cette Vie sans lui de Pascal Sevran tente de répondre à cette angoissante question… on ouvrira donc ce Journal avec un mélange de voyeurisme et de compassion. Car qu’on qu’en juge : si on cherche à lire les tourments habitants les autres, c’est bien qu’on veut y deviner quelque chose de soi. Ce quelque chose répond à une angoisse toute personnelle : « et si cela m’arrivait ? » Pour calmer ce jeu de l’attente, on tente d’apprendre par l’autre ce que l’on vivra un jour. Absurde idée, soit dit en passant : nous sommes tout un chacun unique et nos états d’âmes et réflexions arrive rarement à satisfaire les exigences d’un autre.
Néanmoins, il y a une belle écriture qui accompagne l’expression de la souffrance de l’animateur et chanteur : une façon assez digne d’exprimer son mal, sans phrases grandiloquentes ou éclats de tragédiens… Toutefois, cela ne suffit pas à faire un bon livre. Pascal Sevran a en effet cette personnalité assez insupportable du narcissique en quête de satisfaction. Il s’interroge donc sur sa propre souffrance qu’il met en scène et esthétise pour s’en faire un châle de deuil. Certes, on me rétorquera qu’il ne peut réellement faire autrement, qu’après tout c’est de son journal qu’il s’agit et qu’à tout prendre, il ne faudrait pas lui reprocher ce pourquoi il écrit… Voilà justement le problème : Pascal Sevran, en réalité, n’écrit pas pour lui, mais pour les autres : son Journal a été écrit avec l’intention de le faire publier. Dès lors, l’auteur écrit en sachant qu’il sera lu ; cela change considérablement la donne. Il en va autrement lorsque l’on couche des mots pour soi, uniquement.
Néanmoins, malgré cette prétention à se savoir lu, malgré les corrections et relectures, l’auteur dérape. A le lire, en effet, Pascal Sevran serait un homme gentil. Personne ne le note réellement, mais il y tient. Il tient aussi sa petite troupe de chanteurs/danseurs qu’il tyrannise, pour leur bien, bien sûr, et qui en sont heureux. On n’en doutera pas : l’Homme est ainsi fait qu’il appelle constamment les tyrans de ses vœux… Pascal Sevran aime beaucoup les femmes, mais à condition qu’elle ne sorte pas de leur condition féminine. Une policière ou sapeur pompière ferait débander le premier venu selon lui. La femme doit rester à la cuisine et fleurir les tombes ; dérogation spéciale pour la religieuse voilée qu’il apprécie… De la même manière, Sevran est un homme tranquille et sans haine. Bien sûr, il déteste le rap et la techno, on peut comprendre. Bien sûr, il note qu’à New York, les noirs conduisent les taxis et que les voitures sont aussi déglinguées que les chauffeurs. Stéphane, son amour défunt, avait d’ailleurs des fesses de nègres (on lui doit l’expression)… Mais qu’on n’ennuie pas un homme décidé à voter Pasqua en 1997 et qui a des amitiés à l’extrême droite. Voyons, voyons ! Enfin, cerise sur le gâteau, Sevran s’oppose au mariage des prêtres (il a de bons arguments pour cela) et insiste sur le fait qu’on devrait laisser les curés s’amuser avec les enfants de cœur dans le presbytère et que « ça ne dérange personne ». A ce stade d’inconscience, il n’y a pas d’autres mots, on ne sait plus trop quoi répondre à l’animateur : si lui-même aimait coucher avec le prêtre de sa paroisse étant jeune adolescent, doit-il pour autant projeter sa perversité sur tous les enfants sexuellement abusés par des prêtres pédophiles ?
L’homosexuel, on pourrait le croire, serait subversif. En réalité, sa sexualité l’est peut-être (à le lire, Sevran et Stéphane furent des gourmands qui se salissaient – tant mieux pour eux, il faut jouir de la vie !). Mais n’en reste pas moins, et c’est finalement assez rassurant, que l’homosexuel peut être un beauf aussi ridicule et méprisable qu’un hétéro.
Editions Albin Michel, 18,30 euros.
18 octobre 2006
De l'inutilité de la littérature (ou "Comment deux classiques sont vilipendés et un roman jeunesse massacré")
Chers jeunes gens, intitulons ce cours : « de l’inutilité de la littérature ». C’est un titre suffisamment pompeux pour nous rendre intéressant et suffisamment sérieux pour donner envie aux lecteurs de ce blog de nous suivre dans notre escapade littéraire.
Commençons par Gatsby le magnifique. Il s’agit d’un classique de la littérature américaine, il me semble. Mais au fond, quelle importance, puisque, classique ou pas, on a entre les mains un livre nullissime. Rien que le concept de départ, déjà : Gatsby est un homme qui a du quitter la femme qu’il aime et lorsqu’il la retrouve, il décide de prendre une propriété à deux pas de sa maison. Comme il est riche, il organise de somptueuses fêtes auxquelles il invite tout les habitants des environs. En fait, très timide, il espère que sa belle (remariée depuis), viendra à sa soirée et qu’il pourra lui parler. L’idée n’est pas mal du tout, mais, comment dire ?... Imaginez que Gatsby est installé là depuis trois ans et que la belle qu’il espère n’est jamais venue le voir alors qu’elle a parfaitement compris de qui il s’agit (précisons qu’elle l’aime toujours). Vous imaginez ? Trois ans à organiser des garden party pour beaufs en espérant qu’un ancien amour vienne vous voir ? Mais euh… c’est complètement ridicule ! A ce stade, il aurait gagné du temps à aller sonner directement chez elle. Francis Scott Fitzgerald aurait pu, par exemple, décider que Gatsby vienne juste de s’installer. Mais non, il tient à ces trois ans perdus. Arrive alors le héros qui est le cousin de la femme en question et qui va permettre à Gatsby de la revoir.
Ah, le héros ! Plus falot, tu meurs ! Le personnage n’existe pas, exactement comme le narrateur de Moby Dick par exemple. Ce sont des personnages transparents, sans personnalité, sans intérêt quelconque qui doivent permettre au lecteur de rentrer dans le récit et voir à travers ses yeux. Je tiens personnellement cela pour un des plus vilains effets possibles en littérature. Si l’on crée un héros, à quoi bon le rendre inintéressant ? Bref, le livre m’est tombé des mains. Une horreur. On notera tout de même qu’un écrivain comme Brett Easton Ellis reprendra le badinage indolent et mou de la jet set abonnée aux soirées privées en la portant à un niveau bien supérieur.
Le livre de poche, 4,50 euros.
Passons maintenant à un autre triste livre : Adolphe, de Benjamin Constant. Un trésor des lettres françaises parait-il, une peinture de la psychologie exceptionnelle dit-on. Pfffff ! Quel livre insupportable ? Ca, une peinture réussie de la psychologie ? Laissez moi rire ! Des romans comme celui là, le 18e et le 19e en ont produits des centaines ! Ils sont tous calqués sur le même modèle : un personnage masculin sans aucune épaisseur psychologique, un pauvre enfant attardé inintéressant et lâche, s’amourache d’une femme maîtresse d’un homme plus important. Elle cède à ses avances, mais lui finit par s’en lasser et tout ça finit dans les larmes. Mon Dieu que ce genre d’histoire est insupportable ! Heureusement que certains auteurs ont fait un effort pour dépasser ce simple stade. Relisez les Liaisons dangereuses, ça c’est du livre ! Mais là, là ! Oh que tout cela est soporifique, inutile, inintéressant ! Et puis quel style calamiteux. Je n’ai pas souligné les phrases, mais j’ai repéré plusieurs tournures d’une lourdeur infamante. Même pas pu finir cette chose… Vive la littérature française !
Librio, 2 euros.
Pour finir, déception finale avec le troisième tome de la Trilogie de Bartiméus. Il s’agit d’un roman de fantasy dont le premier tome m’avait beaucoup plus, et le 2e déçu. Bartiméus, un djiin, est au service de Nathaniel, un jeune mage avide de pouvoir (un Sarko’ en puissance). Dans le premier tome, on découvrait une Angleterre très intéressante puisque la magie existe et qu’une ségrégation sépare les mages des plébéiens, sans pouvoirs. Bien que livre pour la jeunesse, le ton et les thématiques abordées le destine à des lecteurs d’au moins 16 ans. De plus, on y découvre un certain nombre de notes de bas de pages qui sont autant de remarques ironiques et caustiques de Bartiméus qui a une façon fort peu courtoise de considérer les mages l’invoquant.
Diable ! cette trilogie n’a plus aucun intérêt ici : l’action avance avec une lenteur exaspérante. On se demande où l’auteur veut en venir. Il ne se passe rien. Ca parle pour un rien. L’histoire est vide. Bref, encéphalogramme plat. Quel dommage de voir une série se casser ainsi la figure, d’autant qu’un roman de littérature jeunesse ne doit pas tomber dans les travers que l’on vient de dénoncer. Voyez Harry Potter par exemple !
Albin Michel, 17 euros.
23 août 2006
Le rapport Gabriel de Jean d'Ormesson
Je ne sais pas ce que valent les autres livres de Jean d’Ormesson, mais Le rapport Gabriel est ennuyeux comme ce n’est pas permis.
L’idée était pourtant intéressante : Dieu a décidé de rayer les Hommes de la carte, ne supportant plus leur orgueil et leur misère. Mais, l’archange Gabriel plaide pour eux et Dieu lui propose de trouver un Homme sur Terre à partir duquel il pourrait bâtir un rapport qui, s’il plait à Dieu, épargnera les Hommes.
On se demande bien pourquoi débuter ce roman sur des prémisses chrétiennes alors qu’elles ne servent à rien. L’Homme que va interroger Gabriel c’est d’Ormesson, qui nous raconte sa vie. Mais ce dernier la racontait déjà, avant même que Gabriel ne le rencontre. Et c’est d’autant plus ennuyeux à lire que de son aveu même, d’Ormesson ne fait rien de sa vie.
Et c’est partie pour des pages et des pages d’anecdotes sur son enfance, son travail à l’UNESCO et les gens qu’il a croisé. Et de d’Ormesson ? Rien, puisqu’il ne fait rien… Par contre, il cause de personnes qu’il a rencontré et qui ne m’intéressent en rien puisque je ne les ais jamais lu ou connus. Arrivé vers la page 240, j’ai laissé tomber.
Gallimard, 7,70 euros.













