30 septembre 2009
Ce grand cadavre à la renverse de Bernard-Henri Lévy
Face aux attaques répétées contre la gauche, le modèle libérale, les droits de l'Homme, l'universalisme européen, la Shoah et le renouveau de l'antisémitisme couplé à l'alter-mondialisme, Bernard-Henri Lévy a souhaité répondre dans un livre, Un grand cadavre à la renverse, au titre emprunté à une phrase de Sartre à la préface de son ami Nizan.
C'est un livre passionnant mais qui nécessite une certaine bonne culture générale depuis la Libération pour être apprécié. C'est aussi un livre personnel, sans doute un des plus personnels de cet intellectuel pour plateaux de télé puisque la situation de la Gauche, de l'antisémitisme et de l'Europe est à l'opposé de tout ce qu'il a toujours imaginé, réfléchi, pensé et proposé.
C'est donc un constat d'échec que ce Grand cadavre à la renverse mais qui reste néanmoins campé sur ses valeurs, ses idées, celles héritées des Lumières, celle d'une grande Europe nietzschéenne, d'un cosmopolitisme revendiqué et d'un respect de l'économie globale et libérale.
Puisque l'air du temps est tout autre et carrément à l'opposé de tout ce qu'incarne et pense BHL, il y a du bon à lire ce livre juste pour donner la parole et entendre une façon de penser à contre-courant de tout ce que la classe politique prône.
29 septembre 2009
Nietzsche à Nice de Patrick Mauriès
Dans ce court récit, Patrick Mauriès s'intéresse à une rencontre inaboutie – l'Histoire s'avère parfois ironique : Nietzsche a séjourné à Nice, ville dont il s'éprit. Y habita dans les mêmes périodes un jeune philosophe prometteur fauché par la mort, Jean-Marie Guyau. Se rencontrèrent-ils ? Toujours est-il que Nietzsche le lu, l'annota et que, surprise ! Guyau l'inspira au point où on peut se demander si Nietzsche ne le copia simplement pas !
Cette confrontation philosophique se double d'un récit des pérégrinations niçoises de Nietzsche et c'est un plaisir de suivre ce récit alerte et tendre sous la plume de Mauriès dont le style, tout en discrétion, sait s'effacer pour laisser parler des odeurs, images et sensations. Émouvant.
28 septembre 2009
Quand Lara Fabian pête un câble...
... elle reprend les génériques de dessins animés de notre enfance !
Théâtre, volume 1 de Eric Emmanuel Schmitt
Ce premier recueil de théâtre de Eric-Emmanuel Schmitt réserve de grands moments : on commence avec La nuit de Valognes mettant un Don Juan vieillissant confronté à cinq femmes qu'il a trahi et qui souhaite administrer son procès. Le ton est excellent, fait d'humour et de drame, le respect de la pièce de Molière, total, les personnages, extraordinaires et la conclusion du récit bouleversante.
On enchaîne avec le Visiteur, dont j'ai déjà parlé, narrant la rencontre entre Freud et Dieu : dialogues formidables, personnages excellents, intensité du face à face superbe. Rien à redire : cette pièce est un chef d'oeuvre.
On termine alors sur deux monologues : le Bâillon est bouleversant et terrible ; l'Ecole du Diable, ingénieusement ironique. Un plaisir.
Ce recueil constitue donc un pur moment de lecture mettant en scène un grand théâtre philosophique et populaire à la fois invitant à l'éblouissement, la métaphysique et la remise en question de ses certitudes.
27 septembre 2009
Le terrier de Franz Kafka
Je viens de lire un de ces grands textes brûlés ; quand la chair des mots devient incandescente et portée à la folie comme on la porte à des hautes températures : Le Terrier de Franz Kafka, nouvelle amputée et paranoïaque, grand texte sur l'angoisse – vraiment, je n'avais rien lu de tel !
Dans un terrier, une chose, cachée : homme ? Animal ? Fou ? De quel terrier s'agit-il ? Quelle est la créature le menaçant ? Pourquoi cette obsession pour le danger ?
La postface éclaire de manière intéressante le texte : réseau neuronal le terrier ? Symptôme de la folie ou encore de l'acte de création ? On ne le saura jamais puisque le texte est incomplet et on tremble rien qu'en imaginant ce qu'aurait donné un livre complet sur le sujet !
Pour moi : grand livre
oedipien. Profond et rageant. Ignoble et malade.
Pur moment de lecture :
je l'ai dévoré !
26 septembre 2009
Rester vivant et autres textes de Michel Houellebecq
Question : comment être
une peau de vache avec un écrivain ?
Réponse: en écrivant :
« Heureusement que ce livre de Houellebecq ne coute que 2
euros ! »
Oh, bien sûr, il y a un cynisme, un humour noir et une lucidité de regard sur la société qui font de ce court essai un pamphlet qui n'est pas sans valeur. Mais que tout cela est vain ! C'est surtout cela le plus grave : quand un écrivain prend la plume, il le fait pour communiquer – logos en Grec – transmettre une information qui soit pertinente.
Or, ici, Houellebecq ne nous manque pas une fois l'ouvrage refermé. Cela sent le méchant homme. C'est idéal pour lire dans le train et s'éviter de paraître trop idiot avec un magazine bon marché ou le dernier auteur grand public à la mode.
Mais quoi ? si la méthode pour devenir un poète maudit est des plus savoureuses, que penser de l'exploration du minitel rose ? Sans grand intérêt, non ? Si la partie consacré à l'architecture est soignée, celle sur les voyages en club est nulle. Enfin, il y a quelques éclairs mais si brefs qu'on croit les avoir rêver.
Mais, au risque de me parjurer, je signe quand même pour : Houellebecq est un auteur courageux et s'il ne s'avère pas toujours remarquable, il a au moins le mérite de penser. Là où un Sollers s'auto-célèbre, Houellebecq s'amuse à se dénigrer : c'est plus charmant.
25 septembre 2009
L'évangile de Nietzsche : Entretiens avec Vincent Roy de Philippe Sollers
Si ce livre porte mal son nom (de Nietzsche, il semble, en apparence, très peu question), c'est qu'il constitue en entretien entre Vincent Roy et Philippe Sollers autour de son oeuvre. Mais en fait, par ricochet ou écho, Nietzsche s'y trouve au centre. Pas du Nietzsche hideux et imbuvable que le lecteur découvre dans ses livres, mais de celui célébrant le sensible, la vie, l'amour et l'instinct en rupture avec le dogmatisme ambiant, ses lourdeurs et son hymne nihiliste. Ainsi Sollers se dépeint en successeur hédoniste et bien jouisseur du philosophe européen. Bien vu monsieur Sollers : bien joué : vous voilà intronisé digne héritier de Nietzsche par la grâce de vous-même. Mais si l'on devait attendre que ses contemporains nous reconnaissent quelque talent...
24 septembre 2009
Le sumo qui ne pouvait pas grossir de Eric-Emmanuel Schmitt
« Je vois un gros en toi », lance un sumotori à un gamin des rues vivant chichement de marchandises volées.
À l'instar de Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran, ce Sumo qui ne voulait pas grossir est une réflexion sur l'ex-sistence et notre incapacité à nous ex-tirper de nous-mêmes.
Prisonniers d'une Somme (de bruits, violence, auto-dépréciation...), nous sommes paralysés dans un corps rachitique.
Conte amusant et léger mais plutôt sain et profond, un peu nietzschéen, freudien, le Sumo... met en scène un nous-même qui aspire à retrouver un poids sain : celui qui fera de notre corps un objet beau et non plus une marchandise à bon marché.
Un journaliste du Monde victime du racisme
Un journaliste du Monde raconte les brimades racistes dont il est quotidiennement victime : affligeant.
23 septembre 2009
La Part de l'autre de Eric-Emmanuel Schmitt
Hitler ou Adolf H. ?
L'un rate son concours d'entrée à l'académie des Arts de Vienne, l'autre le réussit. Deux destins en découlent : rencontres ratées ou réussies avec des femmes, amour, désir, possession de l'autre. Fascisme, violence, haine...
Schmitt signe un roman ludique mais très faible par moment sur le personnage de Hitler nazi. Trop de simplicité, trop de caricature. Un peu trop bien écrit tout ça, sans grand génie, sans volonté de briser le texte comme un Hitler était brisé et de rendre harmonieux les mots consacrés à un Adolf qui le fut parfois.
Impression renforcée par la postface inédite de l'auteur, en fait son Journal d'écriture qui dénote une certaine naïveté, quelque chose d'un peu mou et petit... ces pudibonderies de l'auteur quant au personnage de Hitler dont il s'exclame dégoutté dans de grandes envolées un peu creuses. Au lieu de s'écouter s'indigner, il aurait mieux valu faire que l'indignation naisse dans le coeur du lecteur, ce qui n'est pas le cas. Un roman trop scolaire, donc, mais néanmoins très plaisant à lire.










