30 août 2007
Crime en jaune de Dashiell Hammett
Connu pour son classique du roman noir Le faucon maltais, Dashiell Hammett signe, dans Crime en jaune, deux excellentes nouvelles du genre.
Dans la première, qui donne son titre au recueil, on suit un privé devant protéger une jeune chinoise fortunée : cette dernière a découvert que de sombres individus avaient pris possessions de sa maison durant un déplacement et l’ont ensuite séquestrée avec sa servante, mais cette dernière a perdu la vie à cause d’un nœud trop serré autour de son cou… L’histoire, de prime abord, peine à démarrer, mais finalement, Dashiell Hammett nous passionne avec de petites touches d’humour et une excellente conclusion qui donne tout son intérêt au récit. Ce dernier se déroule dans le Chinatown des années 20 et dégage une atmosphère bien décrite avec des Chinois fourbes, stéréotype de l’époque oblige.
Le deuxième texte, L’éléphant vert propose un tout autre genre de récit puisque cette fois-ci, c’est une petite frappe qui met la main sur un pactole énorme. Mais dépassé par le montant extravagant de l’argent dérobé, il va tout simplement perdre la tête : avec beaucoup d’ironie, Hammett s’interroge sur ce qui nous arriverait si nous mettions la main sur une énorme somme d’argent volée. Une nouvelle géniale.
Hélas, ce recueil date de 1973 et n’a pas été réédité depuis par Presses Pocket. On peut mettre la main dessus dans une brocante ou chez un bouquiniste. Je conseille notamment le Boulinier du boulevard St Michel sur Paris qui propose des tonnes de polars entre 50 centimes et 1,50 euros. Sachez, par ailleurs, que ces deux textes sont extraits d’un autre recueil, Piège à filles : mieux vaut sans doute mettre la main sur celui là tant ces deux nouvelles sont bonnes et se lisent vites.
Presses Pocket, épuisé.
27 août 2007
Maigret à New York de Georges Simenon
A la retraite, le commissaire Maigret accepte de servir de chaperon à un jeune homme parti retrouver son père à New York pour lequel il s’inquiète. Mais à la sortie du bateau, le garçon disparaît soudain et Maigret doit faire face à son père et lui annoncer que son fils a disparu. Pourtant, ce dernier, tout comme son homme de confiance, semblent totalement indifférents à la situation. Le commissaire devine alors que quelque chose de sinistre se trame. Aidé d’un collègue américain, O’Brien, il tente de démêler les fils du mystère.
Ce Maigret à New York ne compte certainement pas parmi les meilleurs romans que Simenon consacra au célèbre policier parisien. Néanmoins, il ne s’agit pas d’un mauvais livre : il reste une coudée au dessus de la mêlée, grâce au talent de l’auteur. Mais cette fois ci, loin de Paris ou de sa province, Maigret est en peu perdu, hésitant, maladroit : bref, il a perdu de sa superbe et Simenon se met en danger, sans doute avec plaisir d’ailleurs. Pourtant, il se perd un peu et son lecteur avec, dans ses grandes rues de New York si froides. D’autant que son récit a quelque chose d’incertain et de vague qui, par moment, ne nous invite pas à nous passionner.
Malgré tout la dernière ligne droite du livre impressionne par la tension psychologique : l’interrogatoire mené par Maigret depuis New York jusqu’à la France, par le biais du téléphone est carrément magistral, d’autant qu’on n’entend que la voix du commissaire : pourtant par la seule force du style de Simenon, la voix de l’autre et ses mimiques sont audibles comme si on le voyait et quand la plaidoirie du commissaire devient soudain sauvage et assassine, le lecteur pense à peine à respirer. Rien que pour ce moment là…
Le livre de poche, 5 euros.
Le boucher de Guelma de Francis Zamponi
1945, Algérie. Les Algériens défilent au cours d’une manifestation pacifique pour célébrer la libération mais aussi pour des motifs sans doute plus complexes. La situation est tendue comme pas possible : les militaires en place sentent que quelque chose se trame : comme le parfum d’une possible insurrection. Effrayés par le nationalisme des Algériens, les militaires auraient tués un scout musulman porteur du drapeau du pays. Tout de suite, la machine s’enclenche : massacres d’européens contre massacres de musulmans. Bilan ? Si les pertes françaises sont minimes, le gouvernement algérien d’aujourd’hui annonce un chiffre de 45 000 massacres !
Aujourd’hui : Maurice Fabre, alors sous préfet durant les massacres de 1945 se fait arrêter en Tunisie et extradé en Algérie pour être jugé pour crimes contre l’humanité. Le vieil officier, tout d’abord, se cabre et conteste qu’on puisse le juger et puis, il se prend au jeu. Finalement, agacé par le cirque ambiant, par les pressions du gouvernement français, par les menaces des nationalistes algériens, il décide de tout balancer sur les massacres de 1945, révélant une terrible conspiration.
Un roman noir historique, voilà ce qu’est ce livre. Et un bon, un très bon même. Francis Zamponi a signé ses romans dans ce contexte de la guerre d’Algérie. Toujours. Pour le Boucher de Guelma, il signe un roman remarquable à plusieurs niveaux : tout d’abord par son style : le livre se dévore tout en étant bien écrit. Oh, pas d’esbroufe ou de balzaciennes descriptions, mais une maîtrise des dialogues et du monologue rendant crédible les échanges, le procès et les pensées de Maurice Fabre. Mais tout cela ne serait rien sans le scénario : et lui s’avère exceptionnel. Je n’ai pas les compétences pour juger si la théorie évoquée dans le livre est juste, mais l’auteur s’appuie sur des choses tellement exactes qu’on a plus qu’un doute en renfermant le livre. Un livre très noir d’ailleurs. Zamponi, avec beaucoup d’habileté, nous met tout d’abord dans la peau de Fabre, générant l’empathie du lecteur pour ce dernier. Et puis, au fur et à mesure les révélations tombent et mazette ! On se rend compte que l’on côtoie avec Fabre autre chose qu’un simple salaud : véritablement un malade mental.
Mettre ainsi le lecteur dans les pas d’un bourreau a quelque chose de vertigineux. Cette tentative nous renvoie à ce qu’André Glucksmann souhaitait dans Le Bien et le Mal : qu’on se demande en quoi nous sommes des Hitler potentiels, interroger notre part des ténèbres pour ne pas dire qu’on ne pouvait pas savoir. L’expérience a ses limites, bien sûr, mais chez Zamponi on se prend au jeu et franchement, on n’aime pas trop ce que l’on a vu de soi.
Seuil, 16 euros.
25 août 2007
En effeuillant Baudelaire de Ken Bruen
Au début des années 1990, après le krash boursier des années 80, les entreprises anglaises sortent de l’ère tatchérienne avec une vilaine gueule de bois : c’est ainsi que Ken Bruen situe l’action de son En effeuillant Baudelaire, dans la préface de son livre récemment édité en France. Ce contexte particulier explique le caractère et comportement de Mike Shaw, un comptable anglais très propre sur lui et qui va verser dans la folie douce suite à la rencontre avec une certaines Laura.
Ah ! Les femmes fatales des romans noirs vous exclamez-vous déjà. Eh bien, non. Ici, Laura n’a rien d’une femme fatale en faite. Juste un peu cinglée, la gamine jette son dévolu sur Mike pour une raison bien indéterminée. Et au passage, elle lui présente son père, Harry, un millionnaire qu’elle accuse d’avoir couché avec elle. En réalité, c’est appâté par l’argent à se faire que Mike se laisse embrigader dans les petits jeux pervers d’Harry qui, soit dit en passant, a un goût immodéré pour le sexe et Charles Baudelaire. Complètement à la masse, Mike va finir par simplement péter les plombs dans cet environnement pourri de fric…
Très étrange ce petit roman de Ken Bruen. Il compte environ 210 pages avec des marges blanches bien marquées et un style reposant à 90% sur le dialogue. Mais pas des dialogues à la Amélie Nothomb. Plutôt des répliques qui tombent, sarcastiques et vives, dans des chapitres composés d’une poignée de pages. Bref, ce bouquin se lit très très vite et on reste un peu confondu devant le style si direct du roman qui donne l’impression, dans un premier temps, de lire un script de film. Mais finalement on s’y fait plutôt bien. On a aussi un peu de mal avec le comportement de Mike puisque l’auteur ne précise jamais vraiment pourquoi il accepte Laura : sans l’introduction, on serait un peu largué. Enfin, et cela s’avère plus gênant, on comprend un peu mal le pétage de plomb de Mike : après tout, rien de si traumatisant que cela dans sa situation et Harry n’a rien d’un personnage capable de rendre un homme fou simplement par son comportement. Toutefois, ces défauts ne sont pas capables d’amputer l’intérêt pour ce court roman noir nerveux et cynique dont les piques à la Oscar Wilde sont délicieux à découvrir. Ken Bruen a en effet un goût immodéré pour les mots qui font mouches, les saloperies qu’on s’envoie au visage et l’étendue de la médiocrité humaine.
Fayard, 18 euros.
24 août 2007
Pas d'orchidées pour Miss Blandish de James Hadley Chase
Avec Pas d’orchidées pour Miss Blandish, voilà un pur roman noir comme je les aime : style nerveux et direct, action incessante, retournements de situations. On passe un excellent moment au milieu d’une galerie de cinglés et de petites frappes.
Tout commence lorsque la fille du milliardaire Blandish se fait enlever par trois seconds couteaux. Mais pas de chance pour eux, ils sont aperçus par la bande de Grison. A leur tête, m’man, un monstre de graisse et d’inhumanité qui va vouloir mettre la main sur la belle, tout comme son taré de fils, d’ailleurs…
Ce qui rend la lecture de cet ouvrage aussi plaisant tient à la tension qui parcourt les pages. Chez James Hadley Chase, tout peut arriver et n’importe quel personnage peut se faire refroidir d’un coup. De fait, impossible de se sentir en terrain stable. De plus, le début du livre donne vraiment l’impression de se retrouver dans Massacre à la tronçonneuse : la bande de Grison fait aussi peur que les dégénérés du célèbre film d’horreur et certaines séquences sont limites angoissantes… Dans la deuxième partie du livre, on change d’ambiance pour du roman noir plus classique, ce qui nous permet de nous intéresser aux Grison et de découvrir que certains sont finalement sympathiques (si si !). Pour terminer, la dernière partie du livre nous donne à suivre une enquête efficace qui résout l’intrigue, jusqu’au dernier coup de théâtre final. Il existe une suite à ce livre, La chair de l’orchidée : je me demande bien ce que l’auteur a pu trouver à raconter. Ce sera l’occasion d’une prochaine chronique.
De bons personnages, une bonne intrigue, des situations tendues et dures… Pas de doute, avec Pas d’orchidées pour Miss Blandish, vous aurez du harboiled et du bon !
Gallimard, 6 euros.
23 août 2007
Neuromancien de William Gibson
Publié en 1984, le roman Neuromancien a lancé et popularisé le genre cyberpunk : voilà ce que l’on apprends au gré de ses lectures sur le net. Partiellement vrai seulement, tant les commentateurs oublient l’importance de Philippe K. Dick dans la genèse du genre. Toutefois, sans ce classique de la science-fiction qu’est devenu le Neuromancien de William Gibson, Matrix n’aurait jamais existé et Ghost in the Shell ne nous aurait pas bouleversé. Autant dire que l’on aborde la lecture de ce roman avec un mélange d’excitation et de fascination.
L’histoire démarre très bien : on fait la connaissance de Case, un ancien cow boy de la Matrice, capable d’aller pirater des ordinateurs ou modifier des dossiers informatiques à l’autre bout du monde en se câblant sur une machine. Mais le jour où il a voulu se sucrer sur un employeur, ce dernier lui a fait subir une opération l’empêchant de se brancher de nouveau sur un ordinateur. Depuis, camé et amoureux de Linda Lee, une fille borderline, il vivote de mauvais coup, devant un paquet de frics à des types peu recommandables…
À un premier niveau de lecture, Neuromancien s’inscrit donc dans le genre du roman noir : on retrouve le héros dépendant, amoureux d’une fille de mauvaise vie, qui s’enfonce dans la médiocrité et finira un jour poignardé au fond d’une ruelle… Voilà pourquoi le début de l’ouvrage passionne : malgré un vocabulaire complexe, il reste accessible et on retrouve ses marques. Mais tout se complique lorsque Case rencontre le mystérieux Armitage, un employeur énigmatique. Ce dernier lui offre une opération lui permettant de redevenir un cow boy de la Matrice. Accompagné de la sexy et dangereuse Mollie, une samouraï des rues, les voilà partis à la recherche d’un fumeur de ganja et d’un illusionniste pervers pour exécuter une mission de la plus haute importance.
Mission dont on ne comprendra rien, jusqu’à la dernière page ! En effet, William Gibson a décidé de ne pas faciliter la tâche au lecteur en le promenant dans un récit abscons : on ne sait pas pourquoi les personnages agissent, on ne comprends pas forcément ce qu’ils font (vous avez intérêt à connaître le vocabulaire cyberpunk avant de vous y mettre) et par moment, on décroche complètement… Pourtant, cette rudesse de l’œuvre n’entame pas complètement l’intérêt pour le livre. Certes, il faut se farcir une syntaxe équivoque (du à l’auteur ou au traducteur ?) et ne pas toujours bien suivre l’histoire gâche forcément le plaisir, mais à l’instar d’une poésie dont on ne comprendrait pas tous les mots ou les images, on peut toujours se laisser porter par la magie. Et ici, elle fonctionne admirablement bien. Surtout dans la dernière partie, avec cette Molly dont Case ressent les moindres mouvements, confrontée à une galerie de freaks pas si monstrueux qu’ils en ont l’air… et jusqu’à ces dernières lignes énigmatiques au possible nous faisant douter de tout. Finalement, ne sommes-nous pas encore dans la Matrice ou bien assisterait-on à un miracle ?
Dans l’univers de Gibson, Dieu a en effet disparu et on peut voir tout le livre comme une réflexion métaphysique autour de cet oubli et comprendre la mission de nos héros comme la tentative de le ressusciter. Car que font Case et Molly si ce n’est éliminer des divinités pour donner naissance au Dieu unique ? On peut ainsi suivre le livre à l’aune de cette réflexion, et constater qu’il y a une tentative intéressante et osée de remettre du sacré dans un univers sans moral. Sans doute que la suite du Neuromancien (Comte Zero et Mona Lisa s’éclate) apportera un complément à notre réflexion. En l’état, on conseillera néanmoins cet ouvrage malgré une opacité certaines : mais comme toujours, on n’a rien sans rien. Souvent, dans la difficulté réside l’intérêt.
J’ai Lu, 6 euros.
20 août 2007
Green Lantern Versus Aliens
Publiée en 2000, la mini série de Green Lantern Versus Aliens offre aux fans de comics et de cinéma l’occasion de réaliser un grand phantasme, celui de voir le super héros à la bague magique affronter les ignobles créatures habituées à pourchasser Ripley dans l’espace (vous savez, l’endroit d’où personne ne peut vous entendre crier). Mais le résultat sera-t-il à la hauteur de leurs espérances ?
L’écriture de ce récit a été confié à Ron Marz, un scénariste qui a signé durant six ans les aventures de Kyle Raner, porteur du Green Lantern ; on lui doit aussi quelques comics réputés comme celui du Silver Surfeur (Marvel) ou Scion (Crossgen – éditeur disparu depuis). Au dessin, les crayonnés ont été confiés à Rick Leonardi, un artiste ayant travaillé sur une tonne de comics dont Amazing Spider-Man ou Daredevil pour les plus connus. Toutefois, il y a une différence d’envergure entre les deux créateurs : autant Marz a le CV d’un scénariste réputé et doué, autant Leonardi a surtout pour réputation de serviteur comme dessinateur fill-in : en gros, celui qu’on appelle pour suppléer un dessinateur régulier parti en vadrouille. Il a toutefois dessiné des gros morceaux comme le réputé Spider-Man 2099. On dira de lui qu’il fait partie de ces dessinateurs rapides qui travaillent bien sans avoir un grand talent graphique.
Dans ce récit, Kyle doit se rendre avec d’anciens membres du Green Lantern Corps sur la planète Green Lantern pour secourir un vaisseau écrasé. Ses collègues avaient, sous la direction du précédent porteur terrien de l’anneau vert alias Hal Jordan, installé une colonie d’Aliens qui leur étaient tombés dessus au cours d’une mission. Hal Jordan refusant de les tuer, avait souhaité préserver leur vie. Mais avec des êtres humains sur la planète, il faut bien enquêter.
Au final, que dire de cet album de quatre vingt dix pages environ ? Soyons francs : il plaira avant tout aux fans hardcore d’Alien et de Green Lantern. L’histoire n’a en effet qu’un intérêt très limité, se résumant à un situation de crise vite résolue et à la décision finale de Kyle : sauvera-t-il les créatures ou bien les considérera-t-il comme une menace ? Son choix s’avèrera assez controversé, même si finalement légitime. Finalement, le point le plus intéressant de l’album tient à la relation rapide, mais intéressante, qui se crée entre Kyle et une survivante du crash qui donne lieu à un bon moment d’émotion. On ressent finalement une réelle déception tant on sent qu’il y avait là matière à une histoire intéressante : plusieurs éléments du scripts auraient mérités d’être développés. Avec quelques épisodes de plus, cette mini série avait le potentiel pour constituer un bon événement… On déplore aussi que le graphisme de Léonardi ne soit pas plus régulier au cours des épisodes : si ce dernier fait des efforts pour soigner les expressions de visages des personnages et leurs morphologies, ses cadrages et séquences d’actions sont plutôt décevants. On remarque notamment une baisse de qualité en milieu d’album sur son dessin comme s’il avait été pressé par les délais.
Pour finir, un dernier mot sur les différentes éditions du livre. Il en existe trois et si vous cliquez sur cette phrase, vous serez renvoyés sur le site de Wetta où vous pourrez passer commande. Les fans d’Aliens seront d’ailleurs ravis d’y trouver un grand nombre d’albums consacrée à l’un des plus célèbre monstre du septième art. Quant aux amateurs de comics, ils découvriront un catalogue résolument typé série B, plus violent et frappé que celui de ses concurrents (Kiss, Hack / Slash mais aussi, dans un autre genre Jingle Belle ou El Zombo). Un éditeur à surveiller.
Wetta, 11,90 euros.
Pour le meilleur et pour l'empire de James Hawes
A en croire la chronique parue dans le mensuel de juillet/août de Lire, Pour le meilleur et pour l’empire de James Hawes serait un roman hilarant. Ailleurs, j’ai entendu dire qu’on pouvait le comparer aux délires des Monthy Piton… D’où une sorte d’inquiétude me concernant : après lecture, non seulement ce livre ne me paraît pas drôle, mais certainement pas décalé à la Monthy Pithon. Et plutôt qu’hilarant, je l’ai trouvé cynique, ironique et parfois même un peu flippant… Néanmoins, cela ne fait pas de lui un mauvais livre, bien au contraire !
Pour le meilleur et pour l’empire met en scène un looser quadragénaire, Brian Marley. Afin de devenir riche pour pouvoir élever décemment son fils Tommy et enfin emballer sa jolie élève Consuela, il décide de participer à une émission de télé réalité type Koh Lanta. Étrangement, notre minable professeur d’Anglais pour classe d’étrangers finira par remporter le jeu mais lorsque l’équipe de télé vient le chercher, un terrible accident détruit leur hélicoptère. Coupé de la civilisation, perdu dans la jungle, Brian croit mourir lorsqu’il tombe sur une étrange colonie britannique composée de rescapés d’un crash survenu en 1958. Dirigé par un ancien militaire, le Directeur, cette colonie vit selon les sacro saintes valeurs de l’Angleterre profonde, tenant pour parole d’Evangiles ce que les livres d’écoles des années 50 présentaient comme étant le modèle de vie du bon Anglais moyen.
A partir de ce substrat rocambolesque, James Hawes livre ici un roman philosophique du meilleur effet. La découverte de la colonie sera un grand moment qui partagera le lecteur entre consternation et fascination – consternation quant à la mentalité du campement, carrément malsaine par moment et fascination pour un mode de vie autarcique dans lequel tout le monde semble heureux. Cette impression contrastée sera renforcée et relancée lorsque l’Angleterre connaîtra un brutal changement de gouvernement : en montrant le retour des réactionnaires au pouvoir, Hawes livre une réflexion intense autour de ce qu’est l’Angleterre. L’auteur pousse le bouchon de plus en plus loin et nous interroge : quel gouvernement voulons nous réellement ? Et qu’entendons-nous par l’âme de l’Angleterre ? Bien sûr, il faudrait être Anglais pour percevoir toutes les subtilités du livre et soupeser la réflexion de l’auteur, mais même un lecteur français ne sera pas insensible à ce qu’évoque Hawes tant ce qu’il décrit n’est pas sans évoquer ce que la France pourrait connaître
Ne croyez pas pour autant que ce livre soit une thèse politique ! Au contraire. Car l’auteur manie tout le long du livre ironie et cynisme, faisant de son héros une mauviette comme on en a rarement vu, à la fois grandiose et sympathique, tout en étant minable et incurable. On passe un excellent moment à suivre les aventures de Brian, d’autant que le romancier a un sens du détail certain : si son histoire reste finalement très basique, son découpage et le soin accordé à la psychologie des personnages ou leur comportement donne une grande force à l’ensemble.
Finalement, le gros point faible de l’ouvrage reste sa fin : l’auteur a décidé en effet de ne pas terminer son roman ! C’est donc en pleine action que tout se conclue, nous laissant frustrés au possible ! On rêve d’une suite parce qu’on a tellement envie de savoir ce qui va arriver à Brian et à l’Angleterre que pour le coup, monsieur Hawes a intérêt à se remettre au travail !
Editions de l’Olivier, 20 euros.
16 août 2007
Les Vaincus de Frantz Duchazeau
Et voilà comment une civilisation meurt… On assiste à travers Les Vaincus de Frantz Duchazeau à la destruction de l’empire Inca. Lorsque le héros, Apoo, un messager au ordre du grand Inca apprend l’arrivée des Espagnols sur son territoire, il part voir le vieux sage avec lequel il est ami : ce dernier lui annonce la destruction de leur civilisation. Mais il faudra un moment à lui comme aux serviteurs de l’Inca pour le comprendre, persuadés qu’ils sont que les dieux viennent de poser pied sur leur rivage. Notre héros, voyant les Espagnols se livrer à des massacres, tente de retrouver sa petite sœur, vierge aux ordres de l’Inca. Seulement, les embûches vont se succéder.
Pour Duchazeau, la fin de l’empire Inca doit autant à l’arrivée des Espagnols qu’à la décadence de ses institutions. L’empereur Inca tient d’une main trop faible un essaim de tribus qui se détestent ; les sacrifices humains sont monnaies courantes ; la drogue de coca et l’alcool trop faciles à consommer : il diagnostique une fin de siècle chez ce peuple incapable de tenir tête aux envahisseurs faute de ne pas avoir su faire l’union nationale sur son territoire.
Pour servir son récit, Duchazeau utilise un graphisme en noir et blanc particulièrement sombre, comme s’il s’était servi d’un morceau de charbon plutôt que d’un fusain. Le résultat offre une densité de matière lourde et angoissante faisant ressortir l’aspect crépusculaire du récit. Cette noirceur sert donc parfaitement l’aspect dramatique de l’histoire. Toutefois, on peut émettre plusieurs critiques sur son travail, notamment quant à sa façon de rendre les visages de ses personnages, ces derniers se ressemblant tous, les femmes n’ayant d’ailleurs pas de réelle identité graphique ! Heureusement, Duchazeau se rattrape dans sa représentation des mouvements – son héros coursier reste toujours en mouvement, comme rythmant la chute progressive de l’empire... L’auteur sait aussi comment rendre visible l’angoisse d’Apoo, bouleversé par une situation lui échappant totalement et qui assiste impuissant à la mort des siens.
Néanmoins, cette œuvre, aussi intéressante soit-elle, n’échappe pas aux travers de nombre de BD française : soit un manque d’ambition imputable à un certain maniérisme qui entend privilégier la vision subjective du héros au détriment du grand spectacle ; on se retrouve, dans Les Vaincus, avec une vision trop limitée d’un drame historique dont on attendait une œuvre bien plus impressionnante et bouleversante que celle offerte par l’auteur.
Dargaud, 18 euros.
Désolation de Stephen King
Désolation de Stephen King partait pourtant bien : un espèce de flic sadique et visiblement pas très humain capture plusieurs voyageurs en ballade sur une nationale déserte pour les ramener dans la ville de Désolation. Autant dire que King se fait plaisir avec des situations bien angoissantes mâtinées d’humour noir. Mais, il y a un mais. Déjà, cela tient peut-être à la traduction, difficile à dire, mais le style du livre est particulièrement médiocre. Certaines phrases sont abscons et les dialogues… pff ! Les dialogues ! Personne ne peut parler comme le font les personnages de Désolation ! Face aux situations stressantes et mentalement éprouvantes, certains dialogues sont tellement alambiqués ou élaborés qu’on ne peut s’empêcher de grincer des dents.
Heureusement, il y a un super méchant qui nous tient en haleine pendant une partie du livre (et une partie seulement puisqu’il « disparaît » par la suite : mais chut !) : son flic, Entragian, est un géant de plus de deux mètres de haut particulièrement cruel et tout bonnement flippant et aimant torturer mentalement les voyageurs rencontrés avant d’en expédier quelqu’un en enfer. Parmi ses victimes, on retrouve des personnages très intéressants comme Steeve, Cynthia, Johnny ou David. Cet enfant peut en effet communiquer avec Dieu : plutôt original de confronter une entité démoniaque perverse (qui jure comme un charretier) à un prophète d’une dizaine d’année ! On rentre alors complètement dans l’histoire et on la dévore.
Mais hélas, trois fois hélas, arriver au milieu de l’ouvrage, King décide que les efforts consentis sur les trois cents premières pages suffisent : pour les deux cents et quelques restantes, il va se laisser doucement aller. D’autant qu’Entragian a quitté le récit : une erreur qu’un romancier comme King n’aurait jamais du commettre ! De fait, le récit devient de plus en ennuyeux, on ne ressent ni tension, ni angoisse et pour tout dire, on expédie en diagonale les cinquante dernières pages qui ne servent strictement à rien. Autant dire que ce livre, à part vous occuper dans l’avion ou dans le train, n’a que peu d’intérêt.
Albin Michel, 21,80 euros.










