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Lu en une petite après-midi ce Reflexions sur la question juive de Jean-Paul Sartre.

Il s’agit d’un essai admirable sur l’antisémitisme et le statut du Juif. L’idée principale de Sartre est que l’antisémitisme crée le Juif. Que ce dernier voudrait être intégré à la nation française mais que cela lui est impossible parce que le regard de l’antisémite le condamne absolument à être Juif.

Cet antisémitisme est aussi démonté par Sartre comme la haine de ce qui n’est pas Français, qui remet en cause l’idée de pureté, d’ordonnancement de la société, sa bonne marche. Elle fédère le groupe grâce au bouc émissaire, le Juif représentant ce qui est contraire au don du sol et de l’histoire française, qui s’oppose au nationalisme brut. En ce sens, Sartre élargit son analyse à toute personne de nationalité ou d’origine étrangère présent sur le territoire français.

Face à ce regard de violence, le Juif essaie tant bien que mal de se donner une place. Là, Sartre attaque les grands poncifs du genre comme le goût de l’argent, le souci de l’abstraction, le manque de tact ou encore le goût de la discussion. Pour lui, toutes ces tendances du Juif sont l’apanage du Juif inauthentique, celui qui refuse de passer pour un Juif, et qui consiste à viser l’universalisme pour dissolver sa propre identité. Exemple : on refuse au Juif le droit d’être Français. Il estime qu’en s’enrichissant et en achetant des bien matériels français, il sera membre de la communauté en partageant des valeurs esthétiques. Mais, l’antisémite lui rétorque que « certaines choses ne s’achètent pas » et, de plus, il dénonce son goût de l’argent… Le Juif authentique, c’est celui qui vit comme un Juif et s’affiche clairement comme un Juif. Celui-là a toute l’admiration de Sartre, mas ce dernier reconnaît aussi l’immense difficulté qu’il éprouve au quotidien.

Tout converge, pour Sartre, au problème du matérialisme dialectique. En effet, l’antisémite fait converger sur le Juif l’angoisse générée par le conflit des classes sociales, le Juif étant le fortuné, le puissant et donc le symbole de l’oppresseur. Ainsi, en réalisant la révolution socialiste, on éliminera tout conflit de nature social et l’antisémite ne pourra plus être.

Ce livre, très beau, et pleins de remarques d’une grande intelligence mérite une lecture attentive. Ce résumé paraîtra sans doute limité : c’est ainsi, car la pensée de Sartre est brillante et implique une participation de son lecteur pour comprendre ce qui est en jeu. Car comme l’écrit Sartre, on ne pourra se sentir en sécurité tant que les Juifs seront persécutés : le signe du national socialisme, de la délation, de la violence, de la Haine sont attachés à toute manifestation contre les Juifs.

De plus, la volonté de Sartre d’étendre son analyse à tout étranger marque un réel souci de dénoncerle racisme où qu’il soit. Enfin, on pourra bien sûr sourire à l’idée que le marxisme effacerait ce racisme, mais n’oublions pas que ce livre a été écrit en 1944.