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Lorsque les apôtres revinrent auprès de Jésus après avoir été exorcisés pour la première fois et annoncés la bonne nouvelle, ils se présentèrent face au Christ qui eut cette phrase étrange « Je vois Satan tomber comme l’éclair ». René Girard la reprend dans un essai remarquable analysant sous un angle jamais étudié à ce jour, les Evangiles.

Au cœur de la théorie de Girard, on retrouve la violence mimétique. La thèse est simple : on désire toujours ce que l’autre possède. Face à notre désir, l’autre renforce le sien pour l’objet ou la personne qui s’attache à lui et cela renforce encore plus notre désir. Ce mimétisme trouve sa conclusion naturelle dans les « scandales » dénoncés par le Christ : à savoir, la société se trouve traversée par des lignes de courants perturbateurs tellement violents que la rivalité mimétique risque de détruire la communauté : apparaît alors le bouc émissaire ; une victime endosse la responsabilité de la colère générale et toute la communauté se retourne contre lui pour le tuer. Dans les mythes, cette victime se trouve ensuite divinisée par un paradoxe étrange. Elle incarne la volonté du dieu et renforce la dévotion de la population.

Face à cette violence mimétique, les Evangiles proposent un nouveau modèle mythologique dans le parfait prolongement de la Thora : à savoir que la victime ne mérite pas de mourir sous les coups de la communauté ; la Bible se mets du côté des faibles et des martyrs contre la foule lyncheuse là où le mythe valorise l’assassin au détriment du mort.

Cette théorie, René Girard la démontre magistralement au cours de son essai : il importe de le lire car un résumé ne rend pas sensible le cheminement intellectuel parcourus par l’anthropologue. Girard a en effet le bon goût de se montrer didactique, facile d’accès et pédagogue dans la mesure où il se répète beaucoup. Même un néophyte, sorti du lycée, devrait suivre sans problème son raisonnement. On regrettera néanmoins que Girard ne reconnaisse pas la filiation de Freud dans sa pensée : ce fameux mythe type qu’il décrit, Sigmund Freud en avait eu une fulgurante intuition dans Totem et Tabou.

Néanmoins, l’auteur le reconnaît : si le christianisme a, par « le scandale de la croix » (Saint Paul), révélé la supercherie de Satan au monde, notre époque moderne, post-chrétienne, a fait sienne l’idéologie de la victime tout en rejetant le substrat religieux permettant de le penser. De fait, ce sont les victimes qui prennent l’ascendant sur l’opinion public sans que la philosophie ait droit de parole : faut-il s’en inquiéter ?

Le livre de Poche, 5,23 euros.

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