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Bernard Grasset, fondateur des éditions portant aujourd’hui son nom, était manifestement un homme étrange, tourmenté, violent et passablement agité du bocal comme l’aurait écrit Céline. C’est pour restituer cette vision tourmentée de l’homme que Christophe Bataille, écrivain et éditeur chez Grasset, a signé ce très court roman.

Quartier général du bruit se lit comme on regarde un miroir brisé : les fragments sont épars et renvoient chacun une image de Grasset. Dans le livre, on suit Kobald, son assistant, qui convoite le poste de son patron du jour où ce dernier finit à l’asile pour cause de délire aggravé. La progression de l’ambition de Kobald ne semble pas suivre un trajet linéaire, mais je n’en jurerais pas, d’où ma référence aux fragments. Vision d’un Grasset à l’hôpital, vision d’un Grasset jouant du revolver ; soirée mondaine où tout Paris se presse ; retour du patron fou… Dans quel ordre tout cela est-il censé se lire ?

C’est avec une écriture étrange, violente, désordonnée et par moment à la syntaxe incorrecte que Bataille met en scène les tourments de Kobald, sorte de clone de Grasset dont il aurait épousé la folie sans avoir le bocal suffisamment solide pour tout supporter.

L’édition, c’est l’électricité + les mots, s’exclame Grasset dans le livre ; on n’est pas là pour parler littérature mais business. Ce livre en témoigne, comme si les romans n’étaient finalement qu’un artefact justifiant le commerce que Bernard Grasset en faisait : un moyen en soi plutôt qu’une fin.

Etrange et parfois inquiétant, ce Quartier général du bruit se lit comme certains psychiatres entendent leurs patients raconter leurs délires. Par moment on croirait lire du Nietzsche ou du Céline sous acide. Est-ce un compliment ? En tout cas, un roman à lire sans hésiter !

Grasset, 11,90 euros.