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Après avoir écrit d'extraordinaires comics pendant des années et des années Frank Miller s'est demandé – un peu comme Robert de Niro ou Gérard Depardieu – à quoi bon se casser le cul à écrire des bonnes histoires puisque, considéré comme un génie, tout ce qu'il faisait touchait désormais au sublime. Ravi de cette découverte, il s'ingénia sur la suite de son chef d'oeuvre Dark Knight Returns – appelé Dark Night Strikes Again ou DK2 – à foutre en l'air son travail et à cracher à la gueule de son public. Et cela fonctionna ! Très fier de lui, Miller jura qu'on ne le prendrait plus à travailler. Et voilà pourquoi votre fille est muette...

Néanmoins, force est de reconnaître que même en faisant n'importe quoi, Miller reste toujours au dessus de la mêlé. Mieux : cela finit par devenir drôle. Ainsi, pourquoi ne pas dépeindre dans cette nouvelle mouture de la rencontre Batman/Robin notre justicier de Gotham comme un psychopathe paranoïaque ? Cela paraît de prime abord stupide mais explique pourquoi Batman a eu besoin de se prendre un gosse comme allié : sentant qu'il allait franchement virer facho à tendance camisole de force, avoir un gamin futé et soulignant que son costume fait de lui une « folle » permet de prendre de la distance. Et justement, son Robin est un gamin charismatique et jovial qui, à l'exception d'une scène grotesque face à Green Lantern, se comporte exactement comme Robin aurait toujours du être. En d'autres termes, ce personnage que tout le monde déteste est devenu cool.

Et puis, aux dessins, on retrouve Jim Lee, le meilleur successeur du grand Neal Adams. Anatomie réaliste, nanas sensuelles, méchants à tendance brute, Joker magnifique, Batman superbe. N'en jetez plus : Lee assure comme rarement et fait de ce comics un enchantement pour les yeux.

Alors oui, c'est grotesque. Oui, on se demande ce qu'a bu Miller en écrivant ses dialogues mais au final, on finit par rire et se demander jusqu'où ira le bouillant scénariste : voir Wonder Woman traiter un piéton de « banque de sperme » ou regarder Green Lantern discuter avec Batman vaut le coup d'oeil. Miller vous fait un énorme bras d'honneur certes mais donne une vision crue des icônes de la DC débarrassées de leur encombrante probité candide. Why not ?