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Après un Marie qui se lisait comme une enquête policière et un Dieu de Jésus très mal argumenté et incohérent, j’ai découvert Jésus de Jacques Duquesne, biographie consacrée à qui-vous-savez.

Première remarque : il s’agit d’un livre remarquable. Duquesne se fait très discret dans cet ouvrage. Ainsi, s’il remet en doute la virginité de Marie ou s’oppose à la vision d’un Dieu cruel envoyant son fils à l’abattoir (thèmes repris dans Marie et Le Dieu de Jésus), ses avis sur le Christ sont plutôt orthodoxes, d’autant qu’il cite beaucoup de sources chrétiennes validées par le Vatican. Le principal mérite de Duquesne est ici de faire revivre la Palestine de Jésus : ses explications historiques et économiques sont fort éclairantes : on comprend, en le lisant, que la Palestine est dans une situation difficile, que le chômage est très présent et les tensions régionales importantes. Ainsi, la Galilée, dont est originaire Jésus, est considéré comme une région de bouseux. La Samarie et ses Samaritains sont haïs par les Juifs qui, très attachés à leur pureté, sont retranchés dans une Jérusalem qui fait comme un sas de décontamination ; la présence de l’occupant romain inquiète et soulève des colères.

De plus, des groupes religieux autonomes comme les Esseniens ou les disciples de Jean le Baptiste sont aussi présents et remettent en cause, par leurs pratiques communautaires la prééminence du Temple.

Et là arrive Jésus : Duquesne axe son livre sur deux points : premièrement, étudier la chronologie de sa vie, en soulignant les contradictions des Evangiles ; s’attacher à déterminer ce qui, dans ses actes, relève du symbole, donc de l’histoire inventée, et des faits, ce qui peut être recoupé ou crédible – à ce petit jeu, le très bel Evangile de Jean ne s’en sort pas très bien ! ; enfin, il s’agit de révéler l’homme Jésus : sa mission, son attitude, et surtout comprendre en quoi il est scandaleux. Car, si Jésus a été envoyé à la mort par les responsables du Temple, avec l’accord de Ponce Pilate, c’est bien parce qu’il choquait : en se déclarant fils de Dieu, en pardonnant aux Hommes leurs pêchés, en se rapprochant des impurs, et en remettant en cause les rites pratiqués au Temple, Jésus a amené ses dirigeants à décider de sa mort comme seul moyen de conserver leur autorité ecclésiastique.

L’ouvrage se termine sur la liste des sources disponibles concernant le Christ : Talmud, lettre de Philon d’Alexandrie, écrits de Flavius Josèphe débarrassé de ses scories chrétiens, et propos de Tacite : aucun auteur n’a jamais remis en cause son existence. Ensuite, le Talmud de Babylone (eh oui, même le Talmud !) plus tardif, les Evangiles et les Apocryphes. Duquesne cite aussi les querelles d’historiens sur la validité des Evangiles et leurs dates d’écriture : passionnant, d’autant qu’il en donne une version condensée et très accessible.

En bref, un ouvrage de très bonne facture, quasiment indispensable aux lecteurs des Evangiles tant ce livre explique un contexte politico-économique et social permettant de mieux comprendre le message de Jésus.

J'ai Lu, 6,00 euros.