31 octobre 2009
Le Coran, idées reçues de Michel Cuypers et Geneviève Gobillot
La collection « Idées reçues » s'intéresse, comme son nom l'indique, aux formules toutes faites que l'on tient sur les sujets sociétaux ou littéraires.
Ce petit livre consacré au Coran fait en tout cas beaucoup de bien et devrait en surprendre plus d'un. On y trouve un état des lieux de la recherche coranique, des pages bien faites sur la loi, la sunna, les hérésies ou encore sur les nouvelles lectures proposées par quelques intellectuels courageux.
On découvrira ainsi que des passages du Coran sont recopiés du Corpus Hermeticum, que le Coran obéit à une prosodie particulière ou que la charia donne la prééminence à la Tradition face au Coran !
Guillon sur le prince Jean
Excellente prestation de Stéphane Guillon sur la nomination de Jean Sarkozy à l'EPAD.
30 octobre 2009
As long as I have you et Steadfast, loyal and true par Elvis Presley
Voici deux chansons d'Elvis inconnues du grand public mais particulièrement belle et tirées toutes deux du film King Creole (comme quoi, il n'y avait pas que des chansons pourries dans ses films !).
As long as I have you, une ballade émouvante
Steadfast, loyal and true, un morceau a capella - genre dans lequel Elvis n'a, à ma connaissance, pas manifesté d'intérêt.
29 octobre 2009
Lacan, le retour à Freud de Michel Lapeyre et Marie-Jean Sauret
Résumer Jacques Lacan, est-ce possible ? Oui, mais par un paradoxe étrange, ce petit guide Milan intéressera – ou plutôt ne sera réellement compréhensible – que par ceux qui connaissent Lacan.
Et ceux là pourront admirer le travail effectué ici, à savoir celui d'une biographie dont la mise en lumière des étapes majeures de la vie permet de comprendre en quoi l'homme, Lacan, a pu s'autoriser à relire Freud, là où les tenants de la psychologie américaine avaient fini par faire de la psychanalyse une béquille pour remettre droit – dans le droit chemin – ce que Lacan subvertit pour entraîner le patient dans une aventure intérieure qui s'apparente à l'initiation – chamanique ou religieuse – de déchoir de son statut d'enfant de Dieu pour se reconnaître homme parmi les hommes, esclave d'un mauvais démiurge qui a pour nom le langage à qui on paye tribut de souffrir sans jamais pouvoir s'en affranchir.
Mais même les lecteurs débutants pourront dans les aspects biographiques de ce maître entendre des choses qui les amèneront à réfléchir à ce que signifie relire Freud dans la mesure où Lacan le trahit pour mieux le restituer, à ce qu'il en dit : mystère du lacanisme.
28 octobre 2009
Le Saint Coran et la traduction en langue française du sens de ses versets
Dans le Coran se fait entendre le cri, celui d'Allah (Dieu en fait, Allah voulant dire Dieu). Le Dieu de Moïse, de Jésus se présente à Mahomet et hurle : l'Enfer ! Il hurle en continue, il hurle de dépit, il hurle de chagrin et de rage, il hurle de ne pas être aimé, il hurle de voir ses commandements bafoués, il hurle de voir les Juifs, son peuple pourtant élu, le railler, il hurle d'entendre les Chrétiens le manipuler, il hurle devant des croyants arabes aussi timorés. Il hurle, menace, menace, menace tellement qu'il promet l'Enfer à tous – il n'y a plus de place dans le Paradis. Il est vide ce lieu saint. Mais il pardonne ; il a pardonné ; il pardonnera : une trinité de pardon dont lui-même se reconnaît comme étant le dépositaire, ce qui l'oblige, l'oblige à accepter sans cesse l'Homme fautif et, au final, malgré tout, à lui pardonner.
Un mot sur cette édition : beau livre dans le sens de lecture oriental avec, à droite, la page en Arabe et à gauche, la traduction. Papier fin de qualité, ornements, calligraphie... traduction aride et exigeante, annotations nombreuses. Beau travail, mais pas poétique ; froid et austère.
26 octobre 2009
Un policier s'immole par le feu
Ca ne s'arrête pas... Après un 25e suicide chez France Telecom / Orange, un suicide chez Peugeot, voici qu'un policier s'immole par le feu : résurgence d'un geste profondément religieux, ancré dans le subconscient : on offrait son premier né à Moloch, dieu contre lequel s'éleva l'Eternel d'Israël avec peu de succès, il faut bien le dire. Un policier, symbole de l'autorité - un père de famille aussi - inverse donc le processus et s'applique la Loi désuète d'une divinité démoniaque pour se livrer, lui, en expiation. De quoi ? Le pire tient peut-être à ce que lui-même ne l'aura pas su.
Tranchant le lien le rattachant à la vie, se faisant poussière pour retourner à la poussière, il aura créé un dysfonctionnement karmique en lui-même, s'imposant la pire violence.
Pauvre homme... que le Dieu Eternel te prenne en son sein et te nourrisse du Lait de la Vie... Seigneur : ne laisse pas les grands brulés que nous sommes perdre tout en se suicidant ; offre à celui qui souffre ton Amour éternel.
25 octobre 2009
Double talkin' jive de Guns n' Roses
Double talkin' jive est peut être le meilleur morceau des Guns n' Roses et plus de dix ans après sa découverte, il continue de me fasciner. Morceau quasi instrumental, composé par Izzy Stradlin, (le monsieur sur la photo) guitariste du groupe (il a été présent dès le début du groupe mais viré assez rapidement dès la sortie des deux Use your illusions sur lesquels on trouve le morceau pour problème de drogue), il propose une flambée musicale qui crée un effet quasi hypnotique et les musiciens s'en donnent à coeur joie dessus.
Voici le clip officiel (difficile à trouver)
Et une version live à Chicago en 1992
Moins réussie que celle de Paris à la même date
Bon surf !
L'Evangile selon Saint Matthieu de Pasolini
Considéré comme un des chefs d'oeuvre du cinéma, L'Evangile selon Matthieu par Pasolini m'a plutôt déçu : tourné dans un noir et blanc dense et dramatique, ce film prouve que le célèbre réalisateur italien n'a pas compris ce qu'il a mis en image.
Pour commencer, rien ne fait juif, ici. Les acteurs sont tous italiens et cela se voit ; les décors aussi. On ne croit pas une seule seconde se trouver en Galilée ou à Jérusalem.
Et puis Jésus, c'est qui ? Oh, il est pas mal celui qui le joue et je trouve qu'il a bien cerné l'âme du personnage. Mais enfin, monsieur Pasolini, n'auriez-vous pas oublié que Jésus, c'est un enseignant qui passe son temps à manger et boire en compagnie de voleurs et de prostituées ? Elles sont où les filles de mauvaise vie ? Parce que la Marie-Madeleine qui apparaît à l'air d'avoir la quarantaine et a un sourire de demeurée. Ils sont où les percepteurs d'impôts qui s'en mettent plein les fouilles ? N'auriez- vous pas oublié que le Matthieu qui est censé avoir écrit l'Evangile que vous mettez en image apparaît dans son Evangile ? Et il est où dans votre film ?
Pasolini a pris manifestement beaucoup de figurants plutôt que des acteurs. Les visages sont burinés et laids. On sent la volonté louable d'ancrer l'Evangile dans le terrain des pauvres gens mais il y a quelque chose de pathétique à l'image qui rend mal. Il faut dire que Pasolini adore filmer longuement des plans immobiles et semble vouer un goût particulier au gros plan sur le visage buriné et idiot de ses acteurs. Cela nous donne des images ennuyeuses et laides. Comment croire une seule seconde au Joseph qu'on nous présente ? Ah oui, notons qu'il n'y a parfois aucun dialogue : devant l'absence manifeste de talent d'acteur des figurants, on reste confondu ; même pas un petit texte pour les aider : juste leur visage inexpressif à l'écran – car Pasolini aime visiblement les visages qui ne disent rien.
Ensuite, il n'y a aucun souci d'adaptation du texte. Il le film brut, ce qui démontre un manque complet de réflexion. Exemple le plus hallucinant : le Baptiste baptise en versant un peu d'eau sur le front du pêcheur. Ben voyons ! Si on ne sait pas que le baptême consistait alors en une immersion complète dans l'eau, on perd beaucoup de la signification de l'acte et du sens métaphysique de la démarche du Christ : Jésus est censé être sans pêché, alors pourquoi se faire baptiser ? Il aurait fallu montrer que cette immersion dans le Jourdain était le moment où le Christ prenait sur lui tous les pêchés du monde et descendait dans les abysses là où règne Satan... d'une façon générale, regarder ce film aurait du éclairer et faciliter la compréhension d'un texte dont le moins que l'on puisse dire est qu'il suscite plus de questions qu'on a de moyens d'y répondre. Au final, on là une belle histoire mais guère crédible.
Néanmoins, la dernière partie du film se rattrape : à compter de l'entrée dans Jérusalem, on a enfin quelque chose de dense et l'arrestation de Jésus ainsi que son procès proposent une autre façon de filmer qui donne un peu de corps à l'ensemble.
N'en reste pas moins que les dernières images sont confondantes de niaiseries. Filmer la rencontre de l'Ange et des femmes ainsi n'est pas rendre justice à une scène aussi difficile.
24 octobre 2009
Oh Dieu !
Oh mon Dieu pardonnez moi
Oh mon Dieu guidez-moi
Regardez comme je suis bouleversé
Comme mon âme a du mal à se relever
Je me sens coupable de vivre
Je me sens coupable à l'idée de mourir
Passant ma vie à expier
une faute que personne ne m'a reprochée
Pourquoi faut-il que j'endure
des épreuves faisant couler un sang rouge comme la mûre ?
Pourquoi me repousser
alors que mon être voudrait s'embraser ?
Pourquoi me repousser
alors que je voudrais de vous être aimé ?
Ne vous soucieriez-vous que des âmes blessées
sur lesquelles votre bouche pourrait se poser ?
Faudrait-il que je sois comme une plaie saignante
pour que vos lèvres sur elle se fassent caressantes ?
Ne pourrions-nous pas nous parler
ensemble comme deux être civilisés ?
Faut-il vraiment que je perde mon être
pour que dans la nuit froide vous me fassiez renaître ?
Oui. Plaise à Dieu que je devienne son ami
et qu'il ne fixe à cette amitié qu'un prix dont je puisse m'acquitter.
Le Nouveau Testament est-il fiable ?
Je fais ici un copier/collé d'un excellent commentaire sur la fiabilité du Nouveau Testament par Le Bon Seb.
Voilà de quoi méditer sur les réflexes habituelles de la communauté des historiens qui tend à décrédibiliser tout texte sacré :
"La difficulté vient de ce que les gens disent "c'est une source chrétienne, non neutre, donc non fiable".
Or
premièrement "non neutre = non fiable" relève plus de la pétition de
principe que de l'honnêteté intellectuelle. Un exemple : quand Marine
Le Pen dénonce les perversions de l'actuel ministre de la culture c'est
non neutre (elle pense déjà aux prochaines élections, pour dire les
choses gentiment...). Est-ce à dire pour autant que Frédéric Mitterrand
est irréprochable ? Non.
Ensuite deuxième erreur : "c'est une source chrétienne".
Dire ceci c'est faire une lecture rétrospective de l'histoire ! Il ne
faut pas transposer ce qu'on connaît du christianisme aujourd'hui sur
ce que vivaient les disciples de "la voie", comme ils se désignaient
eux-mêmes, et qui se pensaient plus comme juifs que comme "chrétiens"
au sens moderne du terme. Le Nouveau Testament est tout sauf un
phénomène concerté d'un groupe institutionnalisé. St Paul quand il
écrit n'a pas le sentiment de produire un texte inspiré. Ses lettres
sont des écrits de circonstance. Pour lui l'urgence est d'annoncer la
bonne nouvelle du Christ ressuscité en vue de son retour qui est
imminent. À cette époque se forment des communautés encore relativement
indépendantes par rapport à ce qu'on connaît aujourd'hui car l'urgence
n'est pas de créer une structure institutionnelle mais d'annoncer la
résurrection du Christ et l'imminence de la fin des temps, et en vue de
cela se posait la question de savoir comment être fidèle au Christ. Et
le nouveau testament témoigne des querelles théologiques et pastorales
entre ces communautés. Donc techniquement les écrits du nouveau
testament sont considérés comme des sources indépendantes par les
historiens sérieux. Or lorsqu'un même évènement est attesté par des
sources indépendantes il y a de fortes chances pour que ça se soit
passé.
Après avoir démonté les pseudo arguments contre la
fiabilité du nouveau testament intéressons-nous à en démontrer
positivement la fiabilité. Il y a parmi les critères de fiabilité celui
d'attestation multiple. Ce critère est vérifié pour le nouveau
testament puisqu'il compte des auteurs divers et autonomes : un Saint
Paul n'est pas un Saint Jacques ! Matthieu et Luc ne sont pas du même
milieu ! Ce que toutes ces sources rapportent de commun a donc des
chances d'être fiable.
Un autre critère est celui de la date.
Les lettres de Saint Paul datent, pour les plus primitives, d'à peine
20 ans après la mort du Christ. Les quatre évangiles sont attestés dès
150, ce qui veut dire que leur rédaction fut faite du temps où ceux qui
avaient connu le Christ et les apôtres de leur vivant étaient encore là
pour en témoigner. Et au passage pour en rester sur la question des
dates la très large réception qui a été faite de ces textes par des
gens qui ont été contemporains des apôtres voire du Christ témoigne de
sa fiabilité.
Un troisième critère est celui de "l'embarras" :
les évangélistes par exemple n'avaient aucun intérêt à rapporter le
baptême de Jésus par Jean. En effet en ce temps-là les disciples de
Jean Baptiste étaient encore nombreux et ne manquaient pas de rappeler
: "c'est notre maître qui a baptisé le votre, Jean est donc supérieur à
Jésus !" Les évangélistes auraient eu tout intérêt à censurer ça
pourtant ils ne l'ont pas fait. On peut donc raisonnablement penser que
le témoignage des évangiles à ce sujet est fiable.
Un quatrième
critère est la vraisemblance : si nous fêtons le jeudi saint un jeudi
(?!) c'est que l'évangile selon St Jean, qui est le seul contre les
trois synoptiques à affirmer que la cène a bien eu lieu un jeudi, est
le plus vraisemblable : vu l'attachement des juifs de ce temps à la
pureté rituelle il est fort invraisemblable qu'on ait mis à mort
quelqu'un durant le sabbat, surtout durant la pâque. Est-ce à dire que
les autres ont menti ? Non bien au contraire ! Si on se rappelle que
les évangiles sont d'abord œuvre de théologie avant d'être des
chroniques journalistiques cela nous fournit un renseignement précieux
sur l'enseignement du Christ : si les synoptiques situent la mort du
Christ durant le sabbat de la pâque c'est qu'ils ont compris que le
Christ a voulu par sa mort donner un sens nouveau à cette fête.
Un
cinquième critère est la réception : le fait que le nouveau testament
ait été reçu par des gens qui ont connu le Christ ou les apôtres de
leur vivant témoigne de la conformité de son propos à l'enseignement du
Christ. Exemple : l'institution de l'eucharistie. Nous en avons quatre
témoignages : un dans chacun des évangiles synoptiques et un chez Saint
Paul. Tous les quatre comportent des différences notables. Ces
différences témoignent que les textes racontent non pas le dernier
repas du Christ avec ses disciples mais l'usage liturgique de leur
communauté d'origine. Bref les récits d'institution dont nous disposons
sont en fait la PGMR de l'époque. Falsification ? Non, bien au
contraire ! Si l'eucharistie était déjà codifié liturgiquement si tôt
c'est que les premiers disciples ont compris que Jésus n'a pas voulu
faire simplement un repas entre copains mais a véritablement demandé un
acte de culte. C'est un renseignement précieux sur ce que Jésus a
vraiment voulu faire ! Quant à ce que Jésus a fait réellement ce
soir-là les historiens s'appuieront plutôt sur Luc pour nous le dire :
bien que Paul soit antérieur chronologiquement, ce que rapporte saint
Luc ressemble le plus à ce que pratiquait les juifs du temps de Jésus
(présentation du vin puis du pain puis du vin).
Cette liste
n'est pas exhaustive et l'historien a de nombreux outils
méthodologiques à sa disposition pour démêler l'historique du non
historique. Il s'attachera à comparer les textes entre eux, à les
confronter à ce qu'il sait par ailleurs (autres sources textuelles,
archéologiques, etc.) et rendra compte tant des similitudes que des
différences.
Sinon un peu de lecture :
- R. E. Brown, Que sait-on du nouveau testament ? Bayard, 2000.
- A. Marchadour, Les évangiles au feu de la critique. Bayard, 1995."










