Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

31 janvier 2008

Cinq leçons sur la psychanalyse de Sigmund Freud

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Si l’on retiendra pas la Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique comme étant utile à l’édification personnelle en rapport avec la psychanalyse, on ne saura trop conseiller la lecture de sa première partie donnant le nom général de l’ouvrage : Cinq leçons sur la psychanalyse.

Il s’agit de cinq conférences tenues en 1909 par Sigmund Freud lors de son voyage aux Etats-Unis où la psychanalyse restait encore largement ignorée. Ce sont des cours passionnant à lire, Freud étant un grand auteur, un grand romancier, lorsqu’il s’en donne les moyens et surtout qu’il en a la volonté (car lorsqu’il met sa casquette de scientifique, il a un style autrement plus opaque). On retrouve donc dans ces leçons ce qu’il est utile de connaître pour appréhender la psychanalyse avec facilité. Certes, nombreuses seront les questions à tourmenter le lecteur par la suite – car Freud esquisse des explications et ne va pas jusqu’au bout des choses – mais pour débuter, c’est parfait !


Quant à la suite du livre, c’est à dire la Contribution à l’histoire du mouvement psychanalytique, elle n’a qu’un intérêt limitée : rédigée en 1914, elle fait le point sur la portée de la psychanalyse dans le monde et voit Freud faire un sort à deux anciens comparses : Adler et Jung contre lequel il s’élève, remettant en cause leurs théories. Théories étant elles-mêmes en opposition avec les siennes. Un texte plus polémique donc, et daté, qui de toute façon reste toujours sujet à caution, la pensée de Freud n’ayant jamais cessé d’évoluer.

Payot, 5,95 euros.

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30 janvier 2008

Ma lecture de l'Exode

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Dieu demande donc à Moïse de libérer son peuple et de s’opposer à Pharaon dont il endurcit volontairement le cœur pour que ce dernier refuse de laisser partir les Juifs. On peut et on doit s’interroger sur cette volonté de créer un conflit qui monte aux extrêmes (René Girard l’évoque dans Des choses cachées depuis la fondation du monde). Les vicissitudes que subit l’Egypte sont terrifiantes et surtout insupportables puisque les Egyptiens ne sont en rien responsable de la décision de Pharaon. Pourquoi Dieu fait-il payer des innocents ? Car le texte associe clairement Dieu aux dix plaies – on peut imaginer que le peuple égyptien est complice ou co-responsable des exactions de son Pharaon. Il est possible d’imaginer qu’ils se livrent à l’idolâtrie et à des exactions sur les Hébreux.

En tout cas, ça se passe mal pour les Hébreux dans le désert ! Tout ce qui ne marche pas droit réveille la colère de Dieu qui menace aussitôt le peuple d’extermination et seul l’intercession de Moïse retient Dieu. Mais notre Moïse n’hésite pas à massacrer son propre peuple lorsque ce dernier adore le veau d’or. Pourtant, ne pas tuer fait parti des commandements divins. Mais Dieu semble s’en moquer.

Autant dire que la violence de ce texte a quelque chose d’insupportable. Pour autant, il ne faut pas le réduire à ce que je viens d’en dire. D’une part parce qu’en lisant ce texte on comprend nettement mieux la raison de cette violence. Le monde d’alors est terrible et la vision que l’on a de Dieu l’est aussi. Assurément, il y a un anthropocentrisme à l’œuvre dans le texte et on prête à Dieu des violences et des mauvaises intentions qu’il n’a pas, Jésus nous ayant assuré de la véritable nature du Père. Donc, le ou les rédacteurs de l’Exode et ses suites interprètent la souffrance du peuple hébreu dans le désert comme la conséquence de la colère de Dieu, persuadés qu’ils sont que celui qui rend gloire à Dieu se voit réservée la vie bienheureuse sur Terre (sans doute n’ont-ils pas encore théorisés la résurrection des âmes, thème tardif il me semble chez les Juifs). Donc, on accuse Dieu des vicissitudes du désert. Néanmoins, le même Dieu que l’on accuse par exemple d’envoyer des vipères tuer des hébreux est le même qui sur intercession de Moïse soigne les blessés. En fait, Dieu assiste et nourrit mais il faut pour cela une demande. Cette même demande qu’est pour la mère le cri du bébé. Et le bébé peut très bien assimiler la mère à la cause de sa souffrance tant que celle-ci ne lui donne pas le sein.

Ensuite, je pense que l’on peut proposer une vision psychanalytique de ce texte (ainsi prouverais-je, je l’espère, l’intérêt de la théorie freudo-lacanienne). Il se pourrait que l’Exode soit un récit parabolique destiné à transmettre une vérité. J’y vois l’expression d’une souffrance qui est celle de l’enfantement. Le peuple hébreu est expulsé d’une terre nourricière en traversant une mer rouge qui plus est, comme l’enfant est expulsé de sa mère et livré au monde.

Moïse officie comme rôle de la Mère (il le reconnaît lui-même en criant un moment à Dieu qu’il n’est pas la nourrice de ce peuple) mais il ne joue pas le rôle de la Mère, mais plutôt de la sage femme ou de la nourrice. Au-delà de cela, il représente sur Terre la conscience divine qui appelle au développement de l’enfant et à son élévation au stade d’Homme. Moïse incarne la flamme de la conscience alimentée à la mamelle divine et s’il tue des israélites, c’est une façon symbolique de signifier qu’il taille dans le Moi de l’enfant pour l’empêcher de se laisser gagner par sa pulsion de mort qui conduit au vide, à l’état de non-être, de rien du tout. Hélas, l’enfant est soumis aux vicissitudes de la vie, au découragement et à la tentation de l’abandon. Abandonner, c’est se laisser infantiliser, revenir à l’Egypte et se laisser nourrir en restant esclave, refuser de prendre ses responsabilités d’adulte et de se composer un destin. Bref, revenir à la Mère, ce qui traduit un phantasme incestueux intolérable et dont le caractère tabou a contribué à la fondation de notre culture. C’est là qu’intervient Dieu qui joue le rôle du Père. En psychanalyse, le Père doit trancher le lien entre Mère et l’enfant : éviter que ce dernier reste au stade matriciel et fusionnel d’avec sa génitrice pour qu’il naisse au monde et s’accomplisse comme individu indépendant.

Il y a donc un peuple qui, on le note, est une grosse masse, celle de la conscience. Les individus ne compte pas, seul apparaît le groupe. Et ce groupe est donc taillé, tailladé, abattu, violenté, exactement comme on le ferait de la pâte que pétrit le boulanger pour préparer le pain sans levain de la paque. Le peuple hébreu se donne en nourriture qui est prête à être cuite. Son exemple et son aventure hors d’Egypte est à la fois un miroir de notre propre naissance et de notre propre souffrance face à la construction mais encore plus, la sortie d’Egypte traduit notre propre sortie du nihilisme, du bon confort lénifiant du matérialisme et du laisser allé idéologique pour aller à la rencontre de Dieu.

Ainsi, il faut dépasser le stade particulièrement violent du récit pour saisir, entre les lignes, selon l’Esprit et non la Lettre, ce que les rédacteurs de l’époque ont véritablement voulu nous dire de nous et de notre relation à Dieu.

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21 janvier 2008

Les principaux malentendus de la théologie de Claude Tresmontant

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Les principaux malentendus de la théologie de Claude Tresmontant constitue un ouvrage exceptionnel en terme théologique. L’auteur s’intéresse à quatre aspects majeurs de la théologie chrétienne catholique : la rationalité de la Foi, la Trinité, l’Incarnation et pour terminer, le pêché originel.

Concernant la Foi, l’auteur démontre qu’elle n’est pas irrationnelle (sinon, elle serait sur le même plan que l’astrologie par exemple), mais qu’elle constitue au contraire une révélation sûre et intellectualisée. Un chapitre qui risque d’en surprendre plus d’un (moi le premier), mais dont le sens se justifiera au cours de la lecture du présent ouvrage. En l’occurrence, ce postulat sera pleinement admis une fois le livre refermé.

Sur la question de la Trinité, il faudra s’armer de courage. J’ai ainsi dû lire deux fois le chapitre pour le comprendre. L’auteur se montre en effet brouillon et pis, cite des textes en latin qu’il ne traduit pas ! Mais avec un peu de courage, on les comprend très bien. Il sera alors démontré que Père, Fils et Saint Esprit ne sont pas des inventions chrétiennes mais des décalques de la théologie hébraïque et que ces trois essences de Dieu sont égales entre elles, ne constituent pas de personnages à part entière et que l’Esprit procède du Fils et du Père. Je vous résume l’analyse pour plus de simplicité : Le Père, c’est Dieu et Dieu parle : la parole, c’est le Fils (prologue de l’Evangile de Jean) et la Parole agit : l’Esprit touche alors l’Homme. De fait, la parole n’est pas séparée de Dieu puisque proféré par lui ; l’Esprit n’est pas étranger à Dieu et à la Parole puisque l’Esprit est la manifestation de Dieu. De fait, l’Esprit procède de Dieu et de la Paroles : ce sont les mots dits qui germent en l’Homme.

L’Incarnation démontre que la Parole ne s’est pas mélangée à un être humain car Dieu ne se modifie pas, et il est et il restera de tout temps immuable. De fait, la Parole a assumé l’existence de l’Homme, ce qui n’est pas la même chose. Le Fils, c’est la Parole de Dieu professée dans le corps d’un homme réel.

Enfin, le pêché originel. On reste estomaqué de découvrir que l’idée que l’on se fait du pêché originel n’est pas en réalité catholique, mais protestante. L’Homme sali et souillé par la Chute qui pêche comme il respire, c’est la conception de Martin Luther et pas de Rome ! Au contraire, Rome insiste sur le fait que la Création n’est pas terminée, que la chute est certes présente mais qu’elle a permis d’enfanter l’Humanité et que le but final de la Création et de faire des Hommes de nouveaux Christ. Incroyable et surprenant chapitre qui remet en cause toutes nos idées reçues sur la question.

Enfin, Claude Tresmontant traduit le texte de la Genèse concernant la création de l’Homme et la commente. C’est incroyablement riche et passionnant. Ce théologien est en effet un spécialiste de l’Hébreu et du Grec et nous apporte énormément grâce aux étymologies proposées. Non seulement le texte en devient passionnant, mais de plus, on découvre des choses que l’on ne voyait pas : ainsi, découvre-t-on qu’il y a deux arbres nommés dans le jardin d’Eden, celui de la Vie et celui de la connaissance du Bien et du Mal. Eve cueille de l’arbre de la connaissance mais pas de l’arbre de la Vie. Etrange incertitude des mots : que signifie l’arbre de la Vie ? C’est celui-là que les Anges Keroubims défendront de leurs épées de feu et pas celui de la connaissance. Tresmontant avoue son incapacité à analyser le texte plus en profondeur. Cela reste néanmoins magistral.

François-Xavier de Guibert, 19 euros.

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Des choses cachées depuis la fondation du monde de René Girard

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René Girard est LE penseur de notre temps. Il y a eu Freud, Marx et Nietzsche ; Lévi-Strauss, Lacan et Sartre ; aujourd’hui, il y a Girard et… qui d’autres ?

Anthropologue spécialisé dans la question des rapports entre violence et sacré, Girard a simplement transformé notre vision des rapports entre violence et culture et des liens entretenus avec le religieux. Il a réhabilité la Bible comme personne auparavant, non pas pour des motifs personnels mais par une véritable étude et analyse des textes.

Des choses cachées depuis la fondation du monde constitue le moment clé de son œuvre : s’entretenant avec Jean-Michel Oughourlian (Neuropsychiatre et psychologue, professeur de psychologie clinique à l'université et responsable de l'unité de psychiatrie de l'Hôpital Américain de Paris) et Guy Lefort (un autre psychiatre), Girard revient sur ses deux premiers ouvrages, Mensonges romantiques et vérités romanesques (où il donne naissance au concept de rivalité mimétique) et La violence et le sacré (qui le voit fonder le lien entre mythes archaïques et violence – fonction du bouc émissaire), avant de s’intéresser à la lecture de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), la psychanalyse, la folie et la question du désir.

Cet ouvrage est, disons-le, monumental, difficile d’accès et réservé à des personnes ayant une solide base culturelle littéraire et analytique. Néanmoins, avec des efforts et de la volonté, on peut tout à fait en venir à bout.

La base théorique de Girard se révèle en effet d’une simplicité désarmante : la violence est inscrite au cœur de la société. Les individus passent leur temps à convoiter ce que l’autre possède ou croit posséder, ou encore désirent devenir ce que l’autre semble être. Cette rivalité mimétique affole les personnes inscrites dans la relation, et grossit, devient de plus en plus importante, jusqu’au moment où la tension atteint un point stratégique impliquant un affrontement. La survie du groupe étant en jeu, la communauté va alors s’inventer un bouc émissaire, une personne présentant des travers physiques ou mentaux suffisamment forts pour exciter la colère de la communauté. Elle en oublie ses querelles et décide de se vider de sa violence sur l’innocent. Ce dernier, assassiné ou acculé à la mort, va emporter avec lui, en une catharsis terrible, la colère du groupe. Fédéré grâce à cette victime, la communauté va alors diviniser la victime puisque, grâce à cette dernière, la violence qui a manqué de détruire la cohésion du groupe a cessé. Plus tard, cette victime apparaîtra donc sous les traits d’une divinité dans les mythes de la tribu.

La thèse paraît quelque peu simpliste et difficile à apprécier dans un premier temps. On a ainsi du mal à comprendre comment la victime pourrait devenir Dieu si rapidement. Mais en fait, dans les mythes, elle apparaîtra comme coupable, responsable de la crise mimétique ayant agité la communauté. Et sa mort aura été causée par un prêtre, un Dieu ou encore une malédiction divine qui, en la frappant, aura arrêté la souffrance de la communauté. Bref, une théorie coup de poing que Girard justifie quelque peu maladroitement, faute d’exemple, puisqu’il résume en réalité les théories de La violence et le sacré.

Mais cette théorie finit néanmoins par s’imposer au lecteur par la force de persuasion de l’auteur et par quelques exemples bien choisis qui illustrent parfaitement son propos. Mais le gros du morceau arrive ensuite : Girard démontre, textes à l’appui que la Bible, et encore plus le Nouveau Testament, donnent raison à sa théorie et que Jésus traite directement de cette question ! Certains, à la lecture de ces lignes, imagineront que je me suis laissé piéger par le verbe de Girard et qu’une telle chose est impossible. Et pourtant non ! L’analyse des textes bibliques proposée par l’auteur ne souffre pas l’à peu près : la démonstration est rationnelle et cohérente.

Reste un point qui me paraît contestable : Girard affirme et démontre que Jésus ne s’est jamais sacrifié et que sa crucifixion a été un accident non prévu et non désiré. Or, il s’agit là de la théorie de Jacques Duquesne dans Le Dieu de Jésus et elle m’avait déjà parue absurde à l’époque. Je comprends pourquoi Girard insiste sur ce point, mais il faudrait que je relise les textes car cela me paraît douteux.

Après ce passage ô combien stupéfiant, Girard et ses deux interlocuteurs s’attaquent à la psychanalyse à qui ils font un sort en traitant de la question du désir. Un trop long passage plutôt décevant faute d’exemple et opaque. Il faut attendre l’étude du narcissisme freudien pour commencer à apprécier les arguments de Girard se livrant à une magistrale remise en cause de Freud. Dommage que cette discussion n’ait pas inclus un analyste car, à n’entendre qu’un seul point de vue, on perd hélas beaucoup. Sans compter que la question de l’inconscient reste intouchable. Après tout, qu’est-ce que la théorie de Girard sinon une affirmation nouvelle de l’existence de l’inconscient ?

Le livre se poursuit par une analyse de l’hypnose, de l’homosexualité et du sado-masochisme, le tout, dans le but de décrédibiliser la psychanalyse pour mieux rendre hommage à la nouvelle théorie girardienne. Là encore, les passages sont complexes, manque parfois de simplicité et sont, fautes d’exemples, quelque peu difficiles à suivre.

Pour terminer, Girard revient sur la notion de skandalon du Nouveau Testament, associant Satan, scandale et désir, et conclue dans une dernière synthèse l’essai qui aura révolutionné l’approche du religieux dans la constitution de la société et donné au visage du Christ une dimension intellectuelle (je ne vois pas d’autres termes) aussi surprenantes qu’enrichissantes, y compris pour des athées (car en aucune manière ce livre ne demande une croyance. Il informe avant tout) !

Pour terminer, il nous faut tout de même émettre quelques bémols : pour commencer, on se demande l’intérêt d’une discussion à trois. Les interlocuteurs de Girard ne servent pratiquement à rien durant le livre et se contentent de lui servir la soupe, de le louanger et de se comporter comme des groupies devant une superstar. Risible et pathétique.

Dégouttant, enfin, l’attitude de Girard qui ne se contente pas de démontrer la faiblesse des thèses de ses adversaires structuralistes et psychanalystes, mais tombe dans une sorte de calomnie molle consistant à discréditer, railler et moquer sans pour autant pouvoir le faire jusqu’au bout, ce qui conduit Girard à souligner à de nombreuses reprises le « génie de Freud ». Par ailleurs, à cette méthode peu élégante, on doit ajouter une certaine lâcheté du procédé. Annuler le structuralisme et le freudisme en un tour de main n’a pas de sens. Girard conteste certains points et pense détruire tout l’édifice, mais ce n’est pas le cas : rien de ce qu’il dit ne permet de combattre l’idée d’inconscient. Rien ne permet de penser que Freud a eu tort sous tout. Girard veut absolument que sa théorie passe et s’impose mais il en oublie les kilomètres de pages écrites en psychanalyse par Freud étayant ses hypothèses. Ainsi, pour Girard, le complexe d’Œdipe ne tient pas la route : et pourtant, quid des relations de l’enfant mâle avec sa mère et des rapports avec sa mère ? Quid du désir de la fillette vis-à-vis du père ? Il aurait fallu un ouvrage à part pour envisager de détruire l’édifice freudien.

Néanmoins, au-delà des polémiques de l’époque (l’ouvrage date de 1978), cet essai magistral s’impose pour tout Chrétien : sa lecture transformera sa vision de la Bible et lui permettra d’accéder à un niveau de compréhension des textes qu’il n’avait jamais eu jusque là. Pour les autres, l’intérêt est tout autant, voire presque plus important, puisque la question du religieux et du judéo-chrétien trouveront une place à laquelle il n’avait jamais sans doute pensé. Ce sera aussi l’occasion d’une sévère remise en cause du modèle grec, entièrement fondé sur la violence et qui est pourtant considéré comme la belle norme chez nous et enseigné même aux enfants !

Le Livre de poche, 7,50 euros.

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14 janvier 2008

Sketches of Spain de Miles Davis

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Précipitez-vous sur Sketches of Spain qui propose un enregistrement du Concerto d’Arenjuez enregistré par Miles Davis : un classique de la musique classique espagnol repris en version jazz, ça ne court pas les rues. Et surtout, que c’est beau ! Sans compter qu’il est produit par Gil Evans, producteur de Jimi Hendrix. Le résultat vous entraînera dans un rêve coloré andalou avec des sons de trompette étourdissants, et d’une mélancolie lascive. Typiquement le genre de disque à écouter un jour de canicule ou au lit avec celui ou celle que l’on aime.

Sonny Jazz

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13 janvier 2008

Let it bleed des Rolling Stones

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Quel chef d’œuvre que Let it bleed, album des Rolling Stones. La bande de Mick Jagger est à son zénith et livre un disque parfait sans rien à jeter. On retrouve deux tueries rock avec Gimme Shelter et Midnight Rambler, deux magnifiques ballades avec You can’t always get what you want (bien meilleure que les versions live et qui finit dans un délire gospel jouissif) et You got the silver (superbe blues de Keith Richards). Et tout ça sans oublier la magnifique reprise de Love in vain ou le délirant et agressif I’m a monkey. A consommer sans modération.

Universal / Polygram

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Sauvés dans l'espérance par Benoît XVI

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Sauvés dans l’espérance constitue un formidable petit texte de déconstruction du nihilisme de notre époque et s’interroge su comment en est-on arrivé là.

Benoît XVI analyse la question de la Foi, ses liens avec la notion d’Espérance, les tentatives de la pensée moderne scientiste et positiviste de proposer un nouvel humanisme de l’Homme-Dieu et son échec pour terminer sur la question de la salvation par l’intermédiaire du Christ.

Il s’agit d’un texte extrêmement simple et facile d’accès à un public de néophyte qui pourra mieux comprendre et interpréter le sens de la Foi. Il y a certes peu à dire dessus mais on ne pourra nier que cette encyclique soit extrêmement bien écrite et parfaitement synthétique.

Elle intéressera donc autant les croyants que les philosophes, collégiens, lycéens ou étudiants qui travaillent sur la question de la Foi et de l’espérance.

Le Cerf, 4 euros.

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12 janvier 2008

Emancipation de Prince

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Ce triple CD de Prince est une vraie merveille. Emancipation marque la rupture avec la maison de disque Warner : Prince a enfin pu casser le contrat le liant à ses « esclavagistes » et il retrouve enfin la joie de vivre. Ainsi, cet énorme album est rempli de joie, d’optimisme et d’amour. Toutes les chansons exhalent la vie et le bien être. On passe un moment extraordinaire à son écoute, entre des morceaux de funk, des ballades soul et même de la house music ! Si vous êtes fan de Prince, précipitez-vous sur Emancipation : c’est une des meilleures chose qu’il ait enregistré depuis sa période bénie des années 80 et franchement, il a rarement été aussi brillant d’un point de vue musical et vocal.

Capitol

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11 janvier 2008

Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan de Juan-David Nasio

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Ces Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan par Juan-David Nasio ne concerneront qu’un public limité : celui des psychanalystes. Contrairement à ce que sa quatrième de couverture laisse croire, il ne s’agit certainement pas d’un livre de cours pour le grand public mais de séminaires tenus à l’attention de psychanalystes par Nasio, et complété par son exposé de 1979 sur le signifiant réalisé dans le propre séminaire de Jacques Lacan.

Autant dire qu’il vous faudra être un bon connaisseur de la psychanalyse et de la pensée lacanienne pour espérer comprendre quelque chose à cet ouvrage. Certains passages sont, disons le, carrément incompréhensibles et, de plus, on finit par ne même plus apprécier l’intérêt de ce fatras théorique puisque aucun exemple ne vient nous éclairer un peu sur la démarche à suivre.

Néanmoins, on relève quelques points intéressants, comme la question de la jouissance et du plaisir qui permet de mieux comprendre l’aphorisme lacanien invitant à « ne jamais céder sur son désir », et qui lie la question de l’esprit au corps. Cette réflexion ouvre des pistes intéressantes sur les relations sexuels, le suicide ou encore la violence.

Le concept d’objet (a) est assez difficile à manier mais la longue analyse de Nasio le lien au phantasme n’est pas sans intérêt même si, franchement, on aurait aimé plus de lisibilité.

Pour ma part, je n’ai quasiment rien retenu de la lecture de ce livre – et encore, c’était la deuxième fois que je le lisais ! Néanmoins, comme nombre d’ouvrages du genre, il peut aussi nourrit l’esprit et l’inconscient et vous permettre de vous interroger sur vous-même pour chercher.

Payot, 9 euros.

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06 janvier 2008

Contre-histoire de la philosophie N°5 - Les libertins baroques (1) de Michel Onfray

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Autant Michel Onfray se montre désormais insupportable dans le cadre de ses livres et notamment ceux consacrés à la Contre histoire de la philosophie, autant ces douze premiers cours proposés sur CD et consacrés à une autre vision du grand siècle (XVIIème) se révèlent extrêmement riches et intéressants. L’idée du philosophe est de dépoussiérer la vision traditionaliste de la philosophie en révélant qu’il existe des pans entiers oubliés par la vulgate pour des motifs délibérés : interdire d’existence tout penseur proposant une pensée matérialiste ou anti-platonicienne ou pouvant remettre en cause la vision chrétienne de notre société.

Pourtant, si le motif est ô combien louable et la volonté d’Onfray très claire, force est de reconnaître qu’il est difficile de retenir quelque chose de précis à l’écoute de ces cours ! Car même si Onfray souhaite présenter des auteurs délaissés par l’historiographie traditionnelle, il tombe finalement dans le même travers : ainsi présente-t-il des auteurs comme Pierre Charron ou Saint Evremond en les comparant trop souvent à d’autres philosophes et ceci sans parler des nombreuses digressions dont il fait preuve. Du coup, si on comprend la nature de leur pensée, les incessants va et vient de l’auteur condamne la possibilité de synthétiser des idées. Sans doute une prise de note s’imposerait à l’audition des cours pour faire la part des choses et mieux retenir les grandes idées des penseurs présentés… Néanmoins, ces cours sont très riches, fourmillent d’explications passionnantes, de récits admirables et de mille et un petits moments de pensées charmants. On s’ouvre l’esprit, aidé en cela par un Michel Onfray à la voix chaude et très agréable qui n’a pas son pareil pour entraîner avec lui ses auditeurs dans des aventures de l’esprit.

Frémeaux & Associés, 79,99 euros.

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