Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

30 avril 2008

L'Homme sans gravité de Charles Melman

index_melman

L’Homme sans gravité est le fruit de longs entretiens menés par Jean-Pierre Lebrun, psychiatre et analyste, avec Charles Melman, praticien revêtant les mêmes qualités professionnelles. La thèse de Melman se résume ainsi : « Nous passons d’une culture fondée sur le refoulement des désirs, et donc la névrose, à une autre qui recommande leur libre expression et promeut la perversion. La “santé mentale” relève ainsi aujourd’hui d’une harmonie non plus avec l’idéal mais avec un objet de satisfaction. La tâche psychique s’en trouve grandement soulagée et la responsabilité du sujet effacée par une régulation purement organique. »

Le sexuel n’est plus cause du désir de l’Homme. La jouissance – la jouissance sans entrave : necroscopique, auditive, scopique... – obsède les corps. La disparition du Père en tant qu’ordonnateur de la Loi et marqueur des limites de cette même jouissance provoque un délire : passage de la névrose à la psychose et, autre corollaire, déperdition du sujet de l'inconscient qui ne s'entend plus parler. La perversion règne, notamment dans des cas cliniques inédits faisant froids dans le dos. Melman confesse son inquiétude et son impuissance : de mémoire d’analyste, on n’avait jamais vu cela ! Les analysants ne veulent plus vivre, ne peuvent plus s’accrocher au quotidien, s’interrogent sur leur pédophilie. Consommer, consommer, consommer : l’infecte trinité de notre temps.

Il y a des défauts à cet ouvrage : notamment son caractère décousu, les entretiens répétant des thématiques voisines, mais sous des angles différents. Au final, on a parfois la sensation d'être d'accord avec l'auteur mais sans bien se souvenir de la raison de ce consensus !

Ce livre est intrinsèquement réactionnaire : aucunement raciste, xénophobe ou violent. Non. Réactionnaire au sens de réflexe de survie. Melman prend place aux côtés de Jacques-Alain Miller (son ancien analysant qui le déteste), Alain Soral ou Eric Zemmour. Si vous croyez que tout va bien, lisez ce livre. Si vous n’allez pas bien, que vous avez l’impression de ne plus y retrouver dans ce monde, cet ouvrage pourra vous rassurer : non, vous n’êtes pas tout seul, et si vous avez la force de vous questionner, il est encore le temps de réagir.

Gallimard, 5,80 euros. 

Posté par Menon à 19:48 - Psychanalyse - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 avril 2008

Jean-Jacques de Frédéric Richaud

317qs3LqbSL

Dans ce Jean-Jacques, conte écrit autour de la figure tutélaire de Rousseau par Frédéric Richaud, plane aussi l’ombre d’un roman inachevé de Flaubert, Bouvard et Pécuchet. A l’instar de nos deux sombres idiots, Jean et Jacques sont deux fils de paysans enrichis, entichés de Rousseau dont ils se croient les disciples et persuadés de pouvoir créer un jardin, dans leur domaine, qui soit l’expression de l’eden rousseauiste. Leur volonté finale étant de faire venir leur maître. Mais voilà : ce dernier n’entend en rien parler d’eux et se dirige plutôt chez leur marquis de voisin. S’en suivent de tristes aventures pour les deux frères, guère aidés par leurs natures d’idiots.

L’histoire de Jean et de Jacques est aussi la nôtre : qu’il s’agisse de notre propension à nous « faire des films », de notre désir de nous croire au dessus des autres, de notre mauvais orgueil qui vient se nourrir de notre dernière petite prouesse ou qui s’entiche de nos espérances sans lendemains, nous sommes tous des Jean et Jacques en puissance. La bêtise, caractéristique unanimement partagée par l’ensemble de l’humanité, trouve ici (comme dans Bouvard et Pécuchet) un terreau noble et charmant car les deux frères excitent chez nous la tendresse et la compassion.

A la fois dramatique, ironique et léger, ce petit livre qui se lit en une heure offre un agréable moment de détente et nous invite – à nous d’accepter ou pas l’invitation – à une auto-critique de notre vacuité.

Grasset, 10,90 euros.

Posté par Menon à 17:04 - Littérature - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

24 avril 2008

Dark Angel de Kia Asamiya

51R153FYYCL

Dans cette œuvre, de scénario, point. De beaux dessins, pleins. Dark Angel compte parmi les œuvres inachevées de Kia Asamiya et s’impose comme une grosse déception.

Publié à l’origine dans les pages de la revue japonais Newtype, l’auteur raconte la destiné de Dark, fraîchement désigné comme nouveau gardien de l’Empire du Sud et obligé de se rendre à l’Empire du Milieu afin de se présenter. Sur son chemin, il croisera moult ennemis et livrera (enfin, assistera surtout) à de nombreux duels laissant des bâtiments et des terres en ruines.

Asamiya n’ayant pas vraiment envie de se compliquer la tâche, les combats sont la raison d’être de ce manga en cinq tomes qu’il ne pourra finir tant Newtype en avait marre de son histoire. On les comprends : son héros, un androgyne terne et crispant, cache bien sûr au fond de lui une entité maléfique (son prénom nous y préparait) qui se montre très violente quand on l’énerve. Bof, on a vu bien pire... Le bouillant japonais a alors filé se faire éditer aux Etats-Unis chez Top Cow (Witchblade, Darkness…) : il reprend son récit de zéro (pourquoi donc ?) et réussi à publier une histoire une fois de plus inachevée (et n’allant même pas aussi loin que son histoire japonaise) !

Au final, que reste-t-il de Dark Angel ? 5 tomes bouillants de combats, des dessins franchement réussis (mais des combats pauvrement chorégraphiés) et… c’est tout ! L’édition de Panini se révèle, à quelques défauts prêts, plutôt réussis et met bien en valeur le travail graphique d’Asamiya.

Panini, épuisé.

Posté par Menon à 09:06 - Bandes Dessinées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 avril 2008

Iron Man : Le diable en bouteille de David Michelinie, Bob Layton et John Romita Jr.

51OHZFIBMNL

Historiques, ces épisodes de Iron Man le sont. Le diable en bouteille, œuvre de David Michelinie, John Romita Jr et Bob Layton confronte en effet Tony Stark à l’alcoolisme, période qui marquera à jamais le personnage, à tel point qu’on a peine à croire au fait que Stan Lee n’avait jamais introduit la question durant les premières années du personnage.

Néanmoins, la lecture de ces épisodes fait tout de même bien peine à voir : les épisodes se succèdent sans que l’on trouve une histoire ou un événement qui conserve l’attention – le grand méchant sefait avoir une facilité déconcertante et menace à peine le héros ; l’inquiétude de Tony de voir le SHIELD prendre le contrôle de son entreprise n’est jamais résolu. Les dialogues sont bêtifiants au possible (la traduction ne doit pas aider), les personnages agissent de manière ahurissante compte tenu du contexte… bref, aucun réalisme et des séquences bien peu crédibles comme un Tony Stark maîtrisant les arts martiaux en une seule journée ou guérissant de son alcoolisme en « quelques jours »… Ajoutez à cela un dessin assez insupportable – le trait de John Romita Jr n’a aucune personnalité, l’encrage de Bob Layton gommant le style de Romita – et vous obtiendrez un album soporifique dont le seul intérêt réside dans la descente aux enfers alcoolique du héros.

Panini, 20 euros.

Posté par Menon à 09:17 - Bandes Dessinées - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 avril 2008

Tout est pur pour celui qui est pur de Jean-Yves Leloup

j

Tout est pur pour celui qui est pur, disait Saint Paul. Vraiment ? Le sacré et la sexualité font pourtant mauvais ménage. En tout cas, dans notre religion chrétienne où le corps est avili par la doxa platonicienne le ravalant au rang de chose et survalorisant l’esprit. Ainsi, les Pères de l’Eglise, et les grands noms du Christianisme, ayant été d’infatigables amants avant leur conversion, ont conçus une vive haine du charnel et de la Femme par la suite.

A travers l’image de Marie-Madeleine et Jésus, Jean-Yves Leloup (prêtre orthodoxe, théologien et psychologue) tente de réhabiliter la sexualité et de la penser à l’aune de l’incarnation… l’hypothèse est difficile, intéressante et critiquable. En effet, Leloup se base notamment sur l’évangile de Philippe dont il sait bien qu’il est gnostique. Par là, on entends des textes éloignés de l’orthodoxie de l’Eglise et valorisant un enseignement secret de la part de Jésus, parfois une haine du corps, à d’autre moment une cosmogonie néo-platonicienne, et à d’autres moments des textes très proches des Evangiles canoniques. La méthode est donc contestable.

Autre point litigieux, la volonté de l’auteur de sous entendre régulièrement que Jésus et Marie-Madeleine ont eu des relations sexuelles. Si notre prêtre a des arguments intéressants à l’appui de sa théorie (en gros : l’incarnation du Christ justifie et sauve ce que nous sommes ; si Jésus n’a pas eu de relations sexuelles, alors le sexe n’est pas justifié et donc il est mauvais. Or, Jésus a été fait homme et en tant qu’homme doit connaître et vivre toute la dimension de l’homme), il oublie un contre argument de poids : d’une part que Jésus ne peut, selon l’Eglise, aimer quelqu’un plus qu’un autre (Leloup reprend cet argument très important mais le refuse sans argumenter) et d’autre part que si Jésus a vraiment été homme, alors il peut avoir sublimer sa sexualité.

Néanmoins, il y a des chapitres ô combien intéressant même si celui sur l’incarnation n’est qu’une reprise de celui publié dans son commentaire sur l’evangile de Jean ! Mais à travers des citations de rabbins, de réflexions riches sur la nature de la sexualité, Leloup apporte des éléments à charge pour une réévaluation du rapport sacré/sexué. Son propos, parfois contestable, n’en reste pas moins nécessaire : si Dieu est partout, serait-il absent de la chambre des amants ? Et s’il est présent, que lui donne-t-on à voir de nous-même. Contre le « jouir sans entraves », le « bien jouir » ; contre le « jouir à tout prix », le « jouir lumineux ».

Albin Michel, 12 euros.

Posté par Menon à 10:57 - Religion - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

21 avril 2008

Marvel Zombies : The covers

51Xl8D3DvaLmarvelzombies1

Dans ce art-book, on retrouve les couvertures réalisées par l’artiste peintre Arthur Suydam dont le moins que l’on puisse dire est que son style ne laisse pas indifférent. Ainsi, pour chaque travail réalisé sur la série Marvel Zombies, sont proposées les couvertures originales des comics Marvel dont s’est inspiré Suydam et leurs recréations en version zombie. Le tout accompagné d’un commentaire (sans grand intérêt) du peintre sur le travail accompli. Le résultat se révèle aussi horrible que drôle, selon son propre goût pour le gore et le pastiche. Dans l’ensemble, ses recréations sont plutôt, selon moi, amusantes, mais manquent vraiment d’originalité. En effet, copier et détourner amuse un temps mais cela ne traduit, finalement à bien y réfléchir, qu’un manque d’ambition.

S’en suit d’autres couvertures, celles de Greg Land pour l’arc Zombie de Ultimate Fantastic Four et d’autres travaux graphiques réalisés spécialement pour cet art-book par différents auteurs intéressants mais n’ayant pas la maîtrise graphique de Suydam et dont la présence des planches paraît un peu forcée. Impression renforcée par les quelques vieilles couvertures de magazines zombies de Marvel dont on se demande bien ce qu’elle vienne faire ici, tant elles diffèrent artistiquement et créativement.

Au final, j’ai le regret de dire que ce Marvel Zombies : The covers n’a rien de bien excitant et je regrette même son investissement. Finalement, quand on pense que toutes les couvertures sont facilement disponibles sur le net, acheter ce bouquin constitue plus une perte d’argent qu’autre chose.

Marvel, 16,30 euros sur Amazon.

Posté par Menon à 10:41 - Bandes Dessinées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

17 avril 2008

Silver Surfer : Requiem de Joseph Michael Straczynski et Essad Ribic

51e7QtkR_cL

Récent scribe d’Amazing Spider-Man, Joseph Michael Straczynski livre dans Requiem l’ultime récit de la vie du Surfeur d’Argent à travers un graphic novel entièrement peint par l’artiste Essad Ribic. Le résultat se révèle pudique en cela que Straczynski évite tout pathos ou lourdeur narrative. Néanmoins, il manque définitivement quelque chose à cette album : on aurait aimé se sentir plus secoué et certains passages sont un peu convenus… Si pour les fans du Surfeur, l’investissement vaut le coup, l’album reste dispensable pour les autres.

Panini, 17 euros.

Posté par Menon à 18:16 - Bandes Dessinées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

16 avril 2008

Chevaliers de l’ancienne République – tome 1 de John Jckson Miller et Brian Ching

51CWqSDwHPL

Voilà une nouvelle série Star Wars plutôt surprenante et amusante : Chevaliers de l’ancienne République – tome 1, se déroule environ 4 000 ans avant l’Episode IV. On y fait la connaissance de Zaine, un padawan malchanceux et guère doué pour la Force. Lors de la cérémonie d’intronisation de son équipe, il ne se fait guère d’espoir : il y a peu de chance que son maître en fasse un Jedi. Mais l’horreur l’y attend : les maîtres sont penchés au dessus des corps morts de ses coéquipiers ! Zaine s’enfuit en trombe et s’échappe miraculeusement. Hélas pour lui, les ennuis ne s’arrêtent pas là : le voilà accusé du crime et obligé de s’allier avec des ruffians des bas fonds pour s’en sortir…

Il serait criminel de ma part de trop vous en dire sur cette série car le personnage de Zaine se révèle très intéressant : il faut savoir lire entre les lignes mais il a du potentiel, c’est clair ! Au scénario, John Jackson Miller (Iron Man) livre un script extrêmement dynamique qui ferait un malheur au cinéma. Brian Ching (Clone Wars) propose quant à lui un très bon graphisme dont la colorisation rappelle fortement celle de X-treme X-Men, période Salvador Larroca. Remplacé sur un épisode par Travel Forman, l’absence de Ching se fait sentir car son remplaçant a un style trop différent du sien.

L’album publié par Delcourt propose en tout cas, sous couverture dure, les 6 premiers épisodes avec les couvertures américaines : la lecture prend du temps et ce premier récit équivaut facilement à un long métrage. On espère une suite à la hauteur et avec les mêmes auteurs aussi : les comics, sur le long terme, ont parfois tendance à se perdre. Il serait dommage que cette série ne tienne pas la route.

Delcourt, 14,95 euros.

Posté par Menon à 08:35 - Star Wars - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

15 avril 2008

The irredeemable Ant-Man, volume 1 de Robert Kirkman et Phil Hester

ant

Scénariste en vogue (on lui doit notamment les Marvel Zombies), Robert Kirkman, allié au dessinateur Phil Hester (Green Arrow), met en scène une nouvelle incarnation d’Ant-man, l’homme fourmi. Le nouveau venu n’a rien à voir avec Henry Pym, son prédécesseur. Menteur, lâche et particulièrement vil avec les femmes, il fait partie de l’équipe du S.H.I.E.L.D. (les espions de l’univers Marvel).

Très bien fichus, les 6 premiers épisodes sont compilés dans un album au format manga, mais tout en couleur. Un deuxième tome devrait suivre qui conclura l’histoire, le comics n’ayant pas marché. Un échec qui ne devrait surprendre personne compte tenu du style de Hester (personnages aux visages taillés à la serpe, tonalité sombre des planches) et du sujet qui met à mal l’image des super héros.

Marvel, 6,92 sur Amazon.

Posté par Menon à 08:34 - Bandes Dessinées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

14 avril 2008

Le magazine Comic Box

cbhs3

Tous les deux mois, le magazine Comic Box propose un concentré d’interviews et analyses sur le comics américain. La revue jouit d’une belle maquette, les entretiens sont toujours intéressants et la culture comics des journalistes du magazine énorme : on découvre des tas de vieilles aventures de nos héros préférées permettant de comprendre leur évolution. Accompagné d’un épisode inédit (on a eu le droit aux Quatres Fantastiques de Stan Lee et John Romita Jr. Par exemple) qui ne sortira pas en revue Panini ou en album, de chroniques, news et coup d’œil sur les films inspirés des super-héros, ce magazine se révèle indispensable à tout passionné.

Dernièrement, ils ont sortis un hors série consacré aux héros technologiques. Je l’ai terminé et, malheureusement, il n'a pas le niveau de la revue ! Outre le fait que les interviews ne soient guère passionnantes à mon goût, les articles sont rarement enrichissants. Enfin, gros problème, un grand nombre de fautes d'oethrographes, de coquilles et même une question laissé sans réponse dans une interview ! A 7,50 le hors série, il y a de l'abus et on pourra se dispenser de l'achat de ce numéro pour se concentrer sur la revue courante bien plus riche.

6,50 euros le numéro et 7,50 euros le dernier hors-série.

Posté par Menon à 09:28 - Bandes Dessinées - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1  2  3   Page suivante »