Qu'on songe un instant aux accointances littéraires entre Sigmund Freud, Bram Stoker et Conan Doyle. Le père de la psychanalyse ressemble beaucoup à Van Helsing, dans le roman de Dracula (première période, quand il livre ses premiers écrits sur l'hystérie avec Joseph Breuer, et verse dans un kabbalisme de bazar avec son « copain » Fliess) et écrit peu ou prou comme Conan Doyle ses enquêtes de Sherlock Holmes (au point où nombreux sont ceux s'interrogeant sur le caractère imaginé de ces cas : Onfray, dernièrement).

La psychanalyse ne cherche-t-elle pas à débusquer le vampire/le désordre psychologique de sa tanière pour libérer l'individu de la ténèbre ontologique ? Et pour y arriver ne s'agit-il pas de bâtir un récit à la Sophocle permettant d'inférer du meurtre/symptôme l'historicité du crime/de la souffrance ? Récit sans lequel on ne peut arriver à aucune conclusion ? Récit qui serait donc la condition absolue de la guérison ?

Cela apparaît bien comme une évidence. Ce qui rend les prétentions scientifiques de la psychanalyse des plus discutables. Et les jeux littéraires d'autant plus intéressants. Du cadavre exquis à l'écriture automatique en passant par le jeu de rôle il n'est pas innocent que le crime que l'un cherche à tout prix à éluder aux yeux des autres ne soit pas un des enjeux majeur auquel cherche à répondre la littérature. L'écrivain a donc pour fonction de débusquer le vampire – toute écriture est en réalité un aveu d'un non-dit. Non-dit qui l'a rend d'autant plus vibrante.

Freud, Stoker et Doyle ? La parole qui guérit l'âme, le vampire qui vole le sang et le détective qui remet le sens là où se trouve le désordre. Sainte trinité de la médecine de l'âme.