24 mars 2008
Neil Young, The Rza et Bruce Springsteen
Vivement conseillés sont les disques que je vous présente rapidement :
Entraînant à sa suite les musiciens de Pearl Jam, Neil Youg livre un superbe album rock avec Mirror Ball. Si on regrettera que la présence d’Eddie Veder, chanteur de Pearl Jam, se limite à des chœurs sur un morceau, force est de constater que malgré une voix plutôt folk, Young en a sous le pied, notamment sur le superbe premier morceau, tout droit échappé d’une taverne de pirates amateurs de métal.
Superbe film, superbe bande son : introuvable en France, mais disponible en import, réservez une oreille attentive à l’OST de Ghost Dog, signé par un des rappeurs les plus côté des USA : The RZA. Presque pas de chansons sur ce disque, mais des musiques entre le blues, le sample et le jazz pour une ambiance remarquable, urbaine, froide et torturée. Une pépite.
Il refuse de se laisser débrancher et rallume la guitare électrique dès le deuxième morceau : Bruce Springsteen signe avec Unplugged un superbe album de folk rock avec de très beaux morceaux comme Lucky Town, Human Touch ou Darkness on the edge of town. Vivement conseillé pour son ambiance bluesy avec la voix virile et cassée du Boss.
23 mars 2008
Le Hagakure de Iocho Yamamoto
A Rome il y eut Marc Aurèle, au Japon Iocho Yamamoto. Le Hagakure – ou plutôt la sélection des 11 parchemins le composant que nous propose Guy Tredaniel, éditeur spécial dans les ouvrages liés aux arts martiaux – est un magnifique ouvrage de sagesse stoïcienne, recueil de pensées d’un samouraï qui, après la mort de son maître, s’est fait moine pour veiller sur son âme.
La noblesse et la sagesse des paroles de Yamamoto font de ce livre un ouvrage intemporel : face au monde, le samouraï est un être pour la mort. Décidé à périr dans la seconde, cet instant a dès lors valeur d’éternité. Puisque parfait, ce moment l’autorise à la perfection : la tête tranchée, le samouraï peut accomplir une dernière action ; réveillé, son esprit tend tout entier vers le service de son maître ; dans ses paroles, les mots sont polis et pudiques, se donnant comme le Cerisier offre ses fleurs, chutes de la Beauté. Que prendre à celui qui n’a rien que son honneur ? Sa vie n’étant qu’une abstraction, rien ne le retient. L’occasion, aussi, de réfléchir au fanatisme et au terrorisme que ce livre éclaire d’un jour différent : à la fois dans la compréhension du mécanisme du terroriste et aussi dans ce qui le sépare du samouraï.
Magnifique recueil, le Hagakure peut intéresser tout le monde – pratiquant martial ou simple employé de bureau – et élever tout le monde. De la même manière que l’empereur Marc-Aurèle reste un maître, Iocho Yamamoto continue d’enseigner malgré les siècles.
Guy Tredaniel, 13,70 euros.
17 mars 2008
Le traité des cinq roues de Miyamoto Musashi
Equivalent japonais de d’Artagnan, Miyamoto Musashi a écrit le Traité des cinq roues (ou cinq anneaux, selon la traduction) à la fin de sa vie pour y résumer l’essence de la Voie du sabre et parler de son Ecole qui utilisait les deux sabres. Il s’agit d’un traité plutôt technique qui aura du mal à intéresser un non pratiquant d’art martial. Il faut en effet avoir en tête des combats de kendo pour bien comprendre les tactiques enseignées par Musashi.
Ce dernier se révèle un professeur assez surprenant : rares en effet sont les maîtres à confesser la difficulté à transmettre une idée par l’écrit ! Mais Musashi est d’une grande franchise : il reconnaît naturellement que la Voie ne peut se dire uniquement par l’écrit puisqu’elle reste affaire de pratique. De plus, il n’a pas de formation philosophique particulière : Musashi s’est fait seul, apprenant l’art de la calligraphie, réfléchissant au sens de la vie… son dernier chapitre, consacré au Vide, se révèle ainsi aussi court que cryptique. Car comment transmettre ce qui ne peut être enseigné ?
En réalité, pour comprendre Musashi, faut-il soi-même être un oriental ? Pas nécessairement : on repère en effet des idées proche de celles des stoïciens chez lui (comme dans ce texte qu’il écrivit avant d’expirer) ou d’un Montaigne. Chez Musashi, on retrouve la volonté du « bien faire » : l’idée que l’Homme est une construction, une bâtisse érigée par la volonté et que la Voie est un « bien faire » permettant d’atteindre un but précis, l’excellence au combat. Et ceci au détriment du beau geste ou de l’élégance, la performance devant laisser place à l’efficacité… On pourrait aussi faire un parallèle entre la rupture de Saint Paul avec le Judaïsme (
Albin Michel, 6,50 euros.
13 mars 2008
Elvis Presley – Last train to Memphis : le temps de l’innocence (1935-1958).
L’histoire d’Elvis Presley tient aujourd’hui plus de l’hagiographie ou du ragot de caniveau que du travail d’historien. Pourtant, si on s’autorise à écrire un livre sur un personnage, qu’il soit militaire, homme politique ou chanteur, on ne peut qu’espérer de l’exactitude et de la rigueur.
Ces caractéristiques semblent être des qualificatifs convenables pour le livre signé par Peter Guralnick sur le King : Elvis Presley – Last train to Memphis : le temps de l’innocence (1935-1958). L’auteur a suivi la carrière d’Elvis avec soin et on sent qu’il cherche à coller au plus près à la vie de son sujet. Le résultat est assez impressionnant : la bibliographie est énorme et à partir des débuts du chanteur, chaque gros chapitre ne couvre qu’une année de sa vie. En tout, il y a plus de 500 pages de récit qui n’ennuie que rarement.
Les débuts du chanteur sont en effet moins intéressants que sa période de maturité. Elvis n’est qu’un gosse parmi d’autre, plutôt du genre nerd, qui n’éveille que peu l’intérêt des gens. Difficulté à s’intégrer, visage constellé d’acné, timidité, panique à l’idée de monter sur scène, mais en même temps, une formidable volonté d’être aimé, un sens aigu de l’observation, une compréhension quasi animale des sentiments de la foule. L’histoire d’Elvis ne ressemble à aucune autre car elle est celle d’un gamin qui ne quitte pas les jupes de sa mère, romantique et léger à la fois, pas du tout préparé à devenir une star et qui pourtant donne au qualificatif ses lettres de noblesse.
Elvis en larme à l’armée, dans la chambre de son colonel, qui pleure de ne pas tenir le choc de la séparation d’avec ses proches, Elvis en larme à l’enterrement de sa mère, presque incapable de tenir debout, Elvis rendant hystérique des foules prêt à le tuer en lui arrachant ses vêtement (René Girard et sa théorie du désir mimétique et bouc émissaire n’est pas loin), Elvis rotant sur scène et rendant fou ses fans, Elvis sommé de s’expliquer sur son immoralité lui qui lit la Bible et la commente régulièrement : voilà des images fortes qui vous marqueront. Et le meilleur reste à venir : la période des films ratés promet de nous offrir une introspection psychologique intéressante, sans parler du chemin de croix de Vegas qui fit du King un martyr raté.
Le castor astral, 32 euros.
05 mars 2008
Les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête de Luc Adrian et le Père Pascal Ide
On passe un très bon moment en compagnie de ce livre : Les 7 péchés capitaux ou ce mal qui nous tient tête est l’œuvre de Luc Adrian, journaliste à Famille Chrétienne et le Père Pascal Ide, prêtre du diocèse de Paris. Ne vous imaginez pas qu’il s’agit d’un livre moralisateur et rasoir. Un coup d’œil à la photo des deux auteurs, au dos du livre, donne une petite idée de leur côté décalé : paire de lunettes noires, accoudé à un pur tagué. Un soupçon de rock’n roll, non ?
En tout cas, ils font preuve de beaucoup d’humour et de pédagogie. Chaque péché se voit traité dans ses différents aspects : en quoi constituent-ils un mal ? quelles sont les dérives auxquelles ils concourent ? à quelles vertus s’opposent-ils ? Le tout complété par un cours donné à un démon (!), franchement amusant, truffé de jeux mots débiles comme je les aime et qui montre comment le démon exploite nos faiblesses. Enfin, chaque chapitre se termine sur une fine et intéressante analyse de film mettant en scène le dit péché. C’est très instructif, même lorsque l’on n’a pas vu le long métrage en question.
Aux cours des pages, on se découvre orgueilleux, gourmand, paresseux ou libidineux et on repère aussi le comportement d’amis ou de collègues de bureaux ! Au final, on souffre un peu de voir son image égratignée à ce point mais il ne faudrait pas en concevoir une impression de désespoir, du type : « je suis trop nul, je ne changerais jamais ». L’épilogue au livre termine ainsi sur une note résolument optimiste, celle du pardon de Jésus, qui nous invite à nous dépasser sans en trépasser de fatigue pour autant.
Vraiment bien écrit et amusant, cet ouvrage de moral intéressera aussi les non-chrétiens, même si ces derniers risquent d’avoir beaucoup plus de mal à entendre les bons conseils donnés pour éviter de tomber trop bas.
Edifa, 16 euros.
Walk the line
Grosse déception pour le film I walk the line : biopic consacré à l’histoire d’amour entre Johnny Cash et June Carter, ce qui aurait du être un film bouleversant sur la rédemption d’un homme décrochant de la drogue par amour et explosant comme chanteur de country ressemble à une petite comédie romantique pour ados bobos.
Tourné de manière académique sans l’ombre d’une idée un tant soi peu original, le film déçoit par la décevante prestation de Joaquin Phoenix qui a l’air de ne pas savoir ce qu’il fait là. Regardez un peu ses yeux morts ! Mais bon sang, il ne se passe rien chez ce type ! Reese Witherspoon est bien meilleure et franchement excellente par moment, mais de là à décrocher l’Oscar de la meilleure actrice… le niveau est tombé bien bas.
Mieux vaut écouter les chansons du Man in black plutôt que de perdre votre argent devant ce long métrage franchement trop long (130 min).
20th Century Fox Home Entertainment, 5,99 euros sur Amazon.
03 mars 2008
Coraline de Neil Gaiman
Envie d’une petite frayeur ? Aucun problème avec Coraline de Neil Gaiman, à la petite condition que vous ayez conservé quelque chose de votre âme d’enfant. Coraline rappelle en effet l’univers des contes de notre enfance, mais habilement remis au goût du jour par un romancier bien connu des amateurs de fantasy, comics et fantastique.
La petite Coraline vit dans une grande maison dont elle occupe un étage en compagnie de ses parents. Au rez-de-chaussée, on retrouve deux vieilles dames, anciennes gloires du théâtre et à l’étage un « crazy old man » comme elle l’appelle qui promet de lancer un spectacle avec des rats… S’ennuyant, la petite questionne sa maman sur la présence d’une porte bien mystérieuse : cette dernière s’ouvre en effet sur… rien ! Ou plutôt, sur un mur qui a bouché l’ancienne demeure à laquelle l’actuelle maison fut un jour accolée.
Mais voilà : à trop vouloir ouvrir des portes donnant nulle part, on finit par réveiller de vilaines choses. C’est qu’il y a un autre monde derrière cette porte, prêt à s’ouvrir uniquement pour Coraline et où l’attendent ses « other parents » bien plus gentils et attentionnés que les siens mais dont les yeux ont été remplacé par des boutons cousus…
Un grand plaisir de lecture attend l’amateur qui ouvrira Coraline. Neil Gaiman a, dès ses premiers romans et nouvelles, déployé de louables efforts, et il signe ici un de ses meilleurs livres. Le style reste très accessible en Anglais, puisque destiné à des enfants. Son histoire ressuscite les histoires de notre enfance mais pour un public contemporain. Les situations sont inquiétantes, certes, mais Gaiman réussit néanmoins à éviter toute sensation d’angoisse. Du coup, on peut vraiment donner ce genre de livre à un gamin dès ses huit ans. La morale du livre, par contre, manque un peu de cohérence. A moins qu’il ne faille considérer que ce livre a pour but de dédramatiser le rapport de l’enfant avec tout ce qui est de l’avenir et de l’inconnu. Néanmoins, le roman donne à voir un beau portrait de fillette, courageuse et intelligente qui plaira autant au jeune public qu’aux grands enfants.
Harper Trophy, 6,99 dollars.
Vaches de Frédéric Boyer
Méditations poétiques sur les ruminantes ou bien projection sur les vaches de pensées mélancoliques dédiées aux Hommes ? Difficile de trancher et déterminer ce que Frédéric Boyer a vraiment voulu écrire ou dire.
Court recueil qui se lit en une petite demi heure, Vaches propose quelques courts paragraphes consacrés à nos amies qui font « meuh ». Elles charrient un certain regret : celui du lien social des roussettes et pâquerettes qui n’ont ni colère, ni ressentiment, ni envie en elles… de ces animaux au calme olympien, broutant sans sourciller, entourées d’insectes bruyants chassés de coups de queue.
Une apologie des vaches ? Ou bien une critique de l’Homme et de sa tentation violente, de sa pulsion de mort ? Finalement qu’importe. La poésie douce et tendre de Boyer dit très bien notre mal être. Il y a beaucoup de tristesse dans ces pages, mais elles ont le mérite de consoler.
POL, 10 euros.
02 mars 2008
Le Tragique et la Pitié de René Girard et Michel Serres
Le 15 décembre 2005, René Girard fait son entrée à l’Académie française. La tradition impose au nouveau venu de prononcer un discours faisant l’éloge de son prédécesseur, en l’occurrence le révérend Père Carré, dominicain rendu célèbre par ses sermons à l’église parisienne de Notre-Dame.
A partir du Journal de l’ecclésiastique, Girard épingle un fait lui paraissant essentiel dans l’économie de sa foi : à quatorze ans, Carré connaît une expérience mystique le laissant à genou. Persuadé d’avoir un lien direct avec Dieu, il décide de rentrer dans les ordres en espérant devenir un saint. Peine perdue, cette expérience mystique ne reverra jamais le jour, le conduisant parfois à un certain désespoir… Girard interroge donc cette difficulté, cette épine de la chair qu’a connu le Père Carré et analyse comment cette absence renouvelée de la grâce conduira l’ecclésiastique à imaginer que le souvenir de la grâce en constitue une nouvelle, renouvelée par la mémoire.
A sa suite, Michel Serres se livre à un véritable panégyrique de René Girard, le nouvel élu de l’Académie étant accueilli par un discours prononcé de la bouche de l’un des membres. Ami de René Girard, Michel Serres poétise – il n’y a pas d’autre expression qui me vient en tête – la théorie du désir mimétique et du bouc émissaire de Girard dans un discours aux accents magnifiques, tout en élévation de l’âme, en cri littéraire, en pensée anti-moderniste lyrique. Le résultat, somptueux, est une symphonie pour les oreilles.
Il y a ainsi des petits plaisirs que l’on ne doit pas se refuser. Bien que cher pour les 97 pages de discours qu’il propose, cet ouvrage n’en reste pas moins un plaisir en solitaire de lecteur : entendre prononcer de si beaux discours, jouir de l’éloquence affichée comme moyen de triompher du monde en déclin de lui-même, guetter la spirale de l’élévation de l’esprit… quoi de plus agréable ?
Le Pommier, 10 euros (à noter que ici vous trouverez le discours de René Girard et là celui de Michel Serres)
01 mars 2008
American recording IV de Johnny Cash

Ils sont rares les disques qui vous touchent et s’imposent à vous par leur qualité, leur honnêteté et leur éthique.
Le American Recording IV de feu Johnny Cash en fait partie. Composé de 14 superbes morceaux country, il propose à la fois des reprises (Hurt de Nine Inch Nails, The first time I ever saw your face de Ewan MacColl, Personal Jesus de Depeche Mode ou encore In my life des Beatles) et des morceaux originaux de Cash.
Servi par la voix de baryton dépressif du chanteur et un accompagnement minimaliste laissant toute la place à cette voix d’outre tombe et aux paroles, ce disque nous donne à entendre un grand de la musique populaire américaine, sur la fin de sa vie, hanté par l’idée de sa mort prochaine, de la confrontation avec Jésus et du sort de son âme.
Magnifique, émouvant (écouter le tragique récit de I hung my head), Johnny Cash, seul ou en duo (avec la douce Fiona Apple ou le rugueux Nick Cave) éblouit par sa maîtrise vocale, son sens du rythme, sa capacité à personnaliser des classiques du répertoire rock et prouve que le vieil homme qu’il était lors de cet enregistrement surclassait encore d’une tête la quasi-totalité de la scène rock d’aujourd’hui.











