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Je suis toujours étonné lorsque, ouvrant un livre, je découvre autre chose le concernant que ce qui avait été annoncé par les médias. Ainsi, le Jésus de Nazareth de Benoît XVI avait été présenté comme une remise à niveau de la vision catholique de Jésus par le Pape qui faisait un sort aux interprétations marxistes et aux délires à la Dan Brown… En fait, cet ouvrage n’a rien de cela. Il s’agit – et cela est largement aussi, voire plus intéressant – d’une lecture précise des Evangiles synoptiques et de celui de Jean, du baptême de Jésus jusqu’à sa transfiguration.

Au cœur de cet ouvrage, une idée forte, énorme, que je n’avais jamais entendue professée à ce jour : Jésus est le nouveau Moïse. Il vient « couronner » les prophètes en se positionnant comme l’ultime et le dernier. Moïse avait certes pu parler à Dieu « face à face », il n’avait pas pu voir son visage. Jésus, lui, vient « dire » le visage de Dieu. Il vient ainsi terminer un cycle. Le Nouveau Testament s’impose donc comme, pour reprendre les mots d’Hegel, « la fin de l’Histoire » : après le Christ, plus rien. Tout a été dit.

Benoît XVI s’intéresse aussi à une question ô combien essentielle : puisque la venue de Jésus n’a en rien arrêté les guerres et la violence alors que nous apporte-t-il ? En fait, la réponse, évidente, restait pourtant difficile à cerner : Jésus nous a simplement apporté Dieu. Il a rendu direct, concret, la rencontre avec le divin en l’extrayant, si l’on peut dire, du peuple juif pour l’universaliser. Jésus est, comme l’expliquait Jean Chrysostome dans L’incompréhensibilité de Dieu, le seul à travers qui on peut espérer entrevoir le Père. Plus fort encore, Benoît XVI démontre preuves à l’appui que Jésus n’est pas venue révoquer la Loi (la Thora, soit l’Ancien Testament), mais la réaliser en se personnifiant à elle. Avec Jésus, le rigorisme moral, les interdits alimentaires, les commandements pris dans leur sens fondamentalistes sont revisités à l’aune de la lumière, du logos, cette puissance de la parole, de l’intelligence, du Souffle, l’Esprit Saint… D’où le scandale pour les Juifs qui ne pouvaient accepter qu’un rabbi (maître), accapare leur Loi pour en faire sa chair – là encore, relire les épîtres de Paul qui sont, malgré leurs complexités, d’une grande richesse théologique et qui décryptent complètement cette révolution théologique.

Les débutants en religion chrétienne gagneront énormément à lire ce livre pourtant pas toujours évident. Le style a un côté un peu froid, rude, et le Pape manque parfois de clarté ou se perd aussi dans certaines répétitions – par moment, par contre, il se révèle limpide, précis mais sollicite toujours l’intelligence de son lecteur. De plus, aucune information sur le contexte socio-économique des Evangiles nous est apporté : on gagnera donc toujours à lire le Jésus de Duquesne ou La vie de Jésus d’Ernest Renan (précisons que le deuxième est signé d’un athée mais cela n’enlève en rien de l’intérêt à ce livre, bien au contraire)… Mais enfin, quel plaisir de pouvoir bénéficier de la vision d’un spécialiste, quel privilège de pouvoir suivre les Evangiles avec clarté, de pouvoir comprendre les subtilités du texte et d’éviter contresens et fausses idées.

On espère qu’un deuxième tome sera édité, mais celui-ci ne portant aucune numérotation, on s’inquiète quelque peu. De plus, le Pape doit synthétiser énormément d’informations en 480 pages et ne peut rentrer dans des subtilités pourtant passionnantes, notamment celles touchant au symbolisme de plusieurs aventures du Christ. Espérons, là encore, que de telles réflexions seront apportées ultérieurement.

Flammarion, 22,50 euros.