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Voici une pièce brillante écrite à trois mains et qui, il me semble, porte plus particulièrement la marque de Tobie Nathan dont on retrouve le style si vivant. L’idée est la suivante : à la fin de la première Guerre Mondiale, le docteur Ferenzci propose à Freud de traiter un tirailleur sénégalais frappé d’une névrose de guerre. Devenu mutique, le professeur Freud va lui rendre la parole et l’accueillir chez lui comme objet d’étude – vous pensez bien, un primitif à disposition ! De quoi vérifiez l’universalité du complexe d’Œdipe. Mais Ekidu, c’est le nom du tirailleur, est loin d’être l’idiot qu’on veut bien croire. Formé à l’école de la médecine de l’âme de l’Afrique, il va soumettre Freud, Ferenzci mais aussi Martha et Anna (respectivement femme et fille cadette de Freud) à un véritable interrogatoire qui porte, au fond, sur la naissance de la psychanalyse et qui pourrait se résumer comme suit : qui a initié Freud pour en faire un guérisseur ? Par l’intermédiaire de cette pièce, Nathan, Stengers et Hounkpatin pointent finalement ce que le maitre es ésotérisme René Guénon reprochait à la psychanalyse : pour être initié, il faut avoir un maître ; or, Freud s’est initié lui-même ; pis, même : à contre courant de l’enseignement du Judaïsme ; coupé de toute transcendance, la psychanalyse n’est que l’affaire d’un homme, Freud, persuadé d’avoir inventé la panacée. Passionnant et fascinant, La damnation de Freud constitue en quelque-sorte un manifeste pour l’ethno-psychiatrie et intéressera tout amateur de la psychanalyse et de la biographie freudienne.