Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

29 février 2008

Enquête sur la christianophobie de Michel De Jaeghere

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Si vous aimez les livres décryptant l’actualité et révélant les manipulations médiatiques, Enquête sur la christianophobie vous intéressera, à condition que vous éprouviez pour l’Eglise catholique et ses valeurs un minimum d’intérêt.

Michel De Jaeghere, à travers ce livre, recenses les récentes évolutions de notre société en matière de libération sexuelle, de droit à l’avortement, de rapport à l’euthanasie et interroge la place des Chrétiens dans la France d’aujourd’hui. Son constat est sans appel : la déchristianisation de notre pays est ontologiquement en rapport avec le nihilisme matérialiste. Une argumentation que j’ai moi-même défendue plus d’une fois.

N’en reste pas moins qu’on peut avoir un certain malaise lors de la lecture. De Jaeghere a en effet une vision du christianisme à prétention totalitaire. Non pas dans le sens fasciste du terme, mais au niveau culturel. Pour lui, il voudrait faire de Jésus – ou plus exactement de la vision du lien liant la société à Jésus d’après la doxologie romaine – l’alpha et l’omega des valeurs française… idée discutable puisqu’à tendance théocratique. Rien n’est formulé de la sorte, je précise, mais tout concourt à le faire comprendre. Néanmoins, compte tenu de la place des Chrétiens dans la société actuelle, une telle prétention tient plus du fantasme que de la réalité et s’explique par un désir justifié.

Plus gênante, son attitude vis-à-vis des Juifs qui se trouvent égratignés au cours du livre – et parfois à juste titre, comme dans la campagne de presse dirigée contre La passion de Mel Gibson. Le problème tien à ce que l’auteur semble, au cours d’un passage de l’ouvrage, justifier le recours à l’antisémitisme. Il affirme en effet, qu’avant Vatican II, Rome estimait que les souffrances du peuple juif était la conséquence du meurtre de Jésus (peuple déicide). Or, cette idée, loin de choquer l’auteur, semble au contraire lui paraître comme justifiée… bien sûr, cela ne concerne qu’un petit passage de l’ouvrage, mais dénote toutefois, avec d’autres indices, d’une vision intransigeante de Vatican, traditionaliste pour le dire. Ce n’est pas vraiment malsain, mais par moment, toutefois, on se prend à s’interroger sur les implications de telle ou telle idée de l’auteur.

Néanmoins, ne rejetez pas cet ouvrage pour cela. Il s’agit d’une très intéressante analyse des jeux d’influence des médias français, et de la façon dont sont manipulées les faits divers et sondages d’opinions pour affirmer et confirmer une tendance nihiliste qui, on le constate de jour en jour (y compris par les plus jeunes), ne conforte en rien l’Homme, mais le laisse angoissé face à un monde en pleine mutation et auto destruction.

Renaissance catholique, 15 euros.

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25 février 2008

Dieu est Amour de Benoît XVI

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Dieu est amour a été la première encyclique écrite par Benoît XVI. Sa parution aura été raison de quelque troubles : en entamant son pontificat par la question de l’Amour de Dieu, Benoît XVI a sans doute du donner l’impression de participer à la moraline ambiante, l’amour étant un sujet tellement tendance dans une société qui n’a jamais autant parlé de ce qu’elle ne comprends pas.

Cette encyclique, d’ailleurs, trompe quelque peu l’attente du lecteur. Si elle commence en effet par une étude comparée de l’Eros et de l’Agapè, à savoir amour érotique et amour inconditionnel, l’encyclique finit rapidement par dépasser cette simple réflexion. Enfin, simple, voilà un bien grand mot. La question du rapport de l’Homme à Dieu et de l’Amour les unissant n’a rien d’une évidence. Toutefois, le texte de Benoît XVI ne se révèle pas particulièrement riche : on y apprend l’essentiel, à savoir que l’Amour se donne mais se reçoit tout autant et que l’Agapè n’exclut pas l’Eros, mais lui apporte une assise morale et éthique. Aimer, ce n’est pas consommer l’Autre. Aimer ne consiste pas non plus dans le sacrifice de soi confinant à la position de l’esclave. Aimer, c’est conditionner ses sentiments pour l’Autre dans un rapport éthique et moral consistant à vouloir pour ce dernier le meilleur sans s’exclure soi-même de l’équation.

La deuxième partie de l’Encyclique se révèle plus particulière : elle insiste sur les actes de charité (mot français censé traduire le terme grec d’Agapè. Mot totalement galvaudé aujourd’hui et qui ne restitue en rien l’idée présente en Grec) comme constitutionnels de la fonction de l’Eglise. Si cette dernière ne compte pas imposer de croyances par respect du principe de laïcité, elle insiste sur le fait qu’elle n’entend pas se limiter à la prière pour les âmes : les actes de charité sont l’essence et le sens de la fonction de l’Eglise et il n’y a pas de raison de laisser aux laïcs ce domaine dans la mesure où donner, soigner ou aider un être en souffrance ne peut, du point de vue catholique, exclure la dimension affective du geste. Contre les professionnels de la compassion et les enthousiastes du malheur humaine, Dieu est Amour affirme donc le sens personnel et essentiel de la relation entre les Hommes. C’est sans doute que, pour Benoît XVI, l’échange et le don doivent faire office de parure pour l’Eglise en signifiant que le partage reste le cœur du message de Jésus.

Certains ont ainsi été étonnés de voir par la suite le Pape affirmer avec force et tranquillité la supériorité du message de Jésus sur celui des autres religions. En être surpris constitue une forme de naïveté. Car une Eglise ne s’appuie par uniquement sur une éthique ou une morale pour fonctionner. Ethique et morale seraient inefficaces sans fondements stables. La révélation du Christ constitue la pierre angulaire qui fait tenir l’édifice de l’institution et assure la détermination et la conscience des bénévoles et laïcs chrétiens.

Le Cerf, 3 euros.

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24 février 2008

Je vois Satan tomber comme l’éclair de René Girard

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Les Evangiles proposeraient-ils un mythe semblable aux autres mythes ? Après tout, la Passion fonctionne, à première vue, comme n’importe quel récit religieux du genre décrypté dans les précédents ouvrages de Girard : un phénomène d’hystérie collective, avec le choix d’un bouc émissaire, sa mise à mort dans une parodie de couronnement et d’honneurs, suivi de sa déification. A première vue, les Evangiles respectent le cahier des charges type.

Mais les choses, en apparence si évidentes, cachent une tout autres réalité, nous explique René Girard dans Je vois Satan tomber comme l’éclair : car Jésus est innocent, le texte le dit, l’affirme, et le défend. La croix révèle cette innocence et la fureur des bourreaux, tout comme la résurrection démontre que la déification n’a pas été décidée par la masse haineuse, mais affirmée par le petit groupe de disciple qui aurait pourtant du se trouver sans force, ni courage. Loin, donc, de faire l’apologie du déchaînement mimétique comme les Grecs sous couvert d’histoires merveilleuses et symboliques, les Evangiles constituent une reconnaissance sans faille de l’innocence de la victime pourchassée par ses bourreaux. Et cela en parfait lien logique avec l’Ancien Testament.

De fait, Je vois Satan tomber comme l’éclair permet à René Girard de reprendre la réflexion entamée dans Des choses cachées depuis la fondation du monde en soulignant la radicale opposition entre le récit biblique et le récit mythologiques. Deux analyses fortes et passionnantes donnent corps à sa démarche : tout d’abord, une comparaison entre le récit d’une mise à mort à Ephèse d’un « démon » qui permet à la ville de guérir de la peste et l’histoire de la femme adultère dans l’Evangile de Jean avec son fameux « Que celui qui n’a jamais pêché lui jette la première pierre ». Ensuite, à travers la comparaison entre l’histoire d’Œdipe popularisée par le dramaturge Sophocle et le récit des mésaventures de Joseph en Egypte et de son accession au poste de conseiller de Pharaon.

Très beau, ce livre est nettement plus accessible que Des choses cachées depuis la fondation du monde. Hélas, découvrir René Girard par cet ouvrage n’est pas conseillé : le lecteur ne pourra pas apprécier tous les éléments du texte car il est important de bien comprendre la théorie mimétique de l’auteur pour profiter de ses développements. En tout cas, il s’avère comme particulièrement intéressant, bien écrit et fort dans ses conclusions. Une superbe étude anthropologique du fait religieux et de la spécificité du Christianisme face aux mythes gréco-romains.

Le Livre de Poche, 5,50 euros.

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21 février 2008

Le Princes des Anges, Saint Michel du Père Gilles Jeanguenin

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Dans la série, « j’aime les Anges », je voudrais l’Ange Michel : le protecteur d’Israël, devenu défenseur de l’Eglise dans le Nouveau Testament, celui qui a fait chuter Satan sur Terre (merci du cadeau !) et qui, à la fin des Temps, est supposé réitéré son exploit.

Ici, le Père Gilles Jeanguenin livre 90 courtes pages, mais bien remplies. Sont rappelées très brièvement les mentions faites de Michel dans la Bible avec, au passage, une étrange affirmation. Jeanguenin affirme que l’Ange du Seigneur de l’Ancien Testament serait Michel ! Pour ceux qui connaissent la Bible, il faut savoir que l’Ange du Seigneur apparaît très, très, mais vraiment très souvent et que, selon les notes de la TOB (Traduction oecuménique de la Bible), l’Ange du Seigneur est en fait une périphrase qui décrit Dieu lui-même. Donc, je m’interroge sur la source de Jeanguenin. Si elle se révèle juste, alors Michel a une place essentielle dans la Bible. Mais je doute vraiment de cela.

En tout cas, ce rappel des passages Bibliques occupe uniquement quelques pages et en fait, le gros de l’ouvrage s’avère consacré aux paroles de Pères de l’Eglise et de Saints concernant Michel, nous donnant aussi la possibilité de connaître les légendes  l’entourant et de lire de très belles prières à son attention qui n’oublient pas ni Marie, ni Dieu.

Au final, on a l’un petit ouvrage un peu cher au vu de son nombre de page, mais très utile et pratique. Les prières sont vraiment le point le plus intéressant de ce livre, certaines étant très fortes.

Pierre TEQUI éditeur, 6 euros.

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Sire de Jean Raspail

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Oh le nanar ! Oh le vilain livre tout pourri que voilà !!

Sur la foi de critiques dithyrambiques du site d’Amazon (comme quoi, l’avis des lecteurs, des fois ça ne passe pas), j’ai acheté sur un coup de tête ce triste Sire. Roman écrit par Jean Raspail, journaliste et romancier royaliste, il met en scène, de nos jours, le retour du roi à la tête de notre beau pays. Le dit roi est un adolescent de 18 ans aussi inintéressant que peu réaliste, pur de tout pêché (et moi qui croyait que la Vierge fut une exception !), servie par une sœur qui nourrit une admiration franchement risible pour son frère, et entouré de joyeux compagnons tout droits sortis d’un conte de Voltaire.

Ajoutez à cela un méchant ministre de l’intérieur, aussi nul que pas méchant, un ancien Jésuite reconverti dans la police et qui est sans doute le policier le plus nul qu’on n’ait jamais vu, et vous aurez une petite idée du niveau de ce pathétique roman qui est, de surcroît, mal écrit (enfin, un pauvre style journalistique sans saveur).

Entre 10 et 15 ans, ça doit fonctionner pour de jeunes adolescents qui se seraient extasiés sur le cycle arthurien. Mais passé cet âge, ce livre fait surtout de la peine pour son auteur et ses amateurs.

Précisons, pour terminer, que je n’ai pas dépassé les 100 pages tellement ce roman me sortait par les yeux. En attendant, vive le roué quand même, crénom de nom !

Livre de poche, 4,55 euros.

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19 février 2008

Enquête sur l’Apocalypse de Claude Tresmontant

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Qui a encore peur de l’Apocalypse ? Oiseau de mauvais augure, le Jean de la Révélation de Patmos a consigné sa révélation dans un texte clé de la Bible pour nombre d’amateurs d’ésotérisme et d’eschatologie : la fin du monde, comme si vous y étiez ! D’où des élucubrations diverses et innombrables qui font les beaux jours des millénaristes et autres gourous. Mais pour Claude Tresmontant, l’Apocalypse n’est pas à craindre, loin de là, puisqu’elle serait déjà terminée, finie et ce depuis 70 après Jésus-Christ, date de la prise de Jérusalem !

Idée folle ? Trahison du texte ? Comment Tresmontant arrive-t-il à une telle conclusion ? Dans Enquête sur l’Apocalypse, notre théologien entreprend de confronter Histoire et Révélation. Armé des textes de Flavius Joseph et de Philon d’Alexandrie, il relate le destin de Jérusalem confrontée aux rois Herode et aux terribles César et sa rébellion suivie d’un siège mené par les Romains conduisant à sa mort. En réalité, démontre Tresmontant, l’Apocalypse raconte sous forme codée des événements contemporains parfaitement clairs pour les communautés chrétiennes d’alors. Sous forme codée parce que ces mêmes communautés sont persécutées par les Judéens (une tribu issue du peuple Hébreu et qui n’englobe pas la totalité des Hébreux) et les Romains.

Vous l’aurez compris, Tresmontant milite pour l’idée que l’Apocalypse n’a pas été écrite tardivement comme les spécialistes le prétendent mais plutôt vers 56 après Jésus Crist. Ce cheval de bataille, il l’a longuement expliqué dans Le Christ hébreu et développé constamment au cours de ses autres ouvrages. Ses arguments sont d’ailleurs probants ou en tout cas pertinents : à l’aide de nombreux exemples tirés des Evangiles, dont celui de Jean, il souligne qu’il y a des mystères, des événements peu clairs et que ces éléments tus (comme le nom de la personne dans la maison duquel Jésus et ses disciples prennent leur dernier repas) s’expliquent uniquement par le fait que les Evangiles ont été écrits très peu de temps après les événements pour la communauté chrétienne et qu’il fallait taire la vérité, de peur que Chrétiens tombent entre les mains de la police de César. A ce petit jeu là, Tresmontant se révèle très fort, même si, en réalité, ses arguments peuvent facilement être contestés. Ainsi, pour commencer, l’auteur n’explique jamais pourquoi les exégètes donnent une datation tardive des textes. Ensuite, il explique que si un nom est tu ou un lieu caché, c’est que la révélation de cet élément devait rester caché. Mais on pourrait aussi penser que la tradition orale a perdu l’information lors de la rédaction ou estimer l’information mineure pour les rédacteurs de l’époque. Tresmontant a donc tendance à vouloir trop rationaliser, expliquer, des faits sur lesquels il est impossible de se prononcer.

Il en va de même lorsqu’il s’intéresse à l’Histoire. Si ses références sont très utiles à la compréhension de l’Apocalypse, pourquoi l’auteur ne fait jamais appel aux historiens qui ont critiqué Philon et Flavius. Tresmontant écrit son livre comme si on pouvait accepter ces témoignages sans sourciller. Mais ce n’est pas de la sorte que l’on fonctionne lorsque l’on fait de l’Histoire : il s’agit d’interroger la source, de la confronter à d’autres, de tester sa fiabilité, etc. Là encore, Tresmontant croit que plus une source est vieille, plus elle serait fiable. Cela n’a rien de sûr !

Néanmoins, au-delà de ces critiques qu’on doit lui adresser, force est de reconnaître que le cœur de son analyse s’avère impressionnante. Ainsi, comment ne pas admettre avec lui que le Jean qui a écrit le quatrième Evangile et l’Apocalypse soit non pas Jean fils de Zébédée, mais Jean le grand prêtre du Temple ? Se basant là encore sur une antique source historique mentionnant ce fait, Tresmontant démontre en lisant les textes sacrés que Jean ne peut pas ne pas être une personnalité en vue et connue du Temple (sans cela, dans le quatrième Evangile, jamais il n’aurait pu donner des ordres à la servante du Temple après l’arrestation de Jésus). De même, on voit qu’il connaît parfaitement l’intérieur du Temple sacré car nombre d’éléments se retrouvent dans l’Apocalypse. Enfin, l’élément décisif tient sans doute au fait que, dans l’Evangile de Jean, Jésus fasse Paque un jour avant celui des Evangiles synoptiques. Un mystère explique avec brio par Tresmontant.

Confrontant l’Apocalypse aux Livres de Daniel et des Maccabées, notre théologien donne une interprétation intéressante du texte final de la Bible montrant que Jean annonce la prise et la destruction de Jérusalem alors qu’il écrit aux alentours de 56. Non, il ne s’agit pas de fin du Monde, nous dit-il, mais d’une espérance en cours de réalisation : la nouvelle Jérusalem est l’Eglise des Chrétiens et qu’elle a été annoncée dès le Livre d’Isaïe lorsque le prophète dénonce ses prostitutions pour ensuite louer le retour à sa virginité… Si on reste très impressionné de son analyse, on regrette toutefois que toute l’Apocalypse n’ait pas été analysée. Car que vient faire alors la lutte des Anges présente dans le texte ? Futur du Monde ou récit des Origines ? Et puis, les quatre cavaliers, ces fameux quatre cavaliers, pourquoi ne pas en parler ? Sans doute Tresmontant a-t-il traité de cela dans sa traduction complète de l’Apocalypse (toujours chez FX de Guibert) ?

En conclusion, que dire ? Ce livre, à la différence des précédents chroniqués sur ce blog, se révèle assez délicat à lire : le style - qui n’est pas le fort de l’auteur - se révèle lourd. La première partie, celle historique, s’avère extrêmement longue et les nombreuses citations tirées de Flavius et Philon ne sont pas toujours indispensables à la lecture. De plus, la méthode de l’auteur se révèle plusieurs fois discutable. Néanmoins, on reconnaîtra une grande qualité à cet ouvrages : il apaise. Finit les divagations sur la fin du Monde, le jugement dernier, la destruction de la Terre, j’en passe et des meilleures. La félicité promise n’est en fait pas à attendre dans l’au-delà, mais elle commence dès maintenant : l’Eglise représente la nouvelle Jérusalem, l’embryon de la nouvelle humanité à naître, celle qui verra l’alliance du charnel et du spirituel, de l’Homme et de Dieu. Il fallait que Tresmontant révèle ce qui devait être dit. A l’instar d’un René Girard, Claude Tresmontant empêche la peur ou l’angoisse de se propager et révèle les vérités cachées, magnifiques, derrière des mots choquants. On ne saurait donc trop recommander la lecture de cet ardu essai, pour ne plus craindre et commencer, dès maintenant, à espérer.

François-Xavier de Guibert, 28,97euros. Pour commander l’ouvrage (presque épuisé), contactez l’éditeur au 01 42 22 15 34 ou au 01 45 48 97 77

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17 février 2008

Trois essais sur la théorie sexuelle de Sigmund Freud

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Œuvre clé de Sigmund Freud, les Trois essais sur la théorie sexuelle ont été publiés pour la première fois en 1905 et remaniés au cours des années.

Dans ce livre, Freud avance une hypothèse fondamentale dans la compréhension et l’histoire de la psychanalyse, à savoir que les perversions sexuelles sont présentes lorsque l’enfant n’a pas su ou pu passer par les étapes de son développement sexuel.

Ce dernier, baptisé « pervers polymorphe », par Freud, explique le sentiment de rejet de l’opinion publique à l’égard de ces Théories. Pour la première fois, en effet, l’enfant n’est plus cet être innocent, mais un obsédé sexuel qui scrute ses camarades durant les moments de défécation, s’intéressant à ce que les filles ont entre les jambes ou prenant un plaisir onaniste dès la moment de la tétée. Le bébé sexué, voilà de quoi traumatiser n’importe quel lecteur ! Mais qu’on ne s’imagine pas que la psychanalyse excuserait la pédophilie sous le prétexte que l’enfant enquête ! Au contraire, Freud assimile cette pratique à une perversion lourde de conséquence et d’ailleurs, il avoue son incompréhension à l’expliquer.

Pour Freud, ce développement de l’enfant est essentiel en cela qu’il assure, s’il est dirigé correctement, l’intérêt pour les parties génitales et le rapport coïtale. Et l’indispensable élément à cela reste l’amour de la mère qui, en assurant l’enfant de ses sentiments à son égard, permet à ce dernier de mener son enquête de manière apaisée.

Mais si l’enfant a des parents névrosés, assurément il le sera. Si une étape de son développement a raté, cela entraînera une perversion. Donc, pas question d’interdire la quête de l’enfant. Pas question de le culpabiliser. Mieux vaut laisser ce dernier s’amuser avec son corps et celui de ses camarades en lui donnant la meilleure éducation possible. Tout cela passera et à la puberté, le jeune garçon rêvera des formes rebondies de ses camarades filles, tout comme la fille tombera amoureuse de ses amis mâles.

Il y a donc une forme de morale chez Freud : le développement de l’Homme tend à un but, assurer chez lui le désir du coït. Ce qui empêche cela tient de la perversion. Le plaisir a donc une norme, il est hétérosexuel et a pour but la reproduction des espèces. On croit donc à tort la psychanalyse freudienne permissive ou sans repère. En réalité, et c’est ironique, Freud n’est pas loin de la position de l’Eglise sur la question. Comme quoi, tout se perd, même la rébellion.

Gallimard, 6,80 euros.

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12 février 2008

Le Livre de Job

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Cliquez sur ce message pour lire le texte de Job avec les gravures de Gustave Doré :

Le livre de Job m’a paru complexe à lire et à comprendre. De prime abord, il s’agit d’un texte choquant puisqu’on y voit le Satan se rendant au conseil angélique et demandant à Dieu de bien vouloir lui permettre de faire souffrir son fidèle serviteur Job. Il faut comprendre que Satan n’est pas une personne dans l’angéologie juive mais une fonction occupée successivement par différents Anges. Un peu comme le contrôleur des impôts qui vous fait si peur mais qui ne se résume pas à son travail. Cela aura son importance dans la suite de la démonstration.

De part l’action du Satan, Job perd tout et finit la peau plein de croûtes sur un tas de fumier (ce qui s’appelle « être dans la merde » : à entendre à tous les niveaux !) entouré de trois amis venus lui rendre visite après l’annonce de son malheur.

Mais les deux premiers amis ne sont pas là pour lui remonter le moral mais pour le retenir de se plaindre. C’est que Job est un juste qui n’a jamais fauté. Il ne comprend pas pourquoi Dieu s’acharne à ce point sur lui et il proteste, revendique et conteste pour parler comme le chanteur. Et ses deux compagnons tentent de le raisonner en lui assurant que Dieu est parfait et punit toujours le coupable. Façon de lui faire comprendre qu’il doit forcément l’être – coupable – et qu’il ne reçoit que la monnaie de sa pièce.

Mais le troisième compagnon sera le plus retors. Sorte de grand inquisiteur, il prend parole contre Job de manière explicite et entame une apologie de Dieu assez remarquable. C’est le moment où le très Saint, béni soit-il, fait entendre sa voix et reprend puis prolonge l’apologie de sa gloire. Véritable explosion de puissance, son discours laisse Job quasiment sans voix et ce dernier rend les armes et admet qu’il n’a pas le droit d’invectiver Dieu de la sorte.

Mais voilà, se produit alors quelque chose d’intéressant. Dieu n’en veut finalement pas à Job, mais plutôt à ses compagnons : s’il les épargne, c’est uniquement car ils sont amis de Job. Car, en vérité, les trois compagnons ont irrité Dieu dans leur façon de parler de Lui et seul Job a trouvé les mots juste à son goût. Stupeur : comment et pourquoi celui qui proteste contre Dieu serait le bon croyant, alors que les trois théologiens qui n’ont pourtant fait que glorifier Dieu seraient des traîtres ?

Sans doute parce que ces derniers n’ont même pas pensés à faire preuve de compassion avec Job et se sont permis de parler de Dieu comme s’ils le connaissaient. Or, sans compassion, sans amour de son prochain, Dieu reste une abstraction. De plus, leur insistance tendait à souligner que Job était coupable de quelque chose : forcément, puisque Dieu soutient toujours le juste et frappe le méchant. Un véritable procès politique !

Mais la vérité est tout autre : la présence du Satan au conseil angélique démontre que le Mal est condition de la création : qu’il se révèle présent malgré tout – et le fait qu’il s’agisse d’un métier (du point de vue Juif, car Jésus fait de Satan un personnage à part). L’idée que Dieu sursoit donc aux affaires humaines est fausse : le juste peut tomber et le méchant se glorifier. Par contre, l’Homme en souffrance qui en appelle à Dieu, comme Job, peut faire basculer les choses : Dieu peut venir le soutenir si sa Foi est réelle. L’Homme peut invectiver Dieu et lui demander réparation : Job annonce en cela la figure du Christ ; ce n’est pas l’holocauste mais le cœur brisé qu’aime Dieu, dit un Psaume.

En substance, on pourra donc dire que celui qui croit connaître Dieu à tout intérêt à modérer ses propos et à se faire attentif de son frère : c’est ainsi qu’il en parlera le mieux. Quant à celui qui souffre, étant le reflet du Christ, il est déjà une supplique à Dieu : ce n’est pas sur la Terre que les soldes sont comptés, mais dans le Royaume des Cieux. Il n’empêche que Dieu peut décider de se déplacer et ceci pour apaiser.

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09 février 2008

Schaoul, qui s’appelle aussi Paulus – la théorie de la transformation

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Il y en aura eu de l’opprobre à l’égard de l’Avorton. Il en aura pris des coups, l’apôtre Paul. Taxé de misogynie, accusé d’avoir dogmatisé le christianisme sans jamais rendre justice à la pensée de Jésus, aussi désigné comme un traître : celui grâce auquel l’Eglise se serait imposée avec sa haine des Femmes, de la pensée, de la science et son souci de faire l’Homme soumis et obéissant – pour tous ceux voulant un développement sur le sujet, se reporter à l’immonde Traité d’athéologie de Michel Onfray qui condense les pires diffamations possibles.

Mais voilà. Toujours, lorsque l’on s’intéresse aux textes antiques, et encore plus lorsqu’il s’agit des textes sacrés, il convient de se reporter au texte même. De soupeser le poids des mots, d’entendre le sens précis d’une langue qui aujourd’hui n’existe plus. Ainsi en va-t-il des Actes des Apôtres, et des Lettres de Paul. Car si on les croit écrites en langue grec, Claude Tresmontant dans son Schaoul, qui s’appelle aussi Paulus – la théorie de la transformation démontre, qu’en réalité, elles ont été dictées en Hébreu et sans aucun doute traduites à la volée en Grec – on le sait parce que ce n’est pas le Grec de Platon, mais un grec hébraïsant, dont les tournure de phrases sont typiquement sémites. Cela remet singulièrement en cause notre compréhension des textes. Car plutôt que de traduire le Grec, Tresmontant s’ingénie à traduire du grec vers l’hébreu, de façon à retrouver le sens premier des paroles tenues, puis d’en donner une traduction française la plus fidèle, littérale, possible.  C’est donc armé d’une nouvelle traduction que nous entamons la lecture de cet ouvrage riche, très riche.

Tresmontant travaille selon un principe simple : la répétition est l’axe de la pédagogie. Ainsi, dans ce volumineux livre (500 pages tout de même !), il sera répété et répété et encore répété la même chose à pratiquement tous les chapitres. Cela peut paraître par moment fastidieux, mais le résultat se vérifie. Une fois le livre refermé, vous ne risquez pas de perdre l’enseignement de Paul de sitôt !

La théorie de la transformation

Mais quel enseignement, me demanderez-vous ? Contrairement à ce que l’on nous a fait croire, Paul ne professe pas un christianisme dogmatique mais, au contraire, il couronne l’enseignement du Christ en apportant une pierre ô combien essentielle : il nous apprend la théorie de la transformation. En quoi consiste-t-elle ? A contrario des systèmes gnostiques ou grecs qui imaginent que l’âme humaine était pure à l’origine et préservée de la souillure et que sa descente dans un corps humain l’aura avilie, Paul s’inscrit dans un tout autre courant de pensée. Il ne conçoit pas le monde comme un Grec, mais comme un Hébreu : l’Univers n’est pas immuable et éternel. Au contraire, il vieillit et se détériore (et cela a été vérifié par la science et les récents cris d’alarme des écologistes). Il n’y a donc pas de pureté de l’Univers. Dieu ne se confond pas avec l’Univers (théorie stoïcienne), il est autre. Il n’y a pas non plus de dégradation de l’âme lorsqu’elle s’incarne. L’âme ne descend pas dans un corps pour l’Hébreu, mais elle se trouve consubstantiel à lui, animant d’informations la chair et maintenant en vie le corps. Le départ d’Adam et d’Eve du Jardin d’Eden ne constitue pas une chute. La création n’était pas parfaite dès le départ. L’Univers n’est pas incréé. Donc, l’Homme s’avère perfectible et en constante évolution. Le Christ est le modèle qu’il doit viser. S’unir à Dieu, telle sera la mission que l’Homme doit désormais remplir. La transformation, c’est la possibilité pour l’Homme de parachever la création divine en dépassant l’être de chair qu’était l’Homme jusque là : s’unir au Christ revient à faire de soi un Homme par l’Esprit – Saint. Il s’agit d’une révolution ontologique en opposition radicale avec la pensée grecque et matérialiste.

Mais Paul ne s’arrête pas à cela. Il témoigne de la réalité du Christ. Par l’intermédiaire des Actes et des Lettres, Tresmontant s’intéresse à la naissance de la foi dans la jeune communauté chrétienne. Si avec les auteurs rationalistes comme Ernest Renan on croit le miracle impossible et on voit les Evangiles comme de pures inventions, comment expliquer que la communauté chrétienne se soit formée, constituée et renforcée alors que leur rabbi, Jésus, venait d’être crucifié ? Comment peut-on constater leur courage pour évangéliser la Grèce et Rome sans preuve matérielle de la résurrection ? Et d’où vient que le miracle n’existerait pas ? Comment peut-on fonder une telle certitude ? En effet, si avec Renan on image l’immuabilité de l’Univers, alors le miracle de la résurrection s’avère impossible car la divinité se trouve mêlée à l’Univers et la matière est toute puissance. Mais puisque l’Univers meurt et se transforme chaque jour, alors, oui le miracle se révèle possible. Car la matière ne résout rien.

Ce sera aussi l’occasion pour Tresmontant de faire un sort à l’opposition entre Paul et Jean. On croit qu’entre les auteurs des Lettres et celui de l’Apocalypse, il y a un hiatus. Mais cela est faux : Tresmontant, montre, citations à l’appui, que Paul et Jean parlent la même langue, celle des noces célestes unissant la nouvelle Jérusalem (la communauté des fidèles) au Christ. Tous deux parlent de la même transformation. Tous deux contestent le respect des rites alimentaires et autres prescriptions de la Thora. Le Christ a couronné l’édifice juif mais il a remplacé son antique Loi. Comme la Thora n’a pas sauvé l’Homme, ne lui a apporté que la connaissance du Bien et du Mal, mais n’a pas résolu le dilemme de la direction du Bien, alors le Christ est venu.

Enfin, point central dans le travail d’évangélisation : le fait d’aller porte la bonne nouvelle aux païens. Pourquoi les goïms qui ne reconnaissaient pas la Thora ? A cause des Livres de Jonas et d’Isaïe qui en appellent à la lumière apportée aux païens. Et comme le dit Jésus, puisque cette génération là ne l’a pas reconnu (sous entendu : ses frères juifs), ils n’auront le droit à aucun autre miracle que le signe de Jonas. Ainsi sera réalisé par les apôtres les annonces des prophètes juifs : l’heure est venue pour Dieu de se désolidariser des Juifs pour se faire connaître des païens. Corollaire : il ne sera pas demandé aux nouveaux convertis de respecter les rites alimentaires ou la circoncision. Pourquoi ? Parce que « tout est pur pour celui qui est pur » (Paul ; voir à ce sujet la découverte de Pierre qu’aucun aliment n’est interdit dans les Actes) et que la circoncision qui compte est celle du cœur et non pas de la chair.

Ouvrage complexe, redondant par moment, parfois difficile à suivre, à d’autres instants lumineux, avec des éclairs de génies dans les démonstrations, Schaoul, qui s’appelle aussi Paulus – la théorie de la transformation est un ouvrage majeur qu’il convient de lire soit pour remettre en cause la caricature que l’on a fait de Paul, soit pour, lorsque l’on se dit Chrétien, comprendre réellement ce qu’implique notre relation avec le Christ.

François-Xavier de Guibert. Pour commander l’ouvrage (presque épuisé), contactez l’éditeur au 01 42 22 15 34 ou au 01 45 48 97 77.

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08 février 2008

Netotchka Nezvanova de Fédor Dostoïevski

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Il y a dans Netotchka Nezvanova de Fédor Dostoïevski toute une structure perverse que le romancier russe n’a, à ma connaissance, jamais osé réutilisée. Roman inachevé à cause de son envoi au bagne pour cause de participation à un cercle fouriériste (mouvement socialiste), Netotchka Nezvanova met en scène une fillette amoureuse de son beau-père, alcoolique et musicien raté. On se surprend à découvrir tout le mécanisme du complexe oedipien sous la plume de Dostoïevski, avec un grand sens de la psychologie, et on songe aussi au jeu de mot de Jacques Lacan, la Père version (pour Perversion) car le beau-père de Nétochka a un comportement suspect vis-à-vis d’elle et abuse de cet amour dont il ne se rend peut-être pas compte, mais qui lui sert pour contraindre la fillette à voler sa femme.

Néanmoins, force est de constater que si le père a un rapport pervers à sa belle-fille, ce rapport est normalisé et justifié par l’alcoolisme. Jamais le père ne se permet le moindre geste déplacé vis-à-vis de sa fille. S’il se sert de l’amour que cette dernière lui porte comme d’un moyen de pousser Netotchka à voler sa femme, il reste clairement étranger à la question du désir sur son enfant. Par contre, la petite fille a une structure profondément inquiétante : elle affirme et revendique l’amour porté à son père et l’opposition formulée contre sa mère.

Néanmoins, les choses ne sont sans doute pas aussi simples qu’il n’y paraît de prime abord. En effet, le récit est raconté de longues années plus tard, par une Netotchka devenue adulte qui relit les événements d’alors : il serait alors nécessaire de s’interroger sur ce surcroît d’honnêteté et se demander de quel point de vue est réellement raconté le récit : de la fillette ou de la femme ? Les événements décrits sont-ils bien contemporains ou des recréations magnifiées par les années ? Netotchka, la femme, reconnaît-elle le complexe d’Œdipe de son enfance ou bien imagine-t-elle ce qu’elle a vécu ? On peut en effet se questionner sur l’attitude du père. Qui est le plus pervers des deux ? Celui revendiquant son désir pour l’autre ou celui feignant de ne pas se savoir objet de désir d’une enfant ?

Le roman se poursuit après le drame familial et Netotchka vit désormais dans une maison noble. L’occasion pour l’auteur de pousser encore plus loin le degré de perversité de son héroïne. Ainsi la voit-on – modèle du nihiliste russe épinglé par André Glucksmann dans son Dostoïevski à Manhattan – bouleverser une fillette de son âge dont elle fait son amante, créant un chambardement dans une maison calme et rangée et éveillant chez chacun des sentiments contradictoires et tendus. La façon extrêmement choquante avec laquelle l’auteur prend fait et cause pour son héroïne alors même que cette dernière se comporte comme un monstre de perversion rend malsaine la lecture. La scène d’amour entre les deux petites filles, véritable moment pédophile, finit de faire de cette seconde partie un écrin de barbarie.

Heureusement, les choses se terminent bien mieux. De nouveau recueillie dans une troisième famille, Netotchka change tout à fait de personnalité et découvre un secret liant le couple s’occupant d’elle. La structure perverse est toujours lisible, mais cette fois-ci l’héroïne n’a plus rien de la tentatrice de la seconde partie. La raison n’est guère difficile à concevoir : le roman a été abandonné par deux fois et les reprises par Dostoïevski correspondent sans doute aux fins de chapitres. L’auteur fait alors montre d’un sens de la psychologie, d’une maîtrise des scènes dramatique et d’une capacité à inféoder la partie enquête policière de son livre au drame bourgeois qui émerveille.

Pour conclure, on dira de ce livre inachevé (mais dont on peut se contenter néanmoins de la fin) qu’il ne compte pas parmi les œuvres majeurs de l’auteur qui l’avait pourtant en grande estime. La première grande œuvre envisagée par Dostoïevski a échoué de par les vicissitudes de sa vie. N’en reste pas moins que cet ouvrage inquiétant et malsain donne à voir en action les thèses freudiennes et girardiennes. Désir oedipien, complexe du double, désir mimétique… troublant, troublant roman qu’on ne mettra pas en toutes les mains. Il pose en tout cas la question du regard : car l’auteur joue constamment du rapport malsain/innocent vu par le lecteur. On ne sait plus au final si c’est nous qui hallucinons le désir malsain ou si la fillette charrie des désirs d’adulte dans son sillage.

Actes Sud, 8,50 euros.

Posté par Menon à 19:37 - Littérature et théâtre russe - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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