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Le Prophète de l'islam a vécu il y a quatorze siècles, dans une société de tradition orale. Les témoignages de ses contemporains, sur sa personne et son action, ont été fixés par écrit plus d'un siècle, voire deux, après sa mort. Ils ont d'abord été transmis sur des supports de fortune, avant d'être recueillis par différents chroniqueurs, qui les ont triés, compilés, rédigés chacun à sa manière. Les textes laissés par ces chroniqueurs forment un volumineux corpus, portant le titre générique d'Al Sîra, ou « Chroniques du Prophète de l'Islam » (à distinguer des « Dits du Prophète » - Hadîths - et des commentaires du texte sacré - Le Coran). (…) C'est en partant de ce constat, et pour contribuer à rétablir la vérité de ces textes, que les Mahmoud Hussein ont voulu présenter la Sîra sous une forme accessible au lecteur d'aujourd'hui. Ajoutons enfin - et ce point est essentiel - que les chroniques de la Sîra proposent une vision de l'Islam plus « libérale » ; plus tolérante, plus ouverte à l'individu. Cette caractéristique explique peut-être le fait que cette source théologique ait été, si souvent, négligée ou dissimulée, au profit d'une orthodoxie coranique plus stricte : voilà comment Grasset, l’éditeur du livre, présente la réflexion ayant animé l’écriture ce livre.

La lecture de Al-Sirâ de Mahmoud Hussein a, malgré ce résumé ô combien encourageant, été une déception car ce premier tome n’est rien d’autre qu’une pénible hagiographie de l’annonciateur d’Allah…

Si on peut féliciter les auteurs (Mahmoud Hussein est le pseudonyme de deux intellectuels franco-égyptiens, Adel Rifaat et Bahgat Elnadi) d’avoir voulu retourner aux chroniques de la vie du prophète – première raison, essentielle, retrouver l’ordre d’énonciation des sourates ainsi que leur contexte : indispensable pour sortir du fondamentalisme et comprendre le Coran ; deuxièmement : dévoiler l’aspect humain de Mahomet et souligner ses qualités comme ses faiblesses ; troisièmement : montrer la véritable constitution de l’Islam, loin de la légende noire l’entourant – force est de constater que ces derniers sont tombés dans un travers choquant.

Ici, Dieu existe, tout comme l'Archange Gabriel ; on baigne constamment dans le merveilleux et rien, aucun élément ne vient critiquer ou remettre en cause les propos de l’Islam… Le livre commence par la création du monde par Dieu (dans une version assez pittoresque) et une présentation de l’Arabie et de la Mecque avant la naissance du prophète. Si ce contexte est important pour comprendre en quoi la parole d’Allah constitue une césure dans le monde arabe, il n’en reste pas moins que ces chroniques donnent surtout l’impression de lire des contes. Quant à Mahomet, sa personnalité est pure et vierge de tout défaut, notre prophète étant présenté comme un homme juste et bon.

Sans doute le deuxième tome se révélera plus pertinent car écrit à partir de sources plus fiables. N’en reste pas moins que ce livre n’a que peu d’intérêt pour un historien. Autant lire le Mahomet de Maxime Rodinson qui partait lui aussi des sources, mais tentait de lire au-delà de leur vision manichéenne pour donner une image bien moins lisse de Mahomet.

Editions Hachette, 10 euros.