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Parce qu’un diplomate est menacé de mort par une créature extraterrestre trop puissante pour lui, William Cheval-Noir Singer se résout à faire appel à Chat. Cet « animal » télépathe et polymorphe a été capturé il y a bien longtemps de cela par William qui réalise que cette créature est en fait intelligente, contrairement à ce qu’il croyait, et qu’il a donc mis sous verrou un être pensant. Honteux et désireux de s’amender, notre chasseur demande de l’aide à Chat qui accepte d’éliminer l’extraterrestre à condition qu’il puisse ensuite régler son compte à William, ce que ce dernier accepte.

Comme à son habitude, c’est via une narration déstructurée et poétique que Roger Zelazny raconte les aventures de William Cheval-Noir Singer dans ce roman initialement paru en 1982. Ce style, difficile et qui implique une lecture attentive du récit, apporte beaucoup au plaisir de lecture en bousculant nos repères.
Hélas, si la première partie du livre séduit, tout bascule lorsque William Cheval-Noir Singer décide de libérer Chat. Pourquoi et comment sait-il que seul ce dernier peut vaincre son ennemi ? Tout ça donne l’impression que Zelazny n’avait pas d’idée bien construite et improvisait au fil de la plume. Dommage.

Bien plus intéressant, le fait que l’œil de Chat fasse référence aux légendes amérindiennes avec parfois pas mal d’humour ; (attention, SPOIL !) et, notamment, on devine que William Cheval-Noir Singer n’est pas un être humain dès les premières lignes du récit, mais le premier des hommes qui, avec sa sœur, avaient pour but de capturer les créatures trop dangereuses pour l’humanité et de les enfermer. A la fois entité et homme, devenu le dernier des navajos, William Cheval-Noir Singer semble en bout de course et espère que Chat le tuera, lui permettant de tirer enfin sa révérence. Au cours du récit, il sera confronté à ce désir de mort mais aussi à son instinct de survie.

Malgré des qualités littéraires et scénaristiques indéniables, l’œil de Chat ne parvient pas à convaincre. Zelazny a abusé d’une narration en kaléidoscope juste pour faire de l’esbroufe et il n’arrive pas à passionner le lecteur qui aimerait que William Cheval-Noir Singer se montre plus désireux de gagner et moins enclin à la neurasthénie. Le final vaut néanmoins le coup d’œil.

 

L’œil de Chat, in Seigneurs de lumière de Roger Zelazny (Denoël, 832 pages, 29,40 euros)