25 avril 2008
Jean-Jacques de Frédéric Richaud
Dans ce Jean-Jacques, conte écrit autour de la figure tutélaire de Rousseau par Frédéric Richaud, plane aussi l’ombre d’un roman inachevé de Flaubert, Bouvard et Pécuchet. A l’instar de nos deux sombres idiots, Jean et Jacques sont deux fils de paysans enrichis, entichés de Rousseau dont ils se croient les disciples et persuadés de pouvoir créer un jardin, dans leur domaine, qui soit l’expression de l’eden rousseauiste. Leur volonté finale étant de faire venir leur maître. Mais voilà : ce dernier n’entend en rien parler d’eux et se dirige plutôt chez leur marquis de voisin. S’en suivent de tristes aventures pour les deux frères, guère aidés par leurs natures d’idiots.
L’histoire de Jean et de Jacques est aussi la nôtre : qu’il s’agisse de notre propension à nous « faire des films », de notre désir de nous croire au dessus des autres, de notre mauvais orgueil qui vient se nourrir de notre dernière petite prouesse ou qui s’entiche de nos espérances sans lendemains, nous sommes tous des Jean et Jacques en puissance. La bêtise, caractéristique unanimement partagée par l’ensemble de l’humanité, trouve ici (comme dans Bouvard et Pécuchet) un terreau noble et charmant car les deux frères excitent chez nous la tendresse et la compassion.
A la fois dramatique, ironique et léger, ce petit livre qui se lit en une heure offre un agréable moment de détente et nous invite – à nous d’accepter ou pas l’invitation – à une auto-critique de notre vacuité.
Grasset, 10,90 euros.
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