Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

22 avril 2008

Tout est pur pour celui qui est pur de Jean-Yves Leloup

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Tout est pur pour celui qui est pur, disait Saint Paul. Vraiment ? Le sacré et la sexualité font pourtant mauvais ménage. En tout cas, dans notre religion chrétienne où le corps est avili par la doxa platonicienne le ravalant au rang de chose et survalorisant l’esprit. Ainsi, les Pères de l’Eglise, et les grands noms du Christianisme, ayant été d’infatigables amants avant leur conversion, ont conçus une vive haine du charnel et de la Femme par la suite.

A travers l’image de Marie-Madeleine et Jésus, Jean-Yves Leloup (prêtre orthodoxe, théologien et psychologue) tente de réhabiliter la sexualité et de la penser à l’aune de l’incarnation… l’hypothèse est difficile, intéressante et critiquable. En effet, Leloup se base notamment sur l’évangile de Philippe dont il sait bien qu’il est gnostique. Par là, on entends des textes éloignés de l’orthodoxie de l’Eglise et valorisant un enseignement secret de la part de Jésus, parfois une haine du corps, à d’autre moment une cosmogonie néo-platonicienne, et à d’autres moments des textes très proches des Evangiles canoniques. La méthode est donc contestable.

Autre point litigieux, la volonté de l’auteur de sous entendre régulièrement que Jésus et Marie-Madeleine ont eu des relations sexuelles. Si notre prêtre a des arguments intéressants à l’appui de sa théorie (en gros : l’incarnation du Christ justifie et sauve ce que nous sommes ; si Jésus n’a pas eu de relations sexuelles, alors le sexe n’est pas justifié et donc il est mauvais. Or, Jésus a été fait homme et en tant qu’homme doit connaître et vivre toute la dimension de l’homme), il oublie un contre argument de poids : d’une part que Jésus ne peut, selon l’Eglise, aimer quelqu’un plus qu’un autre (Leloup reprend cet argument très important mais le refuse sans argumenter) et d’autre part que si Jésus a vraiment été homme, alors il peut avoir sublimer sa sexualité.

Néanmoins, il y a des chapitres ô combien intéressant même si celui sur l’incarnation n’est qu’une reprise de celui publié dans son commentaire sur l’evangile de Jean ! Mais à travers des citations de rabbins, de réflexions riches sur la nature de la sexualité, Leloup apporte des éléments à charge pour une réévaluation du rapport sacré/sexué. Son propos, parfois contestable, n’en reste pas moins nécessaire : si Dieu est partout, serait-il absent de la chambre des amants ? Et s’il est présent, que lui donne-t-on à voir de nous-même. Contre le « jouir sans entraves », le « bien jouir » ; contre le « jouir à tout prix », le « jouir lumineux ».

Albin Michel, 12 euros.

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