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Sagesse libertaire taoïste d’Erik Sablé (Dervy)

Singulière introduction à laquelle nous convie Erik Sablé dans sa Sagesse libertaire taoïste.

On sait à quel point le Tao-Te-King attribué à Lao-Tseu (600 av. J.-C.) s’avère sibyllin pour le lecteur occidental. (Méditons, par exemple, sur l’ouverture de ce grand texte : « La voie qui peut être exprimée par la parole n'est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n'est pas le Nom éternel, etc. »). Alors, plutôt que d’en proposer un commentaire serré, Sablé a plutôt choisi de commenter la décadence de notre monde à la lumière du Tao et du mode de vie taoïste.

Au cours de chapitres brefs, en apparence très simples, mais, finalement riches, E. Sablé nous confronte à notre modernité anxiogène et perturbatrice et lui oppose à chaque instant la vision du Tao : refusant les honneurs et le mode de vie infra-mondain, le sage taoïste habite certes le monde, mais il n’est pas du monde ; il se contente d’être et de jouir loyalement de son être. Le Tao prône en effet le non-agir ; cela ne signifie pas le « rien-faire », mais plutôt d’agir sans s’inquiéter du fruit de ses actions ; et, au niveau politique, de ne pas créer de lois ou de se montrer répressif, mais plutôt de laisser le peuple se mettre au diapason des grandes vertus générées par le prince ou le maître taoïste. Il s’agit du laisser-être ; de la sérénité induite par une acceptation de tout ce qui nous entoure ; d’un stoïcisme tranquille qui fait écho, chez nous, à la philosophie de Spinoza.

E. Sablé garde, au fil des pages, le souci du concret : faisant référence aux estampes, à la poésie, à la politique, à la contemplation de la nature, il induit, chez son lecteur, un malaise quant à son mode de vie. Pas un malaise qui nous culpabiliserait ; ce malaise nous donne plutôt envie de changer de vie ; de partir à la rencontre de la Chine, d’un Autre vers lequel il serait bon de s’orienter (c.a.d, littéralement, chercher son orient.)

Ce petit ouvrage, présenté sous une très belle couverture au toucher raffiné et imprimé sur un papier glacé de belle facture, semble facile à lire, et il l’est. Mais le mettre en pratique sera bien plus difficile. Le chercheur en spiritualité en fera son miel. Libre à lui, ensuite, de lire le Tao-Te-King ou les autres maîtres du Tao. Au-delà d’un style parfois déconcertant, gageons qu’il y trouvera matière à se recentrer.

 

Sagesse libertaire taoïste d’Erik Sablé (Dervy, 136 pages, 12,17 euros)