D’aucuns remettent la psychanalyse en question, l’accusant de n’être fondé que sur du vent, de tromper son auditeur, lui mentant délibérément ou indélibérément (pour ne pas dire « inconsciemment »). Pourtant, personne ne pense à remettre en question la philosophie, alors que la psychanalyse a au moins un devoir de vérifier sa théorie par la guérison du patient.

Vérifier la philosophie ? Eh oui, quel but affiche les « praticiens » de la philosophie ? Eh bien, il s’agit de philosopher pour trouver le bonheur. Vaste entreprise ! Qui aura l’audace de dire : « La philosophie m’a guéri » ? Je ne vois pas qui en aurait le culot : la philosophie ne guérit et ne sauve personne, elle aide sans doute, elle assiste aussi… Mais que penser de la philosophie stoïcienne ? Avec sa façon bien dans l’air du temps de dire : « ça ne dépend pas de moi, je n’y peux rien, c’est comme ça, il faut l’accepter » peut-on vraiment la juger comme un moyen d’atteindre le bonheur ? Que penser du platonisme et de sa constatation glaciale sur le monde nous entourant qui n’est qu’illusion, puisque le vrai se trouve au Ciel et que ce que nous voyons du monde n’est qu’un pâle reflet du concept pur des Idées. La pureté est toujours dangereuse.

Un Bernard-Henry Lévy dans la Barbarie à Visage Humain a trouvé le moyen de formuler un sombre désespoir : celui de reconnaître que l’Etat est une entité indépassable et infranchissable, aliénante et castratrice. Idée reprise par Michel Onfray dans sa Politique du Rebel. L’influence de Nietzsche sur les deux penseurs et réelle. On se réferrera donc au philosophe moustachu : l’idéal nietzschéen a au moins pour but de déniaiser l’homme et de le confronter à une réalité cruelle. « La volonté de puissance » vaut mieux selon moi qu’un Epictecte se laissant briser une jambe sans perdre son flegme en disant juste « ça a fini par casser ». Philospher, comme le dit Onfray, c’est agir. Si la philosphie n’est que vaine spéculation ou onanisme intellectuel, elle ne sert à rien. Elle a toujours été destinée à servir, pas dans le sens « d’être soumis à », mais dans le sens de « avoir pour but de »… Un André Comte-Sponville, dans l’Amour, la solitude a au moins la décence et la franchise de dire que la vie n’est rien qu’une souffrance ininterrompue et qu’il faut penser dès maintenant l’heure de notre mort, qu’il faut accepter cette part de tristesse immanente et la faire sienne, à défaut de se laisser submerger par elle… Quant à Sartre, sa philosophie a toujours été pensée en regard d’un engagement, seule aune valable selon Onfray. La philosophie sert-elle à trouver le bonheur ? Foutaises ! On n’y arrivera jamais… La psychanalyse a la décence de ne pas prétendre à cela, mais simplement de proposer à son patient d’être lucide sur lui-même. « La psychanalyse est un remède contre l’ignorance, mais elle est sans effet sur la connerie », affirmait Lacan. Celui qui croit que la psychanalyse va le rendre heureux se trompe lourdement : elle lui fera juste voir son Moi débarrassé de tous ses oripeaux. Rappelons que Lacan a eu une influence énorme sur BHL, ce que personne n’a jamais remarqué (encore faudrait-il lire Lacan !).

Ces quelques réflexions m’ont été induites par la lecture du Hors Série sur Martin Heidegger du Magazine Littéraire, actuellement en vente : l’impression que la pensée d’Heidegger n’est qu’une sombre fumisterie ne cesse de me tarauder. Si des penseurs comme Lacan ou encore Sartre ne lui avaient pas accordés autant de valeur, je ne serais pas loin de penser que le petit nazi souriant ferait mieux de ne pas quitter les rayonnages des librairies poussiéreuses. Hermétique, abscons, incompréhensible, chipoteur, agaçant, lourd, verbeux : les qualificatifs ne manquent pas pour traiter de la pensée d’un homme qui aurait révolutionné la philosophie mais que personne ne peut décemment lire et comprendre.