Le blog de Menon

La Parole est ce qu'elle est : apocalyptique, elle dévoile.

22 août 2009

La parabole du gérant infidèle

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La parabole du mauvais gérant est une des plus ardues à comprendre dans les Evangiles. A première vue, Jésus y fait l'apologie de l'argent facile et du mensonge !

J'ai enfin compris le sens de ce texte grâce à une formidable vidéo : le père Frédéric Guigain en révèle le sens caché.

Le cours dure près de 50 minutes. Cela parait long mais vous ne le regretterez pas car il est plaisant de sortir d'une salle de classe plus intelligent qu'on ne l'était.

Vous constaterez ainsi que Jésus était marxiste avant l'heure : vérifiez par vous-même.

Le texte se trouve au chapitre 16 de l'Evangile de Luc :

Traduction Chouraqui

Le gérant d’iniquité


1.     Il dit aussi aux adeptes: « Un homme est riche; il a un gérant.

Ce dernier est accusé auprès de lui de dilapider ses biens.

2.     Il l’appelle et dit: ‹ Qu’est-ce que j’entends dire de toi !

Rends compte de ta gérance; tu ne peux plus être encore gérant. ›

3.     Le gérant se dit en lui-même:

‹ Que ferai-je quand mon Adôn m’aura enlevé ma gérance ?

Piocher ? Je n’en ai pas la force. Mendier ? J’en ai honte.

4.     Mais je sais ce que je ferai pour qu’ils m’accueillent dans leurs maisons

quand je serai écarté de ma gérance. ›

5.     Il appelle chacun des débiteurs de son Adôn

et dit au premier: ‹ Combien dois-tu à mon Adôn ? ›

6.     Il dit: ‹ Cent bats d’huile. ›

Il lui dit: ‹ Prends ton acte, assieds-toi, et écris cinquante. ›

7.     Ensuite, il dit à un autre: ‹ Et toi, combien dois-tu ? ›

Il dit: ‹ Cent kors de blé. ›

Il lui dit: ‹ Prends ton acte et écris quatre-vingt. ›

8.     L’Adôn louange le gérant d’iniquité d’avoir agi avec sagacité.

Les fils de cette ère sont plus sagaces

que les fils de la lumière envers leur âge.

9.     Je vous dis: Faites-vous des amis avec le Mamôn d’iniquité,

pour qu’ils vous accueillent, quand il manquera,

dans les tentes de la pérennité.

Traduction Crampon :

1 Il disait aussi à ses disciples: " Il était un homme riche qui avait un intendant; celui-ci lui fut dénoncé comme dissipant ses biens.
2 Il l'appela et lui dit: " Qu'est-ce que j'entends dire de toi? Rends compte de ton intendance, car tu ne pourras plus être intendant. "
3 Or l'intendant se dit en lui-même: " Que ferai-je, puisque mon maître me retire l'intendance? Bêcher, je n'en ai pas la force; mendier, j'en ai honte.
4 Je sais ce que je ferai pour que, quand je serai destitué de l'intendance, (il y ait des gens) qui me reçoivent chez eux. "
5 Ayant convoqué chacun des débiteurs de son maître, il dit au premier: " Combien dois-tu à mon maître? "
6 Il dit: " Cent mesures d'huile. " Et il lui dit: " Prends ton billet, assieds-toi vite et écris: cinquante. "
7 Ensuite il dit à un autre: " Et toi, combien dois-tu? " Il dit: " Cent mesures de forment. " Et il lui dit: " Prends ton billet et écris: quatre-vingts. "
8 Et le maître loua l'intendant malhonnête d'avoir agi d'une façon avisée. C'est que les enfants de ce siècle sont plus avisés à l'égard de ceux de leur espèce que les enfants de la lumière.
9 Et moi je vous dis: Faites-vous des amis avec la Richesse malhonnête, afin que, lorsqu'elle viendra à manquer, ils vous reçoivent dans les pavillons éternels.

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22 mai 2009

Proverbes (la Bible) - 27, 11

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Sois sage

       mon enfant

               réjouis mon coeur

je saurais répondre aux insultes.


Ne serait-ce pas Dieu qui parle, ici, nous invitant à ce que son nom soit synonyme de paix et non pas de haine ?
Ne tuons pas au nom de Dieu ; ne salissons pas son Nom...

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12 février 2008

Le Livre de Job

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Cliquez sur ce message pour lire le texte de Job avec les gravures de Gustave Doré :

Le livre de Job m’a paru complexe à lire et à comprendre. De prime abord, il s’agit d’un texte choquant puisqu’on y voit le Satan se rendant au conseil angélique et demandant à Dieu de bien vouloir lui permettre de faire souffrir son fidèle serviteur Job. Il faut comprendre que Satan n’est pas une personne dans l’angéologie juive mais une fonction occupée successivement par différents Anges. Un peu comme le contrôleur des impôts qui vous fait si peur mais qui ne se résume pas à son travail. Cela aura son importance dans la suite de la démonstration.

De part l’action du Satan, Job perd tout et finit la peau plein de croûtes sur un tas de fumier (ce qui s’appelle « être dans la merde » : à entendre à tous les niveaux !) entouré de trois amis venus lui rendre visite après l’annonce de son malheur.

Mais les deux premiers amis ne sont pas là pour lui remonter le moral mais pour le retenir de se plaindre. C’est que Job est un juste qui n’a jamais fauté. Il ne comprend pas pourquoi Dieu s’acharne à ce point sur lui et il proteste, revendique et conteste pour parler comme le chanteur. Et ses deux compagnons tentent de le raisonner en lui assurant que Dieu est parfait et punit toujours le coupable. Façon de lui faire comprendre qu’il doit forcément l’être – coupable – et qu’il ne reçoit que la monnaie de sa pièce.

Mais le troisième compagnon sera le plus retors. Sorte de grand inquisiteur, il prend parole contre Job de manière explicite et entame une apologie de Dieu assez remarquable. C’est le moment où le très Saint, béni soit-il, fait entendre sa voix et reprend puis prolonge l’apologie de sa gloire. Véritable explosion de puissance, son discours laisse Job quasiment sans voix et ce dernier rend les armes et admet qu’il n’a pas le droit d’invectiver Dieu de la sorte.

Mais voilà, se produit alors quelque chose d’intéressant. Dieu n’en veut finalement pas à Job, mais plutôt à ses compagnons : s’il les épargne, c’est uniquement car ils sont amis de Job. Car, en vérité, les trois compagnons ont irrité Dieu dans leur façon de parler de Lui et seul Job a trouvé les mots juste à son goût. Stupeur : comment et pourquoi celui qui proteste contre Dieu serait le bon croyant, alors que les trois théologiens qui n’ont pourtant fait que glorifier Dieu seraient des traîtres ?

Sans doute parce que ces derniers n’ont même pas pensés à faire preuve de compassion avec Job et se sont permis de parler de Dieu comme s’ils le connaissaient. Or, sans compassion, sans amour de son prochain, Dieu reste une abstraction. De plus, leur insistance tendait à souligner que Job était coupable de quelque chose : forcément, puisque Dieu soutient toujours le juste et frappe le méchant. Un véritable procès politique !

Mais la vérité est tout autre : la présence du Satan au conseil angélique démontre que le Mal est condition de la création : qu’il se révèle présent malgré tout – et le fait qu’il s’agisse d’un métier (du point de vue Juif, car Jésus fait de Satan un personnage à part). L’idée que Dieu sursoit donc aux affaires humaines est fausse : le juste peut tomber et le méchant se glorifier. Par contre, l’Homme en souffrance qui en appelle à Dieu, comme Job, peut faire basculer les choses : Dieu peut venir le soutenir si sa Foi est réelle. L’Homme peut invectiver Dieu et lui demander réparation : Job annonce en cela la figure du Christ ; ce n’est pas l’holocauste mais le cœur brisé qu’aime Dieu, dit un Psaume.

En substance, on pourra donc dire que celui qui croit connaître Dieu à tout intérêt à modérer ses propos et à se faire attentif de son frère : c’est ainsi qu’il en parlera le mieux. Quant à celui qui souffre, étant le reflet du Christ, il est déjà une supplique à Dieu : ce n’est pas sur la Terre que les soldes sont comptés, mais dans le Royaume des Cieux. Il n’empêche que Dieu peut décider de se déplacer et ceci pour apaiser.

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30 janvier 2008

Ma lecture de l'Exode

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Dieu demande donc à Moïse de libérer son peuple et de s’opposer à Pharaon dont il endurcit volontairement le cœur pour que ce dernier refuse de laisser partir les Juifs. On peut et on doit s’interroger sur cette volonté de créer un conflit qui monte aux extrêmes (René Girard l’évoque dans Des choses cachées depuis la fondation du monde). Les vicissitudes que subit l’Egypte sont terrifiantes et surtout insupportables puisque les Egyptiens ne sont en rien responsable de la décision de Pharaon. Pourquoi Dieu fait-il payer des innocents ? Car le texte associe clairement Dieu aux dix plaies – on peut imaginer que le peuple égyptien est complice ou co-responsable des exactions de son Pharaon. Il est possible d’imaginer qu’ils se livrent à l’idolâtrie et à des exactions sur les Hébreux.

En tout cas, ça se passe mal pour les Hébreux dans le désert ! Tout ce qui ne marche pas droit réveille la colère de Dieu qui menace aussitôt le peuple d’extermination et seul l’intercession de Moïse retient Dieu. Mais notre Moïse n’hésite pas à massacrer son propre peuple lorsque ce dernier adore le veau d’or. Pourtant, ne pas tuer fait parti des commandements divins. Mais Dieu semble s’en moquer.

Autant dire que la violence de ce texte a quelque chose d’insupportable. Pour autant, il ne faut pas le réduire à ce que je viens d’en dire. D’une part parce qu’en lisant ce texte on comprend nettement mieux la raison de cette violence. Le monde d’alors est terrible et la vision que l’on a de Dieu l’est aussi. Assurément, il y a un anthropocentrisme à l’œuvre dans le texte et on prête à Dieu des violences et des mauvaises intentions qu’il n’a pas, Jésus nous ayant assuré de la véritable nature du Père. Donc, le ou les rédacteurs de l’Exode et ses suites interprètent la souffrance du peuple hébreu dans le désert comme la conséquence de la colère de Dieu, persuadés qu’ils sont que celui qui rend gloire à Dieu se voit réservée la vie bienheureuse sur Terre (sans doute n’ont-ils pas encore théorisés la résurrection des âmes, thème tardif il me semble chez les Juifs). Donc, on accuse Dieu des vicissitudes du désert. Néanmoins, le même Dieu que l’on accuse par exemple d’envoyer des vipères tuer des hébreux est le même qui sur intercession de Moïse soigne les blessés. En fait, Dieu assiste et nourrit mais il faut pour cela une demande. Cette même demande qu’est pour la mère le cri du bébé. Et le bébé peut très bien assimiler la mère à la cause de sa souffrance tant que celle-ci ne lui donne pas le sein.

Ensuite, je pense que l’on peut proposer une vision psychanalytique de ce texte (ainsi prouverais-je, je l’espère, l’intérêt de la théorie freudo-lacanienne). Il se pourrait que l’Exode soit un récit parabolique destiné à transmettre une vérité. J’y vois l’expression d’une souffrance qui est celle de l’enfantement. Le peuple hébreu est expulsé d’une terre nourricière en traversant une mer rouge qui plus est, comme l’enfant est expulsé de sa mère et livré au monde.

Moïse officie comme rôle de la Mère (il le reconnaît lui-même en criant un moment à Dieu qu’il n’est pas la nourrice de ce peuple) mais il ne joue pas le rôle de la Mère, mais plutôt de la sage femme ou de la nourrice. Au-delà de cela, il représente sur Terre la conscience divine qui appelle au développement de l’enfant et à son élévation au stade d’Homme. Moïse incarne la flamme de la conscience alimentée à la mamelle divine et s’il tue des israélites, c’est une façon symbolique de signifier qu’il taille dans le Moi de l’enfant pour l’empêcher de se laisser gagner par sa pulsion de mort qui conduit au vide, à l’état de non-être, de rien du tout. Hélas, l’enfant est soumis aux vicissitudes de la vie, au découragement et à la tentation de l’abandon. Abandonner, c’est se laisser infantiliser, revenir à l’Egypte et se laisser nourrir en restant esclave, refuser de prendre ses responsabilités d’adulte et de se composer un destin. Bref, revenir à la Mère, ce qui traduit un phantasme incestueux intolérable et dont le caractère tabou a contribué à la fondation de notre culture. C’est là qu’intervient Dieu qui joue le rôle du Père. En psychanalyse, le Père doit trancher le lien entre Mère et l’enfant : éviter que ce dernier reste au stade matriciel et fusionnel d’avec sa génitrice pour qu’il naisse au monde et s’accomplisse comme individu indépendant.

Il y a donc un peuple qui, on le note, est une grosse masse, celle de la conscience. Les individus ne compte pas, seul apparaît le groupe. Et ce groupe est donc taillé, tailladé, abattu, violenté, exactement comme on le ferait de la pâte que pétrit le boulanger pour préparer le pain sans levain de la paque. Le peuple hébreu se donne en nourriture qui est prête à être cuite. Son exemple et son aventure hors d’Egypte est à la fois un miroir de notre propre naissance et de notre propre souffrance face à la construction mais encore plus, la sortie d’Egypte traduit notre propre sortie du nihilisme, du bon confort lénifiant du matérialisme et du laisser allé idéologique pour aller à la rencontre de Dieu.

Ainsi, il faut dépasser le stade particulièrement violent du récit pour saisir, entre les lignes, selon l’Esprit et non la Lettre, ce que les rédacteurs de l’époque ont véritablement voulu nous dire de nous et de notre relation à Dieu.

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10 avril 2007

Un pacte neuf - l'Evangile selon Matyah

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Mao Zedong, lorsqu’il enseignait la révolution à ses soldats et partisans, le faisait en parlant par images ou symboles. Il délivrait des aphorismes qui claquaient comme des coups de fouets. Cette idéologie révolutionnaire devait à une tradition chinoise, riche en enseignement cryptique. Le tout était de provoquer chez l’autre une injonction quasi paradoxale, propre à réveiller sa conscience : confronté à une parole impitoyable le renvoyant à son moi intérieur, celui écoutant Jésus aujourd'hui se trouve dans la même position du Chinois prêtant l'oreille à la parole de Mao. Sauf que Mao enseignait secrètement la mort là où Jésus apporte à chacun le message de la dernière chance. Deux logiques révolutionnaires pour deux exécutions (au sens de mise à mort chez Mao et de mis en action chez Jésus) de l'Etre.

Jésus le premier révolutionnaire ?
Pas de trace d'humour ou de légèreté dans l’Evangile de Matthieu. Idiots sont ceux qui entendent béat lorsque l'on évoque les Béatitudes : Jésus n’a rien d’un joyeux illuminé professant amour et compassion. Il vient pour rappeler au peuple de Jérusalem que l’enseignement de la Thora a été dévoyée : le peuple Juif a perdu la compréhension intuitive de la parole de Dieu, son clergé se transformant en bureaucrates faisant de la loi mosaïque un règlement intérieur, appauvrissant le message originel. Jésus prêche dans ce contexte bien précis. Il ne s’agit pas seulement de dire : « aimez vous les uns les autres », mais aussi : « balancez tout et foncez ! ». L’enseignement de Jésus est celui d’un guérillero : ses mots claquent comme des coups de fouets aux oreilles de ses disciples.
Tel le maître zen, ou certains psychanalystes, ses mots cognent : ses paroles doivent bouleverser, violenter l’autre. Il ne s’agit plus seulement d’aimer, il faut se dépouiller. Fi des petites considérations frileuses de celui qui aime ou donne : ne te soucie ni de tes vêtements ni de ton prochain repas ; ne te soucie de rien ! Tu as une mission. Tu la rempliras… Il faut se dépouiller du superflu de l'enseignement de Moïse, il faut renoncer à tout pour mieux retrouver notre Thora intérieure. Car la parole est souterraine, elle a toujours été là. Ceci ne signifie pas vivre dans l’ascétisme nécessairement, mais accepter la violence du Réel. Saint Paul l'avait merveilleusement compris : "La lettre tue, l'esprit vivifie".


Si ta main t’offense
Néanmoins, une lecture littérale de cet Evangile serait une grave erreur. Lorsque Jésus dit que l’œil qui offense doit être arraché… On imagine mal un Jésus voulant recruter une armée d’estropiés : certes se couper la main ou s’arracher l’œil calmer tout mauvais désir. A dire vrai, cela vous détruit ! Il faut donc se représenter Jésus comme un maître de la pensée. La révolution n’est pas physique mais essentiellement intérieure…

On ne comprendra donc rien aux phrases de Jésus sur le divorce et l’adultère si on ne les remplace pas dans leur contexte : désirer par le regard la femme de l’autre tiendrait déjà du pêché. Se marier avec une femme divorcé, c’est pratiquer l’adultère. Enseignement bas du front ? Non, plus subtil qu’on ne le croit. Depuis Jacques Lacan, on sait qu’il y a une pulsion scopique, que l’on peut jouir par l’œil, par le regard. On lira aussi Jean-Paul Sartre sur ce sujet. Convoiter commence chez certains par regarder. Et puis, soyons francs : le pêché du regard tient de l'ordre du phantasme… Se marier avec une femme divorcer, serait commettre un adultère ? Pas faux, si l’on songe qu’on épouse une femme qui a un passé, qui a connu un autre corps. Cette idée nous paraît aujourd’hui absurde : on ne va pas s’empêcher de se marier avec une personne divorcée tout de même ! Certes, mais on ne peut nier que l’on se marie aussi avec le passé d’une personne. Avec l’ombre d’un autre corps au dessus d’elle.

La mort – la solitude
Le révolutionnaire est un ascète du Réel. Ses paroles sont des armes, mais lui-même n’a rien d’un surhomme. Jésus s’effondre au moment de sa dernière prière, avant que les soldats viennent le chercher… Il doit faire de lui un martyre. Mais le vouloir et l’accomplir sont deux choses différentes. Alors, il demande aux apôtres de veiller à ses côtés. Mais ses frères de combat s’endorment au bout d’une petite heure. Face à sa mort, on reste toujours seul, voila ce que signifie cette fatigue des apôtres. Lorsque l’on embrasse son destin, lorsque l’on poursuit un but suprême, ceux qui vous suivent et vous épaulent ne vous comprennent pas réellement, ils ne peuvent embrasser totalement votre vision.

Les apôtres sont dépeints chez Matthieu comme des êtres en quête d'un sens qu'ils peinent à embrasser. Inquiets, peureux, timorés : ils nous ressemblent tellement ; ils sont si fragiles, comme nous le sommes face à Jésus ; la vérité dévoilée trahit notre petit ego boursouflé… Mais ils sont aussi parfois exaspérants : une femme s’approche pour supplier le Christ, ou alors la foule se presse pour l’écouter, et voilà nos zélés  prêts à les repousser. Gros soupir du Christ : comment son enseignement va passer chez des têtes creuses pareilles ?

Le mystère du témoignage
L’Evangile de Jean est celui d’un initiateur, celui de Luc un médecin, celui de Marc un sage : comparé à chacun d’eux, Matthieu se révèle bien particulier et violent. Est-ce crédible de penser que l’on puisse entendre des choses aussi différentes sur un homme dont la parole doit faire Loi ?

Prenez Jacques Lacan : voyez comment son enseignement reste encore aujourd'hui le jeu de luttes d’intérêts. Voyez comment l’édition de ses Séminaires (ses Evangiles) est critiquée, remise en question. Jacques Alain Miller a pourtant commencé à les publier de vivant de Lacan ; ce dernier a adoubé JAM en lui donnant le droit de remettre son enseignement oral à l’écrit. Alors pourquoi, aujourd’hui, entend-t-on crier partout à la trahison ? Comment comprendre aussi que Lacan soit devenue une figure de charlatan chez les uns et de génie chez les autres ? Comment un même homme peut-il générer tout et n’importe quoi ?

Si l’on doit reconnaître qu’une telle chose est possible pour un « simple » psychanalyste, rien de surprenant à ce qu'il en soit de même pour Jésus. Des hommes ont suivi son enseignement et pris des notes. Or, il suffit de comparer les cahiers d'étudiants à la sortie d'un cours magistral : on ne retrouvera pas le même enseignant : chez certain, il sera incompréhensible, littérale pour d'autres et quelques uns auront peut-être même apporté des notes critiques.

La parole est une arme de création massive
Jésus l’annonce tout au long de cet Evangile : « les larmes couleront et on grincera des dents ». Il annonce la destruction de temple de Jérusalem et même l’Apocalypse. La parole du Christ est une arme de création massive : sa parole est performative ; dire, c’est créer. Annoncer revient à éveiller. Le maître zen frappait de son boken (sabre de bois) l’épaule de son élève pour le désorienter pendant la méditation. Le Christ, lui, crachait au visage des apôtres un enseignement de vie intenable. Dans les deux cas, la violence submerge : il faut faire son deuil de son orgueil. La souffrance sera terrible. Mais l’enseignement de Jésus ne restera pas lettre morte, il deviendra lettre vive : son corps en portera d’ailleurs les stigmates.

L'occasion m'ayant été donnée de relire ce texte dans une nouvelle traduction, il me faut au moins en parler brièvement : André Chouraqui a traduit la Bible en retournant à la source hébraïque avec une traduction collant volontairement au texte pour en retrouver le sémitisme et trancher avec l’écriture européenne des traductions habituelles. Pour les Evangiles, bien que le texte soit à l’origine grec, Chouraqui estime qu’il ne faut pas oublier que le caractère juif de Matthieu et bien qu’il écrive en Grec, le mode de pensée juif se révèle dans la tournure de ses phrases. Il s’agit donc pour lui, sur Matyah, et non plus Matthieu, de retrouver la parole du juif derrière l’écriture grecque. La traduction qu’il en donne se révèle splendide, hantée, fort et passionnante, une véritable redécouverte du texte dont on sort magnifié.


Desclée de Brouwer, 60 euros.

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05 avril 2007

Le cantique des cantiques

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C’est l’histoire du poème le plus célèbre au monde : un époux et une épouse se content un amour passionné et enflammé. Dans une débauche de sensualité, dans un érotisme moite, les corps et les lèvres se rencontrent, les être se perdent, s’éloignent l’un de l’autre, puis se retrouvent… Mais, c’est aussi le Cantique des cantiques, l’un des cinq extrait des rouleaux de la Bible, poème lu lors de chaque Shabbat.

Comment comprendre qu’un tel texte soit présent dans la Bible ?

Ce livre éclaire un peu notre lanterne : on apprends ainsi que des rabbins (qu’on imagine illustres) ont du se battre pour faire conserver ce texte. Quand aux catholiques, étrangement, ils ne semblent jamais avoir combattu ce texte, mais précisant bien qu’il ne faut pas y voir une histoire de sexe !
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our les Juifs, le Cantique des cantiques célèbre les noces d’Israël et de Dieu et pour les Chrétiens, celles de l’Eglise et de Jésus.

Dans une  des trois introductions de cet ouvrage, Marc-Alain Ouaknin nous entraîne dans les mystères et secrets de la kabbale juive et on ressort très impressionné des effets de numérologie qu’il dévoile : ainsi découvre-t-on que le secret dans la kabbale se déduit de la différence entre la lumière et sa réception et que la valeur du secret est identique à celle séparant le masculin du féminin… Ainsi, le Cantique est le plus grand des textes de la Bible car on y trouve la révélation d'un secret : l’alliance du féminin au masculin, et la relation charnelle sont des voies d'accès à la compréhension de Dieu (!).

Un grand nombre de traductions sont ici proposées, pas toujours dans leur intégralité malheureusement et on découvre avec un grand intérêt comment un texte a pu connaître de grandes variations stylistiques qui ont toutes pesées sur son sens. Une perle ? La Vulgate, bible en latin, a mal traduit un terme hébreu signifiant amour et auquel elle a donné le sens de téton. La belle image concernant ces tétons s’adresse, hélas, à l’époux. On goûtera donc le fait que les pères de l’Eglise et de grands théologiens aient argumentés avec un grand respect ce passage, essayant de comprendre pourquoi l’épouse s’extasie sur les tétons de son amoureux… On remarque aussi que plusieurs auteurs ont pensés le Cantique comme une pièce de théâtre. En Hébreu, point de ponctuation, ni de séparation des versets. Les voix mâles et femelles se confondent à celle du chœur. Difficile de bien tout comprendre à la première lecture.

L’ouvrage se poursuit par un florilège d’interprétations juives et chrétiennes du texte. On sourit tout de même beaucoup tant on a l’impression que les commentateurs surinterprètent le texte. Les rabbins sont plutôt dans l’allégorie : une bouche, un cou ou de l’or évoquent chez eux des images et interprétations fort éloignées du texte. C’est que pour eux, le sens est toujours caché, camouflé et encodé et que donc, il s’agit de lire, de déchiffrer le symbole (voilà pourquoi Gérard Haddad est persuadé de l’impact du judaïsme sur la psychanalyse). Chez les Chrétiens, tout se comprends en regard d’un but : démontrer que l’Eglise est l’épouse de Jésus. Dès lors, leurs explications paraissent plus rationnelles et simples à suivre même si elles procèdent à l’envers d’un véritable raisonnement.

Enfin, on trouvera une explication de tous les termes hébreux du Cantique, permettant de s’initier à cette langue ou tout du moins de se faire sa propre idée du sens et donc de juger de la façon dont les différents auteurs ont pensés leur Cantique. Une initiative heureuse.

Au final, ce livre est une petite merveille et mérite vraiment qu’on s’y attarde. Il implique un certain effort de lecture, mais le Cantique est un poème de toute beauté qui en vaut largement la chandelle.

Albin Michel, 19,10 euros

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02 avril 2007

Samuel : la Bible

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Si le prophète Samuel donne son nom au livre de la Bible dont nous allons parler, il joue paradoxalement un rôle limité dans ce texte qui nous donne à lire le récit de la vie du fameux roi David.

Rien ne va plus chez Israël ! Le peuple veut un roi pour s’occuper de lui : Dieu prend cette demande fort mal : Ses prêtres faisaient office d’intercesseurs ; Sa parole ne suffit visiblement plus au peuple. Néanmoins, par amour pour Israël, Il accepte d’oindre un roi. Il demande à Samuel, un prophète aussi discret que vertueux, de bien vouloir être Sa voix pour désigner Son choix. Il ordonne alors à Saül, par l’intermédiaire de Samuel, de devenir roi d’Israël : ce dernier aura fort à faire contre les Philistins qu’il combattra avec force ; mais, hélas, il contreviendra aux ordres de Dieu en refusant de mettre à mort le roi Amaleq, roi des Amalécites et ennemi des Juifs, et d’éradiquer ses troupeaux. Dieu lui retire alors sa force, malgré ses services rendus.

Ce sera alors David, le fameux roi David entré depuis dans la légende, qui lui succèdera dans le cœur de Dieu puis dans celui d’Israël. Le portrait de David est fait pour le magnifier face à un Saül rongé par le pouvoir et devenu visiblement fou lorsque l’esprit de Dieu l’a quitté. On reste ébahi notamment par cette constance de David à refuser de tuer Saül, alors que ce dernier veut l’éliminer, rongé par la jalousie. David justifie sa décision ainsi : Dieu a oint Saül, il en fait Son Messie, ce dernier ne doit donc pas être mis à mort. Pourtant, Dieu a retiré son esprit de Saül ! Mais pour David, une grâce accordée ne peut s’oublier. Ce souci de David a un nom : fidélité. En l’occurrence, s’est dessiné comme une filiation entre lui et Saül : l’humilité de David lui permet de comprendre que la faiblesse de Saül pourrait bien devenir la sienne un jour. Il ne conçoit pas le pouvoir comme un parfum enivrant, mais comme une responsabilité qui accapare et condamne. On le voit notamment avec la révolte de Absalom, un de ses fils : il demande à tous de ne pas chercher à tuer son enfant, alors même que ce dernier menace son trône : David, contrairement à Absalom, ne se laisse pas aveugler par les apparences : le fils voit la puissance là où le père conçoit devoir et travail. David gardera toujours sa fidélité à ce qu’il a été, un berger pauvre, et la considération que lui voue le Seigneur reste pour lui une marque qui n’entraîne aucun privilège mais implique au contraire une grande responsabilité. Si seulement nos politiques pouvaient garder cela à l’esprit, quel bonheur nous connaîtrions !

Néanmoins, cela n’empêche pas David de faire preuve de faiblesse ou de vilenie, l’épisode le plus représentatif étant celui où il envoie un homme à la mort sur les champs de bataille pour pouvoir épouser sa femme. Mais là lorsque tombe la sentence de Dieu, il ne s’en prend qu’à lui-même. David nous enseigne ainsi que personne ne peut jurer qu’il ne tombera pas. Nous chutons continuellement, mais il ne tient qu’à nous d’en tirer un enseignement. Sa grande force aura été de rester tragiquement lucide sur le sens profond du pouvoir, ne jouant jamais au roi, étant constamment prêt de son peuple, toujours dans la situation de celui devant défendre ses prérogatives, ne se justifiant de rien pour légitimer son trône… Bref, un homme pieu, un homme vertueux. Un homme, un vrai.

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10 août 2006

Zacharie / Malachie : la Bible

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Zacharie et Malachie : Singuliers et intéressants sont ces deux livres des Prophètes. Alors que les précédents vitupèrent contre Israël, Juda et menacent de destructions, les choses sont ici quelque peu différentes.

Ainsi, le livre de Zacharie se divise en deux parties ; écrit par deux prophètes différents, les deux énoncés ne se répondent pas : le premier évoque un ensemble de sept visions reçues par le « vrai » Zacharie : onirique, langoureux, languissant et étrange, ce récit évoque un film de David Linch ; accompagné d’un Ange avec lequel il discute de ses visions, ce « trip hallucinatoire » de toute beauté m’a donné l’impression, étrange, de lire une scène d’amour – mais ce pourrait bien être un cauchemar causé par une poussée de fièvre.

La deuxième partie du livre, plus classique car appelant contre Israël mais aussi à son élévation dans un même mouvement, se révèle néanmoins intéressante dans la mesure où elle annonce la figure du Christ. On cite toujours Isaïe pour justifier la venue de Jésus, mais en réalité, Zacharie est bien plus probant : messie pauvre, le berger doux et l’empalé sont les trois images que mêleront en son sein Jésus. Ce messie donne une chance à la paix, elle représente la volonté de Dieu de solder les comptes, même si on note la persistance d’images de type apocalyptiques : les morts évoqués peuvent être ceux qui ne le reconnaîtront pas, par exemple, ou encore ceux frappés parce que fidèles à lui, peut-être.

Enfin, on termine les écrits des prophètes par Malachie. C’est un livre très intéressant à lire parce qu’il envisage la colère de Dieu non comme destructrice, mais comme une plainte. Dieu reproche à son peuple de parler sur lui comme s’il ne les entendaient pas ou encore de lui sacrifier des animaux débiles en place des mâles. Toutefois, Dieu n’entend pas se venger, mais pardonner. A la différence des autres prophètes, Dieu se plaint et souffre du rejet de l’Homme, thème chrétien. Et là encore, on retrouve un motif du Christ : l’annonce que les marchands du Temple seront dispersés par la venu du Serviteur qui, là encore, soldera les comptes.

Dans les deux cas, ces écrits, en invoquant la figure du Messie, permettent de mieux réaliser le rôle et la place occupée par Jésus. On pourra s’étonner des coïncidences entre les Evangiles et ces Prophètes et y voir la preuve de la divinité de Jésus, ou au contraire trouve cette vérification des prophéties suspectes, comme trop grosse et imaginer ainsi que les Evangiles auraient sciemment été écrits pour que les paroles des prophètes soit réalisées dans celui appelé le Messie.

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06 août 2006

Isaïe / Jérémie / Ezechiel : la Bible

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Isaïe, Jérémie et Ezechie forment une sorte de trilogie. Ces trois prophètes ont été appelés en même temps par Dieu pour prophétiser auprès d’Israël la prise prochaine de la ville par Babylone. Pour autant, il ne faut pas croire que ces trois prophètes se sont rencontrés. Tous trois semblent parler chacun de leurs côtés, mais dans un climat quelque peu particulier puisque de faux prophètes sont aussi très présents et qui, sur la base de prétendus songes annoncent des oracles faux. Cela n’arrangeant bien évidemment pas leur propre prédication.

Dans ces trois livres, on notera une même structure alambiquée à l’extrême : imprécations contre Isräel, annonce de sa destruction, puis pardon à Israël, puis de nouveaux imprécations, puis destruction… Bref, il n’y a pas de cohérence textuelle : les textes partent dans tous les sens. Ils partagent par contre une même phraséologie, une même propension à la poésie eschatologique. Car, on sent vraiment que cette annonce de la déportation du peuple en Babylonie est un moment clé de la Bible.

Dieu en a plus qu’assez des cultes rendus aux idoles, mais aussi du peu de cas que font les Israéliens à l’égard des esclaves, pauvres et femmes. Tout cela fornique, trahit, trompe, idolâtre de manière scandaleuse. La punition sera à la mesure de la colère de Dieu : immense et violente.

Il faut voir la façon dont Dieu parle d’Israël : à se demander s’il ne serait pas antisémite ! Je défie un prêtre de citer de tels versets aujourd’hui. Israël est comparée à une putain, une femme enivrée de stupre et tellement menacée d’être « rayée de la carte », que lire ces textes dans le contexte international fait tout de même une drôle d’impression.

Mais, cette colère et cette violence ont comme corollaire le pardon. Le pardon est ainsi au cœur de l’imprécation et de la souffrance de Dieu : à dire vrai, l’histoire d’Israël et de Dieu, c’est une histoire d’amour qui tourne mal. Là encore les métaphores se succèdent pour imager la relation d’Israël à Dieu comme celle d’une mariée à un mari. Si Dieu en veut terriblement à sa « compagne », il l’aime malgré tout et veut lui pardonner son infidélité : celle avec les idoles ou d’autres royaumes avec lesquels elle fait alliance.

Il faut bien comprendre que l’exile en Babylonie sera un drame pour le peuple Juif. Durant cette période, des passages importants de la Bible seront tout de même rédigés (il me semble, mais j’ai un doute que c’est aussi le cas de la Genèse), de façon à assurer la cohésion du peuple ; de plus, sous l’influence des cultes babyloniens, les Anges feront leur apparition dans la mystique juive car en réalité les Anges sont inspirés des dieux babyloniens.

En terme purement stylistique, nul doute que ces trois livres sont des chefs d’œuvres d’écriture : incantatoires, délirants, violents, terribles cris de détresse : ils personnifient en réalité l’angoisse du peuple Juif qui, face à une catastrophe militaire, expliquent leur déportation par leur idolâtrie. La colère de Dieu, cette rage si humaine, si parlante, elle l’est pour choquer et remuer l’auditoire ou le lecteur, pour que ce dernier soit à la fois estomaqué de constater ce qu’il fait subir à Dieu, que tout est de sa faute, mais que malgré tout Dieu ne peut renier Israël et que tout recommencera, comme au premier jour.

On peut trouver cet anthropomorphisme de Dieu ridicule, cette relation avec Israël absurde, cette obsession du pur et de l’impur insupportable, mais n’en reste pas moins que rarement aura-t-on vu et lu des textes d’une telle violence au sein même d’un Livre devant valider la relation entre un peuple et son Dieu.

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