Las_Glorias_Nacionales,_1852__D

Les astres ont prédit que Sigismond deviendra un roi terrible et cruel. Son père l’a donc fait enfermer dans une prison. Un jour, il décide de le libérer et de le mettre sur le trône après l’avoir drogué au point de faire passer sa captivité pour un songe. Il veut éprouver son comportement une fois devenu monarque et s’assurer que les prophéties n’ont pas menti. Comment se comportera Sigismond ? Et quel rôle joueront Rosaure et son valet Clairon lorsqu’ils découvriront Sigismond enchaîné ?

La vie est un songe de Pedro Calderón de la Barca compte parmi les pièces les plus célèbres du théâtre baroque espagnole. Des penseurs aussi prestigieux que Schopenhauer la tiennent en haute estime. Pourtant, à sa lecture, survient quelques surprises.

-Premièrement, contrairement à ce que je pensais, la pièce n’est pas un drame mais relève plutôt du comique même si des éléments dramatiques sont présents. (Bien sûr, il ne faut pas oublier la façon dont chaque metteur en scène axera sa représentation, donnant aux passages dramatiques une place plus importante que le comique ou inversement via le jeu des acteurs et la mise en scène.)

-Deuxièmement, considérée comme quasi mystique, La vie est un songe se veut une représentation de notre propre incapacité à faire la différence entre le réel et le songe ; l’idée que notre vie pourrait n’être qu’un rêve éveillé mis en mouvement par quelque démiurge. Or, si on ne peut reprocher à Calderón son choix scénaristique, typique du théâtre baroque mêlant drame et jeu sur l’identité, on ne peut que ressentir une certaine consternation face aux tenants d’une lecture métaphysique. Comment croire sérieusement que nos vies seraient un rêve ? Il suffit de rêver pour constater à quel point le rêve n’a rien, mais rien à voir avec l’état de veille ! Imaginer que notre quotidien serait un songe laisse pantois sur le caractère paranoïaque de certains penseurs. Et l’idée que, dans les coulisses de notre être, se cacherait quelque démiurge tirant les ficelles n’est pas fait pour nous rassurer non plus.

Au final, La vie est un songe m’a laissé une impression contrastée. Nombre de grands critiques en parlait avec passion ; j’étais donc persuadé de m’enthousiasmer à sa lecture. Mais, au final, le ton comique m’a surpris et l’histoire ne m’a pas du tout intéressé. Sans doute que cette pièce nécessite une mise en scène de qualité pour donner au texte toutes ses dimensions tragico-comique et permettre aux acteurs de faire entre la voix si particulière de Calderón.

 

La vie est un songe de Pedro Calderón de la Barca (disponible sur Wikisource)