La Kundalini est censée être l'énergie spirituelle de l'Homme, selon l'Hindouisme. Représentée sous forme d'un serpent lové caché en dessous des parties génitales, la Kundalini doit s'éveiller et remonter le long de la colonne vertébrale jusqu'au cortex cérébral où elle trouvera son point d'accomplissement : l'Eveil. En somme, nous avons là une bonne idée de ce qui cause des problèmes de dos et d'en quoi les problèmes de dos constituent une question d'ordre ontologique et psychologique de première importance.

L'enfant, dans un premier temps, dépend de son parent qui le tient dans ses bras. Il tolère alors la position assise dans les bras, ou la position allongée. Dans un second temps, il peut se mouvoir à quatre pattes. Dans un troisième temps, il répète ce que lui a enseigné son parent, à savoir la position assise mais sans son aide. Enfin, il se tiendra debout et, corollaire, marchera. Ainsi, se tenir debout – droit – c'est se reconnaître comme semblable à son parent en cela qu'on entreprend de traverser le monde non plus comme un pseudo-hominidé. En effet, à l'exception de quelques rares animaux comme le kangourou, les bêtes se tiennent dans une position horizontale plutôt que verticale. L'Homme, lui, se tient debout. Cette position, si elle n'est pas unique, n'en est pourtant pas moins singulière puisque de prime abord, l'enfant ne peut pas se tenir debout seul. Il s'agit donc d'un apprentissage là où pour l'animal, la position adviendra instinctivement. L'enfant, s'il est maltraité ou souffrant, pourra ne pas posséder la position verticale.

Ceci étant admis, on comprend mieux ce qui se trame dans le mal de dos. Le problème de la verticalité. Trop cambré, trop raide, courbé, déformé, etc. le dos témoigne d'un parcours humain problématique. Ne pas être droit, c'est à la fois ne pas se tenir droit et ne pas se tenir comme un Homme. Celui qui est vouté est qualifié de simiesque ou encore de malveillant. Celui qui est droit comme un 'i' tient les autres sous son regard et relie le Ciel et la Terre en une figure phallique promesse de vie.

C'est pour cela qu'on désignera ainsi le mal de dos : déficience de l'imago paternelle. Qu'on n'aille pas reprocher cela à la mère ! Cette dernière initie au langage ; elle est le 'premier Autre' et par là rend le monde sensible et compréhensible. Le père, lui, a pour fonction de trancher le noeud gordien entre l'enfant et la mère pour introduire définitivement au monde. Celui-ci a été nommé ; désormais, il pourra être pénétré (et je file la métaphore) : rentrer dans le monde, c'est l'ensemencer de sa propre qualité. « Deviens ce que tu es », dit Nietzsche.

Mais celui qui souffre du mal de dos témoigne, dans sa chair, que son métier d'Homme ne lui pas été enseigné correctement par son père. Ce dernier a pu, par exemple, ne lui faire voir de la coupure avec la mère que l'aspect castrateur et pas l'aspect libérateur. Peut-être n'a-t-il pas donné à son enfant la part virile pour l'assurer que ce qu'il doit devenir en vaut la peine – la formule de Nietzsche peut en ce cas provoquer l'angoisse !

Ainsi, de plus en plus jeunes sont les personnes souffrant du mal de dos. Parfois, dès l'âge de 14 ans, elles transcrivent, dans leur être – cette pauvre colonne vertébrale – que la rigueur a fait défaut. Rigueur qui devrait être pleine d'amour ; rigueur qui devrait aider à se redresser, à se positionner, à se maintenir et à avancer. De là une responsabilité du père, cruciale.