Le blog de Menon

Faussement intello et célébrant les comics : mon guide de lecture du super-héros américain.

30 octobre 2007

Le temps de lire

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Ce blog va, pendant quelques jours, rester silencieux. Il ne faut pas voir dans ce silence l’expression d’un éloignement de la chose imprimée, mais plutôt une astreinte à des livres qui prennent du temps.

Ainsi suis-je actuellement en pleine lecture de trois pavés :

The return of Superman – plus de 400 pages mettant le point final à la saga DC voyant Supes mourir, ses funérailles célébrées et sa résurrection concrétisée. Pour l’heure, je dirais que c’est redoutable malgré la naïveté de certaines scènes. L’idée de faire splitter Supes en quatre superman représentant chacun une facette de sa personnalité est excellente, et le mystère reste encore entier alors que je rentre dans le deuxième quart de l’œuvre.

Ensuite, je poursuis l’exégèse de la vie du Christ par Benoît XVI : tant qu’à choisir un commentateur, autant prendre le pape, il a le mérite de connaître son sujet. Hélas, son écriture est complexe, un peu trop technique, et les pages se tournent lentement. Comme il y en a là aussi près de 400, on ressent comme une grosse frustration, même si le jeu en vaut la chandelle. C’est LE LIVRE à lire pour tous les apprentis chrétiens, que vous soyez catholiques ou pas, vous y gagnerez quelque chose. L’image qui me vient en tête à la lecture est celle du Jésus de Michel-Ange : ce Jésus sans barbe, de lumière, bouleversant de beauté.

Enfin, on termine par les 600 pages et quelques de American Black Box de Maurice Dantec. Les 100 premières pages sont infectes mais par la suite, quand on pénètre plus avant sa pensée, on découvre des choses porteuses de sens. Néanmoins, il y a une telle haine à l'oeuvre et un style tellement médiocre, qu'on doit vraiment faire un effort pour s'intéresser à ses dires. Je sens que la chronique de celui là va être coton, tant réussir à restituer sa pensée, tout en la critiquant, sans en retirer de sa valeur me demandera un effort de pamphlétaire objectif.

Tout ça pour dire que le temps que je vienne à bout de ces trois bouquins, un peu d’eau va couler sous les ponts.

Amen.

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29 octobre 2007

Adieu Thomas

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Cher Thomas,

Vieux camarade.

Tant de bons souvenirs de nos éclats de rires lors de nos parties de jeu de rôle.

Tant de bons moments tellement tu étais séduisant, exaltant la vie de tout ton être.

Nous nous sommes perdus de vue. Ne nous revoyant qu’épisodiquement, lors de soirées. Mais les rires étaient toujours là. J’étais heureux de savoir que tu allais bien et sans doute réciproquement.

Malheureusement, d’autres en ont décidé autrement.

Puisses-tu reposer en paix au Ciel, en compagnie des Anges et des âmes pacifiées.

Puisses-tu sentir la lumière divine en toi.

Mes prières t’accompagnent.

A Dieu,

Menon

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Le neveu de Lacan de Jacques-Alain Miller

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Résumé des éditions Verdier.

 « Le point de départ : la première page du Monde. Le 21 novembre 2002, elle est consacrée aux « nouveaux réactionnaires ». Cela, en l’honneur du tout petit livre (96pages) d’un inconnu, Daniel Lindenberg : il « brouille les familles intellectuelles », assure le journal. JAM trouve cela étrange. Il lit l’ouvrage, y découvre son nom, se pique au jeu, tire le fil jour après jour »

Pourquoi faut-il lire ce livre ?

Il faut le lire pour démasquer une sacrée entreprise, une drôle de cabale parisiano-intellectuelle. Il faut le lire parce que cette exemplification (exemple et amplification) autour du livre L’appel à l’ordre de Linderberg permet à la fois de questionner la situation de la politique, de la psychanalyse et de la littérature aujourd’hui, mais aussi de prendre acte de l’arrivée de livres et de concepts comme des armes à faire sens dans le débat intellectuel, voir à la reconfigurer.

Pourquoi ne faut-il pas le lire ?

Parce que, vous n’y comprendrez rien si vous ne connaissez pas un peu Lacan, Freud, l’histoire moderne et contemporaine… Mais vous pouvez y remédier facilement en lisant Nous autres modernes d' Alain Finkielkraut ; parce que le livre de JAM est compliqué, exigeant, difficile à suivre, et demande une réelle connaissance de la vie intellectuelle française des années 60 à nos jours…

Et de quoi parle-t-il ce livre ?

Le petit opuscule de Linderberg est, JAM le démontre, l’œuvre d’un homme qui a aimé Staline, puis l’a renié ; qui a basculé du côté d’Althusser et des Ulmiens, puis les a reniés ; qui est devenue maoïste et a milité avec eux, puis les a reniés ; pour finalement rentrer dans la revue Esprit, revue philosophique chrétienne. Là, il écrit son opuscule sous la direction du professeur Rosenvallon, titulaire d’une chaire au collège de France, membre d’Esprit, qui a bien l’intention, JAM le démontre, de chambouler la vie intellectuelle française. En effet, la collection dans laquelle Lindenberg est publié est une sorte de Que sais-je ?, donc accessible à un grand public… Pour Rosenvallon, comme pour Linderberg, il s’agit d’écrire un ouvrage qui soit un moyen de faire pression sur le monde intellectuel français.

On le connaît bien le procédé : nettoyage, chasse aux sorcières. Linderberg se présente comme un homme de gauche qui dénonce ceux qui ont trahis la gauche. Le parcours du monsieur est éloquent : un habitué de la critique, de la remise en question ; principe de fascination / répulsion ; Linderberg est, par essence, un dénonciateur. Instrumentalisé. Mais pourquoi ? Quel est l’intérêt de Rosenvallon ? L’enquête se lit de manière chronologique dans le livre de JAM : pour faire sa niche dans le paysage intellectuel ; pour, par exemple, amorcer un mouvement de rapprochement entre catholiques et protestants, au détriments de juifs. Pour choquer, brouiller les familles intellectuelles, jeter l’anathème sur certains dans un livre trop bien écrit explique JAM parce qu’un ton pale et sans reflet, froid et calculé, donc innocent d’apparence…

Le programme de Rosenvallon, instigateur de Linderberg, c’est de faire triompher manifestement une modernité qui refuse et conteste la jouissance de chacun. Démocratie : tous égaux, tous pareils ; la Loi fait force de démocratie. La démocratie est un lieu vide. On peut tous y coexister en amenant son chez soi avec nous.

La modernité, finalement, est aliénante. JAM souligne que Linderberg accuse Flaubert et Baudelaire, leur reproche leur scepticisme face à la démocratie, leur refus de la modernité (déjà). Il s’agit donc de condamner ceux qui ne sont pas heureux du monde tel qu’il est.

Il y a là une impasse. Société de consommation pour JAM : nivellement par le bas des désirs, des envies. La jouissance est normalisée, contrôlée ; personne ne doit sortir du rang, chacun doit faire ce qu’il à faire.

D’où le refus de la modernité. Le refus d’être un Etre qui soit normalisé. D’où l’inquiétude que l’on doit avoir de suivre un homme prétendant critiquer Baudelaire ou Flaubert pour leur mélancolie ; d’où l’inquiétude de voir dénoncer des intellectuels juifs, parce qu’ils sont juifs et donc contre le nivellement des visages ; inquiétude aussi pour la psychanalyse, que l’on voudrait tant voir contrôlé et les praticiens évalués : manière commode de dire que le symptôme et la souffrance doivent être vites remis au placard, qu’il faut pour l’homme être très vite, de nouveau, un bon citoyen productif.

Rosenvallon / Linderberg : en dénonçant les nouveaux réactionnaires, ils ont en fait désignés tout ceux dont la manière de penser était critique à l’égard de la France et du modèle français ; ceux qui faisaient vivre le débat ; ceux qui animaient et soulignaient la souffrance. Nouveaux réactionnaires ? Façon de dire : ceux qui contestent qu’il y a un sens et un mouvement historique naturel. Comme si tout devait aller ainsi et pas autrement. Comme si la modernité tendait forcément vers le mieux… Rire nerveux : et les génocides du XXe siècle, et le racisme galopant, et les extrémismes de tout bord, que racontent-ils sur cette modernité ? La même chose selon moi qu’hier : que l’homme ne sera jamais satisfait de l’Homme.

De quoi parle-t-il d’autre ?

De l’Homme de gauche, mort et enterré.

Du fait que le propos de Lindenberg tient peut-être à redonner une virginité à la gauche en cherchant à débusquer le marrane, le faux converti, en ostracisant donc celui qui ne serait pas un homme de gauche.

Le livre parle aussi de l’interprétation psychanalytique. Ce que ça vient faire là, mystère, mais JAM tient son journal, il écrit ce qu’il veut : très long chapitre, bien difficile à dire sur le Dire et le dit (Enonciation d’un discours, et énoncé, soit le discours en lui-même). Réflexion sur le langage mathématique : tout ça pour dire que lorsque l’on entend le dit, on en oublie le dire. Or, le dire est critiquable, car ce n’est pas parce que l’on dit une chose qu’elle est vraie. Le dire, soit le principe de parler, peut dénoter quelque chose : l’interprétation psychanalytique s’en occupe justement de se dire, et elle se fonde à l’instar des mathématiques : elle ne peut ensuite être reprise et analysée. L’interprétation est le degré mathématique du discours qui ne supporte pas d’interprétation de l’interprétation.

JAM évoque aussi la littérature du XIXème et le procès que lui fait Linderberg : critiquer les grands auteurs qui ont eu le malheur de ne pas adhérer au « pour tous » fallacieux de la démocratie. Ce refus de l’ordre, du tous pareil désole JAM qui y voit le signe de la bureaucratie. Une bureaucratie incarnée parfaitement par Nicolas Sarkozy : ce que JAM souligne chez lui, c’est qu’il en appelle au nivellement, au tous pareil, au sevrage de la jouissance en somme pour que cette dernière rentre dans le rang : voilà pourquoi l’homme est dangereux.

Lorsque le « Pour tous » est en place, lorsque règne un Etat qui ne gouverne plus mais se contente d’administrer, apparaît alors le Maître que Jacques Lacan a beaucoup dialectisé après mai 68 ; celui qui va se lever pour redonner du sens à la politique qui ne peut pas se contenter d’être une enveloppe vide et déconnectée du réel.

En cela, le livre de JAM est un authentique pamphlet réactionnaire : amusant pour un ancien maoïste. Amusant aussi dans la mesure où JAM cherche à nier la pertinence du livre de Lindenberg : en fait, bien au contraire, il en souligne la grande intelligence. L’auteur a parfaitement compris le jeu et JAM de lui donner raison mille fois. Mais mille fois il démontre que le règne de l’égalitarisme n’a, d’un point de vue de l’économie de la libido, aucun sens. Que le « tous pareil » ne conduit pas au bonheur mais au nivellement de la jouissance dont l’Etat tire puissance.

La force de JAM aura été, dans ce livre, de démontrer l’inanité de la démocratie en soulignant que s’appuyer sur la masse ne permet aucune explosion de force mais implique que tous regardent au même endroit, au même moment.

Vive les réactionnaires !

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La question humaine de François Emmanuel

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J’avoue, je n’ai pas compris le sens de La question humaine de François Emmanuel.

Ce très court roman met en scène un psychologue d’entreprise mandaté pour s’assurer du bon état psychologique d’un ponte de l’entreprise dans laquelle il travaille. Au cours de son enquête, il va se retrouver en possession de papiers relatifs à la solution finale.

L’intrigue s’annonçait intéressante mais l’exécution pose problème : jamais l’auteur ne met en corrélation les différents éléments de l’enquête ; au lecteur le soin d’assembler le puzzle et de saisir le sens de ce conte noire. Seulement voilà, moi je n’ai rien perçu de ce brouillard.

Néanmoins, et là on atteint un point intéressant, j’ai pris plutôt plaisir à le lire – mis à part un style guère reluisant. Disons que le côté mystérieux, tue, indéfinissable de l’histoire m’a porté et intéressé. Et j’espère que lors d’une prochaine lecture, le sens se révélera à mes yeux.

Stock, 12,50 euros.

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25 octobre 2007

Rendez vous - la psychanalyse de François Mitterrand et Le monde d'Ali d'Ali Magoudi

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Difficile, voire impossible, de résumer ce livre. Du reste, cela aurait-il un intérêt ? A quoi bon révéler les secrets de Rendez-vous – la psychanalyse de François Mitterrand alors qu’ils font le sel de ce roman analytique passionnant ? Ali Magoudi n’a en fait jamais fait s’allonger Tonton sur un divan mais il l’a interviewé un très grand nombre de fois et a pu compulser nombre de documents mettant en scène le président. A partir de cette masse de documents, il a su atteindre le mystère de la psyché de Mitterrand et en tirer une interprétation qui, a défaut d’être de son crue et on de Mitterrand lui-même, n’en reste pas moins passionnante.

Outre l’aspect croustillant de l’affaire, ce livre permet de voir comment se déroule sur un divan une analyse : bien sûr, celle de notre bon roué Françoué n’a pas vraiment eu lieu mais on sent l’analyste qui reprend des éléments vécus pour donner de la couleur à cette analyse imaginaire : il n’a, du reste, pas toujours le beau rôle et on voit bien que c’est le patient qui doit sortir du fond de lui sa part de vérité et pas l’analyste qui, par un coup de baguette magique, la ferait rejaillir à la surface.

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On pourra rapprocher cet ouvrage de l’excellent Le monde d’Ali – comment faire une psychanalyse quand on est polonais, chirurgien, arabe, élevé dans le sentier… (!) : l’auteur de la Psychanalyse de Mitterrand nous livre une charmante et courte autobiographie de son passage sur le divan de Pierre Legendre, analyste lacanien.

Magoudi reste relativement général sur les événements survenus durant sa cure et les révélations qui lui ont été apportées : il faut dire que son cadre familial a été difficile, sans être morbide ou dramatique, et qu’il semble avoir conçu des phantasmes plutôt violents. Mais qu’importe : car Ali a cette franchise rassurante, celle consistant à dire tout simplement ce qu’il a connu, les bons comme les mauvais côtés, sans la moindre utilisation de jargon analytique et là encore, ne se donnant pas le beau rôle, voire même doutant de ses propres interprétations.

D’ailleurs, histoire de faire mon malin, j’aimerais pointer une belle erreur d’écriture dans son livre. L’analyse d’Ali a été traversée par des questions complexes liées à sa filiation, son rapport à ses parents. Et voilà ce qu’il écrit page 147 : « J’aurais dû évoluer dans une fratrie de quatre. A l’âge d’un an, j’attendais un petit. A terme, ma mère est partie le mettre au monde. Mon père, incapable de faire face à trois marmots en bas âge, nous déposa quelques jours, ma sœur, mon frère et moi, au centre d’accueil Saint-Vincent-de-Paul, sis à Denfert-Rochereau. » Je surligne en gras à dessein. Il me semble qu’Ali Magoudi voulu écrire « A l’âge d’un an, j’attendais un petit frère ». Mais l’oubli de ce mot jette une tournure étrange sur son texte. Oubli de l’éditeur à ce niveau, ou de lui-même ? Mais de voir, à la phrase suivante affirmer que son père ne savait « faire face à trois marmots en bas âge » donne l’impression qu’il a voulu prendre la place de son géniteur et qu’il se ressent encore aujourd’hui comme le père de cet enfant qui est mort né.

En tout cas, Le monde d’Ali est un livre qui se dévore. Très réussi à tous les niveaux, on le souhaiterait plus long tellement l’auteur se révèle attendrissant et charmant.

Rendez-vous – la psychanalyse de François Mitterrand, Maren Sell Editeurs, 19 euros.

Le monde d’Ali – comment faire une psychanalyse quand on est polonais, chirurgien, arabe, élevé dans le sentier…, Albin Michel, 14 euros.

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21 octobre 2007

Le premier sexe d'Eric Zemmour

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On en a dit du mal du Premier sexe : les thuriféraires d’Alain Soral, dont le principal intéressé, y ont vu une honteuse copie de Sociologie du dragueur, ouvrage culte parmi les beaufs incultes qui n’ont jamais lu Freud et croient pouvoir s’en servir pour affirmer l’infériorité de la femme. On a aussi présenté ce pamphlet comme un livre anti-femmes, bref, un essai machiste, du même niveau que le honteux pamphlet sus nommé.


Ah ! décidément, personne n’a du lire ce livre ! Eric Zemmour, grand reporter au Figaro, se lance en fait avec Le premier sexe dans une analyse psychologique de l’homme occidental et européen Français. Questionnant le statut de l’homme d’avant la guerre et sa métamorphose en métrosexuel féminisé aujourd’hui, il en tire une lecture et une analyse qui se révèlent d’une grande intelligence et auxquelles on aura bien du mal à opposer des critiques.


En substance, il explique que l’homme a effectivement toujours joui d’une autorité et des privilèges sur la femme mais qu’en compensation, l’homme devait fournir un travail de composition du champ social, à savoir imposer le Nom-du-Père au fils pour que la structure familiale reste soudée, solidaire et obéissante, et s’occuper du « sale boulot » que représente la politique, à charge aussi pour lui l’aventure humain et la direction de la société.


Le féminisme, comme toutes les doctrine en « –isme », loin d’être uniquement une philosophie positivant la personne de la femme, entend en fait non faire de la femme l’égale de l’homme mais le contraire. Sa doctrine égalitariste détruit le fondement même du genre en invitant l’homme à rendre les armes, ce qu’il a accepté avec joie. Mais cette féminisation du mâle conduit ce dernier à ne plus pouvoir rendre heureuse une femme et à la fuir dès lors que survient une difficulté avec elle, notamment dans son couple.


Corollaire de tout cela, la montée de la violence sexuelle, notamment par les immigrés, revanchards face à une société féminisée, la montée du vote raciste, posture machiste bête trahissant la faiblesse et l’inquiétude et développement du porno violent pour faire payer, par une voie détournée, à la femme son audace.


Je synthétise, bien sûr, et on sera bien inspiré de lire le texte sans prendre mes propos présents comme des vérités assénées sans développement. En tout cas, la vision de Zemmour se soutient de sa compréhension de la théorie du Nom-du-Père qui l’autorise d’une lecture ambitieuse de la société actuelle. On lui reprochera essentiellement de mésestimer la possible harmonie de couple au-delà du problème de la féminisation de l’homme. Car à lire Zemmour, seul le mâle, le vrai, soutiendrait le désir de la femme en l’inscrivant dans sa plénitude masochiste. C’est faire peu de cas du désir d’entente, de la question du rapport humain qui refonde tout le couple, ce dernier étant constitué par un principe d’amitié qui fait le lien entre l’éros et l’agapé : on ne s’aime pas uniquement pour le sexe et on ne croit pas non plus en l’amour inconditionnel, mais grâce à la philia, on entend la possibilité de fonder le couple sur un rapport humain, sensible et intellectuel qui dépasse le clivage manichéen du désir amoureux. Néanmoins, les propos de Zemmour sur les hommes quittant leurs femmes dès qu’ils tombent amoureux d’une autre est intéressant.


De la même façon, sa lecture anti-raciste du problème de l’immigration, au profit d’une lecture Phallique autorise un nouveau dialogue possible avec l’autre qui passe par une revalorisation de son image virile et la possibilité par le lien affectif, la philia, de transcender la différence pour toucher à l’intime de l’être.


Un essai extrêmement vivifiant donc, indispensable à lire et qui permet de s’attaquer aux problèmes sociaux nous entourant en les découvrant sous un jour nouveau et enrichissant.


Denoël, 10 euros.


Je donne les liens (cliquez ici  pour la première vidéo, et là pour la seconde) de l'intervention d'Eric Zemmour chez Thierry Ardisson, face à Clémentine Autin. C'est très intéressant même si la vision donnée de son livre s'avère caricaturale. Toutefois, pouvoir bénéficier d'un contre point de vue me parait essentiel.

Par ailleurs, je noterais une chose très forte que l'on voit dans ces deux vidéos et qui donnent une bien piètre image des hommes. Monsieur Francis Huster se comporte d'une manière choquante à l'égard d'Eric Zemmour qu'il menace de faire quitter le plateau et on comprend bien que c'est pour aller lui en coller une. Là où Zemmour a un physique malingre, se tient vouté et a un visage d'enfant - bref on ne peut pas dire qu'il fasse très viril - Huster, tout de noir vêtu, se tenant droit et le visage plein de morgue et de mépris a une attitude à la fois choquante au niveau verbal mais aussi en terme de comportement... Alors, au lieu de crier que les "hommes sont des salauds" (comme si l'homme existait ! Rappelons que Diogène, lui, ne l'avait jamais trouvé), monsieur Huster ferait mieux de se comporter avec civilité et respect de l'autre, comme Clémentine Autain qui, sans se montrer agressive et méprisante, défend à merveille ses convictions.


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19 octobre 2007

Les Pensées et les Provinciales de Blaise Pascal

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Cher monsieur Pascal,

Il y a de ces livres que l’on ouvre sans se douter du bien qu’ils nous feront. Il y a des auteurs dont la première rencontre se passe mal et qui, finalement, dévoilent toutes leurs qualités un beau jour où on ne les attendait plus.

Car, entre nous, les choses avaient plutôt mal commencé : vos Pensées me restent toujours en travers de la gorge après une deuxième tentative de lecture. Car enfin, il y a quand même quelque chose d’absurde à sanctifier un sois disant livre constitué pourtant uniquement de notes préparatoires à cette fameuse Apologie de la religion chrétienne dont vous rêviez et que la maladie vous a empêché d’achever. Vous êtes de ceux ayant été bouleversés par Jésus-Christ, monsieur Pascal : à l’église de Saint-Sulpice, là où le sombre et médiocre romancier pour paranoïaques Dan Brown a situé une scène centrale de son Da Vinci Code, on peut lire la lettre que vous avez signé une nuit où le feu de Dieu vous a touché. Pas loin du combat entre Jacob et l’Ange – superbe toile de Delacroix qu’un philosophe a sali pour illustrer son Traité d’athéologie –, sur une plaque, vos mots sont gravés. Ils témoignent d’une profonde et immense joie, d’un sentiment océanique indescriptible, ce même sentiment faisant sens pour ceux ayant rencontrés Dieu et Jésus, mais contre lequel se dressait Sigmund Freud dans son Malaise dans la civilisation mais.

Pour autant, hélas, vos Pensées ne sont pas écrites de la main d’un ami – du même qui a griffonné cette lettre sous extase. Oh ! Je sais bien qu’au XVIIème siècle, la théocratie était une tentation bien normale mais enfin, il y a un « je-ne-sais-quoi » de méprisant dans vos propos à l’égard de ceux ne croyant pas ou alors mal, tout comme pour ceux dont la foi n’a pas la plénitude de la votre. Je ne sais pas, j’ai comme la sensation que vous pêchez par orgueil. Peut-être me trompé-je, mais j’ai la nette impression de ressentir chez vous du mépris pour ceux n’ayant pas trouvé Jésus.

Du reste, cela ne m’étonne : les catholiques, les ultras, éprouvent d’un sentiment de supériorité confinant à l’orgueil et la vanité ; sentiment rappelant ceux des Juifs, ce fameux peuple élu que les catholiques haïssent, bien agacés de les voir encore là à s’agiter alors qu’eux, n’est-ce pas, en ayant eu le droit à la Révélation finale, ils aimeraient bien les voir disparaître ou se convertir massivement à la religion, la seule la vrai, la leur ! D’où l’alliance forte et insécable entre néo-conservateurs chrétiens américains et Israël : monsieur Bush et ses séides se moquent comme de l’an 40 d’Israël. Par contre, ils voudraient voir tous les Juifs y retourner : pour que la Parousie se déroule, à savoir le retour du Christ sur Terre, il faut que les fils de Sion retrouvent leur mère patrie et se convertissent au Christianisme – il s’agit aussi de la position de l’Eglise. Il reste encore du chemin…

Mais je m’égare et en oublie notre discussion. Donc, disais-je, vos Pensées ? Vilaine chose sans grand intérêt pour moi. Oui, je sais qu’il y a quelque chose d’extrêmement scandaleux à écrire cela. Car qui suis-je pour proférer de telles paroles ? De quels diplômes puis-je me justifier pour parler ainsi ? Toutefois et c’est en cela monsieur Pascal que j’aurais aimé être votre ami, plaisir dont je ne pourrais m’honorer car vous êtes mort et moi vivant, vous avez écrit un magnifique ouvrage, ou plus exactement vous avez signé des lettres pour défendre vos amis Jansénistes de Port-Royal contre les perfides Jésuites. Ce recueil, les Provinciales, je l’ai lu et mon dieu ! comme j’aurais aimé vous rencontrer pour vous dire à quel point vous lire m’a soutenu le cœur, m’a renforcé la conscience et a fait de moi un homme meilleur que je ne l’étais.

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En révélant la duplicité des Jésuites, en montrant à quel point ils ont dévoyé la morale chrétienne, à quelle bassesse ils se sont livrés, vous avez fait œuvre de salut public. Au-delà des circonvolutions et autres discours de circonstance de ces manipulateurs, vous avez interrogé la réalité de leurs propos que vous avez confronté à la vérité de la Bible.

Esprit libre, on vous sent au début de vos lettres plus sarcastique et ironique que véritablement en colère. On devine que l’amitié n’a rien pour vous d’un vain mot et que vous voulez avant tout rendre service à vos amis Jansénistes, trop purs, trop ardents dans leur foi face à des dégénérés dont les livres ont souillé le Christ… Je sais à quel point mes mots semblent venir d’un autre âge, mais enfin ! quand on légitime le meurtre, le vol, quand on tolère le commerce de la prostitution, quand on autorise à mentir, quand on dénie toute prétention au pardon à la confession, quand on calomnie ceux ne pensant pas comme vous, quand on pense même à les éliminer et quand on fait tout cela au nom de Dieu ! au nom de Jésus !

Et puis, moi qui pensais, naïvement, que le mensonge démocratique dans lequel nous vivons datait d’hier, quelle n’a pas été ma surprise de découvrir que ces Jésuites en ont été les promoteurs. Regis Debray le confiait à Frédéric Taddeï : Le politique doit prendre du recul par rapport aux petits problème de ses concitoyens. Il œuvre d’en haut et accepte de prendre des mesures parfois peu populaires pour réguler. Mais aujourd’hui, ajoute Debray, le politique est devenu publicitaire : aussitôt qu’un fait divers se produit, il débarque dans la seconde et annonce le vote d’une loi. Que ne pouvait-il y penser avant !

Vos Jésuites sont bien pareils. Aujourd’hui, disent-ils, si nous appliquions avec rigueur l’Evangile, plus personne ne viendrait à l’église ou se confesser ! Donc, plutôt que de faire venir l’Homme à Dieu, on fera en sorte de le faire descendre au niveau de l’Homme et on pardonnera à celui en situation de pêché mortelle. De même évitera-t-on de culpabiliser les riches pour qu’ils fassent l’aumône aux pauvres et on tolèrera la calomnie et le commerce des sens : quelques petits pêchés de rien du tout justifient une paix sociale bien gardée ! Une doctrine immonde et injurieuse pour l’intelligence humaine.

Mais si l’on croit en Dieu et fait le vœu de vivre selon sa Loi, peut-on transiger ? Comme tout un chacun, je suis le premier à ne pas respecter tous les commandements de Jésus et pourtant, qu’ils sont simples à tenir ! Que son joug est léger ! Mais enfin, je ne suis qu’un homme. Mais lorsque l’on décide de dédier sa vie à Dieu comme l’ont fait les Jésuites et que l’on trahit toute la pensée de Jésus, qu’on instrumentalise la religion pour en faire un marchepied destiné à s’assurer un confort politique et financier, qu’est-on sinon une canaille ?

Et voyez, le pire dans tout cela : malgré vos dix-huit lettres qui sont autant de coups de canons dans la nuit des esprits, vous avez perdu. Car les Jansénistes n’ont pas eu l’heure de plaire à Louis XIV et ce dernier a préfère donner raison aux chiens et se débarrasser des purs. Louis Dieudonné (sic) a cru les Jésuites et fait raser Port Royal. La transparence, la netteté, le désir de faire sortir les gens de leurs cloîtres pour les exposer à la vive lumière du jour : le totalitarisme, déjà, dans son souci de ne plus laisser quiconque pouvoir se retrouver seul face à Dieu. Certainement pas quand il a le désir de le faire à sa manière.

Voyez, c’est bien pour toutes ces raisons que je me suis senti plein d’amitié pour vous. Pour votre intelligence, votre sens de l’ironie, votre refus de la facilité, votre sensibilité, votre courage, votre maîtrise de vous-même face aux attaques et calomnies. Parce que le christianisme que vous défendez, même si je ne peux m’y rattacher, lâcheté et faiblesse aidant, reste à mes yeux comme cette lampe dont la flamme brille dans l’obscurité de l’âme, si bien rendue par Georges de la Tour sur ce tableau de la Madeleine pénitente dont les éditions Gallimard ont utilisé un détail pour illustrer vos Provinciales.

Malheureusement, nous ne nous connaîtrons jamais et nous n’échangerons jamais. Quel dommage que nous nous soyons simplement croisés : j’aurais eu tant à apprendre de vous et nous aurions pu tellement nous dire ! Mais il faut se résoudre à se taire. Néanmoins, dans le silence de l’éternité où vous avez pénétré, je vous envoie, avec mon profond respect, mes pensées les plus sincères.

Les Pensées, Presse Pocket, 5,30 euros.
Les Provinciales, Gallimard, 8,20 euros.

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16 octobre 2007

La mort spectacle de Michela Marzano

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Le sujet est fort et appelait une démonstration à la hauteur de l’ambition affichée par l’auteur. Dénoncer « la mort spectacle », faire un sort à la mise en spectacle des exécutions islamistes, des accidentés de la route et des snuff movies participe d’une réaction saine et intelligente pour canaliser et donner un sens à des pulsions étrangement gratuites dont la persistance laisse craindre de sombres dérives. Sauf que, Micheal Marzano, auteur de La mort spectacle – enquête sur l’ « horreur réalité » n’a simplement pas les moyens de ses ambitions. Avec le livre Dieu avec esprit d’Irène Fernandez, il s’agit du plus pathétique et médiocre essai que j’ai lu : on sent ces textes empreints de tout ce que la féminité a de plus médiocre dans la caricature qu’on en fait, à savoir une propension à l’émotion au lieu de la réflexion.

L’ouvrage de Marzano se contente donc de décrire certaines vidéos, de faire état des lieux de ce que l’on peut voir sur le net, et tout cela sous un angle fort subjectif, celui de ses propres pérégrinations. Après avoir, pour ainsi dire, tracer un état des lieux (le tout sans aucun chiffre, ni recensement scientifique), notre philosophe tente médiocrement de commenter le goût de certains pour l’horreur spectacle sans jamais réussir à produire une quelconque hypothèse (oui, finalement, pourquoi ? On ignore toujours) tout en perdant pas une occasion de le déplorer. Mais le déplorer pourquoi ? Croyez le ou pas, Marzano n’a même pas pris la peine de réfléchir à cette question, ce qui fait que l’on ignore si le visionnage des vidéos de morts trouvées sur Internet pourrait avoir la moindre influence sur le comportement humain. Du coup, elle en déduit que c’est mal parce que le visionnage répété conduit à l’indifférence. Certes. Mais quand je vois l’attitude de mes concitoyens dans le métro, je note qu’ils sont particulièrement indifférents les uns aux autres : visionnent-ils tous des vidéos gores ?

Essayant d’élever le débat, je me suis tourné vers Linda Gilaizeau, archéologue doctorante à Paris I qui travaille sur l’archéo-anthropologie funéraire. « Il suffit de se tourner vers l’histoire et l’archéologie (car se sont principalement par les textes que nous sommes renseignés sur le moyen âge) pour obtenir une indication claire sur l’intérêt de tous pour la mort. A cette époque, la mort étant le lot de tous, chacun s’y préparait et s’y confrontait régulièrement : outre les exécutions publiques, il faut savoir que les cimetières étaient alors habités, qu’on y tenait des marchés… bref, il s’agissait de lieux de vie. Aujourd’hui, la mort est cachée, interdite, devenue taboue », conclue-t-elle. « Pour une référence sérieuse, on consultera La Mort en Occident de Philippe Ariès au Seuil. Ajoutons aussi que dans la sphère privée, les gens mettaient leurs propres morts en scène ; on mourrait certes dans son lit mais entouré de tous : famille, amis, curé…sans compter les chapelles ardentes dans la maison même du mort où tout le voisinage défilait… ».

Ces précieuses informations nous permettent d’imaginer que l’intérêt des gens pour les spectacles de la mort tient à ce que nous essayons, par ce biais, d’obtenir une connaissance sur un événement ineffable. Ce qui est forclos revient par la petite porte de la pulsion : plus on bride, plus on cherche à effacer et à taire, plus l’inconscient cherche à satisfaire son désir de savoir. Le tout sans prendre de gants avec le voyeurisme et le malheur des autres, malheur qui est toujours un peu celui que l’on connaît.

Autant dire que l’essai de madame Marzano aurait largement gagné si cette dernière avait ouvert un bon livre sur le domaine de la mort, en archéologie ou en histoire. Une mise en perspective historique aurait permis de comprendre pourquoi nombre de gens visionnent ces vidéos. Dans un deuxième temps, il aurait été bon d’envisager une réflexion approfondie sur la question pour sortir de l’attitude angoissée qu’affiche l’auteur, afin de dresser un constat appuyé par des chiffres (enquête d’opinion…), de façon à déterminer si oui ou non les gens voient leur attitude à l’égard de leurs semblables modifiés par les films gores qu’ils visionnent et si ce même visionnage conduit forcément à une modification de son psychisme.

En l’état des choses, le lecteur ressort horrifié de la lecture de cet essai et face à nombre de questions d’autant plus inquiétantes qu’il n’a pas la moindre idée de la gravité potentielle de réponses tout aussi potentielles. Plutôt que d’inquiéter, mieux vaut éduquer. Plutôt que de faire paniquer, mieux vaut inviter à penser. Face au désir de mort de certains d’entre nous, comprendre, analyser et trouver une réponse adéquate s’avère certes une mission de longue haleine, mais nécessaire.

Gallimard, 5,50 euros.

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11 octobre 2007

La littérature à l'estomac de Julien Gracq

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Le constat que dresse Julien Gracq sur la littérature de l’après-guerre dans sa Littérature à l’estomac se révèle d’autant plus intéressante qu’il a parfaitement senti dès 1949 que la promotion du livre était en passe de prendre une place considérable dans la vie littéraire française, au point que le travail des auteurs n’était plus tellement lu que seulement discuté.

Il rappelle avec justesse que la France est un pays où la chose imprimée jouit d’un certain prestige et où l’on a habitude de parler de livre, des auteurs, de leur travail (tout du moins à l’époque, l’inculture de nos concitoyens rend la probabilité de voir des jeunes gens ou des adultes, en plein dîner, évaluer entre eux un auteur particulièrement absconse – on notera par contre que le phénomène des blogs comble un précipice et réunit, dans des communautés, des amateurs de littérature qui comptent aujourd’hui comme une force. Demander aux attachées de presse quel regard ils portent sur les blogs et vous comprendrez leur importance.). Mais depuis la fin de la guerre, la technicité du monde a atteint des niveaux tels que personne ne peut plus aller directement à la source pour se cultiver. Il est impossible de comprendre l’état précis des dernières recherches scientifiques sans être soi-même un scientifique : il faut donc passer par la presse pour appréhender les travaux recensés.

Or, pour la littérature, déplore Gracq, la situation est la même alors qu’elle ne le devrait pas, un livre étant toujours plus ou moins accessible. Aujourd’hui, on parle de livres qu’on ne lit pas à des jamais qui ne l’ont pas non plus ouvert mais qui en parlent tout autant volontiers. Rares sont désormais ceux qui lisent encore.

Voilà un constat qui se vérifie : mais heureusement, les blogs sont en train de casser cette triste réalité. Les gens qui lisent sont légions et ont enfin la possibilité d’échanger pour de bons, de donner envie à d’autres de lire et ensuite de comparer leur vision des livres. Les paroles de Gracq sont donc fort pertinentes en cela qu’il avait bien compris quel danger menaçait la littérature. Mais comme il ne pouvait se douter qu’un jour naisse Internet, on lui pardonnera volontiers son manque d’optimisme.

José Corti, 10,50 euros (attention ! Livre non massicoté : vous devrez trancher vous-mêmes vos pages comme au bon vieux temps de grand-papa)

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09 octobre 2007

L'aiguille creuse de Maurice Leblanc

adultejeunesse

Drôle de roman que L’aiguille creuse signé par Maurice Leblanc. Quatrième tome des aventures d’Arsène Lupin il se révèle, à l’instar de nombre de tomes des aventures du gentleman cambrioleur, plutôt surprenant et en décalage avec ce que l’on imagine des aventures du grand Arsène. C’est que, chez Leblanc, notre escroc et voleur a une certaine noblesse de cœur, un panache typiquement Français mais aussi la mauvais habitude de tomber amoureux, une propension à multiplier les erreurs, les accidents et à se faire rouler dans la farine, voire se retrouver à agoniser dans un coin. L’aiguille creuse n’échappe pas à la règle : difficile de parler plus en avant de ce roman sans en révéler quelques composantes. Que les lecteurs aimant la surprise la plus totale détournent donc leurs regards de cette chronique. Pour les autres qu’ils se rassurent néanmoins : je serais le plus flou possible.

Or donc, le véritable héros de ce livre, il faut le souligner, n’est pas Lupin : cela n’est pas propre à ce tome, puisque dans L’île aux trente cercueils on retrouvera cette même situation. Mais là, grande différence, puisque Isidore, personnage principal du livre, est non seulement l’adversaire d’Arsène, mais aussi un simple lycéen qui pourtant met en échec le grand détective cambrioleur ! Incroyable mais vrai ! Et plus encore, il faut bien le dire, il se révèle largement plus sympathique et intéressant que Lupin. Pour les amateurs de manga, soulignons que si on m’apprenait que les Clamp se seraient inspirées de lui pour créer certains de leurs personnages, je ne serais pas plus surpris que cela… Face à lui, Lupin se révèle vaniteux, orgueilleux, insupportable de fatuité, méprisant, minable, ayant recours à des stratagèmes indigne de son honneur. Bref, il perd de sa superbe et on s’interroge sur le désir de Leblanc : testait-il la possibilité de remettre aux oubliettes ce Lupin qui le poursuivit jusqu’à la mort pour le remplacer par Isidore ?

Au final, L’aiguille creuse pose problème : son intrigue est certes remarquable et passionnante, les coups de théâtres se multiplient pour le plus grand plaisir du lecteur qui dévore littéralement les pages, mais quelque chose ne tient pas dans le personnage de Lupin et il déçoit. Pour tout dire, j’ai cru un bon moment qu’Isidore était le vrai Lupin et que l’autre se faisait passer pour lui. C’est dire ! Sans compter, cerise sur le gâteau, que l’événement expliquant comment Lupin a pu échapper en début de livre aux gendarmes me paraît, sauf gros problème de lecture, totalement incompréhensible. Bref, autant je garde une passion pour le premier roman d’Arsène Lupin, autant celui-là se fait plomber par son héros : avouez que c’est balot.

Le livre de poche, 3,50 euros ou 5,23 euros (édition jeunesse).

Posté par Menon à 19:19 - Roman noir - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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