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Soulignons d’emblée une particularité essentielle à ce livre : L’Idiot n’a pas de structure, ou plutôt une structure explosée, un peu comme un peintre qui aurait projeté à l’aide de son pinceau des coups de peintures sur une toile… De fait, ce roman de Fédor Dostoïevski a certes un début et une fin, mais il serait très difficile de définir le plan du livre. Voir carrément impossible. C’est un roman de la contingence, en ce sens que, au gré de ses rencontres et des évènements qu’il vit, le prince Mychkine donne au récit le visage de ses préoccupations actuelles. En fait, comme dans la vie, on met en sourdine une histoire, un drame, des soucis, et on rencontre d’autres gens, on vit d’autres choses, on croise d’autres personnes, même si le drame n’est jamais très loin.

L’idiot, c’est le prince Mychkine, traité pour ses crises d’idiotisme en Suisse et revenu en Russie pour y chercher son héritage. Le prince Mychkine, pour Dostoïevski représente le Christ revenu sur Terre. A ce titre, les premiers chapitres du livre sont parmi les plus beaux du roman… L’auteur joue aussi, à travers son livre, avec les motifs du Nouveau Testament, faisant intervenir l’âne de l’étable, Marie Madeleine, Judas, ou encore les enfants du « Laissez les enfants venir à moi. »

Enfin, il faut bien qu’il y ait une histoire. De loin en loin, la figure de la pécheresse Nastassia (mais l’est-elle réellement ?) structure le récit autour de sa personne, bien qu’elle n’apparaisse pratiquement pas. Plus belle femme de Saint Pétersbourg, elle déchire deux hommes : Mychkine et Rogojine, un homme frustre et violent, antithèse de Mychkine ;son judas, son reflet maléfique, mais honnête malgré tout – rien à voir avec le Nicolaï des Démons.

Fresque sur l’amour, fresque sur la rédemption, l’amour de son prochain, L’Idiot est un roman gothique, traversé de fulgurances incroyables, de personnages brisés par la vie (d’« humiliés et d’offensés ») et parcouru par une ligne de fuite, un souffle d’épileptique, celui du prince Mychkine, figure christique, incarnation de la gentillesse et de l’amour, perdu dans une Russie qui ne raconte plus que sa souffrance.