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Une marée de poissons s’étale sur le sable ;

Alors qu’ils frétillent et tentent de respirer,

Je vois la mer qui se retire, vague brisée ;

Ne pouvant fuir, ils meurent haïssables.

 

Leur langue de souffrance dressée, marine,

Laisse sur mes lèvres un goût amer et vide ;

Tandis qu’eux, corps abandonnés, se dévident

Je voudrais avaler leur chair, leur urine.

 

Leur mort ressemble par moment à la mienne :

Elle capte l’âme d’un monde tant désolé,

Et toute ma force, tout mon amour et ma haine,

Ne peuvent rien pour ces âmes déshéritées.

 

Oui, j’écoute tomber le Printemps sur le soir

Et il me tarde de pouvoir me dévider ;

De m’écarter de ma vie au point de déchoir

En oubliant que j’ai pu, un jour, exister.