29 juillet 2009
2001 l'odyssée de l'espace de Arthur C. Clarke
Et si l'humanité était devenue telle qu'elle est aujourd'hui par l'intervention d'Extraterrestres. Voilà la thématique adoptée par Stanley Kubrick et Artur C. Clarke pour le film 2001 odyssée de l'espace... A partir de ce canevas écrit en commun, Clarke a signé un roman dont le moins que l'on puisse dire est qu'il n'est pas à la hauteur de ses prémisses.
Une fois passée la fameuse introduction avec les singes, nous avons le droit à de longs développements sur le voyage scientifique de cosmonautes alors qu'il ne se passe quasiment rien. Certes, on a le droit à du réalisme scientifique, mais tout cela est bien aride.
Les choses commencent heureusement à devenir plus intéressantes lorsqu'une étrange mutinerie éclate à bord. Et pour tout dire, la fin du roman s'avère fascinante lors de la rencontre du 3e type.
Dommage que le livre se termine en queue de poisson et qu'il faille visiblement acheter la suite pour connaître le fin mot de l'histoire ! Au final, ce roman laisse un goût quelque peu désagréable en bouche, bien que le voyage fut, au final, fascinant.
23 juillet 2009
Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute de Maurice G. Dantec
Alors, ce nouveau Maurice G. Dantec ?
Il divise ce Comme le fantôme d'un jazzman dans la station Mir en déroute (ouf !) : à peine sorti, les journalistes ironisaient sur sa taille – fini les gros pavés et place au format plus court avec un retour au source des romans ayant fait son succès : courses poursuites, néo-polar, cyberpunk... et encore, ce texte serait à l'origine une vieille nouvelle retravaillée par l'auteur pour le compte de son éditeur : genre, l'inspiration serait en berne et Dantec obligé de faire ses fonds de tiroirs.
Pourtant, en l'état, le bouquin est un petit bijou : de ce genre de livre qu'on est vraiment content d'avoir acheté... tout commence par un braquage dans une Poste par deux jeunes adultes en cavale. Du polar ? On croit, jusqu'au moment où l'on découvre qu'ils souffrent d'une maladie les ayant conduit en zone de quarantaine et dont ils se sont échappés. Une maladie les ayant rendus supérieurs : plus intelligents, analytiques et forts dans leur esprit. Mais où se trouve-t-on ? Dans un futur proche : sans soute dans une cinquante d'années... et comme de juste avec Dantec, il y a près d'une idée géniale par page. Tout est plausible, la géographie des fuites aussi : on part de France, ligne C du RER parisien et on vole jusqu'en Afrique.
Mais un bouquin de Dantec ne serait pas de lui sans une dose de logos chrétien, Verbe performateur, apparition d'un Ange, ancien jazzman, de magie kabbalistique ou de délires autour de l'ADN et des rêves aborigènes.
On sort de cette lecture émerveillé, comme des gosses qui auraient passé la journée dans une salle d'arcade à tester tous les jeux en même temps. Et tout ça avec un style méchamment ironique, du langage oral qui tient la route à l'écrit et un sens de la démesure neuronale réjouissant.
Pour voir le « trailer » du livre, cliquez ici.
Interview de l'auteur sur son roman : partie 1, partie 2.
Sherlock Holmes - l'ultime défi de Michael Dibdin
Avec L'ultime défi, Michael Dibdin signe un pastiche de Sherlock Holmes qui se dévore. Et pour cause : le célèbre détective de Baker Street se trouve confronté à... Jack l'éventreur ! Le duel a de quoi enthousiasmer et, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'identité du célèbre boucher de Whitechapell en surprendra plus d'un ! Il serait du reste criminel de trop en dire : tout est tellement savoureux ici et tellement secret qu'on ne peut que difficilement évoquer ce livre – il y a trop à craindre : donner un indice qui mangerait sur le plaisir du lecteur.
Vraiment, si vous aimez Sherlock Holmes et les bonnes intrigues policières, précipitez-vous sur ce roman, vous ne serez pas déçus !
22 juillet 2009
L'affaire Charles Dexter Ward de H. P. Lovecraft
L'affaire
Charles Dexter Ward est un des textes les plus long de H. P.
Lovecraft, assimilable à un court roman... classique de l'auteur, ce
texte célèbre déçoit pourtant à la lecture : l'histoire est, il
faut bien le reconnaître, d'une simplicité qui confine au
simplisme.
Le problème étant que le lecteur a compris, dès les
premières pages, tout ce qui s'est passé, alors que le père du
jeune homme et le médecin de famille en restent à un cartésianisme
d'autant plus exaspérant qu'il faudra attendre vraiment la toute fin
du roman pour qu'il cesse.
C'est un très mauvais plan ! Si le lecteur voit lamentablement peiner les enquêteurs alors que lui sait déjà tout, il tourne les pages et finit par s'ennuyer. Dommage, d'autant plus que les derniers moments du livres sont sacrément dynamiques et qu'on a même le droit à un duel entre deux personnages : de l'action chez Lovecraft, shocking !
Au final, on sera inspiré de faire l'impasse sur ce titre et de s'intéresser à d'autres textes nettement plus attractifs du grand écrivain américain de science fiction.
21 juillet 2009
Meurtres en douceur et autres nouvelles de Ray Bradbury
Auteur des remarqués Fahrenheit 451 et Chroniques martiennes, Ray Bradbury a aussi signé des nouvelles. Ce petit opus intitulé Meurtres en douceur et autres nouvelles reprend quelques histoires tirées de « … mais à part ça tout va très bien ».
Le moins que l'on puisse dire c'est que le résultat donne l'impression de lire un recueil plus proche d'un fantastique à la Lewis Caroll que de la science fiction à laquelle on pouvait s'attendre.
Les deux meilleurs récits sont Echange et Meurtres en douceur : la première, nostalgique et bouleversante, voit un soldat visiter la bibliothèque de son enfance et la seconde met en scène deux vieillards qui cherchent à s'assassiner dans une ambiance de Tex Avery pervers.
Pas vu pas pris est un récit mi policier, mi fantastique intéressant mais déconcertant : à quoi bon cette histoire ? On ne comprend pas bien ce que l'auteur veut suggérer, la nouvelle étant manifestement codée. Par contre, sur Mademoiselle Vif-Argent, la symbolique est par trop évidente et on regrette que l'auteur se soit allé à de tels facilités.
Enfin, Unterderseabot Doktot semble avoir été écrit par un fou ou sous l'emprise de psychotropes : un patient en psychanalyse voit son analyse péter les plombs dans une séquence à la Yellow Submarine.
Au final, déconcertant et décevant, ce petit recueil ne donne pas envie d'en lire plus. Opération ratée pour Folio.
20 juillet 2009
H. P. Lovevraft, contre le monde, contre la vie de Michel Houellebecq
Avec cette petite monographie, Michel Houellebecq rend homme à un grand maître du fantastique (ou de la sience-fiction), Howard Phillipps Lovecraft.
Passionné depuis l'âge de 16 ans par les écrits du maître de Providence, Houellebecq analyse la création littéraire de HPL et le personnage Lovecraft : misanthrope, raciste, réactionnaire, des valeurs qui ne sont guère de mode aujourd'hui. Mais, dans le même temps, un désintéressement à l'égard de l'argent malgré des fins de mois difficiles, une attention portée à tous les jeunes écrivains réclamant son aide et une noblesse de coeur certaine. Bref, un gentleman.
Les analyses de Houellebecq sur le corpus des textes du maître sont parfaites pour s'initier à son travail, se sensibiliser à ses obsessions, à son style si particulier et partager sa conception du monde. Car les écrits de HPL sont déroutants, avec un style scientifique obsessionnel déroutant et un goût pour les crises de nerfs esthétiques. Lovecraft ? Le grand écrivain contemporain – raciste (la science lui donne ses bases scientifiques) et anti-moderne (la science se prétend l'alpha et l'oméga du monde et affirme que le progrès sauvera l'humanité).
H. P. Lovecraft, contre le monde, contre la vie est un superbe ouvrage dont la taille ne laisse pas deviner son intelligence et sa richesse. Une introduction indispensable aux écrits de Lovecraft – une préface parfaite – et aux propres livres de Houellebecq ; lisible aussi bien par les fanatiques de HPL que les néophytes complet.
19 juillet 2009
La cinquième montagne de Paulo Coelho
De Paulo Coelho, on peut un peu tout dire : qu'il écrit mal, qu'il se fait passer pour un gourou, qu'il est un écrivain pour lectrices d'hebdo' féminins, qu'il a vécu une vie plus riche que n'importe laquelle, qu'il a connu des expériences ésotériques suffisamment sérieuses pour l'amener à considérer la vie sous un angle différent. Psychologue ? Charlatan ? Auteur ? Faiseur ? Le bonhomme divise.
En tout les cas, avec La cinquième montagne, notre romancier brésilien s'attaque des thématiques théologiques de très hautes volées et, pour le coup, reconnaissons qu'il y a apporte des réponses audacieuses.
L'histoire est celle du prophète d'Elie, fuyant Israël, pourchassé par sa reine, Jézabel. Séductrice, elle a détourné le roi des Juifs de la religion de Yahvé et lui a fait adorer Baal... Désespéré, Elie, qui a remis en cause le culte à Baal, est obligé de se cacher à Serapta, cité phénicienne qui compte se servir de notre prophète comme monnaie d'échange avec Jezabel. Mais l'armée assyrienne vient se mettre sous les murs de Serapta : entre Elie, le gouverneur, le prêtre et le commandant de Serapta s'engagent des relations complexes qui auront des conséquences dramatiques.
L'histoire (inspirée de la Bible – cliquez ici pour en savoir plus) pourrait, à la lecture de ce résumé, paraître complexe, mais en réalité, malgré un grand nombre de protagonistes, le récit se révèle plutôt linéaire et sans grand remous. On a néanmoins plaisir à suivre Elie, jeune prophète de 23 ans qui se révèle maladroit, inquiet, apeuré et plein de doutes. Il incarne le lecteur qui s'interroge sur Dieu, la fatalité et le sens des épreuves.
Coelho aborde ainsi des sujets sensibles : l'avenir est-il prédestiné par Dieu ? Manifestement oui, puisque l'Ange du Seigneur rend des oracles. Mais alors, puisque l'oracle laisse toujours une porte de sortie, l'avenir peut donc être modifié : paradoxe ? Pourquoi sommes-nous confrontés à des drames terribles ? Pourquoi Dieu fait-il passer par le fil de l'épée les Hommes qui ne sont coupables que de vivre ?
A toutes ces épineuses questions, Coelho répond par un conte qui a le mérite de l'intelligence et de la sensibilité. Avec un ton doucement poétique, il tente de se faire comprendre – quitte à se répéter souvent. Oui, Dieu veut nous mettre à l'épreuve et oui, la mort nous attend si nous ne gagnons pas : les épreuves sont là, pourquoi ? Parce que Dieu le veut. Mais le sens des épreuves a lui un sens bien particulier et c'est ce qu'on en fait, que l'on gagne ou pas qui compte.
Vous l'aurez compris, sous ses allures de romans de gare ou de plage, ce gros conte théologique inspiré d'épisodes réels de la Bible nous invite à questionner Dieu, à l'invectiver et, même, à nous confronter à lui.
18 juillet 2009
Le Tao te King de Lao Tseu
La voie du Tao est celle du renoncement : éloge de la faiblesse, souci du rien, gratuité de la vie, refus des convenances, éloge de l'absence de désir, simplicité contre possession, dénuement contre possession...
Tao est l'expression d'un alliage parfait entre le principe mâle et femelle ; occident et orient ; volonté et non agir ; désir et renoncement.
De cette alchimie du refus (refus de tout ce qui, en tant normal, assure à un Homme sa puissance) naît la qualité de la sainteté. La sainteté comme possibilité de voir au-delà des apparences et de triompher du manichéisme esthétique.
Le Tao confirme l'illusion des choses et affirme la réalité invisible qui nourrit celui étant à son écoute. Se nourrir du Tao, c'est comme lorsque la Vierge Marie était nourrie de la main des Anges : ne plus quêter la nourriture, mais la goûter ; ne pas ingérer quelque chose d'impur mais se soigner par les mets : mets de l'esprit, mets du Monde, mets spirituels, mets qui rallient à la source de l'Etre.
Lire Tao s'avère un
exercice difficile et presque impossible pour nous autres
occidentaux. On sera inspiré de lire le petit ouvrage d'Erik Sablé
chez Dervy, Sagesse libertaire taoïste qui offre une limpide
introduction à ce grand texte religieux chinois.
17 juillet 2009
Malek Chebel contre Maurice G. Dantec
Il est toujours intéressant de se pencher sur les phénomènes d'humiliation.Dans la vidéo que vous pouvez découvrir en cliquant ici, on voit Malek Chebel humilier sur un plateau de télévision Maurice G. Dantec.
Dantec n'est certes pas le plus sympathique des intellectuels français et le personnage a quelque chose de malsain. Toutefois, pour un soi-disant croyant dans une religion faite d'amour et de respect de l'autre, on voit un Malek Chebel qui prend un malin plaisir à enfoncer Dantec. Remarquez bien : jamais il ne discute avec lui mais il le rabaisse. Lorsque Dantec commet son lapsus sur les Pères de l'Eglise – un lapsus charmant, il en rit lui-même – l'autre le taille ; aucun rire, aucune volonté de dialoguer mais juste de rendre l'autre médiocre, de le frapper jusqu'à ce qu'il demande grâce.
Monsieur Maléfique et autres nouvelles de Truman Capote
Figures crépusculaires des Etats-Unis, les personnages de Tuman Capote sont des prisonniers attendant dans le couloir de la mort leur fin – le couloir de la mort ? de la vie – ; ils vivent comme vous et moi mais leurs âmes sont mortes.
Dans Monsieur Maléfique, une jeune femme vend ses rêves à un homme étrange en échange de quelques dollars – au risque de perdre son âme ?... Tels des enfants, au jour de leur anniversaire met en scène une petite femme dont le charme s'étend sur tout un village... enfin, avec Une dernière porte est close, un employé de bureau réalise quel sale type il est.
Capote maîtrise parfaitement la couleur de ses nouvelles – obscures, d'un ocre mélancolique, elles sont des miroirs de nous-mêmes, faisant naître chez les êtres de fiction les tristesses dont nous n'avons pas ou ne voulons pas avoir conscience : la solitude, la mort, la folie : trinité thématique déclinable à l'infini et dont le célèbre romancier américain célèbre l'insupportable plénitude.












