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Récit de prison, Ce Souvenirs de la maison des morts de Fédor Dostoïevski est aussi et surtout un récit d’humanité. L’auteur russe met en scène un noble envoyé pour quelques années dans un bagne de Sibérie. A travers son regard, on suit la vie dans le camp et les amitiés et inimitiés des forçats. De quoi sont faites leurs peurs et joies ? Comment survivent-ils ? Et ce qui fait d’eux des hommes…

 

Dostoïevski sait bien de quoi il parle puisqu’il l’a connu ce bagne sibérien pour une modeste réunion socialiste… Ne soyons donc pas dupe : ce roman est sans aucun doute autobiographique, au moins en partie… A la différence de ses autres livres, celui-ci est écrit avec une sobriété de moyens et une sensibilité radicalement différente (du à la traduction très littéraire et donc forcément éloignée du style de l’auteur ?). Ici, le romancier anti-nihiliste dévoile progressivement par touche impressionnistes, les conditions de vie difficiles des forçats et comment on pourrait aisément leur redonner goût à la vie sans grand effort.

 

La prison, c’est l’enfer. Enfer(mement). La violence, finalement, n’est pas très présente. On se vole, on se ment, on se raconte des histoires entre prisonniers, mais tout cela sans haine aucune. On a là un exemple de société de dominés dont la domination est librement consentie. Comment puis-je affirmer une telle chose ? Il est plus que visible que les forçats ont conscience, non pas de la gravité de leur crime, mais de la réalité de la peine. Se révolter, se battre, refuser leurs conditions de vie : tout cela semble impossible parce que la soumission est enfoncée à coup de marteau dans leur crâne.

 

La peinture de ces hommes est particulièrement touchante. Par moment, on se demande bien pourquoi ils restent ici : leur générosité et simplicité se lit avec une évidence palpable (tout du moins pour certains, d’autres sont bien de véritables monstres). L’auteur prend souvent le temps de parler de ce qu’il faudrait faire pour améliorer leurs conditions de vie, pour assurer que cette prison soit un lieu meilleur. Mais la conclusion est forcément évidente : on n’enferme pas pour rendre meilleur un homme, mais simplement pour l’exclure. De cela, de l’exclusion, on ne peut pourtant rien attendre et encore moins espérer.