Tout le monde croit que le Jardin d'Eden dans lequel vivent Adam et Eve est le Paradis des Chrétiens. C'est faux. Ce Jardin – le texte biblique le pose clairement – se trouve sur la terre au confluent de quatre fleuves (Genèse 2, 11-14). On a du mal à les identifier de façon certaine, mais il semblerait selon André Chouraqui qu'il s'agisse du Nil blanc, du Nil bleu, du Tigre et de l'Euphrate. Le Paradis (de Pardes, jardin) n'est pas dans l'au-delà, mais terrestre. A la fin des Temps, les Chrétiens vivront dans la Jérusalem Céleste qui descendra sur Terre (Apocalypse, 21, 9-27).

La compagne d'Adam ne se nomme pas Eve. Mais Isha (Genèse 2, 23), la femme en Hébreu (Ish, l'homme). Ce n'est que peu avant l'expulsion d'Eden qu'elle devient Eve ou Hava, Vivante en Hébreu. Dans les deux cas, c'est Adam qui la nomme. Adam vient de adama, terre ou glèbe en Hébreu. Mais Adam signifie aussi Homme. En fait, quand on parle d'Adam, on parle de l'Humanité.

Après leur expulsion, la Bible précise que « [Dieu] fait demeurer au levant du jardin de Eden les Keroubîms et la flamme de l'épée tournoyante pour garder la route de l'arbre de vie. » (Traduction d'A. Chouraqui). En Français, on traduit Keroubîms par Chérubins. Ils n'ont pas du tout l'apparence des toiles de maîtres. Ce ne sont pas de petits anges potelés, mais des hommes animaux comme les monstres égyptiens, le sphinx. Par ailleurs, soulignons que toutes les interprétations de ces versets portent sur le fait que les Keroubîms bloque l'entrée du jardin. Il appartient à Paul Nothomb d'avoir saisi que rien ne permet de l'inférer et même mieux, que les Keroubîms pourraient « garder la route » comme les aiguilleurs gardent l'accès à la piste d'atterrissage.

De deux choses l'une, donc : soit Eden est sur Terre et il faut donc croire que des Anges en bloquent ou en marquent la localisation armés d'épées de feu. Ou bien, il faut considérer qu'Eden est un état et que les Keroubîms sont des alliés situés dans le monde de l'imago – cet entre-deux univers, plus du domaine de la terre, mais pas encore du domaine du Ciel – aidant le voyageur à le réintégrer. Mais dans ce cas là, on tombe dans une théologie de type gnostique considérant que la perfection se situe à l'origine et que la réintégration de l'Homme au Paradis est son bon devenir. Point de vue tout à fait discutable. Selon l'Apocalypse, il n'est pas question de réintégrer le jardin mais de vivre dans la nouvelle Jérusalem, en compagnie de Dieu. Or, la ville a été créée par Caïn, le meurtrier d'Abel. Par nature, elle est donc mauvaise. La Jérusalem Céleste constituerait donc la première cité réellement sainte, fondée non par l'Homme, mais par Dieu.